Skip to main content

Full text of "37unkngoog"

See other formats


Google 


This  is  a digital  copy  of  a book  that  was  preserved  for  generations  on  library  shelves  before  it  was  carefully  scanned  by  Google  as  part  of  a project 
to  make  the  world’s  books  discoverable  online. 

It  has  survived  long  enough  for  the  copyright  to  expire  and  the  book  to  enter  the  public  domain.  A public  domain  book  is  one  that  was  never  subject 
to  copyright  or  whose  legal  copyright  term  has  expired.  Whether  a book  is  in  the  public  domain  may  vary  country  to  country.  Public  domain  books 
are  our  gateways  to  the  past,  representing  a wealth  of  history,  culture  and  knowledge  that’s  often  difficult  to  discover. 

Marks,  notations  and  other  marginalia  present  in  the  original  volume  will  appear  in  this  file  - a reminder  of  this  book’s  long  journey  from  the 
publisher  to  a library  and  finally  to  you. 


Usage  guidelines 

Google  is  proud  to  partner  with  libraries  to  digitize  public  domain  materials  and  make  them  widely  accessible.  Public  domain  books  belong  to  the 
public  and  we  are  merely  their  custodians.  Nevertheless,  this  work  is  expensive,  so  in  order  to  keep  providing  this  resource,  we  have  taken  steps  to 
prevent  abuse  by  commercial  parties,  including  placing  technical  restrictions  on  automated  querying. 

We  also  ask  that  you: 

+ Make  non- commercial  use  of  the  files  We  designed  Google  Book  Search  for  use  by  individuals,  and  we  request  that  you  use  these  files  for 
personal,  non-commercial  purposes. 

+ Refrain  from  automated  querying  Do  not  send  automated  queries  of  any  sort  to  Google’s  system:  If  you  are  conducting  research  on  machine 
translation,  optical  character  recognition  or  other  areas  where  access  to  a large  amount  of  text  is  helpful,  please  contact  us.  We  encourage  the 
use  of  public  domain  materials  for  these  purposes  and  may  be  able  to  help. 

+ Maintain  attribution  The  Google  “watermark”  you  see  on  each  file  is  essential  for  informing  people  about  this  project  and  helping  them  find 
additional  materials  through  Google  Book  Search.  Please  do  not  remove  it. 

+ Keep  it  legal  Whatever  your  use,  remember  that  you  are  responsible  for  ensuring  that  what  you  are  doing  is  legal.  Do  not  assume  that  just 
because  we  believe  a book  is  in  the  public  domain  for  users  in  the  United  States,  that  the  work  is  also  in  the  public  domain  for  users  in  other 
countries.  Whether  a book  is  still  in  copyright  varies  from  country  to  country,  and  we  can’t  offer  guidance  on  whether  any  specific  use  of 
any  specific  book  is  allowed.  Please  do  not  assume  that  a book’s  appearance  in  Google  Book  Search  means  it  can  be  used  in  any  manner 
anywhere  in  the  world.  Copyright  infringement  liability  can  be  quite  severe. 


About  Google  Book  Search 


Google’s  mission  is  to  organize  the  world’s  information  and  to  make  it  universally  accessible  and  useful.  Google  Book  Search  helps  readers 
discover  the  world’s  books  while  helping  authors  and  publishers  reach  new  audiences.  You  can  search  through  the  full  text  of  this  book  on  the  web 


at] http  : //books  . qooqle  . com/ 


MEMOIRES 


L k SOCIETE 


DES 


ANTIQDAIRES  DE  LA  HORINIE. 


SA1NT-0MER 


JMPR1MERIE  DE  CI1AXVIN  FILS  , RUE  DE  L’OEIL. 


1851 


MEMOIRES 


DE  LA. 

soaiftr* 


DE  LA 

saoiami* 

TOME  9 —1851. 


Doc  Irina  invesligando  restituet. 


PREMIERE  PARTIE. 


A Sl-Omer 
A Paris 


Tumerel  / Libraire  , rue  Naiionale. 
Legier  , Libraire  , Grand' Place. 

Deraciie  , successeur  de  Lange  , rue 
du  Bouloy , N°  37. 


M DCCC  LI. 


COSPTE-RENDU 


DE  LA  SOCIETE. 


COMPTE-BENDU 


dies  mavaox 


w 

LA  SOCIETE , 

Par  M.  Henri  de  LAPLANE 

SECRETAIRE  PERPETUBL  AD/. 


Messieurs  et  Honorables  Collogues, 

Les  statute  com  me  les  precedents , de  la  Societe 
des  Antiquaires  de  la  Morinie , imposent  au  se- 
cretaire perp4tuel  1’obligation  de  retracer  par  in- 
tervalies  a l’assemblee  le  preois  de  ses  derniers 
travaux.  A la  priere  de-  notre  digne  et  excellent 
collaborateur , M.  Louis  de  Qivencht  qui  double- 
ment  frappe  dans  ses  affections  les  plus  chferes  (1) 

(1)  tf.  m Gitekc^t,  secretaire  pcrpdtael  9 < le  malheor  de  perdre 
«e  pea  de  temps  sod  fils  alod  ( M.  Cssai  ) et  sa  fille  cfadrie  ( M1(" 
Cesaunb  ) module  de  toutes  les  vertust  enge  qoe  le  ciel  en visit  a 
la  terre  et  dent.  le  sooveelr  Tins  tangtemp*  daps  la  mdmoire  de 
ceox  qoi  Toot  connoe , comme  dans  le  c<ew  des  paavres  que  sa 
main  bieefaisante  soulageait  k cbaque  heore  du  jour. 


est  retenu  loin  de  nous , nous  allons  essayer  do 
remplir  cette  t&che,  mats  vous  le  devinez,  messieurs* 
dans  raccomplissement  de  ce  devoir  nous  osons 
esperer  beaucoup  de  votre  bienveii lance.  11  est  des 
homines  qu’il  faut  supplier  quelquefois,  et  qu’on 
ne  r emplace  jamais.,... 

La  compagnie  compte  a peine  vingt  annees  d’exis- 
tence  et  depuis  longtemps  deja  ( on  nous  permettra 
de  le  dire ) elle  occupe  un  rang  distingue  parmi 
les  Societes  savantes  etablies  dans  le  Nord  de  la 
France.  Poursuivant  son  oeuvre  modeste,  sans 
relache  et  sans  ostentation , elle  marque  toutes  les 
periodes  de  sa  vie  par  des  travaux  utiles  : chaque 
jour  amfene  de  nouvelles  recherches , voit  grandir 
son  importance  et  s’accroitre  le  nombre  des  ser- 
vices rendus  par  elle  a-  1’histoire  du  pays.  S’ef- 
formant  d’eclairer  les  points  nebuleux  de  nos  an- 
nales , elle  cberche  & inspirer  le  gout  des  etudes 
serieuses.  Quoi  de  plus  attachant  que  d’examiner 
le  sol  foule  par  nos  aieux  en  se  rappelanl  les 
evenements  dont  it  fut  le  theatre?  Comment  ne 
pas  aimer  & se  raeler  a la  vie  de  nos  peres  * a 
connaitre  leurs  moeurs  * leurs  vertus  * leur  courage , 
leurs.  vicissitudes  ? Peut-on  parcourir  nos  belles 
provinces  sans  etre  emu  a la  vue  de  ces  vastes 
champs  de  balaille  oh  si  souvent , sous  toutes  les 
dominations  qui  se  sont  succedees,  vinrent  se  vider 
lesplus  sanglanles,  les  plus  meroorables  querelles?,. 

Heureuse  confraternite  des  sciences  et  des  lettres  * 


elle  franchit  1'espacc , brave  les  mers,  traverse 
les  montagnes  et  porte  partout  la  lumiere , graces 
lui  soient  rendues  ! Notre  compagnie  lui  doit  l’hon- 
neur  d’etre  en  relations  suivies  non  settlement 
avec  la  plus  grande  partie  des  savantes  compagnies 
franqaises,  mais  encore  avec  les  Academies  de  Russie, 
d’Angleterre , d’Espagne  , de  Suisse  , de  Belgique 
et  des  principales  villes  de  I’Europe : Paris , Lon- 
dres,  Madrid,  St-Petersbourg , Bruxelles,  Anvers, 
Zurich  et  presque  tous  les  departements  de  la 
France,  comptent  de  nos  correspondants  toujours 
empresses  de  repondre  a notre  appel  et  d’entretenir 
avec  nous  le  mutuel  eqhange  de  nos  publications 
respectives.  N’est-ce  pas , Messieurs , le  moyen  le 
plus  facile,  le  plus  sur  de  se  tenir  au  courant 
des  progres  des  sciences  et  des  arts , de  s’initier 
aux  secrets  des  d£couverte$  nouvellest 

Ainsi  secondee  au  dedans  par  l’activite  de  sea 
membres , au  dehors  par  le  zele  de  ses  corres- 
pondants et  par  1’appui.  des  comites  etablis  dans 
toutes  les  parties  de  sa  circonscription , la  Societe 
porte  ses  investigations  dans  1’efendue  du  terri- 
toire  de  la  vieille  Morinie  ainsi  que  sur  les  sou- 
venirs qui  s’y  rattachent  ; Rechereher , dtcrire 
ct  ritablir  , tel  est  le  but  de  nos  constants  efforts 
qui  n’auront  pas  ete  sans  succes. 

Huit  volumes  avec  leurs  planches  ou  leurs 
atlas  forment  jusqu’aujourd’hui  le  complement  des 


VI  — 


publications  de  la  Soeiete  des  Antiquaires  d'e  Is^ 
Morinie. 

Un  instant,  detournes  de  votre  pacifique  mission 
par  de  plus  serieuses  preoccupations  cremes  a la 
suite  des  evenements  politiques  du  mois  de  fevrier 
4,848 , voqs  n’ayez  pas  tarde  a reprendre  la  con- 
tinuation de  votre  oeuvre.  Si  le  chiffre  de  vo.s. 
membres  actifs  est  reste  stationnalre , il  n’en  est 
pas  de  meipe  de  celiy  d.e  vqs  travaux  dpnt  le 
nombre  est  devenu.  tel  que  le  temps  et  nos  resr 
sources  financieres  suffisent  a peine  a.  leixr  publi- 
cation. La  date  de  la  derniere  seance  publique 
remonte  deja  as§ez  haut,  (7,  fevrier  \ 848 );  si  par 
suite  de  qirconstances  independantes,  de  la  volontje 
de  tons , ces  assemblies  solennelles  n’ont  pu  se 
renpuveler , vous.  etes  loin  neanmoins , Messieurs, 
d’etre  demeures  inaclifs  : de  nombreuses  etudes, 
n’ent  pas  oesse  d’enrichir  voa  collections!.  Le  8®  et 
dernier  volume  a papu  depuis  cette  epoque , il 
contient , vous  le  savez : 1®  des  Observations  suit 
le  ehronogramme  eommdmoratif  de  la  fondatian 
de  I’Sglise  eolldgiale  de  St  - Pierre  d’ Aire  , par 
M.  Jules  Router,  I’un  de  vos  correspondents; 
— 2^®  Un  nUmoire  swr  let  causes  amquelles  on 
doit  altribuer  le  grand  nombre  de  monuments  ro- 
tigieux , Mevds  du  XII®  au  XV*  sihcle  dans  les  pro- 
vinces siluies  au.  nord  de  la  Loire  comparativement 
au  petit  nombre  de  ces  monuments  conslruits  pen- 
dant la  mSme  pdriode  dans  les  provinces  placdes  au. 


— VII  — 


sud  de  ce  fleuve , par  M.  E.  Woillez  egalement 
correspondent ; — 3°  ce  memoire  est  suiv  d’un 
rapport  de  notre  honorable  collogue,  M.  l’abbe 
Clovis  Bolabd  , sur  cette  question : Pourquoi  du 
XII®  au  XV®  sibcle  le  nombre  des  monuments  reli- 
gieux  est-il  plus  considerable  au  Nord  quau  Sud 
de  la  Loire  ? — 4°  on  y voit  la  biographie  de  notre 
illustre  compatriote  Robert  de  Fiennes  , conneta- 
ble  de  France , par  M.  Edouard  Garnier  , eleve 
de  l’ecole  des  chartes , travail  suivi  d’un  rapport 
additionnel  de  M.  Alexandre  Hermand  ; — 5® 
une  notice  historique  et  archiologique  sur  Veglise 
cottigiale  de  Lillers , par  M.  Amed6e  (1’IIagerue  , 
tresorier  du  coalite  d’AiRE  ; — 6®  un  rapport  de 
M.  Louis  Deschamps  de  Pas  sur  une  dicouverle 
d'objets  gaulois  et  gallo-romains,  faite  dans  les  jar- 
dins  du  faubourg  de  Lyzel , pres  St-Omer ; — *1° 
une  notice  sur  Surques , par  notre  correspondent  M. 
Leclercq  de  Neufville  ; — 8°  un  mimoire  sur  I'i- 
glise  paroissiale  du  nouvel  Hesdin,  par  M.  l’abbe 
Robert  , cure  de  Merck  St-Lievin ; — 9®  un 
rapport  sur  I'ancienne  ville  de  Mardyck  et  les 
recherches  dont  elle  peut  Stre  1‘objet , par  M.  Louis 
Cousin  ; — 10®  un  mimoire  sur  Quentovic  , par  Mi 
1’abbe  Robert  , deja  nomnie ; — 11®  un  compte 
rendu  des  fouilles  faites  au  Mouflon  , sous  la  di- 
rection de  M.  de  Neufville,  par  MM.  Courtois 
et  Delmotte,  membres  titulaires ; — 12*  enfin 
le  tome  8®  se  termine  par  une  notice  de  M. 


— Vtll  — 

Alex.  Hermans  stir  qtielques  monnaies  f rappees  k 
St-Omer. 

Aussitot  apres  l’apparition  de  ces  travaux  vous 
avez  hate  l’impression  du  IX*  volume  dc  vos  me- 
moires  dont  la  premiere  partie  est  sous  vosyeux. 
Kile  renferme : une  notice  de  notre  collegue,  M. 
Deschamps  , ingenieur  des  ponts  et  chaussees,  sur 
un  trail 6 relatif  h la  peinture  sur  vcrre  au  moyen 
Age;  — 2®  une  dissertation  sur  une  miniature  qui  se 
trouve  sur  un  manuscrit  de  la  bibliothbque  de  Bou- 
logne-slii-Mer,  par  M.  l'abbe  Francois  Lefebvre, 
membre  correspondant.  Ce  travail  est  accompagne 
du  dessin  de  cette  miniature  (1); — 3®  des  re- 
cherches  star  la  question  d' antbrioriti  entre  les  deux 
monastbres  primitifs  de  la  mile  de  St-Omer  dans 
ses  rapports  avee  I'histoire  des  commencements  de 
cette  ville,  par  M.  Alex.  HerMand;* — 4®  un  tra 
vail  de  M.-  Courtois  , secretaire  -archiviste  , inti- 
tule : Lecture  et  publication  d'un  placard  de  Charles- 
Quint  a la  bretecque  de  la  Maison  Jloyale  de 
St-Omer  en  Van  de  grdce  \ 531  et  tableau  de  tnceurs 
a St-Omer  et  en  Artois  au  XVI*  sibcle ; — 6®  une 
notice  sur  les  manuscrits  de  la  bibliothbque  de 
Bergues-St-Winoc  ; par  M.  Jules  Lepreux  ; — 6® 
une  notice  historique  sur  quelques  midailles  de  N.-D 
de  Boulogne  , par  M.  Jules  Rouyer. 

Telle  doit  etre  la  premiere  moiti£  du  tome  IX*, 


<l>  Cc  tlmfa  parartira  Jans  Pallas  avec  la  2"e  partie  du  volume. 


IX 


die  forme  350  pages  environ  et  aurait  pu  , 
sans  doute  , s’augmenter  encore;  mais  on  a 
du  s’arreter  k cette  i unite  afin  d'etre  en  mesure 
de  prouver  a MM.  dn  conseil  general  que  la  Society 
s'efforce  de  justifier  autant  qu’il  est  en  elle  par 
ses  publications  reiterees  la  haute  sollicitude  dont 
elle  est  annuellement  1’objet  de  la  part  des  elus 
du  pays. 

D’autres  memoircs  sont  pr6ts  pour  Pimpression 
de  la  seconde  partie  de  ce  volume  et  pour  le 
commencement  du  suivant ; ils  n’attcndront  pas 
Iongtemps.  Parmi  eux  figurent : 4*  une  notice  de 
M.  Dufaitelle  sur  un  Cul  dc  lampe  du  musie  de  St- 
Omer  , dessin6  par  M.  Auguste  Deschamps  ; — 2® 
un  travail  relatif  d I’ancienne  crypte  de  N.-D  de 
Boulogne , par  M.  Morey  , membre  correspondant  a 
Paris ; cette  notice  est  accompagnee  de  jobs  des- 
sins ; — 3*  un.  memoire  de  M.  Louis  de  Bakcker, 
correspondant  h Bergues  ■ sur  Vancienne  Flandre 
maritime  ; ce  travail  est  suivi  de  quclques  obser- 
vations presentees  par  M.  Alex.  Hbrmand  designe 
par  la  compagnie  pour  en  faire  l’examen  ; — i® 
une  dissertation  sur  le  culte  des  fontaincs , par  M. 
I’abbe  Santerre  , correspondant  a Paris , suivie 
d’un  rapport  de  M.  Edmond  de  Liot  ; — 4°  notice 
sur  Qcentovic,  par  M.  L.  Colsin. 

Mais  en  memo  temps , Messieurs , que  vous 
acheverez  votre  IX°  volume  et  qiie  vous  entre- 
prendrez  le  Xc  pourlcquel  les  maleriaux  ne  manquent 


— X — 


pas;  un  autre  non  moins  interessant  p&raitra,  par  V09 
soins  , en  dehors  de  vos  publications  ^habituelles  : 
la  Societe,  vous  ne  l’avez  pas  oublie  , doit  a M. 
Taillar  , conseiller  a la  Cour  de  Douai  et  a M. 
Marnier  , avocat  k Paris  , tous  deux  nos  collegues, 
la  communication  d’un  manuscrit  de  la  bibliothc- 
que  nationale  , ayant  pour  titre  : Litre  des  Loix , 
Usaiges  et  Coustumes  de  la  ville  et  comti  de  Guisnes. 
Ce  livre , dont  une  copie  a ete  faite  par  M.  Mar- 
nier, ainsi  que  Ie  porte  une  note  marginal e tracee 
sur  l’original , a ete  soumis  a votre  examen  , et , 
sur  l'avis  d’une  Commission  prise  dansjvotre  sein , 
vous  en  avez  ordonn£  la  publication  a cause  de  son 
importance.  C’est  un  corps  complet  de  droit  com- 
munal a l’usage  d’une  petite  ville  du  nord  de  la 
France  au  XVe  siecle;  il  fournit  des  renseigne- 
ments  curieux  pour  l’histoire  de  la  domination  an- 
glaise  sur  les  bords  de  la  Manclie....  11  semble- 
rait  avoir  quelques  rapports  avec  un  autre  recueil 
semblable  qui  se  trouve  au  British  museum  a 
Londres  (1)  , intitule  : The  Book  of  newe  or* 

DONNANCE  AND  DECREIS  FOR  THE  COUNTY  OF  GuiSNES 
MADE  DEVISED  AND  ORDEYNED  , BY  THE  KINGES 
JUSTICES  , AND  COMMISSIONERS  APPOINTED  FOR 
THAT  SAME  WHICH  WERE  DELIVERED  TO  THE  BaYLYE 

and  La  we  ad  Guisnes  , aforesaid  in  the  kinges 

OPEN  COURT  , HOLDEN  THERE  THE  FIRST  DAYE  OF 


(1)  In  tbe  cosson  faustina  E.  VII.  ff.  40. 


FEBRUARH  ANNO  REGN1  REGIS  HENRICI  OCTAVI  VI- 
GESIMO  (1525)  (1). 

Ce  recueil  , Messieurs , est  deja  livrd  k l’im- 
pression  avec  les  notes  et  observations  dont  nous 
sommes  redevables  k la  plume  exerc6e  de  plusieurs 
de  nos  savants  collegues ; il  formers  un  volume 
de  plus  de  300  pages  sera  orn£  d’un  ancien  plan  de 
laville  deGuiNES  (2)  et  aura , n'en  doutez  pas  , un 
int6ret  reel  par  les  documents  nouveaux  qu’il  fournit 
sur  les  coutumes  d’un  territoire  voisin  qui  passa 
ton gtemps. sous  la  main  de  I’Angleterre. 

Cette  faveur  d’une  publication  extraordinaire  en 
dehors  de  vos  Memoires  , vous  t’accorderiez  aussi 
avec  le  meme  empressement  a un  autre  travail 
non  moins  utile  pour  noire  histoire  ..  Vous  nous 
devinez , Messieurs , nous  voulons  parler  de  la 
nouvelle  edition  de  la  cbronique  de  Lambert  d’Ar- 
dres , que  termine  en  ce  moment  notre  collfcgue 
de  Lille,  M.  le  marquis  de  Godefuoy  de  Meml- 
glaize  , le  digne  successeur.  des  savants  arclii- 
vistes  de  Flandre  et.  d’ Artois..  Ce  consciencieux 
annotateur  a pu  comparer,  les  differents  manus- 
crits  anciens,entre  autres  ceux  de  Paris  , de  Bruges, 
celui  du  Vatican,  a Rome  et  celui  de  St-Omer , 
precieux  autographe  transcrit  en  entier.  de  la  main 

(1)  Vide  the  chronicle  of  Calais  edited,  by  J.-G.  Nichole  ( prin- 
ted for  the  Cambdem  society  p.  130.  > 

(2)  Plan  communique  par  IL  Derheims  , p«r« , de  Calais , qui  Pa 
deaaiae  d'apres  1'excmplaire  de  la  tour  de  Londrea. 


— XII  — 

de  Dom  Guillaume  de  Whitte  , bibliotliecaire  et 
archiviste  de  I’abbaye  de  St-Bertin  au  XVI*  siecle. 
Si  nous  soatmes  bien  informes,  un  giossaire  de 
tous  les  pomp  de  lieux  cites,  joint  a une  carte 
topographique  vienjlront  en  aide  a i’intelligence  du 
lecteur  ; M.  de  Godefroy  n’a  rien  neglige  pour 
completer  ses  recti erches ; nous  faisops  des  voeux 
pour  que  celte  publication  d’un  haut  interet  ne  se 
fasse  pas  longtemps  attendre. 

Avons-nous  besoin  maintenant  de  rappeler  ici 
qu’independamment  de  ces  publications  qui  occu- 
pent  les  instants  et  absorbent  les  finances  de  la 
Compagnie , plusieurs  d’entre  nous  trouvent  encore 
le  moyen  de'  charmer  leurs  loisirs  en  tragant , 
cbaque  jour , de  nouvelles  lignes  sur  les  sujets 
les  plus  importants  de  notre  histoire  locale? 

Quelque  temps  encore.  Messieurs,  et  bientot,  Iezele 
des  Membres  de  la  Societe  des  Antiquaires  de  la  Mo- 
rinie  aura  mis  au  jour  d’autres  ouvrages  qui  ont 
aussi  leur  interet. 

1°  M.  Alex.  Hermand,  notre  honorable  vice- 
president  , s’occupe  d’un  grand  travail  sur  l’his- 
toire  monetaire  des  Morins  et  des  Alrebates  , dans 
ses  rapports  avec  la  religion  druidique ; 2®  de  con- 
cert avec  M,  Louis  Deschamps  , il  prepare  la 
collection  des  empreintes  sigillaires  de  la  ville  de 
St-Omer  (1); — 3°  M.  le  president  Quekson  ecrit 


(1)  Les  dessins  de  ces  sceaux  scront  executes  par  noire  collogue  , 
U.  Auguste  Descbamps. 


XIII  — 


l’histoire  des  Sinoguets  ou  Patriots  de  St-Omer 
en  1578; — 4°  M.  Coortois,  avocat,  notre  se- 
cretaire-arekiviste  , qu  nagueres  a public  une  no- 
tice sur  l’ancien  faubourg  de  St-Martin  hors  des 
murs , va  rappeler  encore  quelques  souvenirs  re- 
latifs  aux  invasions  des  Normands  dans  nos  pa- 
rages, etc.;  — 5®  M.  Edmond  Liot  de  Nortbecourt 
poursuit  avec  activity  sa  traduction  de  Malbrancq 
dont  pres  de  1200  pages  sont  deja  terminees; 
— 6®  M.  Dufaitelle  fait , entre  autres  travaux , 
des  Etudes  sur  les  anciennes  rues  de  la  ville  de 
St-Omer ; — 7®  M.  Leclercq  de  Neufville  , k 
Surques  , songe  a rappeler  les  moeurs  ct  usages 
de  quelques  communes  du  Boulonnais  ct  de  l’Ar- 
tois ; — 8®  M.  Victor  Derode  , secretaire  de  no- 
tre comite  de  Dunkerque , dejk  connu  par  son 
histoire  de  Lille,  publie  en  ce  moment  l’histoire 
de  Dunkerque ; — 9°  M.  le  comte  Achmet  d’IBS- 
ricourt  , maire  de  Souchez , depuis  longtemps 
connu  dans  le  monde  savant , se  livre  avec  une 
infatigable  activite  k de  nombreux  travaux  liisto- 
riques  et  bibliographiques ; — 10°  Enfin  , nous 
essayons  nous-meme  de  retracer  la  vie  des  83  abbcs 
qui , pendant  plus  de  douze  siecles  d’une  glorieuse 
existence , gouvernerent  le  vieux  monastere  de.St- 
Bertin.  Arretons  ici  cette  nomenclature,  notre 
tache  serait  longue,  Messieurs,  si  nous  voulions 
indiquer  la  complete  enumeration  des  ouvrages  re- 
lates a l’histoire  locale , qui  sont  sortis  ou  a la 


— XIV  — 


veille  de  sortir  de  la  plume  de  tous  les  membres 
de  la  Societe  des  Antiquaires  de  la  Morinie. 

Ces  ecrits , cemme  leura  devanciers  ,.  seront  ae- 
cueillis , sans  doute , avec  cette  faveur  qui  sembLe* 
s’attacher  naturellement  a tout  ce  qui  touche  aux. 
souvei  rs  de  nos.  pferes : Leurs  auteurs  , en  aidant 
a popularises  l*etude  de  L’histoire  auront  constate 
en  memo  temps  l’influence  des  compaguies  savau— 
tea  etablies  dans  Le  but  de  la  propager . 

Ce  a’est  pas  tout.  Messieurs,  pour  encour- 
rager  mieux  encore  le  gout  des  connaissances. 
bistoriques ,.  vos  efforts  ne  se  bornent  pas  a remuer- 
les  archives  et  a produire  le  fruit  de  vos  inves- 
tigations. Cherchant  a mettre  a profit  pour  I’utilite 
commune  les  lumieres  de  tous , vous  faites  au- 
nuellement  un  appel  general.  a vos  collaborateurs. 
de  la  France  et  de  I’etranger,  puis  au  milieu  de 
cette  lutte  pacifiquedes  intelligences,,  vous  presentez. 
des  couronnes  aux  vainqueurs. 

Yotre  dernier  programme  transmis  & toutes  les. 
secietes  avec  lesquelles  vous  etes  en  relations  lit— 
teraires  mettait  au  concours  les  questions  suivantes. 
proposees  en  1850  pour  -f 851  : 

> 4*  Une  medaitte  d’or  de  2*50  fr.  sera  aceordee 
» au  meilleur  travail  sur  l’histoire , soit  d’une 
» commune  importante , soit  d’un  groupe  de  vil — 


» lages  du  dlpartement  du  Pas-de-Calais  ou  de 
* 1’ancienne  Morinre. 

» 2°  Une  m6daille  d’or  de  m6me  valeur  sera 
> donnee  a ia  meilleure  notice  biographique  sur 
» le  marshal  de  France  Arnoud  d’Audrehem, 
connu  au  moyen  *age  sous  la  designation  d'An- 
NOULD  d’AlJBENHEN.  > 

Le  concours  pour  1850  accordait  une  medaille 
(Tor  de  500  fr.  au  meitleur  m6moire  sur  l’his- 
toire  des  corporations  marchandes  connues  autre- 
fois sous  le  nom  de  Ghildes  dans  l’extrfime  nord 
des  Gaules.  Cette  grande  question  n’a  pas  6t6 
traitee  dans  les  limites  6tablies  par  le  programme. 
La  Societe  s’est  reservde  de  la  reproduire  plus 
tard  a cause  de  1’importance  qui  s’y  attache. 

Quelques  mois  nous  apparent  de  la  cldture  de 
l'admission  au  concours ; un  memoire  nous  est 
parvenu  ; d’autres , sans  doute , arriveront  encore 
avant  l’expiration  du  delai  fixe.  Ils  apporteront , 
nous  en  avons  la  confiance  , une  solution  favorable 
aux  problem es  pos6s , et  vous  serez  beureux  , 
Messieurs , s’il  vous  est  perrnis  de  ddcerner  k 
1’auteur  d’un  bon  travail , le  prix  de  la  victoire. 

En  attendant,  de  nouvelles  questions  se  pre- 
parent par  les  soins  de  votre  commission  permanente 
pour  le  concours  de  l’annee  prochaine. 

Mais  en  reclamant  la  lumifere  par  tous  les 


— XVI 


moycns  en  votre  pouvoir,  vous  ri’avez  pas  oublic 
d’interroger  la  terre  jusque  la  muette,  pour  evoquer 
scs  souvenirs. 

Apres  les  fouilles  de  St-Bertin , de  Quentovic , de 
Calais,  de  Cassel  vous  avez  sonde  le  vieux  Mardycum, 
aujourd’hui  Mardyck,  un  peu  orguetlleusement  pout- 
etre  designe  sous  le  nom  de  ville  et  qui  n’est  main- 
tenant  qu’une  humble  agglomeration  de  chaumi&res. 
Son  histoire,  celle  de  son  port  auquel  ce  lieu 
dut  toute  son  importance  decline , sera  ( nous 
assure-t-on , ) retracee  par  Tun  de  nos  honora- 
bles  collegues  de  Dunkerque,  M.  de  Bekthand. 
Votre  comite  par  l’organe  de  son  president  M. 
Louis  Cousin  , vous  a deja  fait  part  des  premieres 
explorations  qui,  sous  vos  auspiees,  se  continuent 
toujours  sur  ce  point ; un  peu  plus  tard  il  aura 
1’honneur  de  vous  en  soumettre  le  resultat  defmitif 
lorsque  les  travaux  auront  pu  se  completer. 

Par  l’entremise  de  M.  Felix  de  Neufville  , 
correspondant  a Surques , vous  avez  egalement 
explore  au  Moujlon  un  tumulus  qui  a ete  decrit 
dans  le  dernier  volume  de  vos  memoires  par  MM. 
Courtois  et  Delmotte,  mcmbres  titulaires.  Pou- 
vons-nous  mieux  faire  que  de  renvoyer  nos  lec- 
teurs  a cette  description  ? 

L’emplacement  de  l’ancien  monastere  de  Bergues 
Sl-Winoc  dependant  autrefois  de  celui  de  St-Bertin 


a aussi  fixe  votre  attention.  Vous  avez  vote  une 
allocation  pour  sender  les  entrailles  du  vieux 
Groenberg  qui , selon  toute  apparence  peuvent 
renfermer  quelques  utiles  enseignements  histori- 
qucs . Les  recherches  sur  ce  point  n’ont  pu  s’effec- 
tuer  encore  ; el  les  ne  seront  pas  negligees  lors- 
que  le  moment  -paraitra  favorable  ;■  le  zele  de  vos 
correspondents  locaux  vous  en  donne  l’assurance. 

N'oublions  pas  les  fouilles  de  Calais;  elles 
ont  et6  instructives  et  peuvent  aider  a-  resoudre 
quelques  problem es  inconnus  jusqu  ici.  Les  objets 
trouves  sont  lithographies  depuis  quelque  temps , 
graces  aux  soins  de  votre  comit6 ; nous  attendons  le 
rapport  de  notre  obligeant  collegue , M.  Henri 
Derheims  , pour  le  publier. 

En  outre  , d’apres  le  d6sir  exprime  par  quel- 
ques uns  d’entre  vous , des  fouilles  doivent  s’ope- 
rer  sur  quelques  parcelles  du  territoire  d’HocQWN- 
ghem  et  d’ARDiNGHEM  ; ces  coins  de  terre  ne 
tarderont  pas  non  plus  a etre  explores . Vous  a - 
vez  a cffiur  , Messieurs , de  ne  rien  negliger  de  ce 
qui  peut  aider  k une  decouverte  nouvelle  . 

Penetres  de  cette  pensee  , plusieurs  de  vos  mem- 
bres  parcourent  depuis  quelque  temps  le  pays, 
examinant  (’emplacement,  les  vestiges,  la  position  stra- 
tegique  de  nos  anciennes  forleresses  voisines , telles 
que  Therouanne  , Cassel  , Tournehem  , Rihoult  , 
Watten  , Renty  , Eperlecques,  Ardres,  Guines, 


— XVIII  — 


la  Montoire  , Hames  , (1)  le  Fort  Batard  , 

etc.  dans  le  but  d’etudier  1’histoire  instructive  et 
altrayante  de  la  defense  de  nos  contrees  au  rooyen- 
age. 

Sentinelle  avancee , chargee  de  veiller  a la  garde 
des  anciens  monuments  qui  traversant  les  ages  ont 
pu  echapper  a Taction  du  temps  et  des  hommes , 
votre  intervention  a deja  rendu  bien  des  services; 
souvent  elle  a exerce  une  influence  heureuse  a 
1'aide  de  laquelle  plusieurs  de  nos  edifices  ont 
ete  maintenus , restaures,  embellis  ou  disputes 
a la  destruction.  N’avez-vous  pas  puissamment 
aide  et  ne  secondez-vous  pas  energiquement  en- 
core la  rcstauration  complete  de  ces  deux  elo- 
quents  temoins  des  XIV®  et  XV*  siecles  qui  , 
a Test  et  a Touest  de  notre  cite,  rappellent  les 
meilleurs  jours  de  Tarchitecture  religicuse?  (2). 

En  mime  temps  que  vous  vous  preoccupiez 
du  dehors  Messieurs,  vous  ne  negligiez  pas  de 
faire  revivrek  Tintlrieur  quelques-uns  de  ces  sou- 
venirs qui  sont  la  gloire  de  noire  patrie : D’apres 
votre  decision,  le  3 mai  1849,  on  plagait  sur  une 

(1)  he  cbdteau  de  lidmes  eat  devena  cdlebre  comme  prison  d’Elat 
pendant  roccupalion  du  Calaisis  par  lea  anglais  , dc  1347  & 1360. 

CcU4  de  la  Montoibb  , cede  ancicnne  residence  de  Comtrs  de 
Guinea,  prdaente  peut  dire  lea  plus  belles  mines  qoe  nous  ayons 
dans  les  environs. 

(2)  La  (our  de  Tantien  monaslere  de  $t*Bertin  et  Fcglise  Nothb- 
Daub,  ancicnne  cathddrale  de  St -Oner. 


— XIX  — 


facade  de  la  rue  de  Dunkerque  k St-Omer , ces 
lignes  memoratives  gravees  en  or  sur  le  marbre 
en  l’honneur  de  l’une  de  nos  illustrations  audo- 
maroises  : 

Simon  Ogier  , po^te  latin 
NAQUIT  DANS  CETTE  MAISON  DU  BLANC-RAM  (1), 
LE  3 MAI  1549. 

Rappelant  ainsi  k nos  contemporains  et  conservant 
pourles  generations  futures  la  memoiredu  lieu,  oil,  il 
y a trois  siecles,  vit  le  jour  notre  savant  compa- 
triote  jusque-lk  peu  connu  (2). 

La  , Messieurs,  ne  se  sont  pas  borne  vos  soins ; 
dans  la  pensee  de  rappeler  aux  vivants  les  nobles 
exemples  de  ceux  qui  ne  sont  plus;  vous  avez 
voulu  faire  revivre  (’inscription  funeraire  de  Gerard 
d’HAMERicouRT , (3)  69®  abbe  de  St-Bertin  , 

1er  eveque  de  St-Omer,  le  pere  des  pauvres, 
le  protecteur  de  la  jeunesse  , le  bienfaiteur  du 
pays  qui  , au  milieu  du  deuil  general  qui 
couvrait  la  cite  , fut  inhume  le  21  mars  1 577  , 
dans  le  sanctuaire  de  la  premiere  6glise  des  jesuites 
dont  il  6tait  le  fondaleur. 

(1)  Ainsi  se  nommait  la  maison  n°  104 , probablement  & cause 
de  son  enseigoe  qui  representait , dit-on  , un  rnoulon  blanc. 

(2)  Yoir  les  ouvrages  de  Simon  Ogier , a la  bibliotheque  de 
St-Omer,  etc.  — Idem  dans  celles  de  MM,  Mallet  et  Hermand  ; 
les  exemplaires  complete  sont  assess  rares. 

(3)  Cette  inscription  fut  enlevee  et  brisee  a la  revolution  : elle  se 
retrouve  dans  les  dcrits  de  Dom  de  Witte,  l’infatigable  auteur  du 
grand  cartolaire  de  St-Bertin  ( bibl.  de  St-Omer . n°*  £03,  8Q6,  etc.) 


Votre  intention  reparatrice  n’a  pu  jusqu’ici  re- 
cevoir  son  execution ; elle  ne  sera  point  toutefois 
perdue  devue:Ie  voeu  de.la  Societe  s’aeeomplira, 
ee  sera  pout  elle  I’acquittement  d’un  pieux  devoir. 

Nous  pourrions,.  sans  doute,  enumerer  encore  bien 
d’autres  actes  publics  de  votre  sollicitude  ecfairee ; 
mais  nous  craignons  d’etre  entraine  trop  loin ; 
deja  peut-etre  n’avons  nous  que  trop  abuse  de 
votre  bienveillante  attention. 

Ce  que  nons  venons  de  dire  suffit,  ce  nous 
semble,  pour  6tablir  qne,  dans  les  Timites  de  sea 
attributions , la  Societe  des  Antiquaires  de  la 
Morinie  ne  fail-lit  point  a son  importante  mission  et 
que  toujours  elle  se  montre  digne  de  la  bienveillance 
qui  lui  est  accordee. 

Pour  nous  conformer  aux  prescriptions  du  re- 
glement , permettez-nous  maintenant  quelques  mots 
sur  les  modestes  details  de  votre  administration 
interieure. 

Les  ressources  financieres  de  la  Soeiete , un 
instant  ebranlees  par  les  recentes  commotions  poli— 
tiques,  ont  repris  leur  equilibre.  Elies  se  composent 
de  nos  cotisations  personnelles,  du  produit  de 
la  vente  de  nos  publications  , d’une  allocation 
annuelle  du  conseil  general  et  de  quelques  en- 
couragements accordes  a nos  travaux  par  le 
ministfere  de  l’instruclion  publique.  Nous  avons 
besoin  , vous  le  savez , Messieurs , de  la  conti- 


XXI 


nuation  de  ces  indispensables  secours  pour  pour- 
suivre  notre  oeuvre  scientiflque.  Esperons  qu’ils  nous 
seront  conserves. 

Interprfcte  des  sentiments  de  la  compagnie , votre 
bureau,  malgr6  les  vides  qui  se  font  sentir  dans 
ses  rangs,  s’eflorce  de  pourvoir  a tout  et  de  ne 
laisser  aucun  interet  en  souffrance ; il  croit  avoir 
a cet  egard  justice  votre  confiance. 

Yotre  bibliotheque  s'accroit  de  jour  en  jour  par  les 
dons  du  gouvernement , les  hommages  des  societes 
correspondantes , les  donations  particulieres  et  par 
les  souscriptions  autoris6es  par  vous.  Malheureu- 
sement , il  faut  bien  le  dire , quelques  parties  de  nos 
importantes  collections  ne  sont  plus  completes.  Nous 
avons  la  confiance  qu’avec  la  bonne  volonte  de  tous , 
les  Iacunes  pourront  parvenir  a se  combler! 

Plus  tard  nous  aurons  1’honneur  de  vous  sou- 
mettre  l’inventaire  de  vos  richesses  bibl  iographi— 
ques ; contentons-nous  de  dire  aujourd’bui  que 
parrs?  les  livres  imprimes  qui  ornent  vos  collections 
on  remarque : 

1°  Les  superbes  volumes  des  documents  inedits 
de  I’hisloire  de  France  , publies  par  le  gouverne- 
ment sous  les  auspices  du  ministere  de  l’instruction 
publique; 

2°  Les  importantes  publications  dont  nous  som- 
mes  redevables  a nos  collogues  d’Angleterre , de 
Russie , de  Suisse,  de  Belgique,  etc, 


— XXII 


3*  Celles  de  la  Societe  des  Antiquaires  de  France, 
et  une  grande  partie  des  memoires  publies  sur 
nos  villes  de  province  etc.  etc. 

Au  nombre  de  nos  recentes  acquisitions  manus- 
crites , nous  voyons : 

4*  Les  anciennes  chartes  de  Merck  , tracees  en 
original  sur  d’interminables  rouleaux  de  vieux  par- 
chemins,  ronges  par  le  temps ; elles  sont  un  don 
offert  a la  Societe  par  M.  l’abbe  Robert. 

2®  Un  autre  titre  non  moins  curieux , egale- 
ment  en  parchemin , avec  un  plomb  porta nt 
d’un  cot6  les  effigies  de  St -Pierre  et  de  St- 
Paul  , de  l'autre  ces  mots  : Pius  Papa  V.  C’est 
une  bulle  originate  et  confirmative  de  la  fondation 
du  college  des  jesuites  et  de  celui  des  pauvres 
de  St-Bertin , a St-Omer , par  Gerard  d’HAMri- 
ricourt  , donnee  a Rome , sous  la  date  des  nones 
de  juin  4571.  Ce  precieux  document  historique 
parfaitement  conserve  a une  dimension  de  82  cen- 
timetres sur  63 ; il  nous  a 6te  presenle  par  notre 
honorable  collegue , M.  l’abbe  Clovis  Bolard  , 
aumonier  des  hopitaux  civil  et  militaire  de  cette  ville, 
au  notm  de  Messieurs  du  bureau  de  bienfaisance  de 
St-Omer.  Ce  titre  est  litteralement  transcrit  dans  le 
grand  cartulaire  de  Dom  de  Witte : On  pourra 
maintenant  comparer  l’original  avec  les  copies. 

3®  Une  reproduction  textuelle  des  premieres 
feuilles  d’un  manuscril  de  Dom.  J^A^i  Bauuin  , an- 


— XXIII  — 


cien  religieux  du  monastere  de  Glairmarais ; ce 
manuscrit  fait  actuellement  partie  de  la  biblio- 
theque  de  Mons  ('HainautJ.  Les  pages  qui  en  ont 
ete  extraites  sont  un  hommage  de  M.  Fainne , 
Md  de  charbon  k St-Omer  , au  nom  duquel  M. 
Du  fas  sell  e les  a deposes  sur  votre  bureau.  Elies  ont 
pour  titre : 

> Becueil  de  ce  qui  est  advenu  plus  digne  de 
» mimoire  depute  Van  de  salut  4576  jusques  en 
» \ 586  , tout  recueilU  par  Fr.  Jean  Ballin  , re - 
• Ugieux  de  Clermaretz-lfo-St-Omer  • L’epoque 
que  retrace  cet  ecrivain , est  pleine  d’interet ; ce 
manuscrit  est  d’autant  plus  curieux  que  le  prin- 
cipal ouvrage  de  Ballin  est  egare  et  que  le  petit 
livre  de  cet  auteur  qui  existe  sous  le  nom  d’An- 
nales  a la  bibliotheque  de  St-Omer  ne  peut  guere 
justifier  ce.  titre.  — On  sait  d'ailleurs  que  la  chro- 
nique  d’HENORic  ne  commence  qu’en  4594  et  finit 
en  46SI3. 

Vous  avez  enricbi  vos  rayons , Messieurs , d’un 
exeinplaire  de  l’inventaire  general  des  archives 
d’Artois , par  Godefroy.  Le  premier  volume 
textuellement  reproduit  d’apres  la  copie  de  la  bi- 
bliotheque de  Calais  prise  elle-meme  sur  celle  des 
archives  d’Arras , est  entierement  termine.  Le 
second  dont  nous  devons  l’obligeante  communica- 
tion au  fils  de  l’auteur , se  transcrit  en  ce  moment 
d'apres  l’original  certifie.  Bientot  nous  pourrons  y 


XXIV 


ajouter  les  cinq  in-folio  de  l’inventaiie  dcs  archives 
de  Flandres. 

La  copie  de  ce  manuscrit  facilitera  nos  recher- 
ches  historiques;  elle  manquait  k St-Omer ; ainsi 
vous  aurez  rempli  une  nouvelle  lacune. 

Yous  recueillez  en  outre  les  anciens  plans  to- 
pographiques  des  points  les  plus  saillants  de  la 
contree;  ne  vous  doit-on  pas  : 1°  la  description 
militaire  de  Tberouanne,  alors  que  cette  antique  cite 
succombait  sous  les  coups  de  Charles-Quint  k la 
tete  des  armies  coalis^es  contre  elle  (1)  (1553); 
2®  la  publication  du  plan  de  Watten  et  de  son 
fort,  en  1644 ainsi  que  la  carte  du  pays  k cette 
6poque  (2)  etc. , etc. ; 3®  vous  allez  reproduce  le 
trace  de  la  ville  et  du  chateau  de  Guines  sous  la 
domination  anglaise,  d’apres  les  originaux  conserves 
a la  tour  de  Londres.  D’autres  plans  non  moins 
curieux  vous  seront  sans  doute  r6serv6s  encore: 
le  beau  cabinet  de  MM.  Derbeims  , nos  honorables 
collfegues  de  Calais , est  une  mine  flconde  en  ri- 
chcsses  de  ce  genre  , leur  aimabie  obligeance  vous 
a permis  d’y  puiser  k pleines  mains  (3). 

(1)  Allas  du  tome  V des  mdmoires  de  la  Socidtd  des^  Antiquaires 
de  la  Morinie. 

(1)  Id  1.  IV , p.  51. 

(3)  cVst  a MM.  Derheims  que  nous  sommes  redevable*  des  plans 
de  Therouanne , de  Guinet  , d'Hdmes , etc. , etc.  tous  ofliciel- 
lement  certifies  par  le  garde  des  archives. 

M.  Mahoy  , horiogcr  a SI  )mer , a eu  la  bonte  de  nous  com- 
muniquer  egaleimnt  une  autre  copie  de  Pancicn  plan  de  Guines, 
provcnant  de  la  m<?mc  origine. 


Ajoutons  an  mot ; on  nous  annonce  la  renppa- 
t'ition  d’un  document  precieux  pour  I'histoire  de 
notre  province.  L’ancien  cartulairc  de  Therouanne, 
longtemps  egare  , est  actuellemeni , dit-on  , dans 
la  biblioihequc  de  notre  savant  collegue  de  Bruges, 
M.  l’abbe  Carton  , membre  de  l'Academie  royale 
de  Bruxelles , etc.  Felicitons-nous , Messieurs , de 
cetle  heureuse  decouverte  ; ainsi  confiec  , la  lumiere 
ne  saurait  plus  rester  sous  )e  boisseau  , ellc  rejaillira 
sans  doute  jusqu’a  nous.  Nous  nous  empresserons 
de  vous  reparler  de  cet  interessant  volume  aus- 
sitot  qu’il  nous  aura  ete  permis  de  1'examiner 
nous  meme. 

Nous  avan? ons  , Messieurs  > notre  tache  s’aocom- 
plit;  mais  nous  ne  pouvons  la  terminer  sans  ex- 
primer un  sentiment  douloureux ; nos  rangs  se  sont 
eclacis....  les  fonctions  publiques  de  quelques- 
uns , la  sante  de  quelques  autres , les  ont  eloignes 
de  nous...  D'autres  encore  ne  sont  plus...  la  mort, 
toujours  impitoyable , a frappe  r a notre  tete  ce 
venerable  et  spirituel  vieillard  qui , pendant  plu- 
sieurs  ann^es , presida  nos  travaux  : le  general 
vicomte  du  Tertre  , ancien  depute,  commandeur  de 
la  L4gion-d’Honneur  , chevalier  de  St -Louis  , de 
Charles  111 , de  St-Ferdinand  d’Espagne  et  de  plu- 
sieurs  autres  ordres  , a ete  enleve  depuis  peu  a 
la  Societe , a sa  famille , a ses  amis , a 1’age  de 
76  ans....  Ses  funerailles  ont  eu  lieu  avec  la  distinc- 
tion due  a son  rang , a Sl-Martin-au-Laert , oil 


XXVI 


reposcnl  scs  depouilles  mortelles.  L’lionm  ur  de 
vous  parler  dc  lui  reviendra  naturellement  a celui 
d’entre  vous  que  vos  suffrages  designeront  plus 
tard  pour  prendre  sa  place  vide  encore....  Nous 
devons  nous  borner  maintenant  a deposer  sur  la 
tombe  a peine  fermee  de  notre  ancien  president, 
1’expression  des  regrets  unanimes  de  ses  collegues. 

Au  milieu  des  pertes  souvent  irreparables  que 
d'apres  les  lois  de  notre  fragile  nature  nous  som- 
mes  forces  de  subir;  dans  ce  roulement  perpetuel 
de  la  vie  humaine  , oil  les  existences  d’aujourd’hui 
ont  succede  a celles  d'hier  et  oil  celles  de  demain 
remplaceront  a leur  tour  celles  d’aujourd'hui ; si 
les  homines  disparaissent  pour  faire  place  i d'autres 
hom  mes , les  societes  seules  restent  debout  etne  meu- 
rent  pas , inalgre  les  orages  dont  par  intervalies 
elles  sont  traversees  : ainsi  le  veut  dans  seseter- 
nels  decrets  la  volonte  immuable  de  la  Providence... 
Aulant  qu'on  peut  comparer  les  petites  clioses 
aux  grandes,  il  en  sera  de  meme  , Messieurs  , pour 
notre  modeste  association  scientifique  : dans  son 
humble  sphere,  inalgre  les  epines  dont  sa  route 
est  parsemee , elle  continuera  son  ceuvre  avec  la 
eonfiance  d’accomplir  une  utile  mission. 

Uno  avulso  non  deficit...  alter  !... 

Grice  a nos  efforts  communs,  (’importance  des 
itudes  bistoriques,  quelque  fois  meconnue  , grandira 
et  s’aiclimalera  parmi  nous.  En  attendant.  Messieurs* 


— XXVII  — 

unissant  nos  travaux  k ceux  des  nombreux  comit6s  his- 
toriques  ou  archeologiques  qui  couvrent  le  pays,  ma- 
lisons de  zele  et  de  devouement  pour  « illustrer 
» notre  petite  patrie  locale , element  de  la  grande 
» patrie  commune  (1).  > Atteindre  ce  but  ne  serait- 
ce  pas  , la  meilleure  des  recompenses  et  le  plus 
beau  succfes  que  la  Society  des  Antiquaires  de  la 
Morinie  puisse  ambitionner  ? 


(1)  M.  Jules  Des n oyer*?,  — Rapport  des  travaux  de  la  Societd  de 
I’hisioire  de  France  , bulletin  n°  5 , tnui  1851  , p.  80. 


NOTICE 

sun 

UN  TRAIT®  RELATIF  A LA  PEINTCRE 

AU  MOYEN-AGE. 


NOTICE 


SUE 

DR  TRAITS  RELATIF  A LA  PEIKTORE 


AU  MOYEN— AGE  j 

par  PIERRE  DE  SAINT-OMER , 

INSURE  DANS  LE  MANUSCRIT  N#  67 if  DE  LA 
BIBLIOTHEQUE  NATIONALS. 


Les  bibliethfeques  de  Paris  et  des  d£partements 
renferment  une'foule  de  documents  in£dits  qui 
seraient  de  nature  k nous  int6resser,  non-seulement 
par  leur  importance  arch£ologique  ou  historique , 
mais  encore  comme  emanant  d’individus  de  notre 
pays , dont  on  connait  k peine  les  noms.  D6jk  le 
premier  volume  du  catalogue  des  manuscrits  con- 
tenus  dans  les  bibliotheques  des  departements , 
publie  par  le  ministere  de  Instruction  publique  , 
nous  a r6vel6  une  lettre  attribute  , selon  l’auteur 


— I — 

da  catalogue  , k un  moine  de  St-0mer , nomine 
Oslo  , personnage  qae  M.  Hermand  vous  a demon  tr6 
fctre  le  meme  que  l’ex-chatelain  de  St-Omer,  du  m£me 
nom,  prfes  parent  de  l’un  des  fondateurs  de  l’ordre  des 
Templiers,  et  qui  apres  etre  entre  dans  1’ordre  da 
Temple  lui-meme,  s’intitalait  ordinairement : Fraler 
de  Sancto  Audomaro  , comme  il  est  indique  dans 
ladite  lettre. 

Esperons  que  la  suite  de  ce  catalogue  nous 
r^velera  encore  d’autres  richesses,  et  que  peu  a 
peu  nous  finirons  par  connaitre  tout  ce  qui , inte- 
ressant  notre  pays,  est  dissemin6  dans  toutes  les 
bibliotheques  de  France. 

Je  viens  aujourd’hui  vous  soumettre  l’analyse 
d’un  manuserit  de  la  bibliotheque  nationale , dont 
je  dois  la  connaissance  h notre  honorable  collegue 
M.  Dufaitelle.  C’est  un  traite  sur  la  peinture,  ecrit 
par  un  nomm£  Pierre  de  Sl-Omer.  Le  titre  de 
cet  ouvrage  est  : Liber  magutri  Petri  de  Sancto 
Audomaro  de  coloribus  faciendu.  11  se  trouve  dans 
le  reciieil  portant  le  n°  6741  (manuscrits  latins). 
Je  crois  assez  interessant  de  donner  in  exlemo  la 
table  de  ce  manuserit. 

Dans  son  introduction  au  manuserit  de  Theopbile 
public  par  M.  de  l’Escalopier  , M.  Guichard  donne 
aussi  cette  table,  mais  seulement  telle  qu’il  l’a 
extraite  du  catalogue  imprim6  des  manuscrits  de 
cette  bibliotheque  (1)  ; elle  y est  necessairement 


(t)  L«e.  <it.  p:ig.  xxu. 


— 5 — 

abregee.  La  void  telle  qu’elle  eat  ecrite  sur  le 
premier  feuillet  du  manuscrit: 

CONTINENTUR  HOC  VOLUMINE. 

1*  Tabula  de  vocabulis  synonymis  et  aequivocis  colo- 
rum  rerumque  et  accidentium  colorum , ipsique 
or  arti  pictoriae  conferentium  nec  non  ope - 
rum  exerciliorum  que  propitiorum  ac  contin - 
gentium  eorum. 

2*  Alia  tabula  licet  imperfecta  et  sine  initio. 

3°  Experimenta  de  coloribus. 

4®  Experimenta  diversa  alia  que  de  coloribus, 

5*  Liber  Theophili  admirabilis  et  doclissimi  magistri 
de  omni  sdentia  picturaee  arlis. 

6®  Liber  magistri  Petri  de  Sancto  Audomaro  de 
coloribus  faciendis. 

7®  Eraclii  sapientissimi  viri , liber  primus  et  tnc- 
tricus  de  coloribus  et  artibus  romanorum. 

Ejusdem  liber  secundus  item  melricus. 

Ejusdem  liber  tertius.  sed  prosaicus  de  coloribus 
et  artibus  pictis. 

8*  De  coloribus  ad  pingendum  capitula  scripta  et 
notata  a Johanne  Archerio  sive  Algerio  an.  d. 
4398  ut  accepit  a Jacobo  Cona  flamingo  pic - 
tore  commorante  tunc  Parisius. 

9®  Capitula  de  coloribus  ad  illuminandum  libros , 
ab  eodem  Argerio  sive  Algerio  scripta  et  notata 


— 6 


an.  1398  ut  accepit  ab  Antonio  de  Compendia 
illuminalore  librorum  in  parisius  et  a magisiro 
Alberto  Perzello  perfectissimo  in  omnibus  tnodis 
seribandi  mediolani  seholas  tenente. 

1 0#  Aultres  receptes  en  latin  et  fran^ois  per  magis- 
trum  Johannem  le  bbgue  licentialum  in  legibus 
et  generalium  magistrorum  monetce  regispref - 
fario  parisius  qui  prcesens  opus  sen  capilula  in 
hoc  volumine  aggregata  propria  manu  scripsit 
anno  Domini  1431  celatis  sues  63. 

ILLUSTRA  DEUS  OCULUM. 

Conime  on  le  voit , cet  ouvrage  n’est  autre  chose 
qiTun  recueil  de  recettes  relatives  a la  peinture, 
ecrites  par  un  amateur.  Dans  son  introduction  pre- 
citee  , M.  Guichard  pense  que  le  manuscrit 
n°  6741  de  la  bibliotheque  nalionale  a etc  ecrit 
dans  la  deuxieme  moitie  du  15*  siecle.  Je  serais 
plutot  d’avis  qu’il  a ete  ecrit  a la  date  de  1431, 
par  Jean  le  Begue.  La  mention  faite  dans  la  table 
citee  plus  haut,  propria  mam  scripsit , le  prouve- 
rait  si  cette  table  n’etait  pas  d’une  epoque  poste- 
rieure  a la  composition  de  l’ouvrage  (1).  Mais  ii 

(1)  La  table  a ete  ecrite  vers  1570  environ.  Cette  date , derite  sur 
le  convert , de  !a  mime  dcriture  que  la  table  , me  le  fait  penscr : 
l’orthographe  dcs  mots  ou  Ton  voit  employer  la  diphtongue  m an 
lieu  de  la  voyelie  e simplement , est  une  nouvelle  preuve  de  la 
dale  plus  receute  de  cette  table. 


— 7 — 

existe  k la  fin  du  volume  la  mention  suivante , do 
la  meme  main  que  le  reste  du  manuscrit : 

Compositum  est  librum  isle  a magistro  Johame 
le  Begae  licentialo  in  legibus  greffario  generalium 
magistrorum  monele  regis , parisius  anno  Domini 
\ 431 , etatis  sue  63. 

Le  mot  librum  s’applique  , il  me  semble , k tout 
le  corps  de  l’ouvrage , et  non  seulement  aux  receltes 
qui  en  forment  la  derniere  partie. 

Au  reste , quoiqu’il  en  soit , il  est  certain  par 
la  composition  dos  matieres  du  volume , que  tous 
ces  ouvrages  sont  anterieurs  k 1431. 

Les  n°*  8 et  9 portent  leur  date  de  1398.  Le 
n°  7 •,  quoique  sans  date , parait  dtre  assez  ancien. 
Le  n°  5 est  le  premier  livre  de  l’ouvrage  de  Theo- 
phile , qui  a ecrit , au  plus  tard , dans  le  1 3?  siecle, 
un  traite  intitule  : .Diversarum  arlium  Schedule,  (1). 
Mats  en  ne  vient  nous  indiqiier  la  date  de  celui 
compose  par  Pierre  de  St-Omer , de  coloribus  fa- 
ciendis.  Si  l’on  avait  le  manuscrit  original , on 
pourrait  peut-etre  en  juger  par  l’ecriture,  I’epoque 
approximative.  Cependant  voici  un  fait  qui  pourrait 
nous  mettre  sur  la  voie  ; il  existe  k la  bi- 
bliothkque  nationals  un  autre  manuscrit  in-8° , 
catalogue  sous  le  n®  8484  , qui  contient  au  bas 


(1)  C.  F.  TOuvrage  de  M.  de  l’Escalopier  qui  a publid  le  traitd 
de  Tbdophile  et  riotroductioj)  de  M.  Guicbard. 


— 8 — 

de  la  premiere  page  la  mention  suivante , d’une 
Venture  assez  recente : 

In  codice  658  S.  Germani  de  pratis  hi  vernu 
tribuuntur  Petro  Pictori  canonico  S.  Audomari. 

Ce  Pierre  Pictor  serait-il  le  meme  que  celui  qui 
a ecrit  l’ouvrage  sur  les  couleurs  dont  nous  nous 
occupons.  La  chose  est  possible.  Le  manuscrit 
n°  8484  contient  diverses  pieces,  loupes  de  la 
mkme  main,  a l’exception  de  la  demure , intitulee  : 
Sermo  S.  Bemardi  abbatis. 

Le  commencement , qui  est  en  vers , n’ayant 
qu’une  seule  rime  pour  deux  vers  conseculifs , 
parait  ktre  seul  attribue  a Pierre  Pictor , chanoine 
de  St-Omer , et  puisque  tout  le  volume  a etd 
evidemment  4crit  par  le  m&me  individu  , il  s’ensuit 
que  ces  vers  ont  du  etre  faits  4 une  epoque  ant4- 
rieure , aussi  peu  61oign4e  que  Ton  voudra  de  la 
composition  du  recueil.  Pour  celui-ci , l’inspection 
de  1’ecriture  nous  donne  incontestablement  l’epoque 
du  1 3e  siecle.  Rien  ne  nous  apprend  dans  l’examen 
du  manuscrit  ce  que  faisait  ce  chanoine  de  St-Omer. 
Mais,  h cette  epoque  oil  les  noms  de  famille  n’etaient 
pas  encore  completement  en  usage , et  oh  Ton 
donnait  aux  personnes  des  surnoms,  derivant  de 
leur  profession , ou  de  Tart  qu’ils  pratiquaient  le 
plus  habituellement , il  est  probable  que  ce  Pierre, 
chanoine  de  St-Omer , s’adonnait  surtout  k la  pein- 
ture  des  manuscrits , ce  qui  lui  aura  valu  le  surnom 


tie  Piclor.  Quoi  de  plus  nature!  d’admettre  alors 
que puisque  nous  retrouvons  un  ouvrage  traitant 
specialement  de  la  peinture , ecrit  par  un  nommd 
Pierre  de  St-Omer , celui-ci , et  Petrus  Piclor  ctt- 
nonicus  Sancti  Audomari,  l’auteur  des  vers  contenus 
au  commencement  du  manuscrit  n°  8484  , ne  sont 
qu'un  seul  et  meme  personnage.  Un  autre  fait  me 
porterait  > encore  4 le  penser. 

L’ouvrage  de  coloribus  faciendis  contient  divers 
membres  de  phrase  qui  prouvent  que  son  auteur 
n'etait  pas  un  laique.  Ainsi  k I’artidle  1 6 , intitule 
de  croco  et  de  diversitatibus  ejus,  on  trouve  la 
mention  suivante  : 

Et  enim  que  dam  .herba  albo  silis  foliis  et  audi- 
cibus  cujus  / lores  nos  crocum  , laid  vero  safran 
vocant. 

Dans  1’arlicle  54 , oil  il  est  question  de  iKemploi 
de  l’4tain  torsque  l'on  n’a  pas  d’or , parmi  les 
preparations  k faire  , on  trouve  pour  la  dur£e  fle 
l’une  d’elle,,  cette  mention : 

....  Quantum  spatium  est  cantare  missam... 

•Tout  prouve  et  je  crois , Messieurs , que  voua 
serez  de  mon  avis,  que  notre  auteur  etait  un 
ecclesiastique ; et  commeil  ne  porte  point  de  nom 
patronimique , on  peut  admettre  qu’il  dcrivait  k 
une  epoque  oil  ces  noms  n’etaient  point  en  usage, 
d’oii  decoulent  les  conclusions  que  j’ai  posees  plus 
•haut. 


2 


— 10  — 

Une  fois  ce  point  ad  mis,  resterait  encore  un 
autre  k resoudre.  Quel  pouvait  £tre  notre  auteur, 
Pierre  de  St-Omer.  Je  ne  puis,  en  l’absence 
d’aucun  renseignement  positif,  et  je  crois  la  chose, 
sinon  impossible , du  moins  tr^s— difficile , dire 
quel  grade  il  avait  dans  le  chapitre  de  St-Omer. 
Ce  chapitre  se  composait  de  vingt-huit  chanoines 
et  d’un  pr£v6t.  Comme  on  le  voit , le  champ  dcs 
recherchcs  est  assez  large.  Plusieurs  prevdts  oat 
port6  ce  prenom  de  Pierre  dans  le  cours  du  13® 
siecle , mais  rien  ne  nous  dit  si  1’auteur  de  nclrc 
ouvrage  6tait  revctu  do  la  dignitk  prevotale.  Je  ne  le 
pense  pas.  Nous  avons  vu  plus  haut  les  raisons 
qui  m’ont  porte  k penser  quo  notre  auteur  etait 
le  memo  que  cclui  qui  a dcrit  une  partie  du  ma- 
nuserit  n°  8484,  lequel  est  qualific  seulement  de 
canonicus  Sancti  Audomari.  Si  ce  dernier  avait  joui 
de  quelque  dignite , telle  que  celle  de  prevdt , 
certainement  lc  bibliothecaire  de  StrGermain-dcs- 
Pr&3,  l’eut  indiquee.  Nous  sommes  done  reduits 
k rcconndtre  que  Pierre  de  St-Omer  6 tail  simple 
chanoinc. 

Quant  k la  presence  de  ces  manuscrits  k Paris, 
ellc  peut  s’expliquer  par  les  faits  suivants:  Ade- 
nulphe  d’Anagnia , pr6v6t  de  l’eglise  de  St-Omer 
vers  le  milieu  du  1 3*  sifccle , £tait  chanoine  de 
Notre-Dame  de  Paris.  11  refusa  l’archev£che  de 
Narhonne  et  se  retira  k l’abbaye  de  St-Yictor , ou 
il  mourut  le  2 avril  4280,  Le  necrologe  de  cette 


— 44  — 

abbaye  dit  qu’en  preuve  de  l’affection  qu’Adenulphe 
Iui  portait,  il  lui  avait  fait  don  de  400  sous  pa*- 
risis , et  que  depuis  lorsqu’il  s’y  4tait  retire  , il 
leur  donna  d’excellents  livres  ( libros  optimos ) , 
acquis  et  recueillis  par  lui  avec  un  grand  soin , 
parmi  lesquels  on  distinguait  Tancien  et  le  nouveau 
testament  (4).  Qu’y  a-t-il  de  plus  nature!  de  sup- 
poser  que  ce  prevdt  pendant  son  s6jour  k St-Omer 
coit  devenu  possesseur  du  traite  de  Pierre  de 
St-Omer  sur  la  peinture  et  du  pofeme  qui  com- 
mence le  recueil  n°  8484,  manuscrits  qui  se- 
raient  alors  passes  dans  la  bibliotbfeque  des  Vic- 
torins.  Plus  tard , 1’abbaye  de  S t-G ermain-d  es-Prds 
a sans  doute  fait  copier  le  poeme  qui  commence  le 
recueil  n*  8484,  traitant  complement  de  sujets 
sacres , tandis  qu’au  contraire  cn  4 434  , Jean  le 
Bcgue  qui  composait  un  recueil  de  recettes  rela- 
tives a la  peinture,  aura  emprunt6  le  premier 
traite  pour  le  copier  et  l’inserer  dans  ledit  recueil. 
Gela  nous  expliquerait  en  meme  temps  pourquo 
les  manuscrits  originaux  ne  sc  retrouvant  pas , on 
n’en  a que  des  copies  qui  n’en  sont  pas  moins 
precieuses.  Quoiqu’il  en  soit , en  l’absence  d'aulres 
faits  plus  positif3 , je  livre  cette  bypothese  a l’ap- 
preciation  des  archeologues. 

L’ouvrage  de  Pierre  de  St-Omer  traite,  comme 
1’indique  le  titre , de  la  maniere  de  faire  les  cou- 


, (1)  Histoire  Iittdraire  de  France  , tom.  XXI , pag.  298  ct  296. 


— 12  — 

leurs,  et  un  peu  aussi  de  celle  de  s’en  servir.  II 
e9t  plus  explicile  que  le  traite  de  Theophile  pour 
la  premiere  par  tie,  mais  ill  est  beau  coup  plus 
succinct  pour  ce  qui  coucerne  la  seconde.  L’auteur 
a.  du  certaiuement  avoir  connaissance  de  ce  traite, 
car  il  y a des  articles.,  dans  le  manuscrit  qui  nous 
occupe , qui  sont  copies  mot  pour  mot  dans  Tlieo- 
phile.  De  m£me  que  ce  dernier  , Pierre  de  St-Omer 
enseigne  en  tres-peu  de  mots , il  est  vrai , et  comme 
en  passant,  que  pour  peindre  sur  des  murs  ou 
du  bois , il  font  delayer  les  couleurs  a l’huile.  Au 
reste , ce  fait  n’a  rien  d’etonnant.  M.  Guichard , 
dans  son  introduction  au  traits  de  Theophile  r public 
par  M.  de  l’Escalopier  (1)  , demontre  facilement 
que  la  peinlure  a l’huile  etait  conoue  dfes  les  dou- 
zieme  et  treizieme  siecles;  mais  qu’on  ne  s’en  ser- 
vait  pas,  parce  que  c’etait  une  tres4ongue  affaire  vu 
qu’il  fallait  laisser  secher  sa  peinture  au  soleil  , 
a chaque  couche  que  I’on  donnait,  tandis  que  les 
freres  Van-Eyck , trouv&rent  un  vernis  siccatif  qui 
leur  permettait  de  faire  secher  leurs  tableaux  sans 
les  exposer  au  soleil.  A ce  titre,  ils  sont  done 
bien  les  inventeurs  de  la  peinture  & l’huile , puis- 
qu’ils  ont  trouve  la  maniere  de  s’en  servir. 

Ces  preliminaires  pos^s , nous  alTons  maintenant 
examiner  le  manuserit  de  Pierre  de  St-Omer , et 
en  donner  une  courte  analyse  dcs  chapitres,  sur- 


(1)  Pag,  IXVl  et  suivanles. 


— 13  — 

lout  de  ceux  qui  m’ont  paru  les  plus  interessants. 
Le  peq  de  temps  que  j’ai  eu  pour  examiner  le 
manuscrit  m’a  empeche , du  reste , d’en  prendre 
autre  chose  que  l’analyse  plus  ou  mt  as  de  tail  lee, 
il  est  vrai , mais  toujours  assez  exacte  du  moins, 
je  l'esp^re,  pour  donner  une  idee  des  procedes 
employes  h l’epoque  oil  Scrivait  l’auteur  (1). 

Le  titre  est  le  suivant : 

Incipit  liber  magistri  Petri  de  Sancto  Audomaro 
de  coloribus  faciendis  et  primo  prohemium 

1.  De  modo  faciendi  viriiem  color em  ex  sale, 

2.  Quomodo  fit  ace  turn. 

J'ai  reuni  ces  deux  articles , parce  qu’a  propre- 
ment  parler , il  n’en  font  qu’un , puisque  pour 
faire  le  vert  dont  il  est  parl£  dans  le  premier , il 
faut  employer  le  vinaigre , et  qu’on  donne  sa  pre- 
paration dans  le  second.  Theopbile. , dans  son  cha- 
pitre  XLII  (2)  , donne  la  methode  pour  preparer 
le  vert  sale  , qui  est  k peu  de  chose  pres  la  meme 
que  celle  de  notre  auteur , savoir  : faire  tor  rafter  le 
sel  pour  pouvoir  le  reduire  en  poudre  fine , enduire 

(1)  Les  titres  des  chapitres  da  manascrft  soot  en  rouge , et  les 
initiale  sont  suecessivement  rouges  et  bleues.  Toules  les  recettes 
portent  un  numdro  d’ordte  k partfr  du  commencement  du  manuscrit. 

(2)  V.  M.  de  l'Escalopier , pag.  68  et  note  pag.  308.  Je  renverrai 
dans  les  articles  sutvanis  en  note  aux  chapitres  de  l'ouvrage  de 
Tbdophile  qui  • out  rapport  a ceux  du  manuscrit  dont  nous  nous 
occupons. 


— u — 

de  savon  des  lames  de  cuivre , les  asperger  de 
sel  et  les  exposer  ensuite  a la  vapeur  de  vinaigre 
dans  un  vase  clos  et  dans  un  endroit  chaud  , 
tel  qu’tme  6curie.  On  retire  ensuite  les  lames  de 
cuivre  au  bout  de  quatre  semaines,  et  on  les 
gratte  pour  en  retirer  la  couleur  verte.  L’auteur 
fait  6videmment  une  distinction  entre  ce  vert  et 
celui  appel6  liabituellement  vert-de-gris , dont  il 
est  question  dans  l’article  suivant. 

3.  De  albo  et  viridi  colore  quomodo  fiunt  et 
distemperanlur  (1). 

Exposer  des  lames  de  cuivre  ou  de.  plomb , a 
la  vapeur  de  vinaigre  dans  un  vase  clos , pendant 
trente  jours  , dans  da  . fumier.  Pour  peindre  sur 
bois , broyer  avec  de  l'buile ; pour  les  employer 
sur  du  parchemin,  les  delayer  dans  du  bon  vin 
tr&s-clair  ou  du  vinaigre. 

4.  De  aqua  vel  viridi  colore  ad  scribendum. 

Broyer  de  la  poussifere  verte  avec  le  doigt  a 

plusieurs  reprises  dans  du  vin  ou  du  vinaigre , 
jusqu’k  ce  que  Ton  ait  la  couleur  voulue ; ajouter  un 
un  peu  de  safraa  ( crocus ) pour  la  rendre  plus 
Belle ; laisser  reposer , decanther  et  concentrer , 

(1)  Traits  de  Thlophile  , cbapitre  XL11I  et  XLIY.  Bf.  de  rEscalopier, 
pag.  70. 

C’est  de  cette  manure  qae  se  prd parent  encore  aujourd’hui  la 
ceruse  et  le  verdet  du  commerce.  TWophile  appelle  ce  vert  viridi* 
hispanicut . 


— 15  — 

soit  au  feu , soit  & uh  air  doux,  on  h l’ombre  du 
soleil  le  soir  et  le  matin. 

5.  Deminio  faciendo  de  albo  colore  antedicto  (1). 

Mettre  de  la  ceruse  dans  un  vase  ouvert , au 
inilieu  de  charbons , de  manifere  a ce  que  la 
flamme  ne  puisse  la  toucher , faire  cuire  deux  nuits 
discontinues  en  ayant  soin  que  les  cendres  ne 
volent  pas. 

6.  Quomodo  jit  viride  eris  quod  grecurn  dieitur 
sen  command. 

Prendre  un  vase  creux  oh  Ton  met  du  vinaigre 
tros-fort,  suspendre  des  lames  de  cuivre  dans  ce 
vase  de  manure  qu’elles  ne  touchent  pas  le  vinaigre, 
clcre  le  vase , et  le  mettre  pendant  six  mois  dans 
un  endroit  chaud.  Ouvrir  ensuite  le  vase,  racier 
le3  lames  de  cuivre  et  s^cher  au  soleil  (2). 

7.  De  viride  Rolhomagense  fiendo. 

Prendre  des  lames  de  cuivre  ou  d’airain  tr5s- 
pur , les  frotter  de  savon , puis  les  suspendre  au- 
dessus  du  vinaigre  comme  k 1’article  6 , laisser 
dans  un  endroit  chaud  pendant  un  mois.  Le  reste 
comme  ci-dessus. 

(1)  Traitd  de  Theopbile  , chap.  XL1V.  M.  de  1'Escalopier,  p,  71. 

Le  mode  de  preparation  indiqud  ne  donne  que  la  couleur  appelde 

mine  orange , V.  Kdrimde  de  la  peintere  & l’huile  page  123, 

(2)  Cette  preparation  est  & pea  de  chose  pr&s  la  mime  que  celle 
du  n®  3 ; nous  rencontrerons  encore  souvent  ce  fait  dans  le  couri 
de  cette  analyse. 


— 16  — 

8.  Item  de  viridi  eris  qui  sit  .pro  seribendo. 

Meier  du  miel  avec  du  vinaigre,  mettre  ce  melange 

pendant  douze  jours  dans  un  vase  de  cuivre  ou 
d’airain , et  l’ensevelir  dans  du  fumier  de  cheval. 
Racier  ensuite  la  couleur  et  secher  au  soleil. 

9.  Item  de  fiendo  viridi  ahter eris. 

Pour  faire  du  vert  terrestre  f.terrenwm)  prendre 
dans  le  milieu  de  mai  une  grande  quantity  d’herbe 
appelee  aquileia , la  piler  dans  un  mortier  , re- 
cueillir  le  jus  , deposer  dans  un  vase  et  faire  secher 
au  soleil  jusqu’a  ce  qu’il  soit  dur ; pour  l’employer, 
le  delayer  dans  l’eau  ou  bien  avec  un  ceuf  pour 
les  bois  et  les  murs. 

10.  Item  de  viridi  faciendo . 

Preparation  analogue  au  6.,  seulement  laisser 
pendant  neuf  jours  dans  un  endroit  chaud.  Si  la 
couleur  n’est  pas  assez  verte-,  ajouter  le  vert 
precedent , si  elle  tend  a noircir  , ajouter  de  l’or- 
piment  (1). 

41.  Item  eris  viride  sic  fit. 

Mettre  du  vinaigre  dans  un  vase  .d’airain  ou  de 
euivre  et  le  faire  bouillir  fortement,  separer  >le 
vert  qui  est  au  fond  , le  broyer  et  remettre  le 

(i)  Cet  article  dans  le  manuscrit  commence  par  celte  phrase  : 
Si  eis  facer e celorem  viridem  accipe  nudum  hois..,  ..  Je  n’ai  pu 
determiner  quel  dtait  cet  ingredient  a mdJanger  avec  le  vinaigre 
ou  Turme  pour  faire  la  preparation  de  cette  couleur  ' verle,  et 
qui  abrege  probablement  la  duree  de  Toperation. 


- n — 

vinaigre  dans  un  autre  vase.  Rccommencer  aims 
plusieurs  fois  jusqu’a  ce  que  an  ait  suffisamment 
de  couleur. 

42.  Quomodo  pulcrum  fit  viride. 

Meier  du  safran  ( crocus ) au  vert  d’Espagne. 

43.  De  folio  quomodo  distemperatur  (4). 

L’auteur  explique  ce  que  Ton  entend  par  folium 
eu  ces  terraes  : 

Purpurem  color  quern  folium  meant  laid  qui  lanam 
ndb  lingunt , vel  potius  anglici  in  quorum  terra 
conficitur  nuorinam  meant....  etc. 

Pour  1’employer  on  se  sert  de  l’urine  ou  d’une 
preparation  faite  avec  des  cendres  de  frene , lors- 
qu’on  veut  s’en  servir  sur  les  murs;  et  avec  de 
la  colle  de  fromage  pour  les  parchemins. 

4 4.  Quomodo  viscum  de  casco  fit  (2). 

Laver  un  fromage  neuf  dans  l’eau  plusieurs  fois 
pour  chasser  le  lait  et  piler  ensuite  dans  un  mortier 
de  marbre , en  y ajoutant  de  l’eau  pour  avoir  une 
liqueur  visqueuse  blanebe  comme  le  lait.  Pour  s’en 
servir  avec  le  folium , on  fait  rechauffer  la  couleur 


(1)  Thdophile , chap.  XL.  V.  M.  de  PEscalopier , page  65. 

(2)  Theophile  , chap.  XVil.  V.  M.  de  I'Escalopier,  page  31. 

Theophile  n’indique  l’cmploi  du  folium  qu’avec  des  cendres ; le 
moyen  decrit  par  Pierre  de  St-Omer  avec  de  la  colle  de  fromaget 
parait  lui  appartenir , e’etait  peut*4tre  cclui  dont  il  faisaic  usage, 

3 


— 48  — 

et  on  la  melange  avec  eette  colie  au  moyen  d'lin 
baton  ou  d'un  couteau , en  ayant  soin  que  le  vent 
ne  l’atteigne  pas. 

15.  De  folio  tcamurierui  purpureo  colore  quomodo 
distemperatur  teu  fit  (1). 

Prendre  du  bois  d’orme , le  brtiler  et  separer 
les  fleurs  de  cendre  qui  apparaissent  sur  le  charbon; 
broyer  dans  un  mortier  avec  de  1'urine  de  maniere 
que  le  melange  prenne  la  consistance  du  pain  non 
cuit;  en  faire  des  tourteaux,  et  cuire  pendant  un 
demi-jour  sur  des  plaques  de  fer.  Piler  ensuite  de 
nouveau  ju3qu’&  ce  que  ces  tourteaux  soient  reduits 
en  poussi&re  et  faire  passer  & travers  un  linge. 
Ayez  ensuite  des  vases  pleins  d’urine  qu’on  fait 
bouillir  trois  ou  quatre  fois , melangez  le  folium 
avec  l’urine  encore  chaude , lavez  ensuite  et  faites 
secher.  Prenez  ensuite  avec  une  spatule  la  cendre 
preparee  precedemment , faites  des  lits  successes 
de  cette  cendre  et  de  folium , broyez  le  melange 
et  laissez  le  pendant  trois  jours  aupres  du  feu. 
Vous  aurez  ainsi  une  couleur  pourpre.  Si  on  veut 
l’employer  a teindre  , il  suffit  de  la  dissoudre  dans 
l’eau. 

16.  De  croco  et  de  diversitalibus  ejus. 

Tous  les  crocus  ne  sont  pas  bons  pour  peindre. 
Yoici  la  definition  qu’en  donne  notre  auteur : Et 


(1)  La  ralihodc  indiqucc  ici  est  prlcialmeat  celle  que  Th&phiie 
ddcrit  dans  son  chapitre  XL. 


— 19  — 

enim  quedam  herba  albo  tilts  folivs  et  radictbus  eujus 
floret  nos  crocum , laid  vero  safran  vocant.  11  faut 
humecter  ses  doigts  de  salive,  frotter  un  peu  la 
fleur  , si  les  doigts  sont  jaunes  , la  plante  vient 
d’ltalie  ou  d’Espagne  et  elle  est  bonne.  Pour  se 
servir  du  crocus , l’auteur  le  met  dans  l’eau  aupres 
du  feu  et  l’etend  avec  un  pinceau. 

1 7.  Quod  folii  tria  sunt  genera  et  de  modo  dis- 
temperandi  purpureum. 

11  y a trois  genres  de  folium,  le  pourpre,  le 
rouge  et  le  saphir.  MSme  preparation  qu’au  para- 
graphe  4 5 , seulement  on  melange  un  peu  de  chaux 
vive  avec  la  cendre  employee. 

48.  De  azurio  quomodo  distemperatur  et  cum 
quibus  liquoribus. 

Broyer  avec  du  lait  de  chfeyre  , du  lait  de  femme 
ou  de  la  glaire  d’oeuf. 

4$.  Quomodo  preparatw  et  purgetur azurum. 

Le  bro-yer  dans  L’eau  avec  le  doigt  a plusieurs 
reprises , laisser  reposer  et  ne  prendre  que  ce  qui 
va  au  fond,  parce  que  la  couleur  la  plus  pesante 
est  la  meilleure , metanger  avec  une  glaire  d’oeuf 
pour  empecher  la  decomposition , laver  et  conserver 
dans  un  vase  de  bois  avec  de  l’huile,  coniine 
pour  les  couleurs  broyees  (4). 


(1)  Notre  auteur  donat  ici , suivant  son  habitude  f la  maniere 
d’eaiployer  la  couleur  avaat  celle  de  la  fqire.  Je  n’oi  pas  retrouvd 


— 20 


20.  De  azurio  quomodo  efficitur. 

Prendre  un  vase  qui  n’a  jamais  servi , y mettre 
des  lames  d’argent  trfcs-pur , le  couvrir  et  le  sceller, 
mettre  le  vase  dans  la  vendange  ( vindemia J pen- 
dant quinze  jours,  retirer  et  gratter  les  lames , 
on  a alors  de  I’azur  tres-pur. 

21 . De  alio  azurio  non  tain  bono  fiendo. 

Prendre  un  vase  de  cuivre , remplir  k moitie  de 
chaux  et  le  reste  de  vinaigre , le  cl  ore  et  mettre 
dans  un  lieu  chaud , fumier , vendange , etc.  , 
pendant  un  mois , gratter  le  vase  et  dessecher  au 
soleil. 

22.  Item  aliter  fiendo  azurio  cum  tueeo  fiorum 
pertarum . 

Prendre  des  fleurs  bleues  ou  de  couleur  celeste, 
les  broyer , en  exprimer  le  jus , et  le  mettre  dans 
un  vase  avec  de  la  ceruse  par  lits  successifs. 

23.  De  nigro  colore  quomodo  fit  diverti  mode. 

On  fail  du  noir  avec  du  charbon  de  bois  ou  de 

cuir  „ except^  avec  le  chene ; on  broye  a l’eau  ou 
avec  une  glaire  d’oeuf ; et  avec  de  l’huile  pour  les 
murs  et  les  bois. 


tfiM  Theophile  auetmc  maniert  de  preparer  le  bleu.  On  en  denire 
lei  diverges  mdihodes  Ires -diffe rentes  les  tines  des  aulres.  Tomes 
lour  Dissent  »oe  eaulsur  a base  metallique  , ct  qui  explique  sa 
stability  dans  beau coup  de  manuscrile  , ce  qui  n'aurait  pas  lieu  aver 
let  conic ura  vdgelalw. 


— 21  — 


24.  Item  alio  modo  de  nigro  faciendo. 

Prendre  l’ecorce  de  bois  d’aulne,  jeter  par  parties 
avec  du  fer  dans  de  l'eau  , ajouter  un  peu  d’encre 
et  faire  bouillir.  Pour  teindre  un  objet  on  le  met 
dans  celte  liqueur  bouillante  depuis  le  matin  jus- 
qu’k  tierce : si  la  couleur  n’est  pas  bonne , remettre 
1’ objet  en  ajoutant  de  l’encre. 

23.  De  vermiculo  faciendo  (1). 

Mettre  dans  une  ampoule  de  yerre  une  partie 
de  vif-argent  et  deux  de  soufre  blanc  ou  jaune , 
mettre  sur  trois  pierres  au  milieu  des  charbons , 
couvrir  l’orifice  d’une  tuile , et  ne  retirer  du  feu 
que  lorsqu’on  voit  une  fum£e  rouge. 

26.  De  alio  modo  ad  faciendum  vermieulum . 

Mettre  dans  une  ampoule  de  verre  deux  tiers  de 
soufre  et  un  tiers  de  vif-argent  de  manifere  & rem- 
plir  jusqu’au  col  de  l’ampoule , entourer  d’argile 
k trois  reprises  et  mettre  au  milieu  du  charbon 
eomme  dessus. 

27.  De  minio  faciendo  aliter  sandaroco  diclo  (2). 

Guire  au  feu  de  la  ceruse , broyer  avec  de  l’eau 


,(1)  Thdopbile , cbap.  XU.  V.  M.  de  l’Escalopier  , page  567.  La 
maniere  de  faire  le  cinabre  indiqude  par  Thdophile  , se  rapprocbe. 
da  vantage  du  second  mode  employe  par  noire  auteur.  C’est  du 
reste  h peu  pris  le  moyen  suivi  actuellement  poor  se  procurer  du 
vermilion.  Yoir  Merimde , traitd  de  la  peinture  & l’huile , pages 
129  et  suivantes.  n 

(2)  Theophile , cbap  XLIV.  V.  ML  de  l’Escalopicr , page  70.  Ce 
precede  a dtfja  ele  indique  plus  haul  au  paragraphe  5. 


— 22  — 

gomm£e  ou  de  1’ceuf  pour  peindre  sur  parchemin, 
et  avec  de  l’huile  pour  peindre  sur  bois. 

28  Quomodo  miseeatur  minium  cum  vcrmiculo. 

Si  le  vermilion  est  bon , en  mettre  deux  parties 
contre  une  de  minium  , s’il  est  vieux  ne  mettre 
que  la  moiti£  ou  le  tiers  et  le  reste  en  minium. 

29.  Quomodo  lavatur  minium. 

Pour  rendre  la  couleur  an  minium  qui  est  vieux, 
et  d’une  vilaine  teinte,  le  melanger  avec  de  l’eau 
et  du  vin , ce  dernier  dans  la  proportion  du  tiers 
ou  du  quart , laisser  reposer , jeter  l’eau  et  le 
vin ; et  melanger  la  couleur  avec  de  la  glaire  d’oeuf. 

30.  De  sinopide. 

Le  sinople  est-  plus  rouge  que  le  vermilion , 
c’est  du  tres-beau  vermilion. 

31.  Quomodo  eomponitur  okhus  color  seu  mem - 
brana  (1). 

Cette  couleur  s’emploie  pour  les  chairs.  Elie  se 
forme  de  vermilion  et  de  blanc  de  ceruse.  11  faut 
y melanger  un  peu  de  vert,  ou  mettre  de  1’orpi- 
ment  et  de  l’azur.  , 

' 32.  Quomodo  efficiiur  lacha. 

Prendre  des  petits  fragments  de  bois  de  Bresil  (2) 

(1)  Membrana , c'est-&-dire  couleur  de  chair . Theophile  ch.  X. 
Y.  M.  de  TEscalopier  , pag.  It. 

(2 ) Le  bois  de  Bresil , Brazilii  lignum  , esl  un  bois  de  teinture 
appeld  aussi  Brdzillet , on  le  tirait  de  1'Inde.  On  explique  p!ua 
bas,  art.  35 , la  maoiere  de  faire  la  laque. 


— 23  — 

les  felre  bouillir  dans  un  vase  propfe  avec  du  vin 
rouge ; faire  bouillir  6galement  la  laque  avec  de 
l’urine  , mdlanger  le  tout  avec  un  peu  d’alun,  for- 
tement  broyer  , rlduire  et  faire  secher  au  soleil. 

33.  Item  de  faciendo  sinopide  de  mellana. 

Prendre  la  gomme  laque , broyer  et  detremper 
dans  le  vinaigre  ou  l’urine , ajouter  de  la  farine 
de  peau  bien  preparee , en  faire  des  pastilles  que 
Ton  fait  chauffer  jusqu’a  ce  que  Ton  ait  une  bonne 
couleur  rouge  (1). 

34.  Sicut  supra  de  eodem  synopide  aut  faciendo. 

Prendre  de  la  gomme  laque  et  de  la  garance , 
et  cuire  avec  un  peu  d’eau;  laisser  refroidir  et 
broyer  dans  un  mortier ; remettre  le  melange  avec 
de  l’eau  sur  le  feu  dans  une  bassine , en  prenant 
soin  que  l’eau  ne  bouille  pas  , mais  fremisse  seu- 
lement , mettre  sur  I'ongle  de  temps  en  temps 
pour  s’ assurer  de  l’epaisseur  , laisser  refroidir  et 
faire  des  pastilles. 

35.  De  lacca. 

Au  mois  de  mars , couper  transversalement  et  en 
divers  endroits  des  branches  de  lierre , les  ptfrcer 
recueillir  la  liqueur  et  cuire  avec  de  l’urine , cette 
liqueur  se  tourne  en  couleur  de  sang. 

(1)  Le  lexte  renferme  une  phrase  que  je  ne  suis  pas  sur  d’avoir 
bien  traduite  , mime  approximativement.  La  voici  : apres  avoir 
indiquc  de  prendre  de  la  gomme  laque  , l’auteur  dit : deinde  fari - 
nam  cusliceam  bend  d surfure  mundatam  adjmgens.%t,  Je  la  donoe 
ici , es  per  ant  que  quelqu*un  plus  habile  la  devinera. 


— 2i  — 

36.  De  tannea  gcriptura  vel  pietura  (1). 

Quand  on  n’a  pas  d’or  ni  d’argent , il  faut 

prendre  de  1’etain  que  i’on  fond  en  plaques  d'un 
demi-pied  de  longueur  , com  me  celles  que  Ton 
emploie  aux  fenGtres ; les  gratter  en  totality  avec 
un  couteau;  mettre  les  ratissures  dans  un  mortier 
en  metal  de  cloche , ajouter  de  l'eau  et  broyer 
avec  une  meule.  Quand  celte  meule  ne  pourra 
plus  tourner , mettre  le  melange  dans  un  vase 
tres-propre  , decanther  , dessecher  l’etain  au  soleil 
ou  au  feu  , passer  la  poudre  a travers  un  linge 
fin , et  recommencer  l’operation  pour  les  parties 
qui  ne  passeraient  pas.  On  met  cette  poudre 
detain  sur  les  parties  k dorer , sur  lesquelles  ou* 
aura  etendu  avec  un  pinceau  d’ane  de  la  colle  faite 
avec  du  cuir  de  boeuf  de  la  manure  suivante. 

37.  Quomodo  viscum  vel  gluten  fit  de  corio  bovis 
vel  vacce  (2). 

Mettre  du  cuir  prepare  avec  de  l’eau  dans  un 
vase  sur  le  feu  pendant  trois  heures , ajoutant  de 
l’eau  quand  c’est  necessaire ; au  bout  de  ce  temps 
retirer  l’eau  et  en  mettre  de  nouvelle ; on  laissera 
cuire  jusqu’a  la  sixieme  heure  ; au  bout  de  ce 
temps  remettre  de  l’eau  claire , mais  seulement 
une  ou  deux  fois,  Laisser  reduire  au  tiers  et  re- 

(1)  Theophile  , chap.  XXXVI.  V.  M.  de  1'Escalopier , page  60. 

(2)  Theophile , chap.  XVIII.  V.  M.  de  TEscalopier  t page  32.  La 
manicre  indiquee  par  Theophile  est  au  fond  la  mdma  que  celle* 
ci  qui  cnlre  dans  plus  de  details. 


froidir  deux  jours ; s’il  en  restc  au  doigt  lorsqu’elle 
est  coagulee  , la  colie  ne  vaut  rien.  11  faudra  alors 
recuire  pour  qu’elle  devienne  dure  et  n’attache  plus 
au  doigt.  Pour  I’employer , en  prendre  un  peu  et 
fondre  sur  un  feu  doux  , l'etendre  ensuite  avec 
le  pinceau , et  avant  qu’elle  soit  refroidie , repandre 
la  poudre  d’etain,  de  maniere  que  tout  soit  cou- 
vert;  operer  sur  des  parties  pas  trop  grandes; 
enlever  1’etain  en  excedant  et  laisser  secher  jus- 
qu’au  lendemain.  ■ 

38.  De  cognitione  boni  ttanni. 

L’echauffer  dans  la  main  et  ecouter  s’il  fait  un 
petit  bruit  en  se  dilatant , voir  ensuite  s’il  plie 
bien  au  lieu  de  casser  net. 

39.  De  incam  to  quomodo  efficitur  (I)., 

Prendre  de  l’ecorce  d’epine  noire , que  1’on  met 
dans  un  vase  et  ouire  comme  de  la  viande ; ex- 
traire  l’eau  qu’avait  absorbe  l’ecorce,  et  cuire  de 
nouveau  cette  eau  jusqu’a  ebullition ; quand  la 
liqueur  sera  rlduite , transvaser  et  bouillir  de  nou~ 
veau ; transvaser  encore  dans  un  petit  vase  et 
bouillir  une  troisieme  fois.  Quand  l’encre  est  assez 
6paisse , il  faut  la  retirer  parce  qu’elle  est  assez 
cuite. 

Pour  s’en  servir  , en  delayer  un  peu  avec  du 

(1)  En  marge  est  ecrit  d’une  dcriture  plus  rdeente  alramentum. 

Theopbile  indique  exactrmcnt  le  meme  moyen  pour  faire  de  Tencre 
que  celui-ci.  Voir  ebap.  XLV  , M.  de  TEscalopier , page  71. 

4 


— 86  — 

vin , en  faisant  attention  que  lea  ordures  tom  bent 
au  fond.  Prendre  garde  que  le  vase  soit  exposd  % 
la  chaleur.  On  peut  se  servir  de  cette  liqueur  pour 
ecrire  pendant  quatre  jours  ou  unc  semaine  ; si 
elle  est  trop  pale  et  qu’elle  traverse  le  parcbemin 
comme  l’eau , l’encre  n’est  pas  bonne  et  doit  6tre 
recuite. 

40.  Quomodo  in  muro  vel  in  pergameno  ponitur 
aurum  (1). 

Si  vous  voulez  poser  de  Tor  sur  le  mur,  le 
carton , le  bois  ou  le  marbre , broyer  separement 
du  minium  et  du  brun ; prenez  trois  parties  du 
premier  et  quatre  du  second  , et  d£trempez-]es 
avec  de  la  colie  de  parchemin  ou  de  cuir ; etendez 
le  melange  trois  ou  quatre  fois  avec  un  pinceau. 
sur  les  parties  que  l’ori  veut  dorer;  raclez  ensuite 
avec  un  couteau , mettez  de  1’urine  dessus , et 
lorsqiie  ce  sera  a peu  pres  sec , Etendez  1’or  que 
vous  polierez  delieatejment  deux  ou  trois  fois  avec 
un  drap  legerement  chauffe  > ou  avec  la  main. 

41.  Item  de  ponendo  auro . 

Broyer  fortemept  du  platre , delayer  dans  un 

(1)  Theophile  chap.  XX$I,  V.  M.  de  I’lseilopier  f page  St.  . 

L’auteur  da  manuscrit  dont  nous  nous  occapons  apres  avoir  dlcrit 
la  raaniere  de  poser  Tor  et  de  le  polir . ajoute  ces  mots  : vel  sicut 
ego  facio  , ce  qui  prouve  que  les  rtcettes  qu’il  donne  il  les  avait 
employdes  , et  qoe  ce  n’est  point  seulement  un  traitd  tbe'orique  f 
mats  bien  an  traite  pratique  de  la  fabrication  des  coulenrs 


— 27  — 

glaire  d’ceuf  do  la  celle  ou  gluten  fait  avec  de  la 
graisse  de  taureau , melanger  le  platre  avec  cette 
liqueur , mettre  ce  melange  sur  les  parties  ou  Ton 
veut  mettre  de  Tor , laisser  seclier  et  recommencer 
1’ operation  deux  a trois  fois ; racier  pour  applanir ; 
brunir  avec  de  la  colle  de  peau  et  etendre  Tor ; 
laisser  ensuite  seclier  et  polir  avec  une  dent  de 
chien. 

42.  Item  ad  ponendum  aurum. 

Prendre  de  la  teinture  nouvelle  de  bpis  de  Bresil, 
avec  un  glaire  d’ceuf;  peindre  avec.ce  melange  les 
parties  que  Ton  veut  dorer ; mettre  Tor  aussitot , 
laisser  secher  un  demi-jour  ou  un  jour;  brunir 
avec  une  dent  de  chien , d’abord  doucement , en- 
suite plus  fort , enfin  tres  fort , de  maniere  que 
la  sueur  coule  du  front.  Ce  moyen  est  employe 
lorsqu’on  fait  usage  de  parchemin  de  veau ; Si  Ton 
a de  la  peau  de  belier , il  faut  ajouter  un  peu  de 
gomme  arabique  a la  liquedr  formant  mordant. 

43.  Modus  distemperandi  gummas  ad  ponendum 
aurum. 

Mettre  la  gomme  dans  un  linge  tres-propre  et 
plonger  dans  un  vase  de  verre  avec  de  l’eau  pen- 
dant un  jour  et  une  nuit ; si  on  veut  hater  la  dis~ 
solution  , broyer  un  peu  avec  le  doigt. 

44.  De.  adjunctis  habendis  in  ponendo  aurum  (1). 

Operer  dans  un  endroit  un  peu  chaud  et  non 

(1)  4e  n!ai  pu  lire  biea  exac^ement  le  deuxieme  mot  de  ce  litre. 


— 28  — 

humide;  si  le  parchcmin  est  trop  humide  ou  trop 
sec,  le  brunissage  ne  se  fera  pas. 

45.  Item  ad  ipsum  aurum  ponendum. 

Melanger  la  gomme  arabiquc  avec  du  moniacu- 

lum  (1)  , detremper  dans  l’eau*  cliaude  et  mettre 
au  soleil  pour  fondre ; detremper  egalement  du 
platre  dans  du  glaire  d’oeuf  et  former  un  amal- 
game  de  cette  derniere  liqueur  claire  avec  les 
gommes  precedentes.  Quand  on  voudra  dorer  des 
fleurs  ou  des  animaux  ou  autres  cboses  , on  £tendra 
un  peu  du  melange  precedent , on  soufflera  dessus, 
et  il  ne  restera  plus  qu’a  poser  Tor  et  a brunir. 

46.  De  quibusdam  generibus  gummi  aut  glutinis. 
On  peut  se  servir  de  la  colie  de  poisson  , de 

celle  faite  en  cuisant  les  os  de  la  tele  du  loup 
marin , et  ajouter  un  peu  de  gomme  arabique. 

47.  Quomodo  temper antur  colorei  in  libris  po- 
nendis  et  de  quibu$  licoribus  (2). 

Toutes  les  couleurs  sont  broyees  ou  delayees  avec 

Le  sens  de  (’explication  m’a  fait  adopter  le  mot  adjunctum  q»i* 
sign: fie  cireonstcmce. 

(1)  M.  de  l’Escalopier  n’a  pa  traduire  le  mot  moniaculum.  11 
pense  que  e’est  un  mordant  quelconque  peut-etre  du  sel  ammoniac 
( voir  son  ouvrage  sur  Tlieopbite  , page  SOI  ).  Ce pendant  it  resulterait 
du  procede  indiqoe  par  notre  auteur , que  e’est  abe  espace  de 
gomme  v car  le  manuscrit  porte  posiiivement  le  mot  gummas  a 
I'endroit  ou  il  parle  du  melange  a faire  avec  le  platre  detrempe 
dans  le  glaire  d'ceuf.  11  resullerait  de  la  que  ce  mot  avail  di verses 
significations. 

(2)  Theopbile  , chap.  XXXIX.  V.  M.  de  I’Esealopier , page  64. 
Cet  article  est  prtsque  texludlement  idetitique  avec  celui  do  ma- 


— 29  — 

la  gomme  arabique  excepte  le  vert,  la  c6ruse , le 
minium  et  le  carmin.  Le  vert  sal6  ne  vaut  rien 
pour  les  livres.  Le  vert  d’Espagne  se  delaie  avec 
du  vin ; et  si  1’on  veut  faire  des  ombres  , ajouter 
un  peu  de  sue  d’lris , de  cbou  ou  de  poireau..  Le 
minium  et  la  ceruse  doivent  etre  broyes  avec  un 
glaire  d’oeuf.  Pour  se  servir  de  1’azur , il  faut! 
melanger  avec  du  savon,  laver,  et  ensuite  delayer 
avec  une  glaire  d’oeuf. 

48.  Quod  ex  mixturit  colorum  adjunctione  pluri- 
mine  ipsorum  varietales  punt. 

Get  article  ne  fait  que  repeter  ce  qui  est  exprime 
dans  le  litre , nous  passerons  au  suivant. 

49.  j De  aelramento  et  incauslo  et  de  nigro  et 
viridi  colure. 

Prenez  la  graine  mure  du  chevrefeuille  qui  est 
appelee  en  anglais  gacetrice  (1 ) , broyez  bien  dans 
un  mortier;  faites  bouillir  du  fer  decape  ( erug- 
matum ) dans  du  vin  , ajoutez-y  les  graines  pre- 
cedentes , vous  aurez  une  encre  verte  brillante.  Si 
vous  voulez  faire  un  vetement  vert , employez  cette 
couleur ; si  vous  voulez  un  vetement  noir , prenez 
de  l’encre. 

89.  Quod  gumma  cum  perhibet  fluxum  incausti. 

Pour  empecher  l’encre  de  couler , ajoutez-y  de  la 
gomme. 

nuscrit  de  Theophile  ; ce  qui  me  porte  a croirc  , ainsi  queje  1'ai 
dit  plus  baut  a que  jiotre  auteur  avail  eu  coummsaoee  du  mauuscrit 
du  premier. 

(1)  La  phrase  laline  dont  la  traduction  est  ci-dessus  est  la  sui« 
vaute  : Adapts  grana  matura  caprefolii  hoc  eti  anglice  gacetrice. 


— 30  — 

51.  Item  ie  vridi  (sic)  flendo  secundum  nor - 

atafmo*. 

Prendre  1’herbe  appeUe  gremispeet , bou  'Hr  avee 
du  vin  on  de  la  cervoise  jusqu’a  ce  qoe  la  liqueur 
devienne  jaune ; decanther , ajouter  du  vert  grec 
en  poudre  en  suffisante  quantite  pour  saturer  la 
liqueur , et  mettre  dans  une  bassine  de  cuivre  au 
soleil  pour  murir. 

52.  Quomodo  efficitur  auripenlrum. 

Delayer  le  crocus  avec  de  la  colie  tres-claire , 
placer  dans  le  melange  des  lames  detain  k peine 
polies;  mettre  au  soleil,  et  le  crocus  devient  orpi- 
ment  par  l’influence  du  soleil  et  de  retain  (1). 

53.  Item  que  sunt  vasa  euprea  linieio  fell  dau- 
raturam  menlitur. 

Racier  un  vase  de  cuivre  avec  un  coo  tea  o , 
brunir  avec  une  dent  d’onrs;  passer  dessus  plu- 
sieurs  fois  un  pinceau  tremp6  dans  du  del  en  ayant 
soin  de  bien  laisser  secher  cbaque  fois. 

54.  Ad  colorandum  cuprum. 

Faire  rougir  le  cuivre , le  draper , lui  mettre 
une  couleur,  et  remettre  au  feu. 

55.  Item  de  modo  actenuandi  lamina * stami  ut 
aural  e videantur  ex  carencia  auri  ulendas  pro  ope- 
ribus. 

Prendre  des  lames  d’etain  tres-fines , enduites 

(1)  II  ne  fa  lit  pas  confondre  ceite  couleur  avec  ctlle  qu’on  troove 
actuellement  dans  le  commerce  et  qui , dlaut  un  sulfure  d'arscuic, 
ne  pect  dire  employee  qu'a  l’huile. 


— Si- 
de crocus  jaune , les  mettre  dans  un  linge  , let 
pldnger  dans  l’eau  gomraee , et  laisser  jusqu’a  ce 
qu’elles  s’y  ramollissent.  11  faut  alors  les  retirer 
et  prendre  garde  qu’elles  se  cassent.  Si  le  crocus 
est  trop  frais  , faire  seeker  separement  les  fleurs 
au  soldi  dans  un  linge;  delayer  ensuite  dans  un 
glaire  d’oeuf,  frotter  les  lames  avec  cette  liqueur; 
laisser  secher , puis  les  plonger  de  nouveau  trois 
fois  dans  la  meme  liqueur,  en  laissant  secher  & chaque 
fois ; polir  ensuite  avec  un  onyx  ou  bien  avec  de 
l’huile  de  lin. 

56.  Item  ut  supra  de  modo  aurandi  folia  sett 
laminae  stmni  actenmtas  (4). 

Faites  bouillir  dans  un  vase  avec  de  l’eau  une 
partie  de  myrrhe  et  d’aloes  et  mettez  dedans  les 
feuilles  d’etain , en  les  y laissant  autant  qu’on  veut; 
prenez  ensuite  la  seeonde  ecoree  du  bois  pourri 
que  vous  ferez  bouillir  dans  l'eau.  Yous  plongerez 
les  lames  d’etain  de  nouveau  dans  ce  dernier  li- 
quids et  vous  ferez  secher  sur  une  table  (2). 

57.  Item  ut  supra. 

Prendre  de  l’huile  de  lin  et  de  la  poix , et  faire 

(1)  Thdophile , chap.  XXVI.  V.  M.  de  l’Escalopier , page  44. 

(2)  J’ai  suivi  ici  en  partie  la  le$on  de  Theophile ; il  se  trotnre 
dans  cette  recette  une  phrase  que  je  n’ai  pu  comprendre  et  que  voici. : 
Beinde  medianam  corticis  primi  nigri  fac  bullire  in  sartagine . 
Je  n'ai  pu  trouver  quel  dtait  l’arbre  appele  primum  nigrum , a moins 
que  ce  ne  suit  l’epine  noire.  Thdophile  dans  son  chap.  XXVI  dit 
virgas  ligni  putridi  et  de  craiute  de  faire  un  contre-sens  , J’ai 
prefers  traduire  la  phrase  en  substituent  ees  mots  & ceux  contenus 
dans  notre  manuscrit. 


— 32  — 

(wuilHr  avec  une  mesure  de  vernis  au  safran.  Vous 
pourrez  inettre  ensuite  les  feuilies  d’etain  dans  la 
melange  et  vous  ferez  secher  au  soleil. 

58.  Item  ut  supra . 

Mettre  de  l’huile  de  lin  et  du  cuir  dans  un 
vase  neuf  et  faire  bouillir  peu  a peu  sur  un  feu 
clair ; ajouter  de  l’alun , du  sang  de  dragon  et  de 
la  poix ; puis  fondre  le  tout  en  faisant  attention  (1). 

89.  Item  ut  antea. 

Recueillez  des  branches  de  nigrum  primum  (2), 
mettez-les  huit  ou  quinze  jours  au  soleil ; jetez-les 
ensuite  dans  un  vase  avec  du  cuir  de  maniere  que 
le  vase  soit  rempli ; ajoutez  de  l’huile  de  lin  ou 
de  canope  autant  que  le  vase  pent  en  contenir,et 
soumettez  le  tout  k Faction  d’un  feu  lent,  jusqu’k 
ce  que  le  cuir  soit  en  charbons , passez  par  un 
linge,  ajoutez  de  la  poix  et  de  l’encens  blanc, 
puis  recuisez  plusieurs  fois. 

L.  DESCHAMPS  DE  PAS, 

INGEN1EUR  DES  POSTS -ET-CHAUSSEES  , 

Membre  titulaire  de  la  Sociitt  des 
Anliquaxres  de  la  Morinie. 

(1)  La  recede  indiquee  ainsi  que  la  suivante  ne  sont  que  pour 
obtenir  des  vernis  qui  doonent  a retain  la  couleur  de  Tor. 

{%)  L'embarras  est  le  ineme  ici  qqe  pour  la  rccette  n®  56.  Cclle- 
el  commence  par  ces  mots : Collige  virgtUas  de  nigro  p rimo.  Jc 
Imme  le  .soin  d’expliquer  ces  mots  a de  plus  avaats  que  moi. 
J*avoue  moo  insuflisance. 


NOTICE 

SUR  LA 

MINIATURE  DUN  HANUSURIT 

BE 

LA  BIBLIOTHfcQUE  DE  BOULOGNE-SUR-MER. 


H.OTICB 


SUE 

LA  MINIATURE  D#UN  MANUSCRIT 

M 

U BIBLIOTH£QOB  D1  BOULOGNE 'SCB'ICK, 

m M.  F.  LEFEBVRE. 


« La  peiature  eat  le  livre  des  ignoraoia  qsi 
» ne  aauraient  pas  en  lire  d*aatres.  » 

(Concile  (TArrai  en  1205). 


Une  revolution  a passe  sur  notre  pays,  et  la 
Morinie  a vu  renverser  les  merveilleuses  creations 
dont  son  sol  dtait  couvert.  — Presque  tout  fut  d6- 
truit  et  h peine  puiron  sauver  quelques  debris  des 
riches  bibliothfeques  de  ses  monastferes.  Mais  main- 
tenant  que  1’on  est  revenu  de  ces  fureurs  et  qu*on 
se  reporte  a ces  temps  lointains  si  pleins  de  poesie 


— 36  — 


et  d’amonr,  it  ces  temps  de  foi  et  de  conviction 
oft  le  mouvement  donne  a la  societe  partait  da 
calrae  et  de  la  solitude  du  cloitre  ; maintenant , 
dis-je,  n'est-il  pas  de  notre  devoir  de  reparer , 
s’il  est  possible , les  pertes  immenses  que  nous 
avons  faites , en  venant  nous  inspirer  aux  illustres 
debris  du  moyen-age. 

L’architecture  a ’ fait  un  grand  pas , une  revo- 
lution immense  s’est  opdree.  dans  les  esprits ; on 
comprend  maintenant  la  nScessite  d’une  architecture 
nationale  qui  parle  plutdt  aux  coeurs  qu'aux  sens. 
Ce  que  Ton  a fait  pour  l’architecture  , il  serait 
a desirer  qu’on  le  fit  pour  la  peintqre  et  pour  toutes 
les  branches  qui  s’y  rattachent.  II  serait  k desirer 
que  toutes  les  societes  d'archeologie  pussent  mettre 
au  jour  les  charmantes  miniatures  des  manuscrits 
qui  ont  6chapp6  a la  tourmente  r&volutiannaire , 
et  ainsi  devoijer  les  riche$ses  qui  sont  encore 
enfouies  dans  les  bibliotbeques. 

C’est  cette  pens6e  qui , aujourd’hui , me  fait 
entreprendre  une  etude  sur  la  miniature  d’un 
manuscrit  qui  se  trouve  dans  la  bibliotheque  de 
Boulogne.  Heureux  si  je  pouvais  , par  ce  faible 
essai , inspirer.  a quelqu’un  l’idee  d’eutneprendre 
un  travail  sur.  les  manuscrits.  proven  ant  de  l’ab- 
baye.  de  St-Bertin  et  qui  sont  conserves;  dans  difr- 
ferentes  bibliotheques  du  Pas-de-Galais.  On  ren- 
drait  un  grand  service  a l’art  en  meme  temps 
qu’a  l’histoire  , et  on  acquitterait  la  dette  de  re- 


— 37  — 

connaissance  due  aux  moines  de  St-Bertin , qui 
ont  taut  fait  pour  la  gloire , la  civilisation  et  le 
bien-etre  de  la  Morinie. 

La  miniature  qui  nous  occupe  aujourd’hui  reprd- 
sente  I’apotheose  de  Lambert,  40s  abb£  de  St- 
Bertin.  Dans  ce  dessin , le  miniaturiste  a reuni  en 
quelques  figures,  les  principaux  caracteres  de  la 
vie.du  pieux  abbe.  Plac6  au  milieu  de  la  gloire 
des  cieux , Jesus-Christ , assis  et  les  pieds  sur  des 
nuages,  attend  l’kme  de  l’abb6  Lambert,  que  des 
anges  enlbvent  dans  les  cieux  et  viennent  poser 
k ses  pieds.  De  chaque  cdte  du  Seigneur  et  comme 
devant  servir  d’avocats , se  trouvent  personnifi4s 
les  vertus  et  les  travaux  de  l’abb6.  Tandis  qu’au 
bas , revetu  des  insignes  de  sa  dignity , son  corps 
est  etendu  dans  un  tombeau.  Mais  avant  d’expli- 
quer  cette  miniature , avant  m^me  d’en  donner  le 
caractere  artistique , il  est  indispensable  d’esquisser 
a grands  traits  la  vie  de  l’abbe  Lambert,  en  Tap- 
propriant  au  sujet  de  notre  miniature  , afin  de  la 
faire  comprendre;  nous  passons  done  un  grand 
nombre  de  details  interessants  fournis  par  Iperius 
et  par  les  cartulaires  de  St-Bertin. 

' Admis  fort  jeune  k l’abbaye  de  St-Bertin , Lambert 
fut  envoye  k Paris  pour  y 6tudier  les  sciences , et 
ses  succes  furent  si  grands  qu’a  son  retour  dans 
le  monastere , on  le  chargea  d'y  enseigner  les 
belles-lettres  et  la  theologie.  Ses  vertus  le  firent 
bientdt  nommer  Prieur.  Ce  ne  fut  qu’avec  repu- 


— 38  — 


gnance  qu’il  se  vit  clever  a celte  charge  ; sa  pro- 
fonde  humility  se  trouvait  blessee  de  tant  d’hon- 
neurs,  aussi  donna-t-il  bientot  sa  d&nission.  Mais 
k la  mort  de  Jean , premier  du  nom  , 39e  abbe 
de  St-Bertin , Lambert  reunit  tous  les  suffrages 
des  religieux  et  fut  nomine  abbe  en  1095.  II  fut 
beni  par  Gerard , eveque  de  Terouanne. 

« Zele  pour  la  gloire  de  Dieu , d’un  caractere 
« ferine  et  energique , le  nouvel  abbe  porta  toute 
» sa  sollicitude  sur  ses  moines  et  sur  son  abbaye, 
» dont  on  peut  le  regarder  comme  Ie  second  foil- 
» dateur.  Des  les  premiferes  annees  de  son  admi- 

• nistration , Lambert  continua  les  travaux  de  ses 
» predecesseurs  et  s’occupa  avec  activite  des  grandes 
» constructions  qu’on  faisait  alors  dans  l’abbaye , 

• et  le  1er  mai  1106,  le  bienheureux  Jean, 
» eveque  de  Terouanne  tit  la  d£dicace  de  1’eglise. 

» Lambert  fit  k l’abbaye  des  embellissements  et 
> des  ameliorations  considerables.  II  fit  batir , a 
» grands  frais , des  moulins  hors  de  1’enceinte  du 
» monastbre , et  distribuer  de  l’eau  dans  tous  les 
» endroits  necessaires  , au  moyen  d'un  aqueduc 
» souterrain.  11  construisit  une  chapelle  en  l’hon- 

• neur  de  la  Sainte  Yierge  , une  infirmerie , un 
» cloitre  , un  dortoir , et  flanqua  de  deux  tours 
'*  la  facade  de  l’abbaye.  L’eglise  lui  ddt  la  plus 

• grande  partie  de  sa  couverture  en  plomb , 
» presque  toutes  ses  cloches , une  croix  d’or  et 
» une  chasuble  d’un  travail  precieux , une  foule 


— 39  — 

» d’autres  ornements  , tels  que  chasubles  , chases, 

» dalmatiques , candelabres  , le  tout  en  or  et  eu 
» argent  et  orn6  de  pierres  precieuses , un  devant 
t d’aulel  en  or  d’un  riche  travail , deux  autres 
» en  argent  et  un  ciboire.  De  plus,  il  recouvra 
» les  fiefs  ali4nes  et  les  biens  tombfo  entre  les 
» mains  des  laiques,  Cartulaire  de  St-Bertin  ). 

Apres  avoir  releve  les  ruines  de  l’abbaye , le 
nouvel  abba  avait  porte  tous  ses  soins  k rappeler 
la  vie  dans  ce  corps  de  religieux  qui  ne  rougis- 
saient  pas  de  ne  porter  du  moine  que  le  nom  et 
l’habit.  La  pauvrete  et  l’obeissance , ces  deux  bases 
fbndamentales  de  tout  ordre  religieux  , avaient 
disparu , et  la  vanity  et  l’orgueil  etaient  venus 
prendre  leur  place.  Aussi  pour  gu£rir  ce  mal  qui 
ne  faisait  que  s’augmenter  chaque  jour , il  fallait 
une  reforme , une  renovation  immense ; l’abbd 
Lambert  la  tenta  , mais  sans  succfes  d’abord  (de-  • 
cembre  1100)  (1).  A la  voix  qui  les  rappelait  k 
la  rfegle  ct  k la  penitence  , les  moines  se  rkvol- 
terent  et  meconnurent  l’autorite  de  leur  abbe ; 
mais  la  patience  du  pieux  reformateur  devait  triom- 
pher  de  tous  les  obstacles  qu'une  fureur  aveugle 
lui  opposait. 

Le  bienheureux  Jean  (1101)  se  preparait  k aller 
a Rome , Lambert  se  joignit  k lui  et  sous  le  pre- 
texte  de  se  rendre  dans  la  ville  eterneile , il 


(1)  Toir  wtulair*. 


— id  * 

quitta  sod  couvent , et  com  me  simple  moine , alia 
faire  profession  a Fabbaye  de  Cluny.  lit  etait  son 
dernier  espoir. 

An  souffle  de  St-Bertin , la  Morinie  avail  vu 
s’elever  et  grandir  une  des  plus  belles  et  des  plus 
nobles  associations  monastiques.  Les  homines  du 
nord  , peuples  epars  et  nouvea ux,  avaient  besoin  de 
stabilke;  l’abbaye  de  St-Bertin  fut  /pour  eux  comme 
'tan  point  de  centre , un  rendezvous  commuh. 
-Faisarrt  briller  partout  le  double  flambeau  de  la 
science  et  de  la  foi , les  moines  avaient  sauve  la 
Morinie ; raais  & l’4poque  oil  nous  sommes  arrives , 
les  institutions  de  Colomban  n'avaient  plus  assez  de 
force  pour  contenir  ces  religieux  dans  l’obeissance 
et  le  devoir,  une  nouvelle  regie  etait  necessaire.  « Ce 
fut  la  plus  forte , la  plus  vaste , la  plus  diserfetement 
combinee; » ce  fut  celle  de  St-Benoit  qUi  fut  choice 
par  Lambert;  moine  de  Cluny,  il  devait  bientdt 
reVenir  dans  son  roonast&re  rapporter  1’ordre  et  la 
paix. 

Jean  de  Commines  (ou  de  Warn'est'on)  etant  de 
retour  de  Rome , les  religieux  apprireDt  avec  eton- 
nement  Faction  de  leur  abbe , et  les  plus  sages 
d’entre  eux  lui  envoyerent  des  deputes  poUr  Fen- 
gager  a revenir;  mais  ce  ne  fut  que  d’a'pres  les 
ordres  positifs  de  St-Hugues , abbe  de  Cluny , 
qu’il  so  idecida  a retourner  au  milieu  de  ses  f re  res; 
il  partit  done,  emmenant  avec  lui  quelques  reli- 
gieux de  cet  ordre  pour  rend  re  la  force  et  Fehefgie 


- II  — 

6ux  institutions  de  St-Colomban  , cn  les  relevant 
par  les  decrets  de  St-Benoit.  Depuis  son  depart) 
les  esprits  n’etaient  gueres  tnieux  disposes , et  il 
fut  meme  oblige  de  faire  eloigner  une  par  tie  de 
ses  moines  par  la  force  seculiere.  Des  lors,  la 
reforme  qu’il  avait  projetee  put  s’accoinplir , et 
Une  nouvelle  vie , une  ere  de  renaissance  , une 
renovation  complete  comroenca  pour  l’abbaye  qui 
bientot  compta  plus  de  ISO  religieux. 

Du  monastere  de  St-Bertin , la  regie  de  Cluny 
fut  portee , par  ses  soins , dans  les  eglises  de 
St-Martin , d’Ypres , et  dans  celle  de  Formezelle } 
puis  dans  les  abbayes  d’Auchy-les-Hesdin , de 
Bergues-St-Winoc  , et  de  St-Wast. 

Les  travaux  et  les  vertus  de  1’abbe  Lambert 
donnerent  une  telle  reputation  a son  abbaye,  qu’on 
l’appela  le  monastere  des  monasteres.  La  charity 
fut  surtout  une  des  vertus  dominantes  de  Lambert. 
Le  cartulaire  de  St-Bertin  nous  parle  d’un  bati- 
ment  qu’il  fit  construire  pour  recevoir  les  etrangers 
dans  son  monastere.  De  plus,  il  concourut  a la  fon- 
dation  d’une  maladrerie  pres  de  la  ville  de  Sl-Omer, 
ainsi  qu’a  celle  de  plusieurs  aulres  etablissements 
de  charity.  Il  eta  it  d’une  si  grande  liberalite  envers 
les  pauvres  que  pour  les  secourir  dans  une  annee 
de  disette , il  vendit  une  table  d’autel  en  argent. 

En  1 1 23  , l'abbe  Lambert  ayant  perdu  1’usage 
de  la  parole  et  des  membres,  a la  suite  d’une  pa«* 

Q 


— 42  ~ 

ralysie , nomma , d’apres  le  conseil  de  Jean  de 
Commines , Simon  de  Gand , comme  vice-abbe  ; 
mais  ce  dernier  fut  bientot  depose  et  remplace 
par  Jean  2e.  L’abbe  Lambert  mourut  le  22  juin 
H25  (1). 

Revenons  k la  miniature  , objet  de  ma  notice. 

La  maniere  dont  cette  composition  est  traitee 
rappelle  la  fin  du  \ 2®  siecle.  Le  mouvement  donne 
a cette  epoque  a l’architecture  commence  k s’y 
faire  sentir , quoiqu'on  y rencontre  cependant  en- 
core des  elements  bysantins.  Le  colons  s’y  deve- 
loppe , les  demi-teintes  et  Ies  essais  d’ombres  sont 
bien  marques,  et  Ie  dessin  d’une  execution  trfcs- 
babile,  laisse  pressentir  le  mouvement  qui  doit  briser 
definitivement  les  vieux  types  et  elever  un  art 
nouveau.  On  y reconnait  une  6poque  de  transi- 
tion. Les  draperies  surlout  ont  atteint  une  assez 
grande  perfection  , les  plis  sont  saillants,  ils  se 
prononcent  fortement,  dessinent  des  courbes  di- 
verses  et  forment  des  creux  larges  et  profonds. 

Les  traits  de  ce  dessin  sont  marques  en  noiret 
a la  plume , puis  legerement  enlumines,  pour  les 
vetements,  en  vert  et  en  bleu ; quant  au  reste  des 
vetements  en  rouge , il  ne  semble  pas  qu'il  y ait 
eu  aucun  fond.  Les  contours  sont  marques  en  noir; 
le  reste  des  traits  et  des  ornements  sont  traces  a 
la  plume  en  rouge.  Cette  miniature  se  sent  encore 

(t)  Sur  la  vie  de  I’abbe  Lambert.  V,  /«  cartulaire  de  Sl-Bertin 

at  tperitii. 


— 43  — 


des  peintures  carlo  vingiennes  , mais  il  y a beau- 
coup  plus  de  delicatesse  et  de  fini.  En  general , 
les  mains  sont  plus  grandes  que  nature , les 
yeux  sont  encore  dilates  et  effares,  et  les  joues  ne 
sont  marquees  que  par  des  taches  rouges  sans 
aucune  ombre. 

Assez  habiles  , les  miniaturistes  attachent  peu  de 
prix  aux  encadrements  et  aux  fantaisies  by san tines, 
et  s’adonnent  a l’etude  de  la  nature  et  a 1’imi- 
tation  des  objets  reels.  Les  enroulements  qui  en- 
tourent  notre  miniature  sont  trfes  lagers,  et  la 
peinture  y est  plus  soignee  que  dans  le  reste  des 
sujels ; on  y remarque  plusde  nettete,  de  colons, 
de  perfection.  En  general,  le  dessin  a de  la  pre- 
cision et  de  la  fermete ; on  reconnait  que  l’art  se 
developpe  , qu’il  s’appuie  sur  une  society  nouvelle, 
sur  des  idees  plus  grandes  et  plus  en  rapport  avec 
les  sentiments  qui  animaient  les  peuples  d’alors. 

Maintenant  arrivons  k l’expl  cation  detaill6e  de 
la  miniature. 

Place  dans  une  triple  aureole  oblongue  en  forme 
de  feuille  d’ olivier  , et  que  plusieurs  archeolo- 
gues  ont  appelee  vesica  piscis , Jesus-Christ  siege , 
la  tete  ornee  du  nimbe  crucifer , et  les  bras  eten- 
dus ; il  semble  appeler  l’abbe  Lambert  a jouir  de 
la  gloire  eternelle.  Il  tient  entre  ses  mains , un 
phylactere  sur  lequel  on  lit  ces  deux  vers  leonins : 

Pro  bene  gestorum  mentis  Lamberti  tuorum 

Sit  decus  in  cadis  semper  libi  serve  fidelis. 


— u — 

Les  ornements  qui  font  partie  do  ses  vetcments 
sont  tout-a-fait  bysantins. 

De  chaque  cdte  du  Christ  se  trouvent  les  vertus 
et  les  travaux  du  pieux  abbe;  ils  sont  places  dans 
dcs  dcmi-circonferences.  A droite , l’Aumone  et  la 
Ste-Vierge  , a gauche,  la  Patience  et  St-Bertin. 

Ces  quatrc  sujets  renferment  toute  la  vie  de 
l’abbe  Lambert. 

L’Aumdne  Ja  tete  ornee  d’une  couronne  murale, 
prescnte  d’une  main  un  pain  marque  d’une  croix, 
et  de  l'autre  un  vase.  L’inscription  qui  se  trouve 
autour  du  demi-cercle  porte  : 

Ad  modicos  Christi  patuit  semper  manus  isti. 

L’original  porte  isle  , mais  il  est  facile  de  remar- 
quer  que  ce  dernier  mot  a ete  retouche  et  je  crois 
que  la  lecon  primitive  doit  etre  isti , tous  les  vers 
etant  leonins. 

La  Yierge  tient  entre  ses  mains  une  eglise 
flanquee  de  deux  petites  tourelles  et  la  montre  k 
son  fils.  L’inscription  presenle  : 

Hanc  fabricam  templi  dal  Lumber lus  tibi  fili , 

La  Patience  est  representee  sous  les  traits  d’une 
femme  baissant  la  tete  sous  un  glaive  et  ayant  les 
mains  enchainees.  Son  velemcnt  semble  etre  la 
grande  chasuble;  sur  sa  poitrine  se  trouve  une 
croix.  L’inscription  montre  : 

...  .sit  ma<jnoruin  paler  hie  sub  fasce  malorum. 


— 45  — 

Le  premier  mot  du  vers  a 6te  en  partie  effbcd, 
on  ne  peut  pas  le  lire.  On  pourrait  peut-fitre 
hasarder  man  t ou  mieux  encore  fulsit. 

St-Bertin  en  habit  de  moine  et  revStu  de  la  cha- 
suble tient  le  livre  de  la  rfegle  et  tend  sa  main 
vers  le  Seigneur.  L’inscription  porte : 

Complaceat  Christe  tibi  successor  mens  iste. 

Au-dessous  de  la  Viergc  et  de  St-Bertin  se  trouve 
l’ame  de  1’abbe  Lambert  port4e  par  des  anges. 
La  representation  de  cette  ame  n’apparait  que  sous 
la  forme  d’une  demi-figure  oil  la  partie  sup6rieure 
est  seulement  developpee ; le  reste  se  trouve  cache 
par  les  draperies.  Voici  comment  le  P.  Cahier  ex- 
plique  cette  singularity  : 

< Soit  dans  l’Orient , soit  dans  l’Occident , Dieu 

> et  les  anges  se  voient  souvent  peints  h mi-corps, 
» a quoi  les  nuages  qui  enveloppaient  ces  figures 
» ont  pu  d’abord  donner  occasion.  En  outre,  toute 

> idee  de  la  vie  purement  materiel  le  etait  ainsi  & 
» peu  pres  supprimee  (I).  Cette  idee  se  trouve 

> encore  soit  dans  nos  t£tes  ail£es  d’anges , soit 

> meme  jusqu’a  certain  point  dans  les  bustes  et 

> les  statues  en  gaine  de  l’antiquite.  Par  suite  de 
» cette  idee  on  a voulu  dans  la  representation  des 
» purs  esprits  et  meme  des  corps  glorifies  ou  des 
» ames  separees  de  leurs  corps , sinon  retrancher 


(1)  V.  Durand  rational  , lib.  1 , c.  3 , n*  l. 


— 46  — 

» du  moins  masquer  tout  ce  qui  tient  de  plus 

» prfes  k la  terre  et  k la  vie  terrestre 

» L’intelligence  et  la  volont6  une  fois  exprimees 
» par  la  representation  de  la  tete  et  de  la  poi- 
» trine,  il  semble  a ces  idealistes  que  tout  ce 
» qui  rappelle  les  fonctions  de  la  vie  materielle 
• serait  de  trop  (1). 

Cette  kme  a conserve  la  tonsure  monacale  et 
Ikve  ses  bras  vers  Ie  Seigneur.  La  draperie  qui 
la  soutient  est  un  des  morceaux  les  plus  remar- 
quables  de  la  miniature,  a cause  de  la  perfection 
dy  dessin ; peu  de  miniatures  de  cette  epoque  ont 
autant  de  fini  , de  perfection.  Au  bas  se  trouve 
6tendu  dans  son  tombeau  Ie  corps  de  Lambert 
avec  les  insignes  de  sa  dignite ; il  porte  l’aube 
trainante , la  tunique  et  la  grande  chasuble.  Les 
dessins  du  pallium  et  des  orfrois  qui  decorent  ces 
ornements  son t tires  de  l’art  bysantm.  Lambert  tient 
dans  sa  main  sa  crosse  abbatiale  qui  est  d’un  travail 
des  plus  simples.  Le  bas  de  cette  miniature  a ete 
retouche  , les  souliers  de  l’abbe  ont  entierement 
disparu  sous  une  couche  tres  epaisse  de  noir;  de 
plus  quelque  ciseau  ignorant  ou  mal  habile,  a rogne 
le  bas  de  la  page  et  nous  a prives  d’une  partie 
de  l’encadrement , ainsi  que  de  quelques  details 
du  tombeau. 


(1)  Accord  de  la  religion  et  des  sciences,  { Annales  de  philosophh). 


BBCHBBCOBS 


SUR 

LA  QUESTION  D’AStf  BIOWT!  IT  DE  PATBRNITE 

ENTR6 

LE8  DEUX  MOINAStERES  PRIMITIFS 
DE  LA  VILLE  DE  SAINT-OMER , 

DANS  SES  RAPPORTS  AVEC  l'hISTOIRE  DES 
COMMENCEMENTS  DE  CETTE  VILLE. 


RECUERCHES 


SUE 

LA  QUESTION  D’ANTtRIOMTl  ET  BE  PATEBNITt 


ENTRB 


LES  DEUX  MONASTERES  PRIMITIFS 

DE  LA  YILLE  DE  SAINT-OMER, 

dan  set  rapports  avec  1‘histoire  des  commencements 
de  cette  ville , 

par  M.  Alexandre  HERMAND. 


Les  recherches  que  je  livre  aujourd’hui  & la 
publicity  datent  de  plusieurs  ann4es.  Jai  tardd  & 
leur  faire  voir  le  jour  afm  d’avoir  le  temps  de 
murir  les  idees  nouvelles  que  j’y  exprime;  au- 
jourd’hui ma  conviction  est  complete  , et  je  cfede 
aux  bienveillantes  reclamations  exprimdes  par  M. 
Wallet,  dans  sa  Description  du pad  de  I’andenne 

7 


— 50  — 


eathidrale  de  St-Omer  (1);  j ’execute  la  promesse 
que  noire  docte  - concitoyen  me  rappelle.  J’aborde 
la  question  d’anteriorite  et  de  paternite , sujet  d’une 
discussion  jadis  palpitante  d’actualite  et  pleine  d’ ir- 
ritation pour  deux  corps  religieux  poses  sur  le  sol 
de  la  ville  de  St-Omer , le  chapitre  canonial  de 
Notre-Dame  et  l’abbaye  de  St-Bertin. 

La  richesse  du  clerge  en  France , des  son  ori- 
gine , fut  principalement  concentree  dans  les  mains 
du  clerge  regulier.  La  consequence  inevitable  de  la 
grande  fortune  des  monasteres , fut  d’y  developper 
les  passions  humaines , et  de  mettre  les  moines  en 
luttc  avec  toutes  les  puissances.  Ils  luttaient , pour 
des  interns  de  toute  espece , avec  les  eveques , 
avec  les  souverains  , avec  les  seigneurs , avec  les 
pouvoirs  judiciaires  et  communaux;  ils  luttaient 
entre  eux,  et  les  questions  d’amour-propre  et  de 
preseance  etaient  debattues  k I’egal  de  celles  ou 
les  plus  graves  interets  etaient  en  jeu.  Ces  ques- 
tions se  presentaient  constamment  lorsque  la  proxi- 
mite  de  deux  monasteres  les  mettait  souvent  en 
presence  , en  contact. 

Tel  etait  l’etat  des  cboses  dans  la  ville  de 
St-Omer;  les  moines  et  les  chanoines  poses  dans 
son  enceinte  , etaient  souvent  en  disaccord  , en 
rivalite.  Ensemble , ils  faisaient  par  tie  de  reunions 

dte  toutes  natures ; ensemble  ils  allaient  aux  pro- 

. •» ' . ‘ 

d>  ?. 


— SI  — 

cessions ; ensemble  Us  avaient  des  proprietes  com- 
munes; ensemble  ils  eurent  long-temps  les  droits 
de  tonlieu  sur  la  ville  de  St-Omer ; ensemble  ils 
avaient  dans  leur  patronat  les  paroisses  de  la  ville 
et  de  sa  banlieue ; les  uns'pres  des  autres , ils 
possedaient  des  corps  saints , veritable  source  de 
richesse , d’orgueil  et  de  puissance  durant  un  long 
temps. 

Fondee  sur  de  graves  interets  d’abord , la  lutte 
entre  ces  deux  corps  puissants,  fut  continues  par  des 
considerations  d’amour-propre.  Des  le  commencement 
du  9e  siecle,  a la  suite  de  la  separation  des  deux  monas- 
teres,  qui  occasionna  une  guerre  tres-vive  et  necessai- 
rement  momentanee  , une  premiere  contestation  fut 
soulevee,  au  sujet  de  la  suprematie,  entre  )es  moines 
et  les  chanoines  ; resolue  alors  et  momentanement 
en  faveur  des  premiers , elle  ne  fut  que  le  prelude 
de  discussions  facheuses.  L’une  d’elles  prit  surtout 
des  proportions  presque  incroyables  et  dura  pen- 
dant des  siecles.  Le  vif  desir  de  posseder  le  corps 
du  saint  fondateur  Omer , ou  mieux  Audomar , et 
surtout  de  detruire  la  facheuse  concurrence  qu’il 
faisait  a celui  de  St-Bertin , se  revela  chez  les 
moines  par  un  acte  de  violence  (4).  L’audacieux 
rapt  tente , n’ayant  pas  reussi , les  chanoines  res- 
terent  en  possession  presque  incontestee  (2)  et  bien 

(1)  Voir  d la  fin,  la  note  A. 

(2)  La  formule  que  le  corps  de  St-Omer  reposait  dans  Tebbiye 
de  Sitbiu  v conservee  dar.s  les  dipl^mcs  , etait  une  protestation  peu 
ostensible. 


— 52  — 

jalousee  de  tear  precieuse  relique,  jusqu’au  milieu 
du  onzieme  circle.  A cette  epoque  , les  moine* 
afficherent  publiquement  leurs  protestations  contre 
la  possession  des  ebanoines;  ils  pretendirent  avoir 
la  ch&sse  ou  fierte  renfermant  le  veritable  corps 
de  Saint  Omer , objet  de  leur  coostante  convoitise. 
Leurs  pretentions  ayant  ete  repoussees  par  1’auto- 
nt6  ecelesiastique , ils  ne  se  regardcrent  pas  eomme 
definitivement  battus.  A plusieurs  et  assez  fre- 
quentes  reprises,  jusqu’a  la  tin  du  1 5*  siecle , une 
lutte  serieuse  se  manifeste,  avec  l’intervention  de- 
venue  necessaire  de  la  puissance  seculiere  jointea 
l’autorit4  ecelesiastique.  Elle  fut  enfin  terminee  par 
un  arret  du  parlement  en  faveur  des  ebanoines, 
reconnus  desormais  possesseurs  du  vrai  corps  du 
bienheureux  fondateur  de  la  ville , leur  patron. 

Entre-temps , la  defense  des  interets  communs 
entre  les  chanoines  et  les  moines,  la  defense  de 
leurs  droits  de  toute  nature  et  de  leurs  privileges 
contre  les  puissances  diverses  , ainena  des  treves 
et  des  alliances  entre  les  deux  corps  religieux. 
Leur  entente  accidentelle  etait  toutefois  encore  in- 
terrompue  par  des  questions  de  partage  des  biens 
provenant  de  la  meme  source , par  une  recru- 
descence de  la  lutte  pour  la  possession  du  corps 
de  Saint  Omer,  et  par  des  pretentions  de  superiority 
et  de  preseance.  A une  epoque  moins  ancienne , 
k mitre  et  la  crosse  que  l’abbe  de  St-Bertin , 
voulait  porter  jusques  dans  l'enclos  des  chanoines. 


— 13  — 

en  presence  de  l’eveque , fat  ua  nouvelle  cause 
de  discorde.  La  bonne  harmonic  ne  put  done  ja- 
mais s’etablir  entierement  entre  les  adversaires; 
la  jalousie , la  rivalite  damour-propre  et  d’interfets, 
la  pensee  reciproque  de  superiority , toujours  de 
plus  en  plus  forte,  furent  des  obstacles  insur- 
montables  a une  veritable  paix.  11  n’y  eut  plus 
depuis  un  long  temps , entre  les  deux  corps  reli- 
gieux,  que  de  courts  instants  d’une  apparence  de 
coneorde,  ou  mieux  de  treve  irmee. 

L’erection  d’un  eveche  au  milieu  des  chanoines, 
la  conversion  de  leur  Prevdt  en  Ev^que , avail 
done  augmente  leurs  pretentions,  auxqueltes  s’ad- 
joignirent  les  exigences  de  leurs  nouveaux  chefs. 
Dans  les  processions , les  chanoines  avaient  jus- 
ques  alors  cede  aux  moines  et  pris  alternativement 
le  pas ; s’appuyant  sur  la  suprematie  de  leur  chef- 
Eveque , ils  voulurent  avoir  partout  et  toujours  la 
preseance,  la  preeminence.  Les  moines  resisterent  k 
cette  pretention , en  invoquant  leur  antique  pos- 
session des  honneurs  contestes,  et  surtout  leur 
histoire  de  la  fondation  des  deux  monasteres. 
L’Eveque  et  les  chanoines  repondirent  par  une 
version  historique  toute  differente , et  il  faut  le 
dire  , en  grande  partie  nouvelte.  C’etait,  en  definitif, 
a qui  serait  l’aine  des  deux  corps  religieux , a qui 
appartiendrait  l'anteriorite  d’etablissement , et  k qui 
serait  le  fondateur,  le  pfere  enfin  du  corps  rival! 

Des  memoires  volumineux  et  tres-nombreux  furent 


— 54  — 

composes  (4)  ; on  nouveau  dbbat  s’engagea  , par  la 
voie  judicial  re,  et  une  importante  question  d’histoire 
locale  fut  soulevbe  et  dbbattue.  Les  pretentions 
exborbitantes  et  exclusives  , les  exagerations  reci- 
proques  rendirent  toute  conciliation  impossible.  Le 
procfes  suivit  son  cours  et  les  juges  ecclesiastiques 
et  laiques  ne  voulaient  pas  surtout  se  prononcer  sur 
ce  qui  avait  trait  & 1’histoire  des  deux  monasteres. 
La  discussion  bistorique  fut  continuee  par  les  ecrivains 
de  chacune  des  deux  corporations  et  par  la  plupart 
de  ceux  des  ordres  religieux  auxquels  elles  appar- 
tenaient.  EUe  btait  loin  d’approcher  de  son  terme  , 
d’amener  une  solution , quand  arriva  la  destruc- 
tion des  corps  religieux , par  le  souffle  revolu- 
tionnaire  de  la  fin  du  48®  siecle;  plaideurs  et 
proces  furent  ensemble  anbantis.  Pour  se  convaincre 
que  la  victoire  bistorique  que  cliacun  des  deux  corps 
s’etait  orgueilleusement  attribute,  n’appartenait  k 
personne,  il  suffit  de  voir  l’incertitude  dans  laquelle  les 
historiens  modernes,  complement  desinteresses  et 
partant  impartiaux  pour  la  plupart , sont  restes  au 
sujet  de  l’anteriorite  et  des  droits  de  paternite  de 
l’un  des  monasteres  sur  l'autre.  MM.  Quenson , 

(1)  Voir  aossi  les  dipldmes  belgiqoes  , t.  4 , p.  144  , la  Gallia 
Christiana  et  tine  foule  d’ouvrages  diffdrents  ; voir  aussi  la  notice 
manoserite  des  dignitds  de  Vdglise  de  St-Omer  , p.  146.  A la  page 
200  , eetle  notice , qui  fait  parlie  de  ma  bibliolheque,  montre  cette 
mention  utile  pour  reconnaltre  son  auteur : Raynard  . badly  cf  Aire 
et  bailly  de  St-Omer  pour  le  ftoi  Philippe  ; il  a sigm  dans  une 
eharte  de  Lambert , Pan  1103.  Voyez  mon  hisloire  , p.  354. 


— bo  — 


Wallet , Piers  , Derheiras  et  de  Laplane  ont  diff6- 
remment  envisage  la  question  d’origine  des  deux 
monasteres  de  Sithiu;  Us  n’ont  pas  os6  se  pro* 
noncer  absolument  en  faveur  de  I’uu  ou  de  l’autre 
des  deux  systemes  historiques  en  presence ; P. 
Caullet  n’a  pas  et6  Men  inspire  dans  les  idees  qu’il 
a formulees  (1)  et  M.  P.  Roger  a encore  6t6 
moins  heureux  que  lui  dans  le  peu  de  roots  qu’il 
a ecrits  a cette  occasion  (2). 

A la  question  historique  si  vivemont  debattue 
et  restee  jusqu’a  ce  jour  non  resolue , se  rattache 
essentiellement  l’origine  de  la  ville  de  St-Omer; 
sans  cela  elle  ne  nous  interesserait  que  bien  me- 
diocrement.  Sa  non-solution  laisse  des  incertitudes 
sur  les  commencements  de  notre  ville ; il  est  in- 
dispensable de  chercher  a les  faire  cesser.  Si  la 
verity  historique  ne  s’est  pas-  manifestee  encore , 
c’est  que  les  4crivains , ou  mieux  les  folliculaires 
des  deux  adversaires,  ont  eu  le  triste  talent  d’ero- 
brouiller , d’obscurcir  des  fails  dejk  peu  clairs  par 
leur  anciennete , et  de  mettre  une  apparence  d’op- 
position  entre  les  documents  d'oii  ils  sont  tir6s. 

Ces  folliculaires  avaient  leurs  motifs  pour  agir 


(1)  Dans  sa  eourte  notice  historique  sur  St-Omer , p.  56,  il  donne 
l'anterioritd  a Pdgliae  Notre  -Dame  $ il  a suivi  eo  cel  Topinioa 
ex  prime©  par  le  cbanoine  Henoebert  f d#os  le  tome  % , de  ton 
his  Loire  generate  d’Arlois. 

(2)  Archives  historiques  et  eccldsiasliques  de  la  Picardie  et  de  l’Arlois, 

I.  I,  p.  190.  „ • 


— iO  — 


comme  ils  Font  fait;  tous,  its  eurent  la  mission 
d’exprimer  un  systeme  historique  exclusivement 
favorable  an  corps  religieux  qu’ils  defendaient.  Les 
parties  en  presence  etaient  trop  voisines  l’une  de 
I’ autre,  elles  avaient  trop  de  points  de  contact 
irritants , leur  amour-propre  6tait  trop  en  jeu  poujr 
qu’ elles  se  fissent  des  concessions  mutuelles , & 
l’aide  desquelles  on  serait  arrive  a l’expression  de 
la  verite. 

Une  veritable  narration  des  commencements  de 
la  ville  de  St-Omer  est  done  encore  a faire ; e’est 
un  devoir  pour  nous  de  faire  des  efforts  pour  arriveri 
letablir.  Pour  cela  il  faut  necessairement  rentrer  dans 
la  discussion  des  faits  avances  par  les  auteurs  du  siecle 
dernier,  et  surtout  de  leurs  interpretations  des 
sources  primitives  de  notre  histoire;  heureusement 
tiousne  sommes  pas  obliges  d’imiter  leur  eflrayante 
prolixite , et  de  produirc  comme  eux  de  veritables 
volumes  de  toutes  les  dimensions. 

- Je  n’ai  gueres , pour  ma  part,  de  documents 
nouveaux  tres-importants ; mais  je  me  presents 
principalement  avec  une  analyse  non  encore  essayee, 
je  m’appuie  sur  une  interpretation  nouvelle  de 
ceux  deja  mis  en  usage.  La  signification  que  je 
leur  attribue,  amene  une  conciliation  veritable  entre 
les  systemes  opposes.  Si  je  ne  me  trompe,  la  di- 
vergence d’opinions  bistoriques  , nee  d’interpreta- 
jions  forcees  et  interessees  , ne  pourra  plus  sub- 


— 57  — 

sister;  lcs  documents  mis  en  avant  par  les  parties 
opposees,  ne  se  contrarieront  plus  dans  ce,  qu’ils 
ont  d’essentiel  et  d’authentique.  J’arriverai , je 
l’espere , a donner  satisfaction  aux  pretentions 
legitimes  des  deux  monasteres , car  lous  les  deux 
en  ont  de  bien  fondees;  je  ferai  marcher  d’accord 
les  dires  de  1’histoire  6crite  et  ceux  d’une  vraie 
tradition.  II  cst  bien  temps  que  le  dernier  mot 
arrive  sur  une  question  si  vivement  et  si  longtemps 
controversee , qui  a divise  mes  honorables  devan- 
ciers  dont  je  viens  de  citer  les  noms ! Sera-ce 
le  mien  ? Je  le  desire ; il  serait  trop  hardi  d’en 
formuler  positivement  l’espoir. 


Selon  l’abbaye  de  St-Bertin  , Audomar  , depuis 
nomine  Saint  Omer,  est  au  7*  sifccle,  appele  h l’evech^' 
des  Morins.  Aussitot  son  arrivee  a Terouanne  , il  se 
livre  a la  propagation  de  la  foi  chretienne  et  de  la 
civilisation.  Il  avise  bientfit , non  loin  de  sa  cit6 
episcopate , un  riche  proprietaire , ancien  pirate , 
nomme  Adroald.  Cet  homme  puissant,  qui  n'avait 
pas  de  fils , habitait  quelquefois  son  chateau  de  la 
terre  de  Sithiu ; il  etait  entiferement  plonge  dans 
les  erreurs  du  paganisme.  Audomar  I’aborde  et 
parvient  a le  convertir  au  christianisme.  Adroald, 
dans  le  but  de  travailler  a son  bonheur  eternel , 
oifre  a l’Eveque  des  Morins  une  partie  de  ses  pro- 
prietes  situees  dans  le  pays  de  Terouanne..  II  veut 

8 


— 58  — 


tu.i  dormer  la  villa  Sitbiu  avec  de  nombreuses 
dependances,  pour  y etablir  un  hdpital.  Audomar 
accepte  avec  joie , la  pensee  de  la  donation , mais 
il  en  combat  l’attribution  ; il  persuade  au  donateur 
de  fonder  prSferablement  un  monastfere.  L’Eveque 
a pres  de  lui , dans  une  espece  d’bermitage , au 
lien  nommS  depuis  St-Mommelin , trois  ouvriers 
apostoliques , trois  pieux  compagnons,  Mommelin, 
Eberlrand  et  Bertin , arrives  depuis  peu  de  temps 
pour  le  seconder  dans  sa  mission  civilisatrice.  Lit, 
sous  la  direction  de  Mommelin , ils  ont  regu  de 
nombreux  proles.  Le  gout  monacal  s’est  developpd 
autour  d’eux}  leur  demeure  est  devenue  trop 
Stroke,  G’est  le  moment  d’executer  le  projet 
d’ Audomar  et  de  fonder  une  veritable  maison 
monacale.  Alors , en  1’annSe  648  (1 ) , a lieu  la 
.donation  de  la  villa  Silhiu  et  de  ses  dependai.ces ; 
elle  est  faite  directement  aux  trois  moines , et 
Bertin , charge  de  cbercher  le  lieu  le  plus  favo- 
rable de  cette  villa , pour  Stablir  les  constructions 
nouvelles,  en  confie  le  choix  & la  Providence  di- 
vine. Il  monte  sur  une  barque  et  Ur  oil  elle  s’ar- 
rete,  au  moment  oil  il  entonne  les  mots : heec  requiet 
mea  in  teculum  teculi , hie  habitabo  quoniam  elegi 

(1)  Folquin  dit : anno  DCXLV  qui  est  annus  XI  regis  Ludovei 
fllii  Dagoberti.  La  chartc  ne  portc  que  cctte  dernterc  mention , 
qui  correspond  a l’annee  648.  Folcard  , moine  dc  St-Berlio  , ao 
XI*  siecte  , i ’ex  prime  ainsi  t Cunclis  que  proceribus  orbis  Ta - 
rucnncB  anno  sexccnlesimo  vigesimo  sexto  dominicas  incarnalionis, 
anno  autem  undeeimd  regnantis  Chlodovet  fllii  Dagoberti  regis... 


— 59  — 


cam  (1 ) , sera  la  place  du  nouyel  Etablissement. 
Berlin  fait  executer  de  grands  travaux  de  defri- 
chement , puis  il  preside  aux  constructions ; il 
devient  le  premier  abbE  du  monastere  nommE  Sithiu 
et  dedie  primitivement  aux  apdtres  Saint  Pierre  et 
Saint  Paul. 

Bientot  on  s’apenjoit  que  le  terrain  sur  lequel 
les  batiments  ont  EtE  ElevEs,  n'est  pas  propre  & 
la  sepulture  des  moines.  Bas  et  humide,  il  dEve- 
loppe  des  Emanations  insalubres.  Non  loin  de  Ut 
est  la  butte  6ur  laquelle  Audomar  a fait  cons* 
truire  une  premiere  Eglise , celle  de  St-Martin.  Ge 
lieu  est  tres-favorable  a l’ensevelissement  des  reli- 
gieux ; avec  le  bon  vouloir  de  1‘Eveque  des  Morins, 
il  sera  le  cimetiEre  du  monastere.  Audomar  et 
Bertin  , de  concert , y construisent  un  oratoire , 
une  chapelle  consacree  a la  Vierge  Marie , et  prEs 
d’elle  un  logement  pour  les  pretres  charges  de  la 
desservir.  Par  son  testament,  Audomar  fait  don 
aux  moines , de  cet  oratoire  et  de  ses  depen- 
dances  , sous  la  condition  d’y  recevoir  la  sEpulture 
au  milieu  des  religieux.  Des  qu’Audomar  eut  cessE 
de  vivre , la  condition  de  la  donation  fut  remplie, 
et  des  moines  allerent  habiter  & tour  de  role  aupres 
du  cimetiere.  Alors  le  monastere  ajouta  a ses  invo- 
cations , celle  de  la  Yierge  Marie  ; il  comprit  deux 
maisons  monacales  dislinctes,  sous  une  seule  et 
meme  direction,  sous  celle  de  l’abbe  de  Sitbiu. 


U)  Iperius. 


— 60  — 


Get  etat  de  choses  dura  jusques  vers  1’annee  820. 
A cette  epoque , un  puissant  abbe  de  St-6ertin  , 
du  nom  de  Fridogis , mu  par  son  desir  de  donner 
un  plus  libre  cours  a ses  mauvais  penchants , 
secularise  la  maison  d’en  haut , devenue  importante; 
il  enleve  sa  direction  aux  religieux  de  la  maison 
d’en  bas.  Aux  lieu  et  place  des  quarante  moines 
qui  s’y  renouvelaient  tous  les  mois , il  y etablit 
trente  chanoines.  En  merae  temps  il  reduit  au 
nombre  de  soixante,  les  moines  laisses  dans  le 
vrai  monastere  de  Sithiu.  Puis  se  basant  sur  le 
nombre  relatif  des  habitants  de  cbaque  maison 
devenue  separement  un  monastfere , il  divise  les 
proprietes  , jusqu’alors  communes  aux  religieux  des 
deux  maisons.  11  en  laisse  les  deux  tiers  aux 
moines  du  monastere  d’en  bas  et  en  attribue  le 
troisiome  tiers  aux  chanoines  du  monastere  d’en 
haut.  Cela  fait , Fridogis,  a son  titre  primitif  de 
chanoine  , quitte  les  moines  dont  il  conserve  tou- 
tefois  la  ' direction , et  va  vivre  seculierement  et 
avee  plus  de  liberie , parmi  les  nouveaux  chanoines. 

Du  legitime  mecontentement  des  moines  naqui- 
rent  des  protestations  contre  1’acte  inoui  de  leur 
abbe;  elles  n’eurent  leur  effet  qu’apres  la  mort 
de  Fridogis,  advenue  en  l’annee  834.  L’abbe  Uugues, 
son  successeur  dans  le  monastere  d’en  bas,  de- 
ploy a une  grande  activite  dans  cette  occurrence ; 
malgre  l’influence  dont  il  jouissait , il  n’obtint 
cependaut  pas  le  retahlissemont  complet  des.choses 


— 61 


primitives.  Les  chanoines  subsisterent , mass  its 
perdirent  lour  independence.  Par  une  charts  de 
Folquin  , eveque  de  Terouanne , revetue  de  Tap- 
probation  du  Roi  Louis-le-Debonnaire , Tabbe  de 
St-Bertin , acquit  en  839 , pour  lui  et  ses  suc- 
cesseurs , le  droit  de  nommer  Ywdituus  ou  cuttos, 
veritable  chef  des  chanoines  , dont  le  nom  fut  plus 
tard  change  en  celui  de  Prevot.  Ainsi  done,  les 
chanoines  furent  soumis  a la  direction  des  moines 
represents  par  leur  abb6.  Toulefois  ce  droit  et 
cette  direction  no  furent  pas  tres  longtemps  con- 
serves ; les  malheurs  des  temps , les  ravages  des 
Normands  qui  bouleversferent  tout , ou  toute  autre 
cause , les  fit  tomber  en  desuetude  a une  date 
indeterminee. 


Cette  narration  des  moines  est  ainsi  modifiee  par 
les  chanoines. 

La  donation  d’Adrpald  , disentails  , fut  directe- 
ment  et  entierement  faite  it  l’Eveque  Audomar , 
qui  en  transmit  verbalement , une  partie  aux  trois 
missionnaires  fondateurs  de  la  discipline  monacale 
a Sithiu.  Avant  Tarrivee  de  ces  hommes  evangeliques, 
Audomar  avait  deja  bati  deux  eglises  sur  la  butte 
de  Sithiu ; d’abord  celle  dediee  a St-Martin , puis 
dans  son  voisinage , une  autre  vaste  et  belle  eglise 
consacree  a la  Vierge  Marie , aupres  de  Iaquelle 


— 62  — 

fut  elevE  de  suite  un  bdpital , selon  les  conditions 
de  la  donation  d’Adroald.  La,  vivaient  en  commu- 
nautE , dans  un  veritable  monastere , et  formant 
un  elergE  assez  nombreux , des  clercs  nstitues 
par  le  saint  Eveque  des  Morins  lui-meme , dont 
ils  etaient  les  disciples  cheris , et  pour  l’existence 
et  l’entretien  desquels  Audomar  conserva  une  partie 
iraportante  des  biens  octroyes.  Ges  clercs  etaient 
charges  de  desservir  les  deux  Eglises  et  de  diriger 
rhdpital. 

L’Eveque  de  Terouanne,  qui  donna  son  nom  a 
la  ville  de  St-Omer,  quittait  frequemment  sa  cite 
Episcopate , son  elerge  principal  , pour  se  reposer 
de  ses  travaux  apostoliques , a Sithiu , au  milieu 
des  clercs  de  l’eglise  de  la  Vierge.  C’etait  uue 
residence  qu’il  affectionnait  tout  particulierement. 
Ces  cboses  se  passaient  avant  la  venue  des  trois 
missionnaires.  Geux-ci  vecurent  un  peu  de  temps 
au  monastere  de  la  Vierge ; sur  leur  demande , 
ils  regurent  de  l’Eveque  l’autorisation  de  construire 
un  hermitage  dans  le  lieu  nommE  depuis  Saint- 
Mommelin.  Get  hermitage  Etant  devenu  trop  petit 
pour  contenir  les  nouveaux  profes,  Audomar  leur 
permit  de  batir  un  vEritable  monastere  dans  File 
de  Sithiu.  Ce  monastere  dedie  d’abord  h.  Dieu  et 
A Saint  Pierre , puis  a Saint  Bertin  par  la  suite  des 
temps,  re$ut  des  mains  de  1’EvEque,  Mommelin 
pour  premier  et  Bertin  pour  second  abbE.  A la 
mort  d’ Audomar , les  elercs  de  Sithiu  conjointe- 


— 63  — 

meat  arec  lea  moines  de  St-Bertin  , ensevelirent 
son  corps  dans  1’eglise  de  la  Vierge  d’oii  il  n'a 
jamais  ete  deplace. 

Rien  ne  fut  change  dans  l’existence  des  cha- 
noines  pendant  un  long  temps.  Leur  anteriority  et 
leur  paternite  sur  les  moines  ne  sont  pas  doft- 
teuses  (1).  Leur  superiority  sur  eux  exista  tou- 
jours ; leur  independance  ne  fut  done  jamais  com- 
promise. La  vie  commune  dans  le  monastere  de 
laVierge,  qui  datail  du  temps  d’Audomar,  dura 
jusqu’k  la  fin  du  1 2®  sifecle,  epoque  oil  les  chanoines 
furent  veritablemenl  secularises. 


Ces  narrations  differentes  exprimyes  defmitive- 
ment  dans  le  sifecle  dernier , les  moines  et  les 
chanoines  chercherent  k les  ytayer  sur  des  preuves. 
Ils  fouillerent,  les  uns  et  les  autres,  leurs  archives  et 
produisirent  des  documents  historiques.  Par  des  in- 
terpolations plus  ou  moins  forcees,  par  des  reticences, 
par  des  interpretations  adroites,  ils  ytaient  parvenus  k 
leur  faire  dire  ce  qu’ils  voulaient. 

Le  chapitre  appuyait  sa  narration  et  ses  exi- 
gences , par  des  textes  de  differentes  vies  de  Saint 
Omer  plus  ou  moins  authentiques  dans  tout  leur 

(l)  Done  le  chapitre  est  fondi  en  litres  pour  prouver  que  V ab- 
bey* &*  St-Bertin  est  de  sa  filiation  ( mlmotret ). 


— 64  — 

ensemble,  et  par  des  livres  anchiens  (1).  11  ne 
pouvait  clter  ni  chartes , ni  diplomes  , ni  bulles 
papales , ni  privileges  qui  lui  fussent  speciaux  , 
avant  l’epoque  du  milieu  du  9e  siecle.  Le  plus 
vieux  diplome  qu’il  fut  jamais  en  mesure  de  pro- 
duire  datait  de  l’annee  1016  (2)  ; les  plus  anciens 
titres  trouves  dans  ses  archives  sont  des  bulles  de 
l’annee  1075  (3).  Ces  bulles  renouvellent  des  pri- 
vileges donnes  pour  la  premiere  fois  ( fecit  privi- 
lege ) et  verbalement  sans  doute  , aux  chanoines 
de  St-Omer,  vers  l’an  863,  par  le  Pape  Nicolas  1er, 
a une  date  done  posterieure  a celle  attribute  a la 
separation  des  deux  maisons  monacales.  La  suite 
des  Prevdts  du  cliapitre  de  St-Omer,  a pour  point 
de  depart  connu,  seulement , le  commencement  du 
onzieme  siecle.  Trois  dignitaires  plus  anciens  ne 
sont  signales  que  par  les  chroniqueurs  ou  les 
hagiographes  de  l'abbaye  de  St-Bertin.  Les  noms 
de  Fridogis  au  commencement , et  d’Hcrric  (4) 
4 la  fin  du  IXe  siecle , ne  se  trouvaient  pas  dans 


(1)  La  vdrite  de  l’hist.  de  l’dglise  de  St-Omer  , p.  313,  etc.,  etc. 

(2)  Gallia  Christiana,  instruments  , t.  3,  p.  Ill;  et  dipldmes 
belgiques  , t.  4 , p.  176. 

(3)  Archives  de  l’ex-cbapltre  de  St  Omer.  Voir  le  rapport  de  M. 
Vullel  de  Viriville  , dans  le  t»  6,  des  memoires  de  la  socidtd  des 
Aiiliquaires  de  la  Morinie. 

(4)  La  tie  de  St-Bertin,  manuscrits  n*'  764  et  619  , de  ia  bibliotheque 
de  la  ville  de  St-Omer , se  sert  des  expressions  : cuidam  monacho 
eenobii  S.  Berlini  ediluo  silicel  ecclesiw  prefati  presulis  memorabUU 
per  none  vivo  nomine  Herrico , (Vita  ye!  mirccula  S11  Berlini,  cap.  37). 


les  archives  des  clianoines , qui  ne  les  acceptaienl 
pas  plus  pour  chefs  sup6rieurs  de  leur  monastfere, 
qu’un  certain  Morus  # indiqu6  sous  le  litre  de 
custos  ou  gardien , comme  Herric  lui-m6me,  par 
les  chroniques  des  moines. 

L’abbaye  de  St-Bertin  , au  contraire , basait  son 
r6cit  historique  et  ses  pretentions  sur  de  trha- 
anciennes  archives , sur  des  chartes  et  dee  dipldmes 
importants  et  nombreux.  Elle  produisait  de  vieux 
titres  de  propri^tes  revStus  de  signatures  et  de 
sceaux  les  plus  recommandahles , et  comblait , 
dans  I’iuteret  meme  du  chapitre , la  laeune  de  ses 
archives.  Elle  avait  une  chronologic  d'abbds  bien 
etablie , des  les  temps  les  plus  anciens. 

Embarrasses  de  ce  qu’ils  ne  pouvaient  pas  mom* 
trer,  non-seulement  les  chartes  primitives  de  leur 
institution , mais  m£me  des  dipldmes  des  premiers 
siecles  de  leur  existence  independents  de  St-Bertin, 
telle  qu’ils  voulaient  l’etablir , les  chanoines  cher- 
cherent  a prouver  que  tons  les  ancicns  titres  si 
nombreux  du  monastere  d’en  bas , 6taient  faux  (1). 
Ce  procede  exp6ditif  etait  mal  ehoisi ; il  ttait  aussi 
prgjudiciable  aux  chanoines  eux-m£mes  qu’aux 
moines ; les  uns  et  les  autres  seraient  ainsi  rest£s 


(1)  Le  fausaaire  aerait  bien  ancien.  Seloo  M.  tfudrard , le  carta* 
latre  manuscrit  dounant  cea  chartes  et  qu*’il  a vu  ,,  eat  do  12*  ai&de, 
Nabillon , de  re  difrfom , lib.  YI , an  cite  on  du  10*  aitcle. 


sans  aucune  pifece  ancienne , justificative , sinon  de 
leur  bistoire , au  moins  de  leurs  proprietes , de  leurs 
droits  de  toute  nature  et  de  leurs  importants 
privileges.  Les  actes  dont  les  chanoines  niaient 
(’authenticity  , £taient  des  preuves  communes  aux 
deux  monasteres.  Cet  argument  aussi  complete- 
ment  negatif,  etait  nouveau  de  leur  part.  Les 
chartes  constitutives  des  droits  et  des  privileges  de 
St-Bertin , au  lieu  d’etre  arguees  de  faux  par  les 
chanoines , avaient  a diverses  £poques , ete  invo- 
quces  par  eux  pour  defendre  et  leurs  proprietes 
et  leurs  imm unites.  Au  I 3®  siecle  mfime,  acceptant 
les  faits  bistoriques  de  leur  union  et  de  leur 
separation , ils  avaient  appel£  ces  chartes  au  secours 
de  leurs  reclamations;  le  Prevot  Robert,  en  se 
basant  sur  les  biens  encore  indivis-,  voulut  obtenir 
pour  les  chanoines  , la  juste  moitie  des  biens  par- 
tages.  En  l’annee  \ 309  , ceux-ci  presenterent  meme 
une  requite  au  parlement,  afin  d’avoir  communi- 
cation des  titres  de  l’abbaye  de  StrBerlin , qui  leur 
etaient  refuses  , dans  la  crainte  des  interpretations 
qu’ils  en  tiraient  en  leur  faveur.  Jusqu’a  une  date 
assez  voisine  de  celle  oil  la  lutte  entre  les  deux 
corps  religieux  prit  un  caractere  nouveau , et  se 
revetit  d’un  manteau  historique , les  chanoines  in- 
voquerent  l’autorite  des  dipldmes  bertiniens  pour 
appuyer  leurs  pretentions  a l'independance  devant 
les  superieurs  ecclesiastiques  et  pour  etablir  le 
point  de  depart  de  leurs  exemptions.  Cela  ne  pou- 


— 67  — 

vait  avoir  lieu  au  47*  sifecle,  6poque  oil  on  le 
constate , qu’k  la  condition  d’une  tradition  biea 
etablie  dans  le  chapitre  m£me,  de  sa  filiation  de 
l’abbaye  de  St-Bertin , malgr6  la  volonte  expri- 
mee  k diverses  epoques , de  revoquer  en  doute  quel- 
ques  assertions  des  chroniqueurs  de  St-Bertin , et 
surtout  de  suspecter  de  faux  les  chartes  de  Saint 
Folquin  et  de  l’abbe  Hugues,  de  l’ann^e  839  (4). 

A la  fin  du  4 7*  siecle , en  4 682 , pour  6ta~ 
blir  l’anciennete  de  leurs  privileges , les  cha- 
noines  produisirent  un  factum , oik  il  est  dit , qua 
Yiglise  de  St-Omer  , avant  1‘ Erection  de  Vdvbchi , 
est  une  des  plus  anciennes  dglises  du  royaume , 
drigde  de  rigulibre  en  sdculibre  & la  fin  du  8* 
sibcle  (2).  A une  petite  erreur  de  date  prfcs  , 
c’est  la  version  des  bistoriens  de  I’abbaye  de 
St-Bertin. 

Quelques  annees  aprfes  , en  4 696  , l’Eveque  de 
St-Omer  voulut  etablir  quelques  statuts  pour  son 
chapitre,  conform6ment  aux  prescriptions  du  concile 

(1)  Cette  tradition  eat  exprimde  positivement  dans  uii  manuscrit 
derit  en  1646  , et  qui  provient  de  la  bibliotb£que  de  M.  de 
Valbelle , Evdque  de  St-Omer. 

(2)  Dignitdfl  de  l’dglise  de  St-Omer  , p.  147.  L’aateur  qui  a pro- 
dull  dans  son  ouvrage  des  ex  (rails  ou  des  analyses  de  toutes  les 
pieces  importantes  du  chapitre  de  St-Omer,  parait  lui-mdme  coq- 
vaincu  de  l’ancienne  union  et  de  la  separation  des  deux  dglises  ; 
son  travail,  fait  sous  Tinfluence  immediate  des  chanoines,  a pour  but 
la  glorification  du  chapitre  de  St-Omer. 


— 68  — 

de  Trente ; les  chanoines  qui  se  regardaient  comme  - 
immediatement  soumis  au  S.  Siege,  et  qui  vou- 
laient  conserver , selou  leurs  serments , les  droits , 
les  libertes  et  les  privileges  de  leur  eglise , rejeterent 
ces  statuts  comme  mils  et  les  regardferent  comme  non- 
avenus.  On  fit  valoir  qu'il  se  voit  dans  les  manuscrils 
trls  ancient  et  authentiques  qui  se  conservent  dans  le 
monastbre  de  St-Bertin,  d St-Omer,  el  particulibrement 
dans  Yhistoire  de  Jean  d‘  Yperius,  abbi  de  St-Bertin, 
que  I’iqlise  de  St-Omer , jadis  riqulibre  et  la  mSme 
que  celle  de  St-Bertin,  et'  toutes  deux  ou  pluldt 
eettfi  iqlise , une  pour  lors,  et  depuis  divisde  en 
deux , quand  celle  qui  est  atyjourd’hui  St-Omer , 
a M sicularisie  et  iriqie  en  colUqiale , ce  qui 
arriva  vert  la  fin  du  8®  tilde , ces  iqlises  ont 
depuis  leur  commencement  et  origine , joui  de 
plusieurt  droits,  immunitis  el  privileges  qui  leur 
itaient  communt  (1). 

Les  Eveques  de  St-Omer  eux-mfimes , dans  des 
proces  du  commencement  du  1 8®  siecle , argument 
de  l’ancienne  union  des  eglises  de  St-Bertin  et  de 
St-Omer,  alors  que  c’£tait  dans  leurs  interets  (2). 
Eux  aussi  s’appuyaient  alors , sur  les  textes  de 
Folquin  et  d’Yperius,  et  sur  les  chartcs  dont  ils 
combattirent  depuis  l’aulhenticite. 


(1)  Mk  p.  177, 

12)  Louis  et  Fran  go  is  <*e  Valbelle , dae*  de*  ecriU  fait*  pear 
•outenir  un  proces  centre  le  Uarquit  de  Trvtenauss. 


— 69  — 

. La  longue  acceptation  par  le  cbapitre,  des  litres 
primitifs  de  I’abbaye  de  St-Bertin , ressort  du 
teste  meme  de  la  vie  de  Saint  Erkembode , con- 
tenue  dans  un  manuscrit  des  chanoines , compose 
an  milieu  du  onzieme  siecle  (1 ) ; elle  ressort  encore 
de  I’insertion  dans  leur  breviaire , au  milieu  du  16* 
siecle  (4  550) , du  fait  de  la  separation  des  deus 
monastferes , accepte  par  la  plus  grande  partie  des 
auteurs  qui  font  autoriti  (2). 

Cependant  la  tactique  nouvelle  du  chapitre  de 
St-Omer  , jeta  l’inquietude  parmi  les  moines  de 
St-Bertin ; aussi  s’empresserent-ils  de  montrer  que 
(’authenticity  de  leurs  chartes  avait  ete  reconnue 
et  defendue  par  les  plus  habiles  diplomatistes  des 
47*  et  4 8e  siecles  , par  les  Mabillon  , les  Lecointe, 
les  de  Brequigny , les  Lemire , les  frferes  de  Ste- 
Marthe , les  Adrien  de  Valois , les  Pagi , les  Bul- 
teau , les  de  Longuerue , etc. , etc.  11s  cherchbrent 

(1)  L’aoteur  do  manuscrit , maintenant  k la  bibliothdqoe  de  la 
ville  de  St-Omer , sous  le  n°  698  , dit  avoir  dcrit  plus  de  quatre 
cents  ans  apres  la  mort  da  saint,  fixde  par  lui  k Fannie  734  ; 
c*est  done  au  milieu  du  XI*  siecle  quit  a composd  cette  vie. 

C’est  bien  k tort  qu’on  a voula  attribuer  la  vie  de  St  Erkembode 
k un  abbd  de  St-Bertin  du  nom  de  Jean  et  surtout  k Yperios, 
qui  vivait  k la  fin  du  14'  siecle.  Cette  vie  a ltd  imprimis  dans 
les  acta  sanctorum , 12  avril.  Voir  Fadditlon  k la  vlritl  de  1’hist. 
de  l’lglise  de  St-Omer ; Hennebert , t.  2 , p 353  , et  M.  Wallet , 
Description  de  l’ancienne  cathldrale  de  St-Omer,  p.  91-95. 

(2)  Par  Adrien  de  Valois  , Dom  Mabillon  , Bulteau  , Molan  , Aubert 
Lemire , Ga«et , Malbcancq  , I’afebe  da  Longoerae , les  auteurs  de 
Gallia  Christiana  * etc. , etc. 


— to  — 

en  mSme  temps  a prouver  que  cette  authenticate 
decoulait  meme  de  l’anciennet6  indubitable  des 
copies  qui  en  avaient  ete  faites  , comme  de  quelques 
fails  incoutestables  exprimes  par  elles  et  accepts  dans 
tous  les  temps  par  le  chapitre,  sans  antres  temoigna- 
ges.  En  cherchant  ademontrer  l’antiquite  veritable  et 
la  bonte  de  leurs  cbartes , les  moines  n’avaient  fait 
que  la  moitie  de  leur  besogne ; il  fallait  encore  en 
justifier  dans  toutes  les  parties,  l’interpretation 
donnde  par  leurs  historiens  (1).  C’etait  tres  dif- 
ficile assurement , et  sur  ce  point  Ton  ne  pouvait 
invoquer  un  acquiescement  plus  ou  moins  ancien; 
dans  aucun  temps , les  chanoines  n’avaient  accepte 
tous  les  dires  des  historiens  de  l’abbaye  ; ils 
avaient  entre  autres , depuis  long-temps  rejete 
comme  inexacte , la  version  de  leur  soumission 
nouvelle  It  I’abbe  de  St-Bertin , apres  la  separation 
du  commencement  du  9e  siecle  (2).  Pour  en  avoir 
plus  tdt  fait  de  cette  pretention  des  moines,  ils 
avaient,  des  les  siecles  passes,  deja  ditque  les  diplomes 
snr  lesquels  ils  l’etablissaient , etaient  supposes  (3). 


(1)  La  vie  de  St-Bertio  do  maouscrit  819  9 qui  parait  copile  d’uqe 
autre  fort  ancienue  , donne  aussi  l’ioterprltalion  la  plus  favorable 
h l'abbaye, 

. (2).  Voir  la  vlriil  de  l’histoire  de  I’lglise  de  St-Omer  f p.  14  » 
499*412. 

(3)  DD.  eanonici  Audomarenses  diploma  istud  volunl  esse  sup- 
posiium  , eum  ab  Fridogiso  semper  sui  Juris  fuerinl , et  ab  eo 
prwpositos  suos  acoeriaut.  ( Bteibraqcq,  De  Mortal* , t.  2,  p«  239; 
imprime  eu  1647 ). 


— n\  — 

Dans  la  defense  de  leurs  chartes , les  moines  qui 
en  exageraient  la  portee  et  la  signification , qui  les 
denaturaient  m6me  quelquefois,  oublierent  quelques 
indications  favorables  a leur  authenticity  , comme  & 
leur  interpretation , dans  ce  qu’elle  avait  de  vrai ; 
je  viens  les  suppleer  dans  I’int6r6t  de  la  verity. 

L’union  primitive  des  deux  inonasteres , point 
fondamental  de  la  discussion,  et  le  plus  contest^ 
par  les  dissertateurs  modernes  du  chapitre  et  des 
Eveques  de  St-Omer , pouvait  etre  plus  complb- 
tement  prouvee.  Les  moines  n’ont  pas  fait  assez 
d’usage  de  leurs  diplomes  moins  anciens  et  incon- 
testes , qui  disent  implicitement  la  meme  chose 
que  les  plus  ages  pretendus  faux.  Ainsi  l’appel- 
lation  indeterminee  de  monastere  de  Sithiu  (1) 
dont  on  se  servait  pendant  la  duree  des  7*  et  8* 
siecles , ne  put  avoir  lieu  qu’a  la  condition  qu’il 
n’y  eut  qu’une  seule  administration  pour  les  deux 
maisons  monacales  posees  sur  le  sol  de  la  ville 
de  Saint-Omer.  D’un  autre  c6t6  Tappellation  de 
monastere  de  Saint-Omer,  employee  par  des  auteurs 


(1)  L’exprcseion  de  monaslerium  Sitdiu  sor  laquelle  les  moines 
ont  joud  pour  dire  que  leur  abbaye  dtait  presque  impdrissable , esl 
bieu  encienne  ; on  la  troupe  dans  la  charte  d’Adroald.  L’authen- 
ticild  de  cette  version  n’a  pu  dtre  conteslde  que  par  les  personnes 
qui  n'avaient  pas  connaissance  qu’ou  la  trouve  dans  la  charte  ori- 
ginale  de  la  donation  de  Rocashem  de  Fannie  745  , charte  con* 
servde  aux  archives  de  la  Flandre  orientale  & Gand  , et  dont  M. 
Warnkcenig  a donnd  an  fac  simile  dans  les  preuves  de  son  on* 
vrage  tur  les  institutions  de  la  Flandre. 


— *72 

des  8*  et  8*  sifecles  (1),  pour  des  faits  appartentnt 
certainement  a 1’abbaye  de  St-Bertin,  porte  la 
meme  signification.  Ges  deux  designations,  posits 
Yemen t distinctes  apres  la  separation , ne  ponvaient 
itre  communes  aux  deux  maisons  monacales  qu’au- 
tant  qu’elles  n’en  Assent  qu’une  par  l’administra- 
tion , qu’il  n’y  eut  qu’un  corps  religieux  dans  la 
villa  Sithiu,  prise  dans  sa  plus  grande  extension. 

II  est  encore  des  expressions  d'un  grand  nombre 
de  chartes  ou  dipldmes  qui  indiquent  aussi  qu’un 
seul  corps  religieux  existait  primitivement  sur  le  sol  de 
notre  ville.  Les  mentions  que  les  corps  de  Saint  Omer 
et  de  Saint  Bertin  reposaient  dans  le  monastere  de 
Sitbiu,  ont  cette  signification ; elles  ne  peuvent  6tre 
vraies  que  si  les  deux  maisons  religieuses  etaient 
unies  et  confondues  dans  une  m£me  administration, 
et  elles  sont  trop  souvent  repetees  pour  pouvoir 
etre  suspectees  de  faux.  Le  corps  de  Saint  Omer 
a toujours  repose  dans  la  maison  d’en  haut  (2)  ; 
celui  de  Saint  Bertin  dans  la  maison  d’en  bas  , situee 
veritablement  dans  l’lle.  A rant  l’epoque  de  la  separa- 
tion , cette  phrase  ou  formule  : monastlre  de  Sithiu 
oil  let  corps  de  Saint  Omer  et  de  Saint  Bertin  jouissent 
du  repos , est  veritablement  consacree;  on  peut  dire 
qu’elle  ne  manque  jamais.  Pendant  la  vie  de  Fridogis, 
sous  (’administration  duquel  cette  separation  a en 


(1)  Voir  ci  apr&s. 

(2)  Voir  k la  fin,  la  note  A. 


— 73 


lieu , la  meme  phrase  est  conservee ; cet  abbd 
demeurant  le  chef  des  deux  monasteres  separes , 
leur  direction  concentre  dans  la  meme  main , 
permit  de  continuer  par  habitude,  une  mention 
inexacte  aprfes  sa  Tnort , advenue  en  l’annee  834. 
Dans  les  deux  dipldmes  de  l’an  839 , en  vertu 
desquels  le  monasldre  d’en  has  acquiert  le  droit 
de  nominer  le  custos  ou  gardien  de  1’dglise  du 
monastere  d’en  haut , la  formule  n’est  plus  la 
meme;  elle  est  amende  k cette  expression  simplifige 
et  vraie  , de  monastbre  de  Sithiu  oil  repose  le  corps 
de  Saint  Bertin.  Cette  nouvelle  redaction  y est 
d’autant  plus  saillante , plus  significative,  qu’elle 
est  opposee  dans  les  memes  dipldmes , a la  mention 
formellement  exprimde  qifb  les  deux  corps  saints 
reposaient  precedemment  dans  le  monast&re  de  Sithiu. 
Comme  consequence  de  ces  deux  dipldmes , dont 
la  signification  fut  exagdrde,  et  par  forme  de  pro- 
testation contre  la  separation , les  moines  reprirent 
dans  leurs  actes,  l’ancienne  phrase  qui  laissait 
croire  a leur  possession  du  corps  du  saint  fonda- 
teur  dont  ils  n'avaient  que  la  garde  par  un  delegue. 
Toutefois  ils  eurent  la  precaution  des-lors,  de  ne 
l’employer  que  lorsque  sa  signification  ne  pouvait 
que  leur  dtre  utile,  en  stimulant  la  veneration 
fructueuse  des  fiddles , pour  le  lieu  oil  les  reliques 
du  saint  patron  Audomar  etaient  censees  deposees. 
Mais  lorsque  cette  formule  pouvait  entrainer  une 
interpretation  nuisible  a leurs  interdts , les  moines 


to 


avaient  le  soia  de  s’en  abstenir.  Lore  done  qu’il 
etait  question  d’une  donation  speciale  k l’abbaye , 
its  formulaient  la  mention  du  repos  des  deux  corps 
dans  le  monastere  de  Sithiu  de  maniere  a ce  qu’on 
ne  put  pas  comprendre  qu’il  siagissait  d'un  hom- 
mage  fait  aux  deux  saints  , ce  qui  aurait  entraine 
le  partage  des  biens  et  des  privileges  donnes, 
entre  les  deux  monasteres  (1).  Ainsi , par  exemple, 
les  moines  faisaient  alors  octroyer  specialement,  en 
enongant  que  les  donations  etaient  faites  k Saint 
Pierre  ou  k Saint  Berlin,  au  monastere  etabli  dans 
l’ile  de  Sithiu ; ou  bien  encore,  apres  avoir,  au  com- 
mencement de  l’acte , exprime  le  nom  de  l'abbe 
du  monastere  de  Sithiu  ou  reposaient  les  corps  des 
Saints  Omer  et  Bertin , ettdt-il  dit , ils  determinaient 
avec  soin  les  donations  ou  les  privileges,  au  monas- 
tere de  St-Pierre,  oil  Saint  Bertin , le  seul  nomm6 
alors , jouissait  du  repos  (2). 


(1)  0 en  est  one  preove  sans  rdplique  ; les  droits  de  lonlieu 
partagds  pendant  des  siedes  entre  les  deux  monasteres  n etaient  pas 
la  consequence  d’une  autoritd  seigneuriale  sur  la  ville  de  St  Omer , 
pour  les  moines  et  pour  les  chanoines  ; ils  ddcoulaient  de  la  con- 
cession d'un  marchd , cn  874  , dont  les  profits  furent  attribute  a 
Saint  Omer  et  a Saint  Bertin  , par  le  dipldme  du  Boi  Charles-le- 
Cbauve. 

(2)  Dans  la  confirmation  des  biens  et  privileges  de  l’abbaye  par 
Charles -le-Chauve,  en  877 , apres  la  mention  qu'Hilduin  est  abbd 
du  monastere  de  $t-Pierre  qui  est  appeld  de  Sithiu  , o & les  corpa 
de  Saint  Omer  et  de  Saiut  Bertin  , jouissent  du  repos  , on  ex prime 
que  les  privileges  sont  donnds  pour  le  monastere  de  St-Pierre  , 
ou  repose  le  corps  de  Saint  Berlin.  11  n'y  est  aucunement  ques- 
tion  des  chanoines  ; bien  loin  de  la , on  determine,  dans  cette  con- 


— 75  — 

La  m6me  signification  d’union  d’abord  , et  de 
separation  ensuite , est  encore  donnde  par  une 
autre  form ule  des  diplomes  du  monastfere  de  Sithiu. 
Pendant  tout  le  temps  oil  une  communaut6  de 
biens  et  d’ administration  unissait  les  deux  maisons 
monacales , les  chartes  exprimaient  que  le  monas- 
ter e de  Sithiu  etait  41  eve  sous  (’invocation  de  la 
Sainte  Vierge  et  des  Saints  apotres  Pierre  et  Paul, 
merae  quelquefois  sous  celles  de  Saint  Martin  et 
de  Saint  Omer.  Apres  la  separation  et  malgr4  les 
chartes  de  l’annee  839  , l’invocation  de  la  Vierge, 
si  regulierement  reprise  jusques  alors  disparut  des 
diplomes  bertiniens  (1).  L’ expression  de  cette  men- 
tion eut  pu  compromettre  les  interets  du  monastere 
d’en  has;  on  eut  pu  elever  la  pretention  que  les  dona- 
tions reprises  dans  les  diplomes  oil  elle  setrouvait, 
devaient  etre  communes  ou  parlagees  entre  les  deux 
4glises,  indiquees  par  l’effet  de  leurs  invocations  spe- 
cials. Les  moines  eviterent  adroitement  les  dangers 
de  cette  interpretation,  en  supprimant  de  leurs  actes, 


firmation,  le  norobre  de  50  moines  , ce  qui  ex  cl  ot  complelement 
toute  idee  d'union  des  deux  monasteres  alors. 

Eo  l*annde  889  , une  donation  est  faile  au  monastere  d’en^bas, 
et  pour  la  premiere  fois,  dans  lout  1’acte  il  n’est  que  la  mention 
do  repos  du  corps  de  Saint  Bertin  ( Chart.  Sit.  ). 

(1)  Cependant  le  moine  Foleard  s’exprime  ainsi : ^Edi/tcaverunt 
etiam  orcUium  quoddam  adhuc  vivente  suo  predileclo  Audomaro 
Dei  antistite  , quod  ab  orientali  plaga  templi  Sancli  Vetri  cons- 
tructum  , dedicari  fecit  ab  eodem  ponli/tce  in  venerations  sanclw 
Dei  yenitricis  Marios,  ( Vita  Stl  Bcrtini  m*  n°  773 ). 


— 70  — 

revocation  de  la  Vierge  (1),  comme  celle  de 
Saint  Omer  (t). 

L’union  des  deux  monasteres  et  leur  separation, 
s’appuient  done  non  seulement  sur  des  chartes 
speciales  Si  ces  faits  historiques  et  dont  les  eba- 
noines  ont  dans  les  derniers  temps  contesle  l’au- 
thenticite , mais  elles  ressortent  de  mots  et  de 
phrases,  au  premier  aspect  sans  importance , em- 
ployes dans  une  foule  de  dipldmes  reconnus  vrais. 
Ce  n’est  pas  encore  la  que  s’arretent  les  preuves, 
pour  la  plupart  nouvellement  donnees , de  cette 
union  et  de  cette  separation;  on  va  le  voir. 

Si  les  deux  maisons  religieuses  n’avaient  pas  fait 


(1)  Dans  un  dipldme  de  Pannde  962 , par  un  effet  sans  doute  de  vue 
retrospective  inexplicable  , on  retrouve  a I’abbaye  de  Silbiu  , son 
ancienne  expression  de  monastdre  coostruit  en  i’honueur  de  la  bien- 
beoreust  Vierge  Marie  et  des  apdtrea  Saint  Pierre  et  Saint  Paul , 
ou  itposent  les  corps  de  Saint-Omer  et  de  Saint  Bertin.  ( Chart.  Sit. 
p.  149). 

Si  dani  des  chartes  et  entre  aotres  dans  celle  de  Charles  -le- 
Chauve  qui  d tab  lit  on  marchd  a Sitbiu  en  874  , il  e*t  exprimd  la 
defense  de  diviser  les  propridtds  du  monastere  , e'est  la  consequence 
des  craintes  des  moines  , de  voir  de  nouvean  opdrer  une  separation 
entre  les  divers  et  importants  dtablissemeuts  de  Saint  Bertin. 

(2)  La  consecration  veritable  de  l’dglisc  du  roonaslere  d’en  haut 
fut  toujours  a la  Vierge  Marie , mais  ce  monaslere  avait  pris  le 
nom  de  l’evdque  Audomar  ou  Omer  qui  regut  le  litre  de  Saint  en  723  , 
pour  la  premiere  fois  apres  sa  mort.  Le  nom  de  St-Omer  fot  dteudu  k 
IVglisc  clle-mdme  des  Tan  1015  ; queiquefois  il  fut  adjoint  k 
crlui  de  la  Vierge,  de  cette  maniere  : Baudouin  , prevdt  de  I’eglise 
de  la  Vierge  ct  de  St  Omer  ( 1042  ) ; il  le  fut  ainei  pendant  one 


77  - 

un  seul  et  mbme  monastbre  k Sithiu , k quel  titre 
Saint  Erkembode , mort  en  737  , Evbque  de  T6- 
rouanne  et  abbe  de  Sithiu  , eut-il  etb  enterre  dans 
l’eglise  du  monastbre  d’en  haut , ou  son  tombeau 
est  encore  conserve  (1).  Si  l’union  n’eutpas  eu  lieu,  • 
il  eut  fallu  chez  Folquin,  chroniqueur  du  1 0®  sibcle , 
une  grande  malice,  pour  avancer  un  fait  en  lui-mbme 
fort  peu  important,  et  qui  parait  sans  recherches,  sans 
intention  frauduleuse,  reveler  la  verite.Selon  lui,  pen- 
dant les  travaux  de  canalisation  et  d’etablissement 
de  moulins , executes  a Arques , vers  l’annee  800, 
sous  1'abbe  Odland,  cbaque  semaine,  il  arrivait  dans 
ce  village,  a tour  de  r6le,  cinq  moines  du  monastbre 
d’en  bas  et  autant  du  monastbre  d’en  haut  (2). 

Si  celte  union  n’avait  jamais  existe , des  interbts 
cominuns  de  propriety , eussent-ils  ete  aussi  nom- 
breux  qu’ils  le  furent  longtemps  entre  les  moines 
et  les  chanoines?  Evidemment  non.  Au  milieu  du 


certaine  periode  de  temps;  puis  revocation  dcStOmer  fut  em- 
ployee seule  et  fit  presque  oublier  ia  consecration  5 !a  Vierge,  & 
{’expression  de  laquelle  on  a fini  par  revenir  cxclusivement. 

\t)  Inlerea  et  preefatus  Erkcmbodus  episcopus  et  abbas  dccessit 
d soscuto  ( 734  a 742 ) , el  in  monasterio  Sancti  Audomari  9 
coram  altare  sanctcB  Dei  genitricis  ( quod  dicilur  ad  campanas ) 
tumulatur  d populo  ( ubi  usque  ho  Hi  ejus  tumba  cernilur  lapidea ). 
( Folqoin  , chart,  ait.  p.  50 ).  II  y a des  mots  njoutfs  posterieuremerit , 
com  me  il  est  facile  de  s’en  apercevoir.  Le  tombeau  de  Saint 
Erkembode  est  main  tenant  place  contre  la  paroi  exterieure  et  orien- 
tate du  chceur. 

(2)  Id.  p.  67. 


— 78  — 

10*  sibcle , les  chanoines  et  les  monies  allerent  de 
compagnie  sur  les  bords  du  Rhin  , avec  le  corps 
de  Saint  Omer,  afin  que  par  sa  presence  , les  de- 
tenteurs  des  biens  communs  entre  eux,  fussent 
• amends  & les  leur  rendre  (1).  N’est-ce  pas  en- 
semble qu’ils  re$urent  en  1’annee  1015,  un  pri- 
vilege pour  leurs  biens  indivis , situes  dans  l’eveche 
de  Cologne , privilege  dans  lequel  est  exprimee 
l'existence  de  deux  monasteres  in  loco  Sithiu  (2). 
Les  dimes  des  villages  de  Cormettes , de  St-Martin- 
au-Laert  et  de  Tatinghem , ne  leur  etaient-elles  pas 
communes , et  ne  les  partageaient-ils  pas  par  moi- 
tie  (3).  N’avaient-ils  pas  encore  en  1 1 53 , des  hiens 
indivis  dans  le  pays  de  Liege  (4).  Le  cliapilre 
n’abandonne-t-il  pas » sous  certaines  conditions , a 
1’abbaye  de  St-Bertin  , en  1193,  ce  qu’il  possedait 
de  compte  k demi,  avec  elle,  au  village  de  Cau- 
mont  (5).  N’est-ce  pas  ensemble  qu’en  1175,  les 
deux  monasteres  souleverent  des  difficultes  a la 


(t)  Chart,  sit.  p.  148.  Iperius  chap.  27  , et  Malbrancq,  de  Morinis, 
lib.  TU  , p.  553  9 donnent  das  variaotes  iueiactes. 

(2)  Duobui  monasteriU  in  loco  Sithiu  dicto  , constructs  quorum 
tmum  eft  canonicorum  9 allerum  uero  monacorum.  ( Ch.  sit.  ap- 
pendix p.  XCIX ) Le  grand  cartulaire  reprodoit  la  mdme  chose  en 
plusieurs  endroits. 

(3)  1123  f g4  cart.  t.  1 , p.  201  , etc.  9 etc.  v encore  en  1469, 
t.  7 , p.  620  9 et  en  1510  pour  St-Nartin-an-Laert , t.  9,  p.  135. 

(4)  G4  cart.  t.  1 , p.  293. 

(5)  Id.  p.  537  v et  Malbrancq  9 t III , p.  358  ; h la  p.  436  9 
est  un  ex  trait  de  dipldme  ou  se  trouvent  encore  ces  mots  i cum 
in  villa  Sanctorum  Bertini  cl  Audomari  Calmont  dicta . 


— 79  — 

communaute  bourgeoise  de  St-Omer  , au  aujet  des 
vastes  propriety  communales  (1).  N’est-ce  pas 
entre  eux  qu’ils  s’etaient  partag6  sur  notre  ville 
les  droils  de  tonlieu  (2).  Enfin  n’estrce  pas  par 
partage , qu’ils  poss6dfcrent  le  patronat  des  6glises 
paroissiales  de  la  ville  de  StrOmer  jusqu’k  la  fin 
du  18®  sifecle. 

Quant  a l’Spoque  de  la  separation , sans  le  se- 
cours  des  chartes  speciales , elle  se  trouverait  m6me 
assez  bien  indiquee  par  les  renseignements  im- 
plicites  des  diplomes  posterieurs.  Ceux-ci  corro- 
borent  et  les  textes  des  chartes  et  les  dires  des 
chroniqueurs  que  nous  n’avons  plus  de  motifs  de 
repousser , pour  les  deux  faits  principaux  et  pour 
leurs  dates.  Voici  quelques  autres  mentions  qui 
peuvent  conduire  au  m&me  r6sultat. 

En  1’annee  826 , comme  en  838  , Goibert , l’un 
des  principaux  bienfaiteurs  du  monastfere  de  Sithiu, 
enonce  dans  les  m&mes  diplomes , des  donations 
distinctes  en  ‘faveur  de  Saint  Omer  et  en  faveur  de 
Saint  Berlin  (3)  ; la  distinction  est  conserve  par  le 
chroniqueur  Folquin , dans  sa  narration  de  la  mort 


(1)  Malbrancq  , t.  Ill , p.  302  ( 1175  ) gd  cart.  , t.  1 , p.  366. 

(2)  Le  g'1 2 3  cart,  en  plusieurs  endroits,  notamment  & l*annde  1402, 
t.  5 , p.  708.  Dans  la  bulle  donnle  an  cbapitre  en  1139  , par 
Innocent  2 f on  voit : Telonium  dimidtom  lottos  oppidi  ( Dignitls 
de  l’lglise  de  St-Omer , p.  157  ).  II  existe  dans  toutes  nos  archives 
une  foule  de  documents  h I’occasion  du  tonlieu, 

(3)  Chart,  sit.  p.  158-160. 


— 80  — 


de  Goibert.  En  831  , le  meme  bienfaiteur  exprime 
one  donation  au  sepulcre  seul  de  Saint  Bertin  (1 ) . 
Dans  le  releve  fait  en  857 , par  les  moines  , des 
biens  octroyes  par  Goibert , ceux-ci  laissent  de 
edte , sans  les  reprendre , les  parties  de  terre 
donnees  specialement  a Saint  Omer  (2).  Guntbert, 
fils  de  Goibert  et  moine  de  St-Bertin , executa  de 
sa  propre  main , trois  manuscrits , dont  deux  an- 
tiphonaires;  le  plus  beau  des  manuscrits  fut  pour 
St-Berlin  ; des  deux  antiphonaires  , I’un  fut 
offert  k St-Omer  et  l’autre  k St-Winoc  (3).  L’ad- 
ministration  du  monastere  d’en  haut  etait  done  alors 
comme  celle  du  monastere  de  St-Winoc,  separee 
de  l’administration  de  l’abbaye  de  St-Bertin  , ou 
mieux  du  roonastfere  de  St-Pierre  ou  d’en  bas. 

Si  dans  les  derniers  temps  , et  a 1’exemple  de 

leurs  predecesseurs , les  chanoines  avaient  limile  et 

fort  retreci  le  champ  du  combat,  entre  eux  et 

les  moines  de  St-Bertin,  s’ils  avaient  moins  mis 

« 

en  jeu  leur  amour-propre,  ils  auraient  pu  combattre 
avec  un  certain  avantage. 

Les  chanoines  pouvaient  pretendre  justement  que 
la  donation  primitive  et  totale , fut  faite  a Audomar 
par  Adroald , selon  l’expression  des  vies  de  ce 

(()  Chart,  sit.  p.  156. 

(2)  Id.  p.  161-162. 

13)  Id.  p.  80. 


— 81  — 

saint  Eveque : Deo  et  beato  obtulit  Audomaro  (1).  Ce 
n’est  pas,  comine  on  pourrait  le  croire,  que  si  cette 
donation  n’avait  pas  6te  octroy6e  a Audomar,  il  n’au- 
rait  pu  batir  I'eglise  St-Martin , depuis  transport^  au 
Laert,  que  tout  le  monde  reconnait  avoir  6t6  construite 
des  les  premiferes  anuses  de  son  episcopat  (2)  ; mais 
comment  l’Eveque  de  T^rouanne  se  serait-il  trouve 
en  mesure  pour  6tablir  la  premiere  demeure  de 
ses  trois  compagnons  , l’hermitage  de  St-Mommelin 
connu  depuis  sous  le  nom  de  vieux  monastere  (3)? 
Cet  etablissement  avait  lieu,  selon  les  bistoriens 
des  deux  partis,  plusieurs  ann£es  avant  la  date 
du  diplome  d’Adroald.  Comment  encore  serait*  ce 
par  le  fait  d’Audomar  que  le  ciraetiere  et  I’eglise 
de  la  Yierge  aient  ete  etablis  sur  la  hauteur? 

(1)  Vie*  de  Saint  Omer,  mu  de  Corbie  et  do  cbapitre  de 
St-Omer.  ( La  verite  de  I'bisloire  de  i'eglise  de  St-Omer  , piec.  just, 
p.  309 ). 

An  12*  siicie , la  donation  A Saint  Omer  dtait  dans  la  tradilion  ; 
Lambert  d’Ardres  , s’expritne  ainsi : Quidam  Adroaldu*  nomine  bealo 
eontulit  Audomaro. 

(2)  Voir  les  different*  auteurs  et  les  mdmoires.  Quant  A moi  je 
suis  convaincu  qu’il  faut  voir  dans  la  construction  de  i’eglise  St-Marlin 
un  acte  d’administration  episcopate  plutdt  qu'un  acte  de  proprid* 
laire  de  la  part  d’Audomar , surlout  si  comme  on  le  dil , ce  saint 
Evdque  n'a  fait  que  transformer  un  temple  payen  en  dglise  chre- 
tienne.  Ce  qui  m’engage  A penser  ainsi  c’est  que  les  cbanoines  de 
Nolre-Dame  n’etaient  pas  proprietaires  du  terrain  sur  lequel  I'eglise 
primitive  de  St -Martin  dtait  construite  , el  que  cette  eglise  n'a  pas 
dtd  enserrde  dans  leur  endos. 

(3)  Oc  cst  parfaitement  d'accord  pour  regarder  ce  petit  monastere 
comme  construit  avant  la  date  de  la  donation  tcrite  d'Adroaid. 

11 


— 82  — 

Audomar , le  vrai  fondaleur  du  christianisme  dans 
notre  pays , n’a  pu  attendre  l’arrivee  des  trois 
missionnaires  pour  arborer  I’etendard  du  christia- 
nisme sur  la  terre  de  Silhiu  ou  dans  son  voisi- 
nage.  II  est  le  veritable  donataire ; il  s’est  servi 
du  nom  d’Adroald  pour  transmettre  a Berlin  ce 
qu'il  crut  devoir  consacrer  a l’etablissement  d’un 
monastere.  II  faisait  pour  plus  de  surete , inter- 
veuir  la  signature  du  premier  donateur , dans  la 
transmission  d’une  grande  partie  de  la  donation  , 
comprenant  la  terre  de  Sithiu  et  ses  dependances  nom- 
inees; puis  quatorze  ans  apres,  Adroald  n’existant  sans 
doute  plus,  Audomar  a directement  donne  a l’abbe  de 
Sithiu,  par  l’octroi  de  l’eglise  de  la  Vierge  et  de  ses 
dependances , tout  ce  qui  Ini  restait  des  liberaliles 
du  premier  possesseur  (1).  L’Eveque  fondateur 
agissait  en  cela  avec  une  grande  prudence,  sous 
I’empire  des  idees  religieuses  de  son  epoque  et 
des  esperances  du  7®  siecle , car  on  comptait  alors 
sur  les  moines  pour  etablir  la  religion  chretienne, 
comme  au  9®,  on  compta  sur  les  chanoines  regu- 
liers  pour  la  consolider.  Audomar  assurait  ainsi 

(1)  On  manoscrit  do  chapitre  dit,  qu' Adroald  donna  d Monsieur 
Saint  Omer...  plusieurs  terres  el  seigneuries  d lui  appartenants 
et  enlre  aullres  une  vitle  et  seigneurie  nommte  Blendecque ...  n 
y a eiagdratioo  dans  l'enoncialion  qui  a trait  a Blendecques,  mais 
on  ne  Irouve  aucone  autre  indication  du  commencement  de  la 
possession  des  terres  que  le  ebapitre  possddait  de  temps  immemorial 
dans  ce  village.  11  semblerait  que  ces  terres  furent  toujours  alta- 
chees  ao  monastere  d’en  haot  ; elles  dtaient  one  de  ces  depen- 
dences de  Tegiise  de  la  Tierge  dont  parle  le  testament  d’Audomar. 


— 83  — 

l’execution  des  volontes  du  vrai  donateur ; il  don- 
nait  un  gage  de  duree  aux  etablissements  qu’il 
avait  fondes ; il  ne  laissait  pas  Taction  civilisatrice 
divisee  et  en  concurrence ; il  4vitait  des  lattes 
toujours  prejudiciables.  Si  une  question  d’amour- 
propre  n’avait  pas  ete  en  jeu  entre  les  moines  et 
les  chanoines,  tout  cela  aurait  ete  bientot  reconnu, 
car  il  n’y  aurait  eu  qu’un  dissentiment  historique, 
sans  grande  importance,  qu’une  bonne  interpre- 
tation facile  a trouver,  devait  faire  cesser.  Tous 
les  titres , la  cbarte  d’Adroald  elle-meme , n6ces- 
sitent  ou  permellent  cette  interpretation  , qu’Au- 
domar  a regu  d’Adroald  tous  les  biens  destines 
par  lui  a une  oeuvre  pieuse ; qu’il  a use  de  la 
donation  avant  l’arrivee  de  ses  trois  collaboratcurs 
et  qu’il  a transmis  cn  deux  fois  k Saint  Bertin 
tout  ce  qu’il  avait  re?a. 

S’il  etait  reste  dans  les  termes  que  je  viens 
d’ exprimer , le  cbapitre  eut  gagn6  la  premiere  . 
partie  de.sa  cause;  mais  cela  ne  faisait  pas  Taf- 
faire  de  son  amour-propre  ; il  voulut  aller  beaucoup 
au  dela.  11  ne  fut  pas  bien  inspire  dans  sa  pretention 
d’un  college  de  chanoines  toujours  independant , 
forme  a Sithiu  par  Audomar  lui-meme;  il  ne  fut 
jamais  en  mesure  de  prouver  l’etablissement  d’un 
lidpital  aupres  de  1’eglise  de  la  Vierge  pendant 
la  vie  du  saint  fondateur  (1 ) ; il  ne  put  certes  , 


(I)  Le  nom  d 'Escoteric  , conserve  aux  ctablisscmenU  qui  ont  sue- 


jamais  demontrer  que  cette  eglise  fut  construite 
ftvant  l’arrivee  de  Bertin  , et  qu’elle  eut , a son 
origine  , les  proportions  grandioses  qu’il  voulait 
lui  reconnaitre.  La  plupart  des  tilres  sur  lesqaels 
le  chapitre  appuie  sa  version , les  principals  des 
vies  de  Saint  Omer , ne  disent  pas,  comrne  il  l’a  pre- 
tendu,  qu’avant  la  venue  des  trois  missionnaires 
apostoliques  , l’eglise  oh  le  bienheureux  Audomar 
fut  enterre , avait  ete  Mtie;  elles  expriment  litte- 
ralement  que  ce  saint  Eveque , avant  I’arrivee  de 
Mommclin , d’Ebertrand  et  de  Berlin , avait  cons- 
trait  une  eglise  dans  le  lieu  ou  son  corps  repose 
en  paix:  Beatu x Audomarut  in  prcedicla  villa,  ante 
adventum  predictorum  virutn , ecclesiam  edip.ca.vit 
in  eo  loco  in  quo  suum  posat  in  pace  corpweuhim  , 
disent-elles  (1).  L’erreur  d’interpretation , n’a  pas 
6te  relevee  par  les  adversaires  des  chanoines , et 
cependant  elle  est  evidente;  il  ne  s’agit  ici  que 


cddd  a riiApilat  qui  exista  ccrtaincment  dans  le  cloltre  des  cha- 
noines , peut  faire  supposcr , comme  le  disent  plusieurs  auteurs 
anciens  , qu’il  remooUit  asses  loin  dans  le  passe.  Dans  les  chapilres 
ad r esses  en  858  , au  Roi  Louis  , par  les  Evlques  de  la  province 
de  Reims  el  autres  , on  voit  cctle  phrase  *.  hospilalia  peregrinorum 
ticul  sunt  scoUorum  et  qua  tempore  antecessorum  veslrorum  regum 
construeta  et  constituta  fuerunt . ( Capit,  Caroli  Calvi , p.  187 ). 

(1)  La  verite  de  l’histoire  de  l’eglise  de  St  Omer , p.  399.  Je 
dois  dire  cependant  que  lorsqu’il  est  parld  de  la  mort  de  Saint  Omer, 
on  voit  ces  mots  : eumque  ( Audomarum ) in  pradicta  eccletia 
quam  Hie  beatus  pontifex  in  Sithiu  eedificavii , cum  immense 
eircumstantis  populi  sepelierant  luctu.  D’aprcs  les  dipldmes,  Audomar 
est  Ic  veritable  fondateur  de  1’egHsc  de  la  Vierge  et  la  petite  con- 
fusion que  je  signaie  se  comprend  parfuiUmenl. 


85  — 


de  l’eglise  St-Martio , la  premiere  construite  sur 
la  hauteur , dans  la  localite  done , oh  Audomar 
regut  la  sepulture. 

L’eglise  de  la  Yierge  n’a  pas  de  cause  serieuse, 
de  but  utile,  des  l'instant  oil  on  lui  retire  celui 
de  servir  , sous  forme  primitive  de  chapelle , au 
cimetiere  etabli  en  faveur  du  monastere  de  Sithiu, 
eleve  dans  un  lieu  impropre  h la  sepulture.  En 
effet  le  motif  de  la  fondation  du  monastfere  d’en 
haut  et  de  sa  basilique  , invoque  par  les  chanoines 
est  completement  nul , puisque  l’eglise  St-Martin, 
balie  avant  celle  de  la  Yierge , et  dont  parlent  les 
vies  de  Saint  Omer , devait  avoir  des  pretres  pour 
la  desservir;  que  ces  pretres  auraient  pu  suffire 
a la  double  mission  de  clergg  d’une  toute  petite 
paroisse  et  de  directeurs  de  1’hdpital , s’il  y en 
avait  eu  un  aussi  tot  gtabli,  ce  qui  n’est  pas  du 
tout  probable.  Le  luxe  des  deux  eglises  de  St- 
Martin  et  de  la  Yierge  Marie , poshes  en  memo 
-temps  et  avec  intention , si  pres  l’une  de  1’autre, 
serait  incomprehensible  dans  un  pays  presque 
sauvage  et  payen , it  une  epoque  oil  les  pre- 
tres en  general  etaient  encore  en  petit  nombre. 
L’etablissement  de  deux  monasteres , si  voisins 
1’un  de  l’autre , serait  egalement  incroyable , s’il 
avait  eu  lieu  intentionnellement  et  au  meme  mo- 
ment. On  comprend  bien  mieux  le  fait  du  mo- 
nastere d’en  haut , dans  son  humble  naissance , 
sous  forme  de  simple  chapelle , grandie  peu  a 


— 86  — 

peu  , aupres  de  laquelle  on  posa  un  modeste  cloilre 
dependant  du  monastere  d’en  bas  , pour  le  loge- 
roent  des  moines  charges  de  la  sepulture  de  leurs 
freres ; on  comprend  parfailement  le  developpement 
de  ce  cloitre  place  dans  un  lieu  aere  et  bien  plus 
favorable  a la  sante  que  celui  oil  gisait  le  monas- 
tere de  St-Bertin. 

Nous  savons  combien  de  peines  infructueuses , le 
chapitre  s’est  donnees  dans  les  derniers  temps , 
pour  combattre  Turnon  et  la  separation  des  deux 
monastercs.  Apres  la  donation  totale  faite  a TEveque 
Audomar  par  Adroald,  ce  que  le  chapitre  aurait 
pu  demontrer  a son  avantage , c’est  que  la  sepa- 
ration n’avait  pas  eu  le  caractfere  de  violence  pre- 
tendu  par  les  moines.  11  aurait  appele  au  secours 
de  3on  interpretation  Tesprit  de  concorde  qui  exis- 
tait  primilivement  entre  les  deux  monasteres  dis- 
joints , puisque  des  donations  leur  sont  faites  dis— 
tinctement  dans  les  memes  actes , par  Goibert  et 
par  Guntbert , et  que  ces  bienfaileurs , pere  et  fils, 
dans  une  parfaite  intelligence , vivaient,  le  premier, 
chanoine  au  monastere  d’en  haut , et  le  second  , 
meine  au  monastere  d’en  bas  (1).  Le  chapitre 
pouvait  demontrer  que  ce  n’etait  pas,  comme  son 
adversaire  le  pretendait , des  Strangers  introduils 
dans  le  monastere  d’en  haut , lors  de  sa  transfor- 


(1)  Chart,  hit.  C’est  d'apres  les  conseils  de  son  fils  que  Goibert 
fit  scs  dernieres  liberalilcs. 


— 87 

mation  , mais  que  ce  furent  d’anciens  moines  con- 
vertis  en  chanoines , conformement  a l’esprit  do* 
minaot  au  neuvieme  siecle ; ii  en  avail  de  bonnes 
preuves  it  puiser  dans  les  auteurs  m£mes  de 
l’abbaye  de  St-Bertin  qui  les  donnent  bien  invo- 
lontairement.  Goibert , d’abord  moine  avec  son  fils, 
se  fit  chanoine ; il  mourut  en  l’annee  838  , au 
monastere  d’en  haul,  d’oii  son  corps  fut  rapporte 
a celui  d’en  bas  pour  y etre  enterre  dans  l’eglise 
de  St-Bertin  (1).  Adalard  fut  offert  k Saint  Pierre 
et  a Saint  Bertin  pour  etre  moine  ; ensuite  il  se  fit 
chanoine  sous  Fridogis;  puis  il  devint  abbe  du 
monastere  d’en  bas  (2).  Le  chapitre  aurait  assure 
ainsi  que  l’abbe  Fridogis  , chanoine  de  conviction, 
sous  1’empire  de  la  pensee  favorable  de  son  temps 
au  nouvel  ordre  de  religieux  nommes  chanoi- 
nes (3) , etait  reste  dans  les  limites  de  la  permission 
accordee  aux  moines  par  le  concile  d’Aix-la-Cha- 
pelle,  tenu  en  816,  de  se  transformer  en  cha- 
noines (4). 

Le  chapitre  pouvait  prouver  I’exag^ration  pri- 


(1)  Chart.  aiC.  p.  160. 

(2)  Sed  post  canonicus  est  effectus  sub  Fridogiso  (id.  p*  92). 

(3)  Raoul  Glaber  , auteur  du  onzieme  siecle , s’exprime  aiosi  : 
des  moines  d'un  autre  ordre , de  ceux  que  nous  appelons  cha- 
noines. ( Traduction  de  M.  Guizot ; Buchon,  t.  6 1 p.  189  ). 

(4)  Paul  le  diacre.  M.  Guizot , hist,  de  la  civilisation  en  France, 
t.  2 f p.  286-287  , edit,  de  1840.  Sacro  sancla  concilia  Ph.  Labbei, 
t.  7 , col.  1444. 


— 88  — 


mitive  des  moines , par  l’assentiment  de  presque 
tous  les  historiens , de  beaucoup  des  modernes  de 
1’abbaye  mfime  (1 ) ; il  pouvait , dis-je , prouver 
que  les  cbanoines  vivaient  regulierement  sous  la 
rfegle  de  Cbrodegand  perfectionn£e  par  le  concile 
d’Aix-la-Cbapelle , en  opposition  apparente  avec 
cette  phrase  de  Folquin  : et  quia  canonicus  erat 
cum  canonkit  in  sancti  Audomari  monasterio  secu- 
lariter  vivebat  (2).  De  bonnes  preuves  d’une  vie 
commune,  au  moins  en  principe,  jusqu’au  com- 
mencement du  4 3*  siecle  , ont  ete  donnees  par  les 
chanoines  (3)  ; sur  cet  objet  ils  combattent  victo- 
rieusement  Yperius  qui  a pris  a la  lettre , d’apres 
ce  qu’il  voyait  de  son  temps , les  expressions  figu- 
res de  Folquin.  II  en  ressort  cette  interpretation, 
que  si  ce  dernier  auteur,  de  la  fin  du  40®  siecle, 
s’est  servi  des  mots  : vivebat  teculariler , c’est 
d’aprfes  le  peu  de  regularity  qu’il  voyait  chez  les 
chanoines  de  son  temps  , et  relativement  k la  dis- 
cipline beaucoup  plus  severe  des  moines.  On  sait 
que  les  chanoines  en  general  tendaient  toujours  a 
se  relacher  des  obligations  de  la  vie  commune. 
Sous  Charles-le-Chauve  deja , nous  disent  les  capi- 
tulaires  de  ce  Prince , on  etait  force  de  leur  or- 

(1)  Dissertation  . p.  331. 

(2)  Chart,  sit. , p.  75. 

(3)  Menoire  pour  les  doyen , cbanoines  et  chapitre , p.  63 ; la 
rente  , p.  319. 

Le  dipldnc  de  I'annde  1016  , ful  fait  sous  le  Prdvdt  Heleein  : As 
monasterio  s"  Audomari  ( loc.  oil. ). 


— 89  — 

donner,  entre  autres  obligations,  soil  dans  les 
villes , soit  dans  les  monastfcres , de  dormir  dans 
)e  dortoir , de  manger  dans  le  refectoire , de  rester 
malades  dans  l’infirmerie  (1).  Etienne  de  Tournai 
mort  en  1 203 , faisait  un  merite  special  aux  cha- 
noines  de  Reims , d’ avoir  conserve  la  vie  reguliere 
du  dortoir  et  du  refectoire  communs  (2).  La  ten* 
dance  & vivre  seculierement  ressort  pour  les  cha- 
noines  de  St-Omer,  du  fait  certain  de  leur  secu- 
larisation au  commencement  du  13®  siecle  , comme 
consequence  d'un  relachement  progressif  des  liens 
de  la  vie  commune,  dont  aucun  acte  connu  n’a 
prononce  la  dissolution  h une  date  donnee. 

Ce  que  le  chapilre  de  St-Omer  pouvait  surtout 
demontrer  mieux  qu’il  ne  l’a  fait , c’est  son  inde- 
pendance  perpetuelle  aprfcs  la  separation  du  com- 
mencement du  9s  siecle.  II  n’etait  pas  necessaire 
pour  cela  de  r6cuser  la  bonte , la  validite  des 
chartes  -de  839  , dans  lesquelles  on  voit  qu’k  1’ab- 
baye  de  St-6ertin , est  donne  le  droit  de  nommer 
un  oeditms  ou  custos ; il  n’etait  pas  necessaire  de 
traiter  Folquin  et  Yperius  de  faussaires  et  d’impos- 
teurs.  II  s’agissait  tout  simplement  d’interpreter 
les  expressions  des  chartes  sur  lesquelles  ces  auteurs 
bertiniens  appuient  leurs  pretentions  exhorbitantes. 
Selon  les  historians  de  l’abbaye  de  St-Bertin  ces 


(1)  Anno  846,  Capilula  Carol!  Calvi.  (Syrmondus,  p.  57.) 

(2)  Steph.  Tornac.  ep.  160.  Mem.  du  chap.  , p.  65. 


12 


— 90  — 

chartes  lui  donnferent  plus  m£me  qu’un  droit  de 
patronage  sur  le  monastere  d’en  haut;  les  cha- 
noines  furent  dorenavant  soumis  aux  moines ; le 
chef  des  chanoines  ne  fut  plus  qu’un  delegu6  de 
l’abbd , nomme  par  lui.  Ces  bistoriens  precisent, 
dans  leur  interpretation,  le  point  de  depart  de  cet 
etat  de  chose,  mais  ils  n’en  determinent  pas  la 
duree,  ce  qu’il.leur  aurait  6t6  sans  doute  difficile 
de  faire , car  pour  qu’une  chose  ait  une  fin , il 
faut  qu’elle  ait  eu  veritablement  un  commencement. 
Ces  historiens  invoquent  les  desordres  amenes  par 
les  invasions  normandes , pour  cacher  leur  embarras 
de  preciser  le  moment  oh  leur  pretendue  domi- 
nation a cesse. 

Les  chartes  de  l’annee  839  de  Saint  Folquin, 
Ev&que  des  Morins  et  de  Hugues , abbe , sont 
identiquement  les  memes.  La  deuxieme  copie  litte— 
ralement  la  premiere  pour  la  confirmer  avec  le 
eonsentement  du  seigneur  Louis , Empereur.  Ces 
chartes  etablissent  d’abord  que  les  moines  avaient 
sollicite  l’expulsion  des  chanoines  du  monastere 
d’en  haut,  mais  que  toutes  leurs  sollicitations 
furent  vaines  et  que  les  chanoines  restferent  maitres 
du  terrain.  Est-ce  bien  lit  ce  qui  aurait  eu  lieu  si 
vraiment  le  monastere  d’en  haut  avait  ete  remis 
de  nouveau  aux  mains  de  l’abb6  du  monasthre 
d'en  has  ? Non  sans  doute , s’il  en  avait  6te  ainsi , 
le  nom  de  chanoines  eut  entierement  disparu ; des 
religieux  qui  r^guliferement  pouvaient  6tre  soumis 


a l’abbe  d’une  maison  positivement  monacale,  des 
moines  enfin  eussent  remplace  les  chanoines,  oil 
plutot  les  chanoines  seraient  redevenas  moines  (4). 

Nous  allons  voir  que  pour  etablir  leur  pretendue 
domination  snr  les  chanoines , les  moines  ont  de- 
nature la  veritable  signification  des  chartes;  qu’ils 
ont  mis  une  veritable  adresse  h separer  les  para- 
graphes  les  uns  des  autres , pour  leur  faire  dire 
toute  autre  chose  que  ce  qu’ils  disent  reellement 

Que  signifient  en  r^alitd  les  mots : eot  (ctmonicotj 
huic  loco  (S°  Bertini)  subegi , dont  on  a tant  abustf 
Seuls , ils  se  prfcteraient  & l’interpr6tation  donnee 
par  les  moines;  mais  ils  sont.  precedes  et  suiyis 
de  phrases  qui  les  expliquent , et  qui  disent  la, 
pretention  des  chanoines , tout  nouveaux  qu’ils. 
etaient , d’avoir  la  pr6seance  sur  les  moines  (2)  : 


(1)  L'exagdralion  du  dipldme  de  l’Evdquo  Folquin,  qai  a die  sign  aide, 
n’est  que  dans  lea  expressions  ; e’est  une  esptae  de  satisfaction 
donnde  an  violent  mdeontentemeot  exprimd  par  les  moines  depuis 
la  mort  de  Fridogis  ; ils  savaient  alors  par  experience  le  tort  que 
cet  abbe  leur  avait  fait.  La  decision  que  le  dipldme  exprime  est 
au  contraire  fort  moddrde  et  aussi  dquilable  que  possible  dans  I'dlat 
des  choses.  Le  verbe  expultl  k l’occasion  des  moines  du  monaslere 
d’ea  haut , renftre  dans  Texageratioo  general e et  n'exprime  pas  exae- 
tement  ce  qui  fut  fait  par  Fridogis  qui  ne  les  expulsa  pas  en  to- 
tality ni  en  ge'ndral.  Le  quod  dictu  horribil*  e$t , qui  tombe  sur* 
Pdtablissement  des  chanoines,  a si  peu  uoe  signification  sdrleuse  en 
dehors  de  I’enceinte  da  monast&re  d’en  has , que  l’dvdque  de  Td- 
rouanne  laisse  subsisler  les  chanoines.  Ce  fait  vaut  k lui  seul  une 
dissertation  en  faveur  de  la  ldgalild  d’etablissement  des  chanoines. 

(2)  Denique  jam  quidem  emerterani  audack i lemeritalis  decipti , 


— 92  — 

dicentes  primatum  locorum  ad  *e  per  liner  e debere. 
C’est  contra  cette  pretention  que  les  mote  (loot  il 
s’agit , ont  ete  Merits.  Resistant  it  la  pr^somption 
orgueilleuse  des  chanoines  : quorum  pretumpluosw 
superbice  retitlent  (4),  disent  les  chartes , Saint 
Folquin  annihila  leur  tentative  de  superiority,  en 
leur  determinant  la  seconde  position  dans  les  bourgs 
de  Sithiu  ; il  les  mit  ainsi  bierarchiquement  sous 
les  moines  de  St-Bertin , e’est-it-dire  dans  une 
position  d’inferiorite  relative  : eot  huic  loco  subegi 
et  conation  eorum  adnichilavi.  Les  moines  furent 
done  quelques  temps , le  premier  corps  religieux 
dans  ces  localites  (2)  , en  souvenir  de  la  paternity 
du  monastere  d’en  bas  sur  le  monastfere  d’en  baut, 
et  contrairement  it  la  veritable  bierarchie  eccie- 
siastique  qui  donnait  la  preseance  aux  chanoines 
comme  ilc  1 ’avaient  r^clamee  (3). 

dicentes  primatum  locorum  ad  se  pertinere  debere . (Chart,  sit. 
p.  86-88 ) etc. 

( Id. 

(2)  Depnis  longtemps  , dans  les  dipldmes  , le  monastere  d’en  baut 
et  son  Prevdt , passaient  ordinairement  avant  le  monastere  d’en  bas 
et  son  abbe. 

- (3)  I 71  missi  noslri  per  civilates  et  singula  monasteria  tarn  cano- 
nicorum  quam  monackorum  sive  Sanclimonalium ponatieria 
etiam  religiosa  atquee  prcecipua  canonicorum  el  monachorum .... 
disent  les  capi  tula  ires  des  synodos  de  Soissons , en  833 , et  do 
Palais  en  858  ( Syrmondos ). 

Les  souverains  affranebirent  bientdt  de  toote  domination,  les  lieox 
sur  lesquels  les  eloitres  des  chanoines  elaient  etablis.  ( Ansegiti 
’ capitularium  , lib.  IV  ; Documenla  gtrmanias , t.  3 , p.  318). 


Rien  de  plus  qu’une  superiority  d’amour-propre, 
n'est  done  donnee  aux  moines  sur  les  chanoines 
par  les  paragraphes  cites  des  chartes  de  1’annee 
839  ; serait-il  possible  que  d’autres  paragraphes 
octroyent  aux  abbes  de  St-Bertin  la  nomination  des 
chefs  des  chanoines  ? Non  sans  doute , cela  ne 
serait  pas  consequent , et  nous  allons  voir , par 
l’analyse  des  expressions  memos  des  chartes,  que 
ee  droit  exhorbitant  ne  leur  a pas  6t6  donne. 

Les  chartes  s’expriment  ainsi : edilitatem  seu 
custodiam  ipsius  basilica  ( Sanctce  Maria ) Sancto 
Pelro  Sancloque  Bertino  reddendum,  et  monachum 
ad  custodiam  ibi  ponendum  censui  et  statui.  D’abord 
remarquons  que  ce  n’est  pas  la  garde  ou  custodie 
du  monastfere  des  chanoines  qui  est  octroyte,  mais 
simplement  celle  de  leur  eglise,  edilitas  seu  cus- 
todia  basilica,  ce  qui  est  bien  different  et  constitue 
une  fonclion  d’un  ordre  particulier  et  tout-k-fait 
inferieur  , ainsi  que  nous  le  verrons  tout  k l’heure. 

Pourquoi  l’Eveque  de  Terouanne  croit-il  devoir 
rendre  a l’abbaye  de  St-Bertin  la  garde  de  I’eglise 
de  la  Vierge,  de  celle  du  monastere  d’en  haut? 
Parce  que  lk , etait  l’ancien  cimetiere  des  moines; 
parce  que  Ik  surtout  etaient  les  reliques  d’Audomar, 
du  veritable  fondateur  des  monasteres  de  Sithiu  , 
reliques  les  plus  venerees  et  auxquelles  les  moines 
savaient  bien  qu’ils  ne  pourraient  substituer  celles 
de  Saint  Bertin , dans  la  confiance  des  peuples,  pas 


— 94  — 


plus  que  dans  la  teur  actuelle.  Aupres  du  patron, 
du  protecteur  par  excellence , lea  moines  conser- 
vaient  le  degir  d’etre  entering  (I);  le  droit  leur 
en  4tait  rendu  par  le  fait  que  le  gardien  du  corps 
saint  et  de  I’^glise  etait  l’un  des  leurs.  Au  tombeau 
de  Saint  Omer  allluaient  les  malades  (2),  et  leurs 
offrandes  6taient  pour  la  maison  religieuse  qui  le 
possedait.  Sur  le  monastfere  possesseur  des  reliques 
venerees,  rejaillissait  une  consideration  souvent  frue- 
tueuse.  Ces  benefices,  jadis  partages  entre  les  deux 
monasteres  nnis,  etaient  entiferement  perdus  pour 
celui  d’en  bas,  depuis  le  jour  de  la  separation; 
c’etait  une  grave  et  injuste  lesion  dans  ses  interets 
de  toute  nature  et  surtout  dans  ses  interets  ma- 
teriels.  Le  Custos  de  l’eglise  et  du  precieux  tom- 
beau  rent) is  & la  nomination  de  l’abbe  de  St-Bertin, 
re?oit  dans  les  chartes  le  privilege  d’officier  dans 


(I)  Par  nnterpnhation  de  quelques  Inscriptions  trouvdes  k St-Bertiir, 
jVi  fait  voir  quelle  etait  l’importance  attaches  par  les  moines  k dire 
enterres  aupres  de  leur  fondateur.  ( Mem.  de  la  Soc.  des  Antiq. 
do  la  Morlnie , t.  7,  p.  156),  Le  chroniqueur  Folqoin  signale,  p.  96, 
la  sepulture  dc  I’Evdque  Saint  Folquin  au  cdtd  droit  de  Saint  Berlin. 
Quel  ne  devait  pas  lire,  k plus  forte  raison,  le  ddsir  des  moines  de  rece- 
voir  la  sepulture  aupres  du  corps  de  Saint  Omer.  Ce  fut  I’Empereur  Lesn 
(457)  qui  en  abrogeant  la  defense  d’enterrer  dans  les  lieoi  habitds,tombee 
en  desudtude , laissa  un  libre  cours  a la  volonte  des  chrdtiens  do . 
reposer  aupres  des  martyrs  et  des  saints.  La  question  de  savolr  si 
un  mort  pouvait  profiler  k dire  entered  aupres  d’un  saint  fat  mdme 
posde  a Saint  Augustin. 

(2;  Multi  enim  variis  tanguoribus  fatigati , cum  ad  beatt  Au- 
domari  lumulum  veniunt , divind  largientc  gratid , subitum  recipiunt 
sanitatem.  ( Vies  de  Saiul  Omer , loc.  cit.  , p.  401  ). 


— 9ft  — 

1’eglise  des  chanoines , quatre  fois  l’an , aux  jours 
de  solennites  determinees : ut  et  quatuor  temporibut 
in  anno  missarurn  sollempnia  celebrarent ; il  re<?oit 
en  mfeme  temps  le  droit  utile  de  percevoir , ces 
quatre  jours,  les  offrandes  des  fideles  : quidquid  ad 
ipsum  altare  veniret. 

Les  avantages  octrois  par  Saint  Folquin  au  mo- 
nastere  d’en  bas  , ainsi  determines  , ne  paraissent 
aucunement  arbitraires ; ils  ne  sont  qu'une  faible 
indemnity  honorifique  et  pecuniaire , et  sous  ce 
point  de  vue , une  legfcre  reparation  d’une  injustice 

veritable  : perpendens  injustitiam  lacrimabilem 

qualiter  eundem  locum  ad  pristinum  honorem  valereth 
reducere.  La  decision  de  l’Eveque  prend  un  caractere 
d’equite  qu’elle  ne  pouvait  avoir  dans  l’interpr&ation 
erronee  et  partiale  des  moines , faite  apres  coup , 
pour  la  satisfaction  de  leur  amour-propre.  Tout 
s’eclaircit,  les  faits  s’enchainent.  Les  chanoines 
furent  mecontents  des  droits  accordes  a leurs  ri- 
vaux;  les  moines  les  regarderent  comme  insuf- 
fisants  et  ils  ne  B’en  coDtenterent  pas;  ils  tentferent 
bientot,  par  un  acte  de  violence,  d’attenuer  les  con- 
sequences d’un  etat  de  clioses  qui  leur  laissait  de 
continued  regrets,  et  qui  ne  donnait  pas  satis- 
faction entiere  a leurs  demandes , a leurs  int£rets ; 
ce  fut  le  point  de  depart  de  leurs  perp£tuelles 
tentatives.  Un  jour  de  l’an  de  grace  843  , une 
agitation  extraordinaire  se  manifeste  dans  l’enceinte 
du  monastfere  d’en  haut ; en  un  instant  elle  se 


— 96  — 


communique  & tons  les  habitants  voisios.  Est-ce 
an  puissant  ennemi  qui  s’approche?  Non,  c’est 
l’abb6  de  St-Bertin  qui,  d’accord  avec  le  moine 
Morus , gardien  de  l’eglise  des  cbanoines , s’est 
enfui  avec  le  corps  du  saint  fondateur,  pour  l’eloi- 
gner  k toujours  de  la  terre  de  Sitbiu.  On  s’arme 
et  sous  la  conduite  de  l’Eveque  de  TCrouanne,  on 
rejoint  1’infidele  abbe  et  1’on  ramene  en  triomphe 
la  precieuse  relique  (1 ) ; l’esperance  de  la  rem- 
placer  dans  la  confiance  du  peuple , par  celle  de 
Saint  Bertin,  est  ainsi  decue  (2). 

La  fonctiou  de  Custos , ancienne  dans  les  cba- 
pitres , y etait  generalement  d’un  ordre  peu  eleve ; 
je  pourrais  en  joindre  des  preuves  a celles  donnees 
par  les  chanoincs  de  St-Omer , dans  les  archives 
desquels  on  voit  a toutes  les  epoques,  le  Custos 
nomine  le  dernier  de  tous  les  dignitaires.  Je  pourrais 
ajouter  que  l’existence  siraultanee  du  Prevot  et  da 
Custos,  dans  le  chapitre  de  St-Omer,  resulte  de 
litres  fort  anciens ; que  des  bulles  papales  recom- 
mandent  a ce  dernier  une  soumission  complete  aux 


(1)  Voir  Folquin  et  une  foule  d'autres  auteurs.  Dom  Guillaume 
de  Wine,  dans  la  vie  miraculeuse  de  Monseigneur  Sand  Folquin, 
tmprimee  en  1618 , p.  7 , raconte  ce  tail  en  Tappuyant  sur  le 
legcodairc  de  Feglise  cathedral?. 

(V  Folqoin , p.  90,  assimile  k pen  pres  la  protection  donnde 
par  les  deux  saints  patrons ; Saudi  Audomari  corpus , cujus  ope 
el  auxilio , una  cum  sodali  suo  Bertmo  9 dil-il.  11  en  est  de 
nrnK  de  tous  les  auteurs  bertiniens. 


— 97  *- 

diverses  autorites  canoniales  (1).  J?ai  quelque 
chose  de  bcaucoup  plus  important  a dire  : une 
eustodie  de  I’Sglise , une  custodie  speciale  aox 
lieux  saints,  existait  au  monastere  d’en-bas,  k 
l’abbaye  de  St-Bertin,  des  les  temps  ies  plus 
anciens.  Elle  se  manifeste  dans  sou  histoire  au, 
commencement  du  8"  siecle  (2)  , et  dans  ses  di-. 
plomes  en  853  (3).  Vers  le  mSme  temps  on  voifc 
meme  le  Gustos  ecclesia  charge  des  details  des 
distributions  a operer  annuellement  pour  un  anni- 
versaire  (4).  A la  meme  epoque,  le  celebre. 
moine  Guntbert  est  reconnu  pour  Custos  des  lieux 
saints  (5).  En  l’annde  874 , le  roi  Charles  octroie 
un  marche  pour  Sithiu;  les  profits  furent  des- 
tines a entretenir  les  luminaires  des  saints  Omer 
et  Berlin;  une  fois  l’annde,  dit  la  charte  , le 
Custos  de  I’dglise,  en  attribuera  une  partie  aux  ne- 
cessity des  freres  du  saint  Lieu  : custos  ecclesim 
fratribus  ipsius  sancti  loci,  refectionem  exinde  tri- 
buat  (6). 

En  presence  des  preuves  que  la  charge  de 

(1)  Bade  da  pape  Alexandre  3 de  I'annde  1179  : Cutlot  qui  mi- 
nuter diciiur,  til  in  poletlale  p rapotili,  decani  et  capituli,  prop- 
ter om amenta  qua  in  ejut  potettate  tunt. 

(2)  Lhagiographe  de  St-Bertin  dit  que  lorsque  le  vol  fait  sous  1’abbd 
Erlefride  fut  commis , le  coupable  dvita  la  presence  des  cutlot  ee- 
cletia.  (Cap.  13). 

(3)  Ad  cutlodiam  eancti  Petri  et  icmeti  Bertini,  (Chart,  sith  p 94) 

(4)  Id.  p.  lio.  ' 

(5)  omni  tempore  vita  tua  Mi  tanctit  Locit  cutlot.  (Id.  p.  164). 

(6)  Id.  p.  120.  On  tronve  encore  en  1225  un  Custos  de  I’egliee  de 

St-Bertin.  • • 


13 


— 98  — 

Castos  existiit  au  huitifeme  sifecle , poor  le  mo- 
nastfere  d’en  bas,  avec  les  fonclions  de  simple 
administration  materielle  de  I’eglise , pouvons-nous 
croire  que  dans  le  monastfere  d’en  haot , le  cuttos 
basilica  ou  ecclcsia  selon  les  expressions  des  cbartes 
et  do  moine  Folquin  lui-meme  (1)  , Yediluut  ec- 
desia  selon  l’expression  du  vieil  auteur  de  la  vie 
de  St-Bertin,  (2)  ait  ete  le  chef  des  chanoines? 
Nous  le  pourrions  d’autant  moins  que  les  chartes  qui 
nous  font  connaitre  le  Custos  de  l’eglise  d’en  haut , 
expriment  une  charge  a la  nomination  de  l’abbe  de 
St-Bertin.  Le  titre  de  Privot  ou  priposi  etait 
^galement  en  usage  au  monastfere  d’en  bas,  des 
le  commencement  du  9e  siecle ; il  y 6tait  attribue 
aux  delegues  de  l’abbe , pour  la  direction  des 
maisons  religieuses  depend antes  de  1’abbaye , de 
celles  de  peu  d’importance  meme , comme  le  prouve 
cette  mention  de  l’aunee  806  : cella  qua  dicitur 
Hebrona , ubi  Ebroinus  propositus  esse  videlur  (3) , 
mention  corrobor£e  par  beaucoup  d’autres  poste- 
rieures  (i).  Dans  cet  etat  de  choses , est-il  croyable 

(1)  Ante  dietus  autem  eutlot  eeeletia  monu,  ( Chart.  Sith.  p.  93.) 

(2)  II  dit  Herric  edituut  tccUsUt 9 comme  nous  alloot  le  voir. 

(3)  Chart.  Sith.  p.  68. 

(4)  Parmi4es  noms  des  prdvots  et  des  doyens  rdvdlds  par  les  cartulalrea 
de  St-Bertin,  pendant  le  cours  des  9*  et  10*  sieclen,  il  pourrait  y en  avoir 
des  chefs  du  chapitre  de  St-Omer.  Beaucoup  d’etrangers  au  monastere 
d’en  bas  signent  ses  dipldmes.  La  plupart  tootcfois  sont  bien  lea  noms 
dea  digoitaires  du  monastere  de  St-Bertin.  Guntbert  fut  elevd  aux  bonneura 
de  la  prevdtd  vers  l’annde  850;  flildrade  dlait  prevdt  en  890;  Wicfride 
en  935  ; Hemfride  en  938  , 959  et  961.  La  certitude  de  rexiateiice  da 


— 99  — 

est-il  possible  m&me,  que  le  titre  de  Pr6vot  eut  6ti 
refuse  au  del6gu4  de  l’abb6,  s’il  avait  eu  la  direction 
de  l’important  monastfere  d’en  haut , poor  lui 
dooner  celui  de  Custos , expression  d’une  fonction 
particulifere  k l’cglise , et  tout  k fait  secondaire 
dans  le  monastfere  d’en  bas?  Non  cela  n’est  pas 
possible.  Je  n’hesite  pas  k dire,  dfes  k present, 
que  si  le  Custos  est,  pour  les  historiens  de  l’abbaye, 
le  predecesseur  du  Pr4vot , que  si  ses  attributions , 
sous  leur  plume,  se  sont  transforms  en  celles 
de  la  dignite  la  plus  ilevee  chez  les  chanoines, 
il  n'en  sera  pas  ainsi  pour  nous , qui  sommes 
desinteresses  et  impartiaux.  Je  n’aurais  certes  pas 
besoin  d’en  aller  chercher  d’autres  preuves  que 
toutes  celles  qui  precedent;  toutefois,  malgre  leur  su- 
rabondance,  j’en  donnerai  encore  de  trfcs  significatives, 
tiroes  des  chartes  de  839  elles-m&nes  et  d’un  fait  qui 
les  a suivies  de  prfes.  Le  Custos  basilica  y re«joit,  nous 
l’avons  vu , le  privilege  d’officier  quatre  fois  l’an  dans 

prdvots  spdciaux  k St- Bert  in,  d&s  an  moina  le  9*  af&ofe,  est  donnde  par 
Guntbert , moine,  qui  vers  831,  stipule  des  reserves  dans  sa  donation, 
en  cas  que  Pen  vie  et  1’avarice  des  prdvots,  le  forwent  k sortir  du  mo- 
nastere  ; elle  est  garantie  par  la  charte  de  rempereur  Charles  en 
877,  qui  ordonne  que  les  prevots  et  les  autres  ministdriels  du  monastere 
soient  cholsis  k l'election  parmi  les  moioes  ; elle  Test  par  les  mentions 
de  : Wicfridus  hujus  noslri  monasterii  Silhiu  preposilus  en  935,  de  : 
Engelandus  loci  hujus  aulem  preposilus  en  947.  II  en  est  de  mime 
pour  les  doyens  du  icons*  tere  d’en  bas.  Amalbert  dtait  doyen,  en  854; 
Dotsolon,  en  890  ; Witnemare,  en  938,  et  Odoldus,  en  961.  L/exprcssion 
de  : Leduinus  decanus  si  monaeus , 6te  loute  equivoque  (Chart.  Sit. 
p.  98,  125-157)* 


— -400  — - 

i’eglbe  des  ebanoines  et  de  percevoir  alors  lea  of* 
frandes  deg  fideies.  Sont-ce  lk  les  droits  d’un  superieur 
dans  une  communaute  ? Sont-ce  la  les  limites  qni 
auraient  du  Otre  donnees,  par  an  saint  ev£que , a 
celui  qui,  cororoe  chef , aurait  du  montrer  I’exemple 
du  zfcle  religieux  ? Je  ne  formulerai  pas  de  r£ponses ; 
elles  se  trouvent  negatives  dans  toas  les  esprits. 

Le  fait  qui  a suivi  de  pres  l’obtentiou  des  char* 
tes,  nous  est  deja  connu.  Morus,  rooine  de  St- 
Bertin,  est  le  premier  Custos  de  l’eglise  des  cha* 
noines , nomm6  par  l’abbe  du  moaast&re  d’en 
bas  (4).  Quatre  ans  apres  il  prete  son  concours 
a 1’ enlevement  du  corps  de  saint  Omer ; il  le  livre 
h son  chef,  a son  abbe.  Non-seulement , ce  fait 
detruit , par  sa  signification , les  pretentions  de 
domination  du  monastere  d’en  bas  sur  celui  d’eu 
baut;  non-seulement  il  prouve  que  les  moines 
Savaient  bien  ne  pas  avoir  la  veritable  possession 
du  corps  de  saint  Omer,  malgre  les  mentions  fas- 
tueuses  et  inexactes  de  leurs  diplomes , puis- 
qu’on  ne  d£robe  pas  ce  qu’on  possede  veritablement, 
mais  il  d^rnontre  que  Morus  n’etait  pas  le  supe- 
rieur  des  cbanoines.  L’action  imputee  a ce  Custos 
de  l’kglise  du  monastere  d’en  baut , n’aurait  sans 
aucun  doute,  pas  eu  lieu  de  sa  part,  s’il  avail  occupe 
la  premiere  place  chez  les  chanoines.  Chef  et  haut 
dignitaire , il  aurait  eu  l’esprit  de  sa  charge. 
Comment  aurait*il  pu  consenlir  a eloigner  de  sa 

(!)  Le  signum  Mori  monaehi  e»t  au  bat  de*  dlpldme*  de  839. 


— 101  — 

tnaison,  son  plus  beau  titre  de  gloire , sa  plus 
grande  cause  de  prosperity , ce  qui  lui  donnait 
alors  l’importance  a laquelle  il  aurait  tout  parti- 
culierement  participe.  Au  lieu  de  livrer  le  corps 
de  Saint  Omer  a Hugues  , abbe  de  St-Bertin  et 
de  St-Quentin , pour  etre  transport^  dans  ce  der- 
nier lieu  , il  l’aurait  defendu  comme  un  proprie- 
taire  defend  son  bieu.  L'action  attribute  au  Gustos 
par  les  chroniqueurs , est  bien  plutdt  celle  d’un 
fonctionnaire  inferieur,  rest 4 sous  la  main  de  son 
chef  abb4  , et  jaloux  de  la  position  superieure  de 
ceux  avec  lesquels  il  devait  vivre , que  d’un  digni- 
taire  glorieux  de  sa  position  elevee.  Ce  dignitaire 
mOme  aurait  4prouv4  de  grandes  diihcultes  pour 
executer  son  action  mauvaise  s’il  1’avait  con^ue ; 
il  aurait  do  tromper  ou  corrompre  celui  qui , muni 
de  la  confiance  de  ses  freres , aurait  garde  de  plus 
prfes  le  corps  saint. 

Les  fonctions  du  Gustos  ramen6es  k leur  verita- 
ble caractere , tout  d’inferiorit6  et  de  speciality  k 
la  garde  de  l’eglise,  le  droit  de  le  nommercons- 
titue  un  privilege  bien  inferieur  k celui  pretendu 
par  la  partie  interessee , mais  qui  cependant  n’etait 
pcs  sans  quelque  importance.  L’embarras  eprouve 
par  les  historiens  de  1’abbaye  de  St-Bertin,  pour 
preeiser  le  moment  ou  ce  droit  cessa , aurait  pu 
donner  la  pensee  de  sa  perte  immediate  apres 
l’abus  auquel  il  avait  donne  lieu , et  que  Saint 
Folquin,  lui-meme  auteur  du  droit,  avait  du  reprimer. 


— m — 

Mais  1’hagiographe  de  Saint  Berlin , suivi  par 
Yperius , donne  a Herric , a la  fin  du  9®  siecle , 
les  litres  de  moine  et  d 'edituus  de  l’eglise  de 
1’evSque  Audomar  (1).  La  m£me  signification  de 
duree  du  droit  de  Gustodie  est  donnee  par  plu- 
sieurs  diplomes  des  archives  de  St-Bertin , et  surtout 
par  celui  de  l’annee  874,  du  roi  Charles-le- Chauve. 
Si  sur  la  demande  de  l’abbe  de  St-Bertin,  ce 
prince  octroyant  un  marche  a Sithiu , veut  que  les 
profits  servent  a entretenir  les  luminaires  de  Saint 
Omer  et  de  Saint  Bertin , c’est  qu’evidemment  la 
garde  des  deux  corps  demeurait  encore  h l’abbaye. 

Plus  ou  moins  longtemps  conserve , le  privilege 
donne  par  Saint  Folquin,  n’entraina  pas  la  domi- 
nation du  monastfere  d’en  bas  sur  celui  d’en  haut ; 
il  ne  soumit  pas  l’administration  du  dernier  a celle 
du  premier.  Aucune  trace  de  ses  affaires,  apres  la 
mort  de  Fridogis , n’existe  dans  les  cartulaires 
de  St-Bertin  , si  exacts  a reproduire  toutes  les 
operations  faites  dans  l'interet  de  l’abbaye.  Le 
moine  Folquin  lui-m&me  , montre,  a la  date  de  la 
mort  du  comte  Adalolphe , en  933 , une  distinction 
rtelle  entre  les  interets  des  deux  maisons  (2).  Ce 
comte,  abbe  de  St-Bertin,  offre  specialement  des 
dons  a Saint  Omer  , et  le  comte  Arnoud , son 

(1)  Saint  Omer,  apparait  : cuidam  monacho  c osnobii  S.  Bertini  edituo 
scilicet  ecclesiae  prefali  prcesulis  memorabilis  person nm  viro  noslrm 
Berrico.  (Vita  S.  Bertini  t ma.  n*  819.) 

|2)  Chart,  ail.  p.  141. 


— 103  — 

successeur , pour  6 viter  la  jalousie  des  moines , fell 
des  offrandes  absolument  semblables  a Saint  Bertin. 
L’indepcndance  absolue  du  monastfcre  d’en  baut 
apres  la  separation,  ressort  de  tout  ce  qui  precede , 
combine  avec  l’octroi  de  privileges  sp£ciaux , fait 
aux  chanoines  de  Sl-Omer , vers  l’annge  863 , 
pour  la  premiere  fois , sur  la  demande  du  comte 
de  Flandre,  Baudouin  , Bras-de-Fer  (1). 

Ainsi  done  , preseance  accords  aux  moines  sur 
les  chanoines ; nomination  par  les  moines  du  gardien 
de  1’eglise  des  chanoines  seulement,  avec  le  droit  d’of- 
ficier  quatre  fois  l'an  dans  cette  eglise,  et  de  percevoir 
alors  les  offrandes  des  fidfeles,  k titre  d’indemnite ; 
voila  ce  qui  d^coule  directement  des  ebartes  de  839. 
Ce  qu’elles  donnent  encore  , e’est  un  t&noignage 
de  l’ancienne  union  et  de  la  separation  des  deux 
monast&res,  dejk  demontrees  par  d’autres  preuves. 


J’ai  pos6  en  principe  que  l’appellation  Sithiu , 
6tait  primitivement  commune  aux  deux  maisons 

(1)  Cet  privileges  soot  rappelds  dans  les  bulles  papales  de  Tanode 
1075,  comme  ayant  did  donnds  sur  la  demande  du  comte  de  Flandre 
- Baudouin,  Bras-de-Fer : Renovamueque  eliam  ilia  que  bealus  Ni- 
cholaus  , a bealo  Gregorio  quadrageeimus  secundut , eidem  eccle- 
He  fecit , privilegia , petente  Balduino  quondam  tuo  progenitor e , 
qui  ad  eanctorum  limina  ad  eundem  papam  veniene , promeruii 
paciflcari  eorum  auctorilale  cum  socero  suo  karolo  imperatore9 
cujue  filiam  copulaverat  eo  ignorante.  ( Arch,  de  Fex-chapilre , 
dipldmea  belgiques , et  les  radmoires  de  la  Socidtd  des  Ant.  de  la 
Morinie,  t.  vi , p.  iv). 


— 40*  — 

monacales  renfermees  dans  les  murs  de  noire 
ville , et  que  cello  de  St-Omer,  leur  fut  quelque- 
fois  confusement  donnee  vers  les  premiers  temps; 
j’ai  non-seulement  le  devoir  de  prouver  mes  asser- 
tions , mais  j e dois  dire  dans  quelle  mesure  cette 
communaute  de  noms  et  cette  espfece  de  cqnfusion 
eut  lieu  , et  qu’elle  est  leur  veritable  signification. 

La  determination  des  divers  noms  de  la  ville 
de  St-Omer , ou  mieux  des  diverses  parties  qui 
l’ont  formee , n’a  pas  pour  seule  utilile  d’aider 
aux  conclusions  de  mon  travail.  Si  elle  est  appelee 
& certifier  une  partie  des  opinions  ci-devant  enon- 
cees;  & les  corroborer  par  ses  consequences;  a 
dire  le  degre  de  creance  que  nous  devons  ac- 
corder  aux  documents  mis  en  jeu  par  les  deux  par- 
ties adverses  (1);  elle  est  aussi  destineea  eclairer 
l’histoire  de  la  ville  de  St-Omer  , dont  les  com- 
mencements sont  intimement  lies  a la  fondation ' 
des  deux  monasteres.  L’attribution  rigoureuse  de 
ces  divers  noms  doit  necessairement  entrainer  un 
point  de  vue  nouveau,  dans  l’appreciation  des 
elements  qui  ont  constitue  la  ville  de  St-Omer , et 
par  contre  amener  des  idees  plus  precises  sur  son 
organisation  au  moyen-age , comme  cette  organi- 
sation, dans  sa  forme  collective,  est  appelee  retros- 
pectivement  a verifier  ce  point  de  vue  nouveau^ 

Parmi  les  titres  presen  tes  en  extraits  justificatifs 

$1)  De  to  justification  on  non*  justification  des  noms  prod  aits  par 
les  titres  , depeodra  la  foi  que  nous  aurons  en  eux. 


— 405  — 


par  les  chanoines , dans  tears  memoires  , if  en  eat 
un  assez  modem©  , mais  qui  s’appuie  sur  des  li- 
vres  anciens.  II  s’ exprime  aiiisi : Adrualdut  illustre 
en  son  temps,  seigneur  de  Hebbingahem.,  qui  aprfo 
fu  nomi  Sithieu  et  mainlenant  St-Omer  (I).  Ce 
nom  d’Hebbingahem , que  les  ecrivains  du  chapitre 
n’avaient  pas  inter&t  k inventer , fut  vivement 
attaque  par  les  historiens  de  l’abbayc  de  St-Bortin. 
L’un  d'eux  s’ecria  : Nous  avons  obligation  d V auteur 
de  cel  acte  de  nous  apprendre  que  la  terre  de  Si- 
thiu  s'appelait  auparavant  Hebbingahem , personne 
avant  et  aprh  lui  ne  s’est  avisi  de  le  dire  (2). 
Cette  appellation  fut  defendue  avec  knergie,  et 
l’historien  Hennebert , ebanoine , I’a  reproduite 
dans  son  histoire  generate  d’ Artois  (3).  Depuis  on 
s’etait  divise  d’opinion  au  sujet  de  ce  nom  (4)  > 
dont  les  historiens  plus  ou  moins  recents , n’ont 
meme  pas  tous  parle  (3).  Son  existence  est  restee 
problematique  jiisqu’au  jour  oil  je  l’ai  retrouvk 
dans  un  compte  maauscrit  et  original , des  rentes 
dues  a la  maladrerie  de  St-Omer,  pour  l’annee 


(1)  Mcraoire  pour  les  doyen  , chanoines  9 etc.,  p.  46.  Vdrite  de 
rhist.  de  Peg.  de  $t-Omer,  p.  3 et  12. 

(2)  Dissertation  kistorique  et  crittqoe  surl’orlgine  et  Tanclennettf 
de  I’abbaye  de  St^Bcftin  , p.  314. 

(3)  T.  I.  p.  25. 

(4)  Voir  M.  Quenson  , Notre-Dame  de  St-Omer  , p.  6,  29  et  30. 
V.  Piers  , Varidtds  liistoriqaas , p.  10.  M.  Derheims  , Hist,  de  la 
tille  de  St-Omer,  p.  48. 

'5)‘Dott  Devienne  et  P.  Caiillel  ri'en  paflent  pas. 


— 406  — 


4446  (4).  On  j voit  des  rentes  6tabliet  sur  quel- 
ques  maisons  & Hebbinghem , lieu  voisin  de  la  rue 
Boulenisienne , non  loin  de  l’esplanade  actuelle. 

De  ce  fait  qu’une  partie  de  la  ville  ou  de  ses 
faubourgs  portait  encore  au  45®  sifecle,  le  nom  si 
controversy,  il  resulte  que  l’appellation  Hebbin- 
ghem appartient  certainement  k notre  topographie, 
qu’elle  est  decidement  historique  pour  nous,  et 
que  les  cbanoines  ne  1’ont  pas  inventee.  Le  ma- 
nuscrit  qui  donne  ce  nom  en  regoit  une  autoritd 
nouvelle.  Mais  son  auteur  qui  1’avait  trouve  dans 
des  livres  anciens,  oil  sa  mention  est  maintenant 
un  litre  en  leur  faveur,  n’a-t-il  pas  fait  une 
interpretation  tres  bardie  et  mSme  tout-k-fait  er- 
ronee , en  disant  qn'Hebbingahem , fut  apres  nomi 
Sithieu  , et  ensuite  St-Omer?  N’a-t-il  pas  pris  une 
partie  pour  le  tout  ? Lui  qui  devait  savoir  qu'Adroald 
donna  & Monsieur  Saint  Omer....  plusieurs  terres  et 
seigneuries  d lui  appartenants  , puisqu’un  manuscrit 
du  chapitre  l’a  dit,  n’aurait-il  pas  dti  s’ exprimer 
autrement  qu’il  ne  Fa  fait?  S’il  avait  avance  que 
parmi  les  seigneuries  ou  mieux  parmi  les  terres 
possed6es  par  Adroald , il  y en  avait  une  nommee 
Hebbinghem  , il  se  serait  trouve  d'accord  avec  la 
seule  interpretation  permise  aetuelleraent.  S’il  avait 
ajoutd  qu’une  partie  de  la  terre  d’Hebbinghem  fut 
sans  doute  incorporee  dans  la  ville  de  St-Omer , 

(1)  Compte  de*  rente*..,  appartevans  A la  maiton  *f  hospital  de* 
l0drt$.  J’eo  ai  parle  dao*  one  lecture  publique  fait*  eo  1846. 


— <07  — 

et  certainement  dang  l’un  de  sea  faubourgs , U 
aurait  rencontre  la  v£rit6.  Hebbinghem  et  Sithiu 
existaient  ensemble  et  non  loin  l’une  de  l’autre ; 
le  nom  de  la  premiere  de  ces  deux  villa  a meme 
dure  plus  longtemps  quo  celui  de  la  seconde , 
mais  sans  importance , saus  ceiebrite , et  il  ne 
se  rencontre  que  tres  rarement  dans  lea  documents 
historiques. 

Le  nom  de  Sithiu  est  complement  dominant; 
il  apparait  a nos  yeux , pour  la  premiere  fois , 
dans  la  charte  d’Adroald , de  l'annee  648.  11  y 
porte  le  cachet  d’.une  designation  antique  bien  6ta— 
blie , bien  connue , mais  sa  portee  a ete  fort  exa- 
geree  , son  application  trop  etendue.  Contrairement 
aux  idees  revues , le  nom  Sithiu  y exprime  une 
surface  de  terrain  fort  restreinte , et  tres  limitee. 
Audomar , sous  le  nom  d'Adroald , octroye  la  villa 
nornmie  Sitdiu , posie  tur  le  fleuve  de  l‘Aa,  11  y a 
dejk,  dans  celte  expression , une  precision  de  po- 
sition d’aprks  laquelle  on  ne  peut  pas  etendre 
cette  villa , au-delk  des  rives  de  ce  fleuve.  Folquin 
corrobore  cette  interpretation  ; selon  lui , la  terre 
de  Sithiu  etait  entierement  deserte  k l’arrivee  de 
St-Bertin ; les  hommes  l’avaient  delaissee  k cause 
des  exhalaisons  putrides  des  marais  et  de  l’epais- 
seur  des  bois,  pour  en  laisser  la  jouissance  aux 
animaux  de  toutes  espfeces  (1).  La  tradition  et 

(1)  Sithiu  cum  duobus  adisset  locat  tunc  temporis,  obnimiammutto - 
rum  paludum  putreditatem  vet  nemorum  demitatem  per  omnia  invenit 


— 108  — 

quelques  interpretations  de  titres  anciens , d’accord 
avec  l’apparition  hative  de  noms  de  magistrate  civils  et 
jodiciaires,  et  I’dtablissement  d’une  eglise  paroissiaie 
des  le  milieu  du  7®  siecle , disent  au  contraire  que  la 
partie  haute  de  la  ville  de  St-Omer,  intra  et  eztra- 
murot,  avait  avant  cette epoque,  ses  habitants  (1),  son 
chdteau-forl  (2)  et  son  temple  payen  meme-  (3).  Voila 
done  deux  localites  distinctes , Sithiu  et  une  autre 
tres  voisine  dont  le  nom  n’est  pas  determine. 

Le  peu  d’importance  et  par  consequent  le  peu 
d’etendue  de  la  terre  de  Sithiu  ressortent  de  sa  de- 
signation ordinaire  sous  le  titre  de  villa  et  plus 
eneore  sous  celui  de  villula.  -L’appellation  villa 
Sithiu,  la  plus  fr6quente  dans  les  Charles , est 
usitee  par  les  plus  anciennes  vies  de  Saint  Omer, 
en  opposition  calcul6e  avec  le  titre  de  view , attri— 
bue  aux  terriloires  plus  considerables  (4).  Gomme 


Jteurla , nec  ad  usus  hortiinum  nisi  quod  el  adhuc  incolis  non 
deal  pro  capescendis  tquamigerorum  yeneribus  f quid  unquam 
ulilia,  (Chart,  hit.  p.  17). 

(1)  Voir  lea  noms  de  different*  magistrals  , a Sithiu , repris  a 
la  fin  de  cette  notice. 

(2)  Voir  la  note  B , a la  fin  de  cette  notice. 

(3)  Voir  le  memoire  sur  riutroduction  do  christianisme  dans  la 
Moniiie , par  fif . 1’abbe  Frecbon  , t.  6 des  memoire*  de  la  Morinie 
p.  33. 

(4)  La  distinction  y est  bien  tranchde  dans  cette  phrase  : Beutus 
Audomarus  episcopali  more  vicos  circuiret  t pervenit  ad  quamdam 
VO~abulo  Sithiu  villain.  ( Mem.  pour  TEvdque  de  Sl-Omer,  p.  17, 
etc  ) Les  lieu*  aunt  ainsi  clusse*  dan*  .ledit  dc  Piste* , sous 


— 109  — 

tou jours  sa  .position  y est  determinee  sur  teifleuve 
de  l’Aa  (1).  L’appellation  villula  Sithiu  est  em- 
ployee en  l’annee  887 , pour  indiquer  le  lieu  de 
situation  de  50  mesures  de  terres  , posees  contre 
la  riviere  d’Aa , et  donuees  par  l’abbaye , en  jouis- 
sance  viagore  a 1’Avoue  Odgrin , aCn  qu’il  les  mette 
en  culture  et  les  ameliore  ( ad  excolendum  at 
emeUorandum ).  Elle  determine  une  distinction  veri- 
table entre  le  bourg  ou  le  terrain  bali , occupe 
depuis  un  long  temps , auquel  le  nom  Sithiu  avait 
6te  etendu,  et  la  terre  fort  peu  importante,  la  villula, 
specialement  nominee  Sithiu,  encore  en  grande 
partie  inhabitee  au  9*  siecle , et  composes  de  ter- 
rains ou  incultes  ou  nouvellement  livres  a la  cul- 
ture (2). 

La  concentration  de  la  terre  de  Sithiu  sur  les 
rives  de  1’Aa , est  parfaitement  exprimee  dans 
1’acte  de  donation  directe  de  l’eglise  Notre-Dame  (3), 


Cbarles-Ie-Chauve  ; et  in  omnibus  eivitatibus  et  vicis  ae  v Hits. 
(■ Syrmondus  , p.  305-830 ). 

(1)  SUkiu  ex  prafata  villi  nominatum , super  agnionem  tluvium. 

(2)  Bunaria  L jaeenlia  in  villula  qua  dieitur  Sithiu  super  fluvio 
agniona.  ( Chart,  sit.  p.  129 , et  le  grand  c&rtulaire. 

(3)  Saint  Omer  y parle  de  l’eglise  de  la  Vierge  com  me  si  elle 
e'tait  batie  dans  l’lle  , et  de  son  corps  comme  devant  dtre  rapportd  : 
in  prafata  insula  , tandis  qu’il  est  constant  que  ce  saint  fut  enterrd 
sor  la  hauteur.  On  a fait  de  ces  expressions  un  motif  de  suspicion 
coctre  la charte  ellemdme.  C’est  a tort,  seloo  moi , car  elles  me 
paraissent  au  eontraire  une  indication  d’authenticUd.  En  effet,  si  un 
.fMrasaire  avaib  fahriqod  la  charte  , il  aurait  eu  le  soio  d’e  viler  ce 
qui  est  une  erreur  matdriellemeut  parlant. 


— 110  — 

pair  Audomar  lui-mSme.  On  peut  m$me  induire 
de  ce  dipldme,  comme  de  plusieurs  autres , que  la 
villa  Sithiu  n’etait  primilivement  que  I’ile  de  ee 
nom , sans  extension  au-dela  de  ses  limites.  En 
effet,  que  voit-on  dans  cette  donation  au  monas- 
ter e de  l’ilede'  Sithiu  ( insula  Sithiu  monasterio )? 
L’expression  insula  Sithiu  (1),  si  ordinaire  au 
monastere  d’en  bas , prise  dans  une  acception  ge- 
neral et  4tendtie  au  cloitre  bati  sur  la  montagne, 
absofumenl  de  mfeme  que  1’expression  villa  Sithiu 
le  fut  si  freqiiemment  depuis.  Le  monastere  d'en 
bas,  ce  principal!  lieu  d’habitation  des  moines, 
entraine  avec  lui , dans  une  designation  qui  lui 
est  propre,  le  monastfere  d’en  haut  place  dans  sa 
dependance  et  dont  le  sol  avait  bien  certainement 
porte  jusques  alors,  un  nom  particulier  de  lieu  (2). 

L’ile  de  Sithiu  dont  on  a combattu  1’ existence 
tres  ancienne , comme  moyen  de  battre  en  breche 
les  vieux  dipldmes  qui  en  parlent,  existait  au 
temps  d’Adroald.  L’antique  auteur  de  la  vie  et 
des  miracles  de  St-Bertin , dit  non-seulement  que 
le  lieu  du  monastere  d’en  bas  6tait  naturellement 
fortifie  : locum  naturaliter  munitum ; mais  il  narre 
1’histoire  d’un  voleur  qui,  au  commencement  du 

(1)  La  locnlion  : monatterium  constructum  in  insula  Sithiu  , ra> 
vieot  bien  souveut, 

(*)  Dans  les  vies  de  Si-Oroer , en  parlanl  de  la  premiere  dglise 
dievec  par  Saint  Outer  , il  y a l ’ex  press  ion  : in  to  ioto,  comm* 
iiidiquanl  une  loeatite  p&rticuliere* 


8*  sifecle,  aprfes  avoir  commis  son  crime , voulut  fuir} 
il  parcourut  les*marais  alors  en  partie  habites  et 
eompris  dans  Tile  du  monasteye  , mais  il  ae  trouva 
cerne  de  tous  c6tes  par  l’eau  et  par  les  terres 
marecageuses ; n’ayant  pas  de  bateau  it  sa  dis- 
position,  il  fut  oblige  de  revenir  vers  la  seule 
entree  du  monastere,  placee  k Toccident  (1).  Cette 
ile  devait  Sire  primitivement  moins  petite  que  par 
la  suite  des  temps  ; anterieurement  aux  travaux  de 
regularisation  du  cours  de  l’Aa,  par  1’abbS  Odland  , 
au  commencement  du  9®  sifecle  , elle  devait  gagner 
davantage  sur  la  ville  de  St-Omer  (2)  \ avant 
l’enceinte  tracee  par  l’abbe  Foulques , puis  par 
le  comte  Baudouin-le-Chauve , si  elle  ne  s’eten- 
dait  pas  sensiblement  d’un  cftte  vers  St-Momme- 
Iin  (3)  et  de  l’autre  vers  Arques , elle  comprenait 

(1)  Bevertens  per  medium  monasterium  iter  arriperei , insu- 
lamque  peteret  que  irUra  paludem  ejusdem  monasterii  eita  est  9 
ut  ubi  apud  quendam  sibi  cognitum  reponcrel  quod  furtim  & 
Maoris  abslulerat ...  inde  aquatum  ac  paludis  impedimenta  cer- 
nerel  , nam  ut  nescieniibus  loquar  locus  ille  tails  est  ut  per 
mille  passus  et  multo  amptius  nisi  navigio  non  haheat  Ingres* 
sum  y excepla  una  porta  ab  Occidents . (Cap.  15). 

(2)  Voir  la  note  C a la  Gn  de  ceite  Notice.  D’apres  les  MHnoires 
touchant  le  fait  de  Vaman  de  Sl-Berlin  (G4  cart.  t.  5.,  p.  442, 
annde  1388) , le  Gef  de  St-Bertin  s’dtendait  sur  la  Title  Jusqu’a  la 
naissance  de  la  ruelle  conduisant  a V A lire  St- Jean  (Place  actuelle 
des  Concerts).  11  allait  done  au-dela  des  linoites  Iracdes  alors  conkne 
actuellement  par  le  cours  rdgolarrsd  de  l’Aa,  et  rappriochd  de  I’dgUse. 

(3)  Mox  ergo  in  lerritorio  quodam  ejusdem  villas  pariter  in * 
sistant  operi , qui  locus  ad  prassens  usque  vetus  monasterium 
ex  re  ipsa  dinoscitur  censeti.  (Vita  Sane ti  Bertini  per  Polcarduas , 


an  moms  le  faubourg  qui  a re  ten  a te  nom  d*fle 
(Izel)  (I) , et  la  partie  de  la  vilfe  qui  Favoisine 
et  quo  la  riviere  d’Aa  enserrait. 

Une  indication  bien  puissante  qn'il  ne  faut  pas 
alter  chercher  primitivement  la  villa , la  villula 
Silhtu  , aa-dela  des  bornes  de  File  primitive , est 
donnee  par  les  travanx  penibles  aaxqnels  Saint 
Berlin  a du  se  livrer , pour  asseoir  et  edifier  son 
monast&re.  Si  cet  abbe  fbndateur,  devenu  pos- 
sesses de  la  villa  Sithiu  , avait  eu  la  propriety 
de  la  colline  occidentale , dont  le  pied  baignait  dans 
le  marais  si  malsain  de  File  , il  ne  se  serait  pas 
donne  toutes  les  pcines  qu’il  dut  prendre  pour 
rendre  le  sol  de  cette  ile  propre  a porter  son  mo- 
nastere  (2) ; il  l’aurait  construit  sur  un  terrain 

monacfaoa  Silbiensem , hkoIo  xl  Man*,  n*  773,  de  la  bibliothAqoe 
de  Sl>Omer).  Le  lien  do  vieux  monastere  h St-Mommelio  ne  pent 
aroir  fait  partie  de  bilhio  qoe  comme  dlpendance.  La  seignenrie  da 
HautPont  et  d*aotrea  encore  les  separaient. 

(!)  L’eglise  paroissiale  da  feaboorg  luit  posee  dans  Fenclos  de 
$i-Bertin  * pres  de  l'eglise  abbatiale  ; * elle  etaii  connae  sous  le 
r*om  de  St-UarUn-en-Me • La  propriety  de  St-Berlin , a’etcn- 
dait  Josqa’sa  lieu  nomml  la  Moire.  Piusieurs  discussions  eurent 
lieu  entre  le  magistral  de  St-Omer  et  l’abbaye  poor  la  Moire  ; mafgre 
sa  position  dans  la  banlieue , des  droits  riels  y furent  reconnus 
k Fabbaye.  (Arch,  de  la  ville). 

(3)  Krai  enim  d eolle  oecidenlali  cetpet  vergens  et  in  modun 
lingua  devexa  planilie  vieinam  paludem  ingredient ; atque  ex 
ipta  palustrt  lue  que  ulrumque  exumebat  dittolulut  salieibut 
atnisque  frequent.  Egrettus  h navi  pulri  profundo  pelrinam  molem 
fl rtnare  tewplal  divinoque  frelut  adjutorio  pravam  loci  naluram 
magna  laborit  tui  intlanlia  tuperal  (Folcard,  loc.  cit')-  " ** 


— m — 

haturellement  dispose  h le  receVoir ; il  1’aurait  ediflte 
dans  le  lieu , oil  quelques  annees  apres , avec 
1’autorisation  d’ Audomar , il  pla$a  le  cimetifere  de 
,ses  moines.  La  preuve  qu’il  ne  faut  pas  chercher 
la  terre  de  Sitbiu  au-dela  des  limites  de  File  na- 
turelle,  existe  enfm  dans  la  comparaisdn  des 
deux  titres  primitifs  des  possessions  du  monastfere. 

Audomar , ai-je  dit , est  le  veritable  donataire 
des  biens  d’Adroald ; il  en  transmet  d’abord  une 
partie  a Berlin  ; il  lui  remet  la  villa  Silhiu  dans 
6on  integralite,  puisqu’aucune  restriction  n’est  ex- 
primee  dans  l’acte  de  donation  , el  qu’au  contraire 
on  y voit  les  expressions  extensives  s bum  omni 
merilo  suo , vel  adjacentiis  sen  aspicienliit  ipsius 
villa.  Et  cepeudant,  en  transmettant  la  terre  de 
Sithiu  aussi  entiere , aussi  intacte  , et  avec  des 
dependences  prises  partni  les  liberalites  d’Adroald , 
Audomar  ne  donnait  pas  tout  ce  qu’il  avait  re$u ; 
il  conservait  l’emplacement  du  monastfere  d’en  haut 
avec  tout  ce  qui  en  dependait;  il  y faisait  acte  de  pro- 
•prietaire  encore  , seloh  Folquin,  Folcard  , et  tous  les 
autres  historiens  de  l’abbaye  , en  y autorisant  l’4ta- 
blissement  du  cimetiere  du  monaslcre  d’en  bas  et 
d’une  petite  basilique  consacrSe  a la  Vierge  Marie  , 
pour  le  desservir  (1).  Cette  partie  importante  de  la 

(l)  Le  droit  de  propriety  pour  Audomar , est  dgalement  exprimd 
dans  la  version  des  chanoines  , et  la  separation  des  deux  partiel 
de  la  vilie  y est  bicn  plus  complete  encore. 


n 


Hi  — 


donation  d’Adroald,  qu’Audomar  no  transmit  4 
Bertin , que  par  un  diplome  posterieur  de  quatorze 
annees  au  premier , l’abbe  de  St-Bertin  n’en  jouit 
meme  qu’apres  la  mort  de  l’Evdque  de  Terouanne(t). 
La  partie  haute  de  la  ville  et  le  faubourg  voisin , ou 
gtaient  1’eglise  St-Martin  et  la  basil  ique  de  la 
Vierge  , n’etaient  done  pas  compris  dans  la  terre 
de  Sithiu , ni  dans  ses  premieres  dependances 
nominees  dans  la  charte  primitive  de  donation. 
Rien  ne  semble  plus  rigoureusement  exact,  et 
cette  conclusion  est  la  seule  que  permeltent  les 
titres. 

Par  son  acte  de  donation  directe  de  I’eglise  de 
la  Yierge  , avec  tout  ce  qui  lui  appartenait , Au- 
domar  ajouta  une  dependance  de  plus  et  nouvelle 
a la  villa  Sithiu ; a la  mort  du  saint  Eveque , elle 
y fut  administrativement  liee  au  point  d’etre  dore- 
navant  et  le  plus  souvent  comprise  dans  l'appel- 
lation  Sithiu , devenue  commune  aux  deux  centres 
reunis  des  proprieles  des  moines , lorsqu’on  par- 
lait  d’eux  ensemble , sous  un  point  de  vue  collectif. 
Mais  lk  s’arrete  l’emploi  du  nom  de  Sithiu  pour 
la  hauteur  oil  furent  depuis  des  chanoines.  Si  nous 
possedions  des  documents  ecrits  avant  la  mort 
d’Audomar  et  speciaux  au  monast&re  d’en  haul, 
ou  au  lieu  sur  lequel  il  fut  place , nous  lui  trou- 


(t)  Jgilur  decedente  domino  Audomaro  episeopo  XXXV  anno  post 

prcdicli  cimeterii  et  capellcB  donationem ac  deinceps  ipsa 

basilica  domino  Berlino  fail  subdita  (Vita  S“  Berlini . m*  819. 


115  — 


verioos  neeessairement  un  nom  particulier , soit 
ancien,  soit  nouveau  m£me,  car  il  fallait  pouvoir 
le  distinguer  du  monastere  d’en  bas  d’une  manifere 
facile  lorsqu’on  en  parlait  separement.  Du  reste , 
l’appellation  Sithiu,  restee  spdcialement  celle  de 
l’abbaye  de  Sl-Bertin  aprfes  la  separation  (1)  , fut 
toujours  le  moins  possible  employee  pour  designer 
la  partie  haute  de  la  ville  actuelle  de  St-Omer. 
Bien  avant  la  separation  des  deux  monasteres , on 
les  signalait  separement  par  -le  nom  du  Saint  fon- 
dateur  qui  y avait  re<ju  la  sepulture  ou  de  celui 
auquel  chaque  6glise  etait  particuliferement  dedtee. 
L’appellation  St-Omer  etait  dfes-lors  attribute  spe- 
cialement  au  monastere  d’en  baut , et  le  nom  de 
Sithiu  etait  toujours  surtout  celui  du  monastfere 
d’en  bas  (2). 

Folquin  en  donne  de  nombreuses  preuves  (3)  ; 


(1)  II  suffit  poor  s’en  assurer  d’examiner  les  dipldmes  des  car* 
tulaires  de  Sl-Bertin.  Tous  les  aulres  litres  sont  d’accord  avec  eux. 
Les  annales  vedastines  , & 1’annee  879  , s’expriment  ainsi  : Dal - 
duinus  ferreus  cognomine  comet  moritur  , tepelUurque  in  Sithiu 
monatlerio ...  ( Documents  german  is , t.  1 , p.  517,  t.  2 , p.  197, 
etc.  , etc. ) 

(2)  Actum  in  tupradicto  toco  Sithiu  in  atrio  Samcti  Bertini  , 
dit  un  dipldme  du  Roi  Charles  en  788.  Les  deux  cbartes  de  839 
sont  fakes  la  premiere  , in  ecclesia  Sanclce  Maria  , la  seconde, 
in  basilica  Sancti  Petri  apostoli. 

(3)  Pour  prdciser  le  lieu  de  la  sdpulture  de  Saint  Erkembode  , 
mort  vers  737  , Folquin  dit  : in  monasterio  Stl  Audomari  coram  altare 
sanctcB  Dei  genitricis  ( p.  50  ).  Pour  moutrer  le  concours  des  reli- 
gieux  des  deux  maisons  aux  travaux  d'Arques  en  800  t il  s’exprimt 


— M6  — 

mais  ces  distinctions  aussi  positives  ne  pouvaient 
etre  etablies  que  sur  les  lieux  memes.  Au  loin  la 
celebrite  du  nom  de  Saint-Oraer  le  mettait  en 
concurrence  avec  celui  de  Sithiu  et  il  servait  quel- 
quefois  a designer  les  monasteres  unis  (1)  ; il 
passa  jneme , dans  sa  signification  collective , la 
limite  de  1’epoque  de  la  desunion  des  deux  mai- 
sons  religieuses  (2). 


ainsi  : quinque  ex  Sancti  Berlint  monaelcrio  quinque  ex  Sancti 
Audomari  ( p 67  ),  Pour  indiquer  le  personnel  du  monastere  de 
SKliiu  avant  l'abbe  Fridogis  , il  se  sert  des  mots  ; centum  et  tri - 
ginta  manachorum  inter  utraque  monasteria , Sancti  Bertini,  Sane- 
Uque  Audomari ; il  ajoute  ensuile  : in  capitaneo  apostolorum  seu 
Sancti  Bertini  loco  .....  in  Sancti  Audomari  quoque  monasterio 
( p.  74-75).  Gorbert  Qt  des  dons  separds  4 Saint  Omer  et  a Saint 
Bertio  ; mort  cbonoine  t in  monasterio  Sancti  Audomari  in  monfe, 
son  corps  fut  ports  : ad  monasterium  Sithiu  sepelierunt  in  basilica 
Sancti  Bertini  ( p.  160,  1G!  ).  Si  1’hommage  d’un  antiphonaire  avail 
etd  fait  par  Gunlbert  a l'dglise  et  non  au  monastere  d'en  baot  f 
il  aurait  dit  a la  fierge  Marie  ; le  nom  de  St-Omer  ne  conve- 
nait  pas  alors  a l’eglise  , mais  au  monastere.  Folquin  dit  encore  : 
Fridogiitts ....  cum  canonicie  in  Sancti  Audomari  monasterio  vi- 
vebat  ( p.  75 ) Le  titre  de  Beaii  prdedda  celui  de  Sancti . 

(1)  Anno  750.  Et  Hildericus  rex  Merovingortim  ex  genere  ortus t 
depositus , tonsusque  ac  in  monasterio  Sancti  Audomari  quod 
dicitur  Sithiu  trusus  est.  ( Gesta  abbatam  Fontaneilensium  , Do- 
cumenta  germ.  t.  2 , p.  289 ). 

< Dans  les  annates  francorum  , regardees  comme  Ires  anciennes , 
puisqu’on  suppose  que  Reginon  et  Eg'nard  , ou  I’auteur  de  la  chro- 
nique  mise  sous  son  nom  les  ont  copiees  , il  y a : Hruotfridus 
notarius  el  Nantuarius  de  Sanclo  Otmaro . Dans  la  chronica  Ein- 
t\ardi  : Nantharius  de  Sanclo  Audomaro.  Dans  celle  de  Reginon  : 
Rolfridus  not . et  Nanluarius.  Dans  les  annales  berlinienncs  : Nan • 
than  us  de  cwnohio  Sancti  Bertini.  Ces  dernieres  sont  dans  le  vrai. 

(.2)  839.  Qua  dc  re  commoli , cum  Imperalor  Bril anniam  per- 


- m — 

La  separation  des  deux  maisons  rnonacales,  faite  du 
vivant  de  Fridogis  et  consommee  a sa  mort , en 
l’annee  834 , amena  la  rigoureuse  necessity  d’avoir 
toujours  deux  noms  distincts  pour  elles.  Le  noin 
Sithiu  resta  d’abord  au  monastfere  d’en  bas  et  on 
lui  ajouta  ceux  de  St-Pierre  et  de  St-Bertin  ; le 
nom  de  St-Omer  continua  d’etre  celui  du  monastfere 
d’en  haut.  Ces  appellations  furent  Vendues  aux 
deux  groupes  d’habitations  qui  avoisinaient  les 
raonasteres.  La  mission  des  deux  chefs  ecclesias-* 
tiques,  n’etait  pas  bornee  h l’administration  de 
leurs  religieux;  ils  avaient  cbacun  le  patronage 
des  laiques  dont  les  demeures,  placees  aupres 
de  chaque  monastfere,  formaient  deux  bourgades 
distinctes  , & peu  de  distance  1’une  de  i’autre  (1), 

geret  juxta  maritimos  lines  , et  in  monasterium  Sancti  Otmari 
quod  dicitur  Sidiu  causa  orationis  pervenisset.  ( Annates  Laurts . 
senses  ; Doc.  germ.  , t.  1 , p.  331  ). 

Ansgise  abbd  de  Fontenelle,  des  anndes  823  & 833  , donne : ad 
Sanctum  Audomarum  libras  duas  et  semis.  ( Gesla  abb.  Fonta- 
ncllensiom  ; id.  t.  2f  p.  298  ). 

(1)  Voir  la  nole  2 de  la  page  120.  Malbrancq , t.  1 , p.  550 
et  t.  2 , p.  395  , et  lea  plus  anciens  chroniqueurs  , disent  les 
Normands  campes  entre  les  deux  enclos  ; son  plan  de  Sithiu  anti- 
quum , montre  deux  groupes  bien  sdpards.  Ces  auteurs  se  sont  sans 
doute  guides  sur  le  texte  de  la  vie  de  Saint  Berlin;  on  y voit  les  Nor- 
mands  arrivant  a Sithiu,  a la  fin  du  9"  sidcle;  par  une  permission  de  Dieo, 
ces  terribles  ennemis  se  portent  vers  le  lieu  naturellement  for ti fie, 
c*est*a-dire  contre  le  monastAre  de  Sl«Bertin  i ad  locum  naturaliter 
munitum , silicet  S.  Bertini  piissimi  suorum  protector  is...  Entre  lea 
deux  monasteres:  inter  duo  monasteria  , Atait  un  jardin  : po  • 
marium , especc  de  fordt  plan  tee  d'arbrcs  fruiliers  parmi  lesquels 


— 118  — 


qui , en  se  rejoignant  et  attendant,  constiluferent  la 
ville  actuelle.  Les  deux  enceintes  dont  les  forli- 
ficalioos  furent  augmenlees  , a la  fin  du  9e  siecle, 
cel  les  d'en  bas  par  I’abbe  Foulques  (1)  , celles 
d’en  haut  par  le  conseil  d’Herric  (2),  et  qui  furent 
reunies  sous  la  direction  du  comte  de  Flandre  , 
Baudouin  2 , au  commencement  du  10e  siecle  (3), 
expriment  positivement  le  besoiu  , d’abord  de  deux 
ooms  different , et  eusuite  d’un  seul  common  aux 
deux  groupes  d’babitations  adjoints.  Cependant , 


s'elevait  oo  poirier  remarquable.  Oo  re*o!ut  de  drfruire  ce s arbres 
qui  pouvaienl  servir  d’abri  a«ix  emu-mis  : ne  forte  lalibalo  inimicis 
esset  christiani  extirpate  deer  ever  uni.  ( Cap.  38,  40  } . 

(1)  Vers  Tan  878  ; sub  eujus  ( Folcmis ) tempore . ambitus  cas- 
telti  circa  monasterium  Sancti  Berlini  eft  dimensus  et  per  nu- 
1 titter ia  dislrtbutus  ; sed  piurtmus  rebus  obslantibus  , non  est  per- 
fectus . (Chart,  sit.  p.  126.  Voir  aussi  Malbraocq  , t.  2 , p.  362-387 
et  lea  autres  aoteors.  L’bapiographe  it  Si-Bertin  parte  dan*  le  mdasc 
sens  : ambitus  castellani  cum  consensu  populi  et  procerum  con - 
dictalus  . mensuratus  , ae  per  poteslates  et  ministeria  ad  per  fa- 
ciendum distribute,  receptus  ex  immodica  parte  jam  cwptus  : sed 
proh  dolor  propedientibus  peccatis  inconsummatus  quam  pro 
gqri  amplitudine  excusatione  nefaria  atque  in  fetid  fuit  impeditus 
et  intermissus  (Cap.  37  ). 

(2)  Folquin  o*a  pas  menlioood  la  vision  d'Herric  ; d’apres  lea 
expressions  de  l’bagiograpbe  de  St' Berlin  , fierric  ne  peot  dire  qoe 
le  pronoteur  et  non  IYiecuteor  du  travail  de  fortification.  Malbraocq 
t 2,  p.  390  ; Dene  uvi  lie  , anoales  inuscrites  de  la  ville  de  Si  Oner, 
p.  39 , attriboent  ce  travail  a Herric. 

(3)  Baldutuus  ( Coitus ) autem  comes  et  abbas  wumasterU  SHktu . 
ambitum  caslelU  circa  monasterium  Sancti  Bertini  construxU  ei 
per  ministeria  disposuit  ( 918  ).  \Ch.  silb.  p.  139,  Voir  Malbraocq, 
a laonee  902,  t.  2,  p.  433;. 


— m — 

avant  meme  1’adjonction  mat^rielle  des  deux  groupes, 
dans  les  murs  d’une  enceinte  commune , il  6tait 
quelquefois  necessaire  de  les  indiquer  collectivement 
sous  un  seul  nom ; Sithiu  6tail  alors  le  veritable 
nom  legal , comme  il  l’etait  devenu  pour  les  deux 
monasteres , lors  de  leur  union  administrative;  il 
le  fut  encore  quelques  temps  apres  la  reunion  des 
deux  groupes  d’habitations  (1) ; mais  celui  de 
St-Omer  lui  faisait  une  serieuse  concurrence , tou- 
jours  de  plus  en  plus  forte  (2).  N’est-ce  pas  avec 
le  nom  de  St-Omer  que  parurent  des  deniers 
frappes  sous  Charles-le-Chauve  et  sous  Charles-le- 
Simple  (3)?  N’est-ce  pas  au  monastere  ou  au  bourg 
d’en  haut , que  le  moine  Folquin  iui-meme  rattache 
le  chateau-fort  lorsqu’il  le  dit  incendie  en  l’annta 
893  (4)  ? La  predominance  du  nom  de  St-Omer 
etait  inevitable  puisque  c’etait  aupres  du  monastfere 
de  ce  nom  qu’existait  la  plus  grande  agglomeration 


(1)  Un  dipldme  de  l’annee  1015,  cnlre  autres  , s 'exprime  ainsi : 
Duobus  monasteriis  in  loco  Sithiu  dicto  constructs , quorum 
unum  est  canonicorum  , allerum  vero  monacorum  , sub  nomine 
et  veneratione  sanctorum  Chrisli  confcssorum  Audomari  episcopi 
et  Sancti  Bertini  abbalis  (Ch.  sit.  p.  XCIX , et  legrd  cartulaire  )• 

(2)  Lambert  d’Ardres  a l'annee  1072  , dit  en  parlant  du  Comte 
Arnould  , mort  en  combat  tan  t : qui  ante  majus  altare  in  ecclesia 
S.  Audomari  apud  Sithiu  sepullus  est  ( raanuscriU  , cap.  28  ; Hist, 
des  Gaules  , t.  XI,  p.  298).  C’est  bieo  a St-Berlin  qu’ArnouId  a 
ete  enierre  ; les  moines  ont  meme  mis  au -dess us  d' Audomari  v le 
mot  Bertini  , dans  leurs  manuscrits. 

(3)  Histoire  monetaire  de  la  province  d'Artois. 

(4)  Chart,  sith.  , p.  136. 


— ISO  — 

des  habitations , amenta  par  Faction  meme  loin- 
taine  des  merites  du  saint  patron  , par  l’effet  de 
la  protection  du  chateau-fort , et  par  l’iufluence 
de  l’air  pur  et  sain  qu’on  y respirait. 

La  superiorite  du  bourg  (l)  d’en  haut  est  indi- 
quee  par  les  expressions  caracteristiques  des  vieilles 
annales  vedastines.  En  l’annee  880 , les  Normands 
s’emparent  de  Sithiu;  ils  saccagent  le  monastere 
et  la  cite  i excepte  ses  eglises;  ils  saccagent  le 
bourg  du  monastere  et  toutes  les  villa  situees  aux 
en  tours : in  circuitu  (2).Une  autre  chronique , celle 
des  Normands , en  narrant  le  nteme  dtaastre , 
determine  l’attribution  du  titre  predominant  de 
dvitas,  de  cite  ou  les  eglises  furent  preservees , au 
groupe  d’habitations  voisin  du  monastere  d’en  haut , 
et  par  contre  le  titre  inferieur  de  vie,  ou  bourg  du 
monasttae,  au  groupe  place  dans  le  voisinage  de 
Tabbaye  de  St-Bertin ; elle  dit  Sithiu  dans  son 
ensemble  , sous  son  expression  collective , envahie 
par  les  hommes  du  nord  et  livrta  aux  flammes , 
excepte  l’eglise  de  St-Omer  bien  fortifiee  grace  a • 
la  Providence  divine  (3).  Si  l’hagiographe  de  Saint 


(1)  C’eat  au  pied  meridional  de  la  mode  chatelaine  de  St-Omer  f 
quYst  encore  une  rue  nommle  du  Bourg. 

(2)  881.  Xorlmanni  vero  cum  infinUa  muliitudine  monatlerlnm 
Sildiu , ingressi  7 Kal.  januarii , ipsum  monaslerium  et  civitatem 
exceplis  ecclcsiis  , et  vicum  monaslerii , el  omnet  villas  in  cir- 
euitu  pcrvagali  sunt.  (Donum,  germ.,  t.  2,  p.  19). 

(3)  881  , 7.  Kal.  januarii , northmanni  Sithiu  oppidum  ingressi 


Bertin  et  le  chroniqueur  Folquin  n’expriment  pas 
la  meme  exception,  lorsqu’ils  parlent  de  1’ invasion 
des  Normands  it  Sithiu,  ils  ne  disent  rien  qui  la 
contrarie  (1).  11s  la  rendent  m6me  probable, 
l’hagiographe  lorsqu’il  fait  voir  le  monastfere  de 
St-Omer  muni  d’une  fortification  particulifere  faite 
avec  beaucoup  d’art  (2),  tandis  au  contraire  qu’il 
montre  1’abbaye  de  St-Bertin  d’abord  abandon  nee 
a sa  seule  defense  naturelle  (3) ; Folquin  en  ne 
citant  que  le  monastfere  de  St-Pierre  et  de  St- 
Bertin,  comme  ay  ant  ete  incendie  (4). 

Selon  la  plupart  des  auteurs  voilk  pour  la  m6me 
locality  , trois  noms  successifs  dont  les  substitu- 
tions sont  precisees,  Hebbinghem  , Sithiu , St-Omer. 

Le  nom  St-Omer  est  certainement  celui  de 
notre  ville  entiere  depuis  des  sifecles ; mais  avant 
de  le  devenir , nous  l’avons  vu  attribuer  seulement 
a sa  partie  haute  , et  appartenir  specialement  au 


cum  infinita  multlludine  , ipsum  oppidum  cum  ecclesiis  igne  ere - 
maverunl , excepta  Sancli  Audomari  ecclesia  qua  Dei  procidentia 
bene  munita  erat.  (Duchesnes,  nnnales  , t.  2,  p.  527.  Docum. 
germ.,  t.  1 , p.  534.  Voir  aussi  Malbrancq  , t.  2,  p.  387  ). 

(1)  Cum  tola  jam  terra  incensa  el  depopulata  et  plurima 
hominum  fere  coiisumpta ....  (Vita  S*1  Bertini  c.  37,  p.  62). 

(2)  Circa  monasterium  eximii  presulis  Auddmari , fusle  , gleba  et 
respite  sicul  artiflciosissime  ila  et  jam  firmisse  conslruclam. 

(3)  Voir  ci-devant,  p,  117,  note. 

(4)  Hujus  anno  primo  (Folconis ) monasterium  Sancli  Petri  et 
Sancli  Bertini , jam  vice  altera  a nordmannis  csl  incensum , V 
Kalendas  augusli.  (Chart,  sit.,  p.  126). 

Folquin  met  l'invasion  en  878. 


16 


— 422  — 

monastkre  d’en  haut  (4).  II  n’est  pas  devenu  gd- 
ndral  et  exclusif  a un  jour  donne ; il  s’est  petit  a 
petit  substitue  a uo  autre  plus  ancieunement  em- 
ploye. Quoique  commun  k la  ville  entiere  depuis 
quelque  temps  deja  , au  commencement  du  42* 
sikcle  (2) , il  se  trouve  encore,  exceptionnellement 
toutefois,  dans  la  charte  communale  de  4127, 
comma  oppose  k celui  de  St-Bertin , exprimant 
une  partie  de  la  ville  (3). 

Le  nom  Sithiu  , primilivement  special  k l’une 
des  parties  qui  ont  forme  la  ville  de  St-Omer , k 
sa  partie  basse  sur  laquelle  l’abbaye  de  St-Bertin 
fat  posee,  est  devenu  par  extension  l’appellation 
d’ensemble  on  collective  des  deux  monasteres  unis 
et  des  groupes  de  maisons  qui  les  avoisinaient. 
Cette  appellation  longtemps  refugiee  ensuite  dans 
l’enclos  du  monastere  d’en  bas , auquel  elle 
redevint  particuliere , est  restee  quelque  temps  la 
seule  legale  pour  la  ville  entiere ; elle  indiquait 
au  44*  siecle  encore  assez  souvent,  1’ensemble 
de  la  ville  (4). 

(1)  In  villa  qua  dieitur  Sancti  Audomari  eccleria  , dit,  en  1208, 
la  chroniqoe  d'Andreg. 

(2)  Baodouio  , comte  de  Flandre  , fait  un  acte  , en  1065  9 apud 
Sanctum  Audomarum  9 ou  est  present  l’abbd  de  Sf-Bertin  et  ou 
personae  du  cbapilre  n’apparait.  ( Dipl.  belg.  , t.  1,  p,  153 ). 

(3)  Ab  una  quaque  domo  in  eadem  villa,  scilicet  ad  Sanctum 
Audomarum  , sanctumque  Bertinum  9 dit  le  15*  parag  raphe  de  la 
charte  de  1127. 

(4)  Duobus  monasteriis  in  loco  SUHiu  dicto  1015.  ( Voir  ci-devant 
p.  119 , oole  1). 


Le  nom  Hebbinghem  ne  fut  jamais  general; 
il  etait  celui  de  l’une  des  terres  assez  norabreuses 
comprises  parmi  les  villa  situ^es : in  circuilu  monos-* 
terii , selon  les  aonales  v4dastines , et  dans  los- 
quelles , a la  fin  da  9*  siecle , les  Normands , 
avant  d'attaquer  Sithiu,  mirent  paitre  leurs  che- 
vaux  (1),  dit  I’hagiographe  de  St-Bertin.  Ces  villas; 
proprietes  particuliferes  des  nobles  du  lieu  qoi , 
selon  le  m£me  hagiographe , avaient  assez  de  patri- 
moine  her6ditaire  pour  vivre  dans  l'indkpendanee  (2), 
furent  transformees  en  fiefs  ou  seigneuries,  sous 
1’ empire  des  idees  feodales , et  devinrent  k la  fin 
vassales  et  dependantes  de  la  communaute  bour- 
geoise ; elles  ont  prkte  leur  sol , en  tout  ou  en 
partie,  au  developpement  de  la  ville  de  St-Omer, 
k l’etablissement  de  ses  importants  faubourgs  (3) 


(l)  RemUerunt  cequot  per  pabulaloret  in  ptucua  ad  villarum 
loca.  ( ch.  38,  m*  n°  819). 

02)  Quia  pene  nobilitas  terres  illius  ex  multo  jam  tempore ... 
abscesseraV  nativitatis  palria  relicta  , prater  paucos  qui  ita  here - 
ditariis  prediti  erant  patrimoniis  t til  non  esset  eis  necesse  subeft, 
nisi  sanctionibus  publicis.  ( m*  n°  819 , p.  61  ). 

(3)  Il  y avoit  avant  ce  sitge  ( 1638  ),  quantile  de  beaux  vil- 
lages d lentour  de  la  ville  , qui  servoient  comme  de  faubourg t 
fort  bien  basties  et  plants  de  beau  verges  et  allies  qui  rendoient 
le  lieu  plaisant  et  extremement  rdcrSatif.  ( La  ville  et  citd  de 
Sl-Omer,  p.  116  ).  Ce  manuscrit  qui  apparteoait  a M.  Leroy-Aspelly, 
est  egard. 

Au  commencement  du  14e  siecle,  une  partie  des  faubourgs  de 
Sl-Omer  avail  did  detruite,  comme  ils  le  furent  souvent  et  notammeut 
en  1477.  En  l’annde  1315  , Louis  10 , Roi  de  France , octroie  au 
magistral  de  St-Omer  , une  somme  de  40,000  livres  pour  aider  A 


— 124  — 

et  de  sa  banlieUe ; elles  serraient  de  pres  les  en- 
ceintes separees  des  deux  monastferes.  C’etait  prin- 
cipalement  sur  elles  qu’etaient  posees  les  inaisons 
des  bourgs  de  Sithiu , puisque  leurs  habitants 
jouissaient  d’une  assez  grande  independance,  devant 
les  chefs  ecclesiastiques,  pour  £tre  appel^s,  au  9e 
siecle  , It  donner  leur  acquiescement  a l’etablisse- 
ment  des  fortiGcations  militaires  (1),  faites  meme 
en  grande  partie  par  eux  (2) , et  qu’ils  avaient 
des  1’origine  une  administration  civile  et  judiciaire 
autre  que  celle  des  monasteres  (3). 

L’organisation  complexe  de  la  ville  de  St-Omer, 


rebdtlr  1c*  faubourgs  qui  avaient  e'te  saccage*.  (Reg.  serv.  de- 
dication, etc).  On  no  peut  cipliquer  la  grande  population  de  la  ville 
de  Sl-Omer  au  moyen  dge  que  par  le  developpement  et  !e  grand 
nombre  de  ses  faubourgs.  Sans  la  population  extra  muroe  de 
St-Omer  on  n’aurait  pu  former  les  10,000  homrnes  armes  de  toute 
maniere  qui  aortirent  de  cetle  ville  en  1376 , pour  se  porter  *ur 
Arques , a tin  de  delruire  les  metiers  des  fabricanls  dc  draps  de 
ee  village,  qui  avaient  imitdla  marque  Audomaroise  et  qui  avaient 
livrd  de  la  mauvaise  marchandise.  (G1  cart.  t.  5,  p.  255,  285, 
?02  , 382  , 434  ). 

Avec  Insistence  des  faubourgs  on  peut  accepter  les  chiffres 
enormes  de  mortality  duns  les  diverses  Epidemics  qui  ont  sdvi  k 
St-Omer. 

vl)  Ambitus  caslelli  cum  consensu  populi  et  procerum.  ( Vie  de 
Saint  Bertin  , !oc.  cit.  ch.  37  ) 

Post  consultum  tamen  super  eo  prius  idonearum  per  sonar  um , 
populo  convocalo.  ( Id.  ), 

(2)  L’liagiograplie  de  St-Berlin  ct  Folquin  disent  que  le  travail  fut : 
per  poteslales  et  minisleria  ad  perfleiendum  dislributus  ( m*  819, 
p.  62  , et  Folq.  loc.  cil.  ) 

(3)  Voir  fes  preuves  a la  liu  de  cctte  notice. 


— m — 

au  moyen-age  , dont  les  traces  existaient  encore 
a la  fin  du  siecle  dernier , donne  des  indications 
irrecusables  de  l’existence  primitive  des  villas  ou 
des  terres  particulieres ; elle  fait  connaitre  leur 
independance  premiere  de  la  villa  Sithiu,  dont 
elles  restreignent  l’etendue  et  diminuent  l’impor- 
tance;  elle  donne  des  noms  qui,  pour  quelques- 
uns , doivent  remonter  aux  premiers  temps  de 
noire  histoire.  Cette  organisation  complexe , si  vi- 
cieuse  et  en  meme  temps  si  pleine  de  mouve- 
ment , si  grosse  d’agitations  et  de  luttes , ap- 
porte  done  son  utile  secours  pour  nous  faire 
apprecier  Fetal  des  lieux  et  des  choses  au  temps 
de  l’Eveque  Audomar.  En  effet , elle  ne  pou- 
vait  etre  que  la  consequence  du  fractionnement 
nombreux  du  territoire  audomarois  , dans  les 
temps  primitifs , en  villas  ou  terres  distinctes  et 
separees  d’administration , comme  elles  1’etaient 
encore  sous  le  regime  feodal  avec  le  titre  de  grands 
fiefs  ou  mieux  de  seigneuries  (1).  Aucun  autre 
point  de  depart  ne  peut  exister  pour  les  fiefs  prin,- 
cipaux  enclos  dans  la  ville  ou  dans  les  faubourgs 
de  St-Omer  , et  qui  ont  longtemps  releve  de  toute 
autre  juridiction  superieure  que  de  celle  du  ma- 

(1)  II  exislail  dans  la  ville  comme  dans  la  banlieue  de  St-Omer 
plusieurs  seigneuries  particuliires.  Cest  ce  qu'on  a vu  dans 
VarrU  du  conseil  souverain  de  JUalines  du  17  mars  1542 , et 
dans  le  mtinoire  des  mayeur  et  tchevins  de  St  Orner  , imprint  J 
en  1748.  ( Consultation  pour  les  habitants  de  la  ci-devant  banlieue, 
.an  13  , p.  59). 


— 126  — 

gistrat  communal.  Rien  ne  peut  faire  supposer  la 
creation  de  grandes  seigneuries  sur  le  territoire 
de  St-Omer,  des  l'instant  oil  il  fut  devenu  com- 
munal ; les  bourgeois  furent  ordinairement , sous 
l’empire  d’une  pensee  contraire  a cette  creation ; 
its  rachelaient  les  fiefs  qui  les  genaienl  lorsque  cela 
etait  possible.  Si  les  terres  sur  lesquelles  ces  fiefs 
6taient  etablis,  avaient  fait  partie  de  la  donation 
d’Adroald , comme  comprises  dans  la  villa  Sitbiu 
ou  parmi  ses  dependances  ou  ses  adjacences,  elles 
eussent  ete  el  seraient  resides  plus  ou  moins  long- 
temps  sonmises , soit  a 1’administration  directe  , 
soit  & la  souverainete,  soit  a la  suzerainete  des 
monastferes,  et  c’est  ce  dont  il  n’existe  aucune 
trace.  Quelques-unes  furent  incorporees,  en  tout  ou 
en  partie,  dans  l’enceinte  de  la  ville  formee  par  le 
comte  de  Flandre  Baudouin-le-Chauve ; sa  position 
de  souverain  lui  permit  de  lever  les  difficultes 
devant  lesquelles  les  chefs  ecclesiastiques,  qui  n’agis- 
saient  que  par  influence , avaient  echou£.  Depuis , 
aucune  extension  ne  fut  sans  doute  donnee  k cette  en- 
ceinte jusqu’au  jour  oil  1’octroi  des  proprtetes 
communales  (1)  et  surtout  1’etablissement  d’une 


(1)  Yperios  , loc.  cit.  , col.  590 , parle  de  la  donation  dea  pro- 
pridlds  aox  bourgeois  de  Si  Omer  , par  Roberl-le-Frison.  Les  cbartes 
communales  s’expriment  de  manUre  k Iaisser  de  l'incertilude  sor  la 
situation  des  biens  doonds;  les  noms  de  lieux  qu’on  y volt,  sont  aujour- 
d’liui  pour  la  plupart  inconnus  11  est  un  relevd  qui  fait  beaucoup  mieux 
com  prendre  la  position  et  I’dlendue  des  propr  idles  communales  de 
St-Omer.  Ce  rejcvd  exisle  dans  un  dipldme  du  comte  Philippe  d’AUace 


— 127  — 

banlieue  qui  en  fut , un  peu  plus  lard , la  con- 
sequence (1),  transmit  k la  corporation  bourgeoise 
une  cerlaine  partie  des  droits  du  maitre*  supe- 
rieur  (2)  , qui  augmenterent  jusqu’a  devenir  ceux 
de  gouvemement  gin&ral , selon  les  termes  des 
chartes  anciennes  (3).  Cela  detruisait  en  partie 


rdglant  des  ddmdlds  a leur  occasion  , entre  les  bourgeois  et  les  deux 
m on  as  teres  unis  dans  leur  intdrdt  commun.  Ce  dipldme  de  l'an  1175, 
qui  fait  partie  do  grand  cartulaire  de  St  Berlin  , est  reprodult  par 
Malbrancq  , de  MorinU , t.  3 , p.  302  II  est  mteressant  de  com- 
parer  ce  relevd  avec  l’elat  des  propridtes  de  la  ville  de  St-Omer 
en  Tan  1547  , dans  le  regislre  en  parchemin  des  archives  de  cette 
ville , p.  198  et  avec  ce  qu'il  en  reste  aujourd'hui. 

(1)  Voir  la  note  D i la  fin  de  cette  notice. 

(2)  Le  ban  de  le  ville  de  s.  Aumer  ne  se  extend  outre  le 
banlieue  ( 1384)  ( g(1  cart  , t.  5 , p.  389  ).  ye  payer  ni  exiger 
sans  litre  de  reliefs  pour  lennement  de  la  ville  en  banlieue  sur 
LX  litres  , grand  amende . ( Arch,  de  la  ville  , regislre  C , folio 
120,  v°  ). 

(3)  Cette  expression  est  reprise  dans  plusieurs  litres  anciens.  L’augmcn- 
tation  progressive  de  droits  ressort  d’une  grande  quantile  de  pieces  des 
archives  de  St-Omer  ; ils  furent  rdduits  petit  a petit  A peu  de 
cboses. 

Dans  I’appointement  de  Tan  nee  1378  , entre  la  comtesse  d’Artois 
et  le  magistrat  de  St-Omer , la  connaissance  sur  les  fiefs  tenus 
de  la  Comtesse  , assis  el  enclaves  en  la  loy  el  banlieue  de  St-Omer, 
fut  reconnue  A ce  dernier , mais  en  presence  de  I'amman  et  du 
bailli  de  la  comtesse.  ( Regislre  en  parch,  p.  236  ).  Une  sentence 
de  1401,  mointient  les  mayeurs  et  dchevins  de  St-Omer , joint  A 
eux  le  procureur  du  comte  d’Artois  , dans  la  possession  et  saisine 
d’exercer  loute  justice  dans  la  ville  et  dans  la  banlieue.  ( Recueil 
de  chartes...  Fertel  , 1739 ),  Les  droits  de  seigueurie  et  justice  sur 
les  baillis , amans  el  eschevins...  en  ladite  ville  et  banlieue , 
sont  reconnus  aux  magistrals  de  St  Omer , a l’occasion  de  la  partie 
de  la  terre  de  Burques  , situee  dans  la  banlieue  9 comme  Us  ont 


— <28  — 

Ies  perpltuelles  entraves  amendes  par  les  di- 
verses  justices  , par  les  diverses  coutumes  des 
seigneuries  nombreuses  qui  se  partageaient  le  ter- 
riloire  audomarois.  Des-lors  il  exista  moins  de  dif- 
ficultes  serieuses  pour  les  bourgeois , a l’incorpo- 
ration  dans  leur  .ville  , de  parties  plus  ou  moins 
grandes  des  seigneuries  particulieres  , et  a l’exten- 
sion  des  fortifications  et  des  faubourgs  sur  elles. 
L’agrandissement  de  St-Omer  se  fit  a leurs  depens, 
par  adjonctions  successives  et  en  les  coupant  pour 
la  plupart  d’une  maniere  irregulifere(< );  les  faubourgs 
prirent  surtout , presque  tout  autour  de  la  ville , 
une  telle  extension  que  la  population  exlra-murot 
egala , si  elle  ne  la  depassa  meme  pas , celle 
intra-murot. 

La  concordance  des  indications  fournies  par  1’exis- 
tence  de  seigneuries  veritables  sur  le  territoire  de 
St-Omer,  avec  mon  interpretation  des  litres  les 
plus  anciens , est  remarquable , et  ne  peut  etre 
reflet  du  hasard.  Les  seigneuries  foncieres  prin- 
cipales , ayant  une  organisation  sdrieuse  , renfer- 
mees  en  tout  ou  en  parlie,  dans  les  murailles  de 

attleurs  es  mettes  d'icelle  ( baolieoc  ) et  comme  il*  ont  sur * les 
autre*  seigneurs  apans  aman  , eschevins  et  juridiction  pare  ills , 
par  sentence  du  due  Philippe  de  I'an  1423.  ( Recueil  id.  »p.  42  >. 

(I)  Pour  englober  les  proprietes  du  seigneur  principal,  du  chdle- 
latn  , il  faifut  toutefpis  longtcmps  sa  permission.  En  1218  f !e  chd- 
telain  dunnC  cinq  mesures  de  (erre,  le  long  du  fosse  du  cdld  de 
St-Michcl,  pour  £tre  incorporees  dans  Ics  fortifications. 

( AiCh.  de  Id  ville;  Rcgislre  servant  d'indicalion...) 


ia  ville , ou  comprises  dans  sa  banlieue , rep  resen - 
taient  done  les  andtennes  terras  ou  villa  non  soumises 
a celle  de  Sithiu,  propriitis  nobles  sur  iesquelles  les 
chefs  ecclesiastiques  n’avaient  jamais  eu  de  juridiction 
civile , administrative  ou  judiciaire.  Comme  dans  la 
ville  de  Gaud  (1),  quelques-unes  eurent  longtemps  la 
pretention  primitivement  legitime,  de  n’avoir  d’autre 
sup£rieur  que  le  Souverain.  La  plupart  conserv&rent 
plus  ou  moins  de  temps  leur  independance  de  i’4che~ 
vinage  communal  (2) , pour  ne  relever  imm6diate- 
ment  que  du  Chatelain  (3).  Ge  haut  et  puissant 


(1)  V.  la  trad,  du  3*  vol.  de  l’hibt.  de  la  Flaodre  et  de  sea  instit.,  par 
M.  Gheldorf. 

(2)  Cette  independance  premiere  ressort  d’une  foule  de  litres  difltf* 
rente.  On  voit  que  pendant  un  long  temps  les  maisons  sitodes  dans  la 
ville  et  dads  la  banlieue  et  tenues  en  fiefs , n’dtaient  sujettes  ni  an 
guet  ni  a la  garde.  Les  hommes  de  fiefs  du  bailliage  de  St~Omer» 
furent  longtemps  exempts  des  droits  de  portage  pour  les  grains 
proveuant  de  leurs  fiefs  et  dependences, 

(3)  Le  Chdtelain  eut  durant  des  sieeles,  dans  la  ville  et  dan6  la  ban* 
lieue  les  droits  qui  constituaient  les  seigneuries.  Le  droit  de  forage  Iol 
fut  longtemps  dQ.  En  1274  , Guillaume  , cbdtelain  de  St-Omer  vend 
au  magistrat  communal  le  droit  de  4 sols  6 deniers  qu'il  prdlevatt 
aur  ebaque  etranger  devenanl  bourgeois. 

En  1281  , il  vend  au  magislrat  son  droit  de  seigneurie  de  faire 
moulins  a vent  et  a cau  dans  la  ville  et  dans  la  banlieue,  et  to 
mime  temps  quatri:  moulins  en  plein  exercice.  Le  Sdndehal  prdten- 
dait  tenir  en  fief  le  droit  d'avoir  four  banal  et  moulin  banal.  Bo  1242* 
avail  eu  lieu  le  rachal  du  droit  de  banalilc  des  moulins  du  Cbdtelain, 
tenus  en  fief  du  seigneur  d’Artois.  Philippe  de  Quienville  possedait  dans 
la  banlieue  un  moulin  qu’il  tenait  du  Chdtelaio.  (Reg.  serv,  d’ind.) 

Ed  1274  , Guillaume  , chdtelain  , donne  a Lambert  Wolveric  , fils 
de  Jean  Wolveric  de  St-Omer  * des  droits  qui  lui  appartenaient 

17 


— 130  - 

tiaron  avail  une  cour  teodale,  des  plaids  g£n£raux  oft 
les  bourgeois  6taient  d’abord  tenus  d’assister  (1),  et 
d’autres  droits  qui  les  atteiguirent  assez  longtemps;  il 
6tait  sourois  au  Souverain  pour  sou  fief  dominant,  dont 
la  partie  intra-muros  6tait  encore  au  1 4*  siecle , ap- 
pe!6e  \e  teigneurie  par  dedent  (2).  Le  CMtelain  pos- 


dans  cette  Title , savoir  ; trois  deniers  par  bourgeois  qui  diale 
dans  la  balle  el  einq  deniers  par  forain  ou  diranger ; quatre  livres 
parisis  dues  par  la  ville  sur  toutes  les  rentes  dont  elle  jouil  sur 
I#  Gher  ( la  Ghiere  ),  pour  les  lenir  en  fief  de  lui  , a la  charge 
d’offrir  one  blanche  lance  (one  lee  one  d la  Penlecoste.  (Inven- 
teire ; premier  cartulaire  d’ Artois. 

En  1272  # le  cbAtelain  vend  au  magistral  de  St-Omer  le  droit 
d'Jpreuves  des  marcbandises  qui  passaient  par  la  baolieue  , dont 
ses  ancdtres  avaient  toujours  joui , sous  la  conditiou  qu’il  le  fera 
cesser  ( Reg.  servant  dedication  ). 

En  1281  f Guillaume  9 cbAtelain  de  St-Omer,  vend  aux  bourgeois  ses 
droits  de  seigoeurie  dans  la  banlieue.  (Arch,  de  la  ville,  bolle  249  n°  2). 

Les  souveraics  n’eurent  plus  tard  de  droits  de  suzerainetd  imme- 
diate sur  les  seigneuries  qui  avaient  did  dependanles  du  cbAtelain, 
qu’A  cause  du  cbAteau  de  St-Omer  et  parce  qu'ils  dtaient  en  lieu 
et  place  du  cbAtelain  dans  son  autoritd  seigneuriale.  On  trouve  souvent 
encore  en  1823  et  beaucoup  plus  tard,  cette  phrase  : Lesdilt  etchevins 
de  la  dile  teigneurie  font  ferment  & ta  dite  Majettt  d cause  de  ta 
chattelenie  que  Von  diet  le  bourgaige.  On  voit  encore  dgalement 
cette  autre  phrase  : tenu  du  Roy  d cause  de  son  chasteau  el 
molte  chaslelaine  dudit  StOmer . 

(1)  Robert  de  Fiennes  , CbAtelain  , confirme  en  1353, 1’exemption 
Assistance,  donnde  par  ses  preddeesseurs,  etc.,  etc.  ( Arch,  de  la  ville). 

(2)  Jehan  le  kalendier  , lieutenant  du  castellain  eslant  del  office 
de  sergenterie  du  tigneur  par  dedent,  1364. 

Li  troy  tergant  du  tingneur  par  dedens ...  avoient  esti  en  le 
maison  Jehan  Emenzoine  en  le  rue  Bollinziene ...  et  pour  ce  tans 
etchevins  li  dit  tergant  estoient  aU  et  entrS  en  le  maison  dudit 


k 


— 431  — 

sedait  done  la  domination  directe  sur  les  fiefs  situes  k 
l’interieur  de  la  ville  comme  sur  beaucoup  d’autres 
poses  a I'exterieur.  Sous  la  mouvance  du  clikteau 
de  St-Omer  toujours  conservee , toutes  ces  seigneu- 
ries  furent , non  sans  mal  et  petit  k petit , ame- 
nees  k se  soumettre  au  ressort  et  k la  police  de 
l’cchevinage  communal , qui  s’agrandissait  par  tous 
les  moyens  (1).  Plus  tard  lorsquc  la  puissance 
des  communes  eut  sensiblement  decru , l’autoritk 
sup6rieure  du  magistrat  de  St-Omer  fut  attaquee  par 
les  Baillis  au  nom  des  Souverains ; ils  la  prkten- 
daient  usurpee. 

Pour  obtenir  par  le  moyen  de  ces  fiefs  ou  sei- 
gneuries,  la  connaissance  de  l’4tat  primitif  du 
territoire  de  notre  ville , il  faut  determiner  et  pr6- 
ciser  leur  position  topograpbique ; il  faut  les  dis- 
tinguer  des  fiefs  d’un  ordre  secondaire  qui  jamais 
n’ont  ete  sieves  au  rang  veritable  de  seigneuries, 
et  dont  la  signification  n’est  pas  la  m6me.  Ces 
fiefs  secondaires,  dont  la  juridiction  4tait  tres  bornee 


bourgois , contre  les  liberUs  et  franchisee  de  le  ville  el  contre 
leur  strement ; ils  furent  tous  trots  mandds  en  balle.  Le  lundi  sui- 
vant  le  Bailli  reconnut  que  les  sergents  sesloient  me  (fait  de  entrer  en 
le  maison  dudit  bourgois  sans  eschevins . ( Registre  en  parcb.  p.  248). 

II  y a ici  une  espece  de  confusion  entre  la  seigneurie  du  CbAlelain 
et  celle  du  Comte  d’Artois  ou  Souverain. 

(I)  11  parait  que  le  magistrat  n'eul  d’abord  de  droits  dans  lessel- 
gneuries  ou  fiefs,  que  sur  les  bourgeois.  Li  dis  sergans  ne  avoient 
requis  deux  eschevins  car  li  dis  Symons  esloit  bourgois , 1374. 
( Id.  p.  249 ).  Yoir  aossi  la  note  prdcddenle. 

II  s’agisealt  d’un  delit  com  mis  sur  la  seigneurie  de  Ste-Atdegonda 


— 132  — 

lorsque  par  exception  ils  en  avaient  une,  four- 
millaient  sur  le  sol  audomarois  ; ils  ne  remontaient 
pas  & l’origine  de  la  ville  de  St-Omer ; ils  avaient 
ete  formes,  soit  sur  la  demande  d’un  seigneur  voisin  et 
souvent  comme  lieu  d’abri  pour  lui,  dans  le  genre  des 
refuges  des  communautes  religieuses  situees  hors 
de  la  ville  (1);  soit  sur  la  sollicitation  d’un  pro- 
prietaire  local , pour  recevoir  un  patronage  utile , 
pendant  la  plus  grande  vogue  des  id£es  cons- 
titutives  de  la  feodalite  , alors  qu’on  mettait  tout 
en  fiefs , non  seulement  1’air  qu’on  respirait  , 
mais  les  charges  de  difierents  offices,  la  location 
des  halles , les  recettes  des  impots , les  droits  dus 
aux  portes , ceux  de  tonlieu , de  ruage  , les  affo- 
rages  , la  pesee  des  marchandises  , le  droit  d’avoir 
des  cignes,  de  prendre  du  poisson,  etc.,  etc.  (2). 

Les  seigneuries  qui  limitaient  les  enceintes  des 
deux  monasteres  et  monlraient  leur  possession  ter- 
ritoriale  et  leur  autorite  civile  et  judiciaire  bornees  & 


inlra-muros.  On  voit  les  mimes  mentions  an  sojet  d ’ant res  seigneuries 
intdrieures  on  situ  des  dans  la  banlieue.  La  puissanee  du  magistrat  coma 
inunai  alia  longtemps  en  augmentant ; quand  les  comtes  d'Artois 
la  reconnurent  et  1’agrandin  nt  mime  . ce  fut  toujours  avec  la 
mention  que  le  magbtrat  les  reprdsentait,  et  en  leur  imposant  le 
concours  judiciaire  du  grand  bailli,  deldgue  direct  du  Souverain. 

It)  Plusieurs  fiefs  inlra-muro*  Itablis  sur  dcs  maisons  et  qui  pre- 
naient  les  noms  de  villages  plus  ou  moins  voisins,  dlaient  immediate* 
meat  attaches  a la  seigneurie  de  ces  villages;  ils  elaienl  subordonnes 
j i lous  les  changements  de  mains  de  ces  seigneuries.  ( Yoir  Je  registre 
aux  fiefs  Unus  du  cbdteau  de  St-Omer , aux  arch,  de  la  ville. 

(2)  Yoir  la  note  E, 


— 133  — 


leur  enclos,  prouvent  6videmment  que  la  villa  Sithiu 
etait  renfermee  dans  son  ile.  Au  milieu  du  18*  sifecle, 
buit  Ammans  ou  Baillis  representaient  encore  les 
principalcs  au  siege  des  'Vierschaires  , reunion  de 
toutes  les  justices  des  fiefs  soumis  a la  domination 
communale  (1),  expression  elle-mSme  d’une  sei- 
gneurie  d’une  autre  nature  , de  creation  relative- 
ment  nouvelle. 


Le  Haut-Pont , faubourg  considerable,  compris 
dans  une  enceinte  exterieure  de  la  ville  de  St- 


(1)  En  1424  , l’ordonnance  faite  de  concert  entre  les  dchevins  de 
Sl-Omer  ct  les  representants  du  Souverain  , parle  des  vierscairet 
du  marquicl,  du  Haull-Pont  t du  Brulle , du  Coolhof , des  tene- 
ment appar tenant  au  corps  de  le  ville  el  aulres  dedeni  le  ville . 
(Reg.  en  parch.,  p.  195). 

La  juridiction  des  vierscaires  dtait  compose©  en  1769 , de  buit 
Ammans  qui  tenaient  leurs  commissions  des  seigneurs  , et  de  douze 
dchevins  communs  & toutes  les  seigneuries.  ( Memoire  pour  les 
amans  el  dckevins  de  la  JuridicLion  des  vierskaires  de  la  ville  de 
St-Omer,  p.  3). 

Dans  le  me'moire  signifid  pour  M*  Jean  Petit , conseiller  du  Roi, 
substilut  de  M.  le  procureur  gdndral  au  bailliage  royal  deSt-Omer, 
p.  37,  38  , on  reconnait  la  juridiction  supdrieure  du  magistral  com- 
munal de  St-Omer,  mais  il  y est  dit  qu’elle  n'etait  que  le  rdsultat 
d’une  usurpation.  Le  magistral  a repondu  a cette  allegation  intdressdc. 

L’institution  des  vierscaires  avait  deux  motifs  tres-importants.  Le 
premier  etait  que  le  magistrat  communal  avait  ainsi  toutes  les  juri* 
dictions  seigneuriales  rdunies  sous  sa  direction  ; le  second  que 
toutes  les  seigneuries  ayant  des  echevins  communs , se  tfouvaient 
placees  sous  I’empire  de  la  merae  maniere  de  juger , et  de  la  mime 
ceutume  , ce  qui  etait  un  avantage  considerable. 


— 134  — 

Omer , rnontrait  le  nom  d’une  veritable  seigneurie 
d’une  assez  grande  etendue  et  d’une  aerie  use  im- 
portance pendant  des  siecles.  Cette  seigneurie  qui 
mouvait  du  chateau  de  St-Omer  (1)  et  dont  le 
si£ge  etait  intra-muros , au  lieu  nomine  la  place  du 
Haut-Pont , avait  sa  justice  particuliere  et  sa  pri- 
son (2)  ; elle  s’etendait  non-seulement  sur  les 
faubourgs  places  a Test  de  St-Omer,  mais  k I’m- 
terieur  de  la  ville  sur  les  paroisses  de  Ste-Mar- 
guerite , de  St-Jean  et  de  St-Martin-en-l’Isle  (3); 
la  place  du  Vincay,  si  voisine  de  l’abbaye  de  St- 
Bertin,  etait  de  sa  dependance  (4).  On  voit  frequem- 
ment,  pendant  des  siecles , apparaitre  V Amman  ou 


(1)  Jean  Bournel  pour  le  fief  nommi  Vammanie  du  Haul-Portf 
en  St-Omer , devait  un  combattant  d pied,  en  1475.  ( Manuscrit 
des  fiefs  et  arricre-fiefs  leuus  du  chdteau  de  St-Omer;  mes  archives 
particuliere* ). 

(2)  Registre  en  parchemin  , p.  249. 

t3)  Mdmoire  pour  les  amans  et  echevins  , p.  39. 

Les  droits  de  l'Amman  n’elaient  pas  entierement  les  mimes  sur 
rizcl  que  sur  le  llaut-Pont;  ils  paraissent  n’avoir  did  sur  1’Izel  , qu’une 
eitension  de  puissance  pour  le  seigneur  du  Haut-Pont. 

Des  discussions  eurent  lieu  & Toccasion  de  la  pretention  des  sei- 
gneurs du  Haut-Pont  d’instrumenter  partout  sur  les  trois  paroisses; 
en  1417,  sire  Nicole  de  Wis&oc  , avait  cette  prdtenlion  ; il  nomuaa 
Jacques  Clay  Amman . ( Gd  cart.  t.  6 , p.  210 ). 

(4)  Une  discussion  s’engagea,  pour  cette  petite  place,  entre  le  ma- 
gistral de  St  Omer  et  sire  Nicole  de  Wissoc , seigneur  du  Haut- 
Pont  ; elle  fut  terminde  coDtre  le  magistrat , en  1434  , sous  Jeanne 
de  Wissoc,  fille  de  Nicole,  veuve  de  monseigneur  de  Kerscamp 
et  femme  de  Guichart  Bournel , dcuyer.  ( Reg.  en  parch.  , p.  86). 
la  place  du  vincay  de  lex  le  maison  de  I'dglise  de  Clairmaraii. 
(Id.  p.  86). 


— m — 

Bailli  du  Haut-Pont , comme  repr^sentant  le  sei- 
gneur (1).  Dans  le  15*  siecle  , la  mairie  du  Haut- 
Pont  , tenue  en  fief  d’un  seigneur  sup4rieur , de- 
pendant cependant  du  magistral  de  St-Omer  (2).  11 
en  fut  de  m£me  lorsqu’elle  devint  la  propri6t6  du 
Roi  (3). 

Cette  ancienne  terre,  complement  independante 
de  l’abbaye  de  St-Bertin  , touchait  au  nord  et  au 
nord-ouest  de  file  de  Sitliiu.  Elle  avoisinait  un 
fief  moins  important , offert  en  hommage  k I’abbaye 
de  St-Bertin,  a la  fin  du  12*  siecle.  Ce  fief  qui 
relevait  du  comte  de  Warenghe,  etait  situ6  dans 
la  paroisse  Ste-Marguerite ; il  avail  le  caractfere 


(1)  En  1330  , on  troove  repression  de  seigneurie  du  ffaur-Ponf. 
{ Gd  cart.  , t.  4 , p.  324  ).  En  1373  , Jehan  de  Wissoc,  fils  Simon, 
comme  aman  de  Haut-Pont , avait  instrument^  au  Druille , tana 
lea  dchevins  communaux  ; il  repara  »a  foute.  ( Reg.  en  parch.,  p.  248). 
Hellin  de  Wavrin  , aelon  Anaelme , t.  6 , p.  704  , eiait  seigneur 
d’un  Haut-Pont  au  14*  siecle.  Amman  du  Haut-Pont  au  lieu  de 
seigneur,  1446.  ( Gd  cart. , t.  6 , p.  602).  Ammanie  du  Haul-Port 
1470.  ( Id.  t.  8 , p.  136 ).  Jean  Bournel , chevalier  v seigneur  da 
Boncoud  , possedait  Vamandrie  du  Haut-Pont , cn  1506.  (Gd  cart, 
t.  0,  p.  04 ).  Le  mime  Jean  Bournel  , est appeld  viconte  du  Haut- 
Pont , en  1513.  (Id.  p.  185,  etc.,  etc.)  Droits  de  la  selgneurie 
vulgairement  Pamansgueppe  du  Haut-Pont,  1513.  (Id.  p.  188). 
Depuis  , cinq  individus  du  nom  De  Lannoy  sont  1’un  apres  I’autre 
seigneurs  d’un  lieu  nomme  le  Haut-Pont,  selon  Anselme,  t.  8,  p.  83,86). 

(2)  Nos  archives  nous  apprcnnent  quYn  1417  , la  mairie  du  Haut- 
Pont  , qui  etait  tenue  en  fief  de  Monsieur  f frere  du  Roi  , due 
d’Orleans  , etait  nlanmoins  justiciable  du  magistrat.  ( Piers  , hist, 
des  Flamands  du  Haul  Pont  , p.  63). 

(3)  Mem.  pour  les  amans  et  dchevins.... 


— 136  — 

essentiel  d’une  seigneurie  veritable ; il  possedait  lei 
droits  superieurs  (1). 

Le  roonastere  de  Clairmarais,  fonde  au  42* 
sieole , sur  des  terrains  octroyes  par  les  corates  de 
Flandre , le  chatelain  de  St-Omer  et  le  comte  de 
Guines , etait  pose  a Test  de  l’abbaye  de  St-Bertin. 
Ces  terrains , fiefs  toujours  independants  de  cette 
abbaye , concurremment  avec  le  sol  de  la  seigneurie 
vicoratiere  de  Meckem  qui  relevait  da  chateau  de 
St-Omer  et  reconnaissait  la  juridiction  du  magistratde 
cette  ville  (2) , avec  celui  du  fief  maresque  de  Ste- 
Aldegonde  aussi  mouvant  du  chateau  de  St-Omer  (3) 


(1)  Jean  de  Seninghem  donne  en  1193,  a l’abbaye  de  St-Bertin  t 
terrain  quam  A comite  de  Warenghe  , infra  bur  gum  S.  Audo- 
mart  in  parochia  S.  Margarite  jacentem , in  feodo  liber e , cum 
fundo  et  comitatu  tenebam.  ( gd  cart. , t.  1 , p 528  et  suivaotes. 
Malbrancq  , t,  3,  p.  353,  met  Warenghem  et  one  autre  variante ). 

(2)  Terre  et  seigneurie  fonctire  et  vicontiere  nommSe  Meckem , 
situSe  au  marais  de  VIzel-Broucq  , entre  le  fauabourg  de  Vlzel 
et  Vabbaye  de  Clairmarais  , relevante  du  Roy  , d cause  de  son 
ehdleau  de  St-Omer.  (Me#  papier#  de  famille ; acquisition  de  l’annee 
1707  et  partage  de  1784.,  etc.)  En  1440  , Pierre  Claissocnne , 
seigneur  de  Mickem , reconnait  la  superiority  du  roagistrat  de  St- 
Oner.  ( Reg.  en  parch.  , p.  143  ). 

En  1623,  Philippe  Folie,  fils  et  hlrilier  de  Louis,  tenait  da 
•bAteau  de  St-Omer , le  fief  de  Mecquem , qui  fut  acbete  en  1643, 
par  Jean 'Baptiste  Van  Meslraete.  (Reg.  oux  fiefs,  p.  85  et  note  en  marge). 

(3)  Terre  maresque....  vivier  de  Ste  Aldegonde  ou  /ief  de  Ste - 
Aldegonde . (Arch,  de  la  ville  et  gd  cart.)  En  1420,  dame  Isabelle 
de  Ste- Aldegonde , veuve  de  Bethis  d’OIehain  , donna  en  location 
on  fief  dependant  du  due  de  Bourgogne  comte  d’Artois , a cause 
de  son  cbAteau  du  Bourg,  et  nomme  les  pesqueries  du  breuc  de 
Ste-Audegonde  , gisanl  dans  la  paroisse  de  Si-Marlin  en  rizele. 


— 137  — 

et  avec  d’autres  encore  (1),  restreignaient  de  ce  c6t4, 
la  villa  Sithiu  dans  les  limites  de  l’ile  de  ce  nom< 

Veritable  et  importante  seigneurie  , 1‘ammante , 
le  fief  de  la  mairie  du  bruille  ou  brule  (2),  situd 
a l’intdrieur  et  a l’exterieur  des  murs , porta  long- 
temps  une  espece  de  bourg  ou  village  particular,  en- 
clos  dans  l’enceinte  m£me  de  la  ville  de  St-Omer  (3). 

( G*  cart.,  t.  8 , p 282).  En  1475  f Jean  d'Bttle , prapridlaire 
du  fief  de  SLe-Aldegoude,  est  taxe  a un  combattant,  pour  ut»  fief 
qui  se  comprend  en  certaine  pescherie  el  lerres  mar  esq  net.  (Les 
fiefs  et  arriere- fiefs  tenus  du  chdteau  de  St-Omer).  Dans  le  regisire 
des  fiefs  du  chateau  de  St-Omer , de  Pan  1623  f ce  fief  nommd 
leB  viviers  ct  eaux  dc  Slc-Aldegonde  , est  dit  contenir  94  mesures 
ct  dtre  situe  entre  la  ville  dc  St-Omer  et  Pabbaye  de  Clairmarais, 
En  1516  et  1517,  eut  lieu  le  mesurage  du  lieu  nommd  Sle-Aldegonde, 
situd  eutre  St-Bertin  et  Clairmarais.  ( G4  cart. ) 

(1)  En  1208  , Pabbaye  de  St-Berlln  re$ut  en  don  de  Gison  de 
Cluse  et  d’Agi.es  sa  fun  me  : terram  quam  habebanl  prope  monat - 
terium  S.  Berlini  , super  ripam  fiumlnit  (agnionit ) el  aliam 
ultra  stralam  contiguam  qua  vocalur  Tawreland . ( Malbrancq  , 
t.  3,  p.  719), 

En  1278  , le  marais  nomine  Vlole  , qui  relevait  du  Chatelain  de 

St-Omer  , a JNicuwerlet  ( Nie  Uriel ),  fut  vendu  & Pabbaye  de  St-Bcrlin« 

( Gd  cart.  t.  3,  p.  454  ). 

(2)  Bruhl , marecage,  Brolium  , marais.  Et  marescum  quod  dieituf 
de  Bruille.  ( Dipldme  de  Pan  1215  ; Duchesne  , maison  de  Bethune  , 
p.  96,  105).  En  general,  dans  les  villages  de  nos  environs,  11 
y a un  brule  quand  il  s’y  trouve  un  marais. 

(3)  En  1340  , on  voit  cette  phrase  : la  commune  pasture  de  la  dite 

que  on  diet  le  brulle.  ( Gd  cart.  , t.  4 , p.  340 ). 

En  1236  , se  trouvent  deja  ces  mots : Domum  etiam  in  brulio * 

(Arch,  de  la  ville,  bolte  81,  n°  38).  En  1235  , le  chAlelain  de 
St-Omer,  ddctiarge  5 toojours  de  Ieurs  redevances  annuelles,  les  maisofl* 
situees  dans  la  seigneurie  du  brule.  ( Reg.  serv.  d'indic.  ) 

18 


— 138  — 

Sa  surface  bitie  fut  & peu  prfcs  assimilie  aux 
parties  communales  de  la  ville , vers  le  1 i* 
sifccle  (1). 

Cette  seigneurie  limitait  Tile  et  la  villa  Sithiu  au 
sud , et  longeait  une  partie  de  la  rue  St-Bertin. 
Elle  fut  administralivement  raitacbee  au  fief  nomine 
de  la  chdtellenie  ou  de  la  motte  chdtelaine,  lorsque 
tous  deux  , ils  se  trouverent,  a la  fin  du  1 4*  siecle, 
aux  mains  des  comtes  d’Artois , devenus  proprie- 
taires  de  leur  domaine  utile,  aprfes  les  Chitelains  (2) . 

Le  fief  de  la  chdtellenie  ou  de  la  motte  chdte- 
laine , n’etait  pas  eloigne  de  celui  du  brute.  Sa 
position  et  son  peu  d’etendue  denotent  un  demem- 

Ed  1274  9 le  cbdlelain  Guillaonje  parle  de  son  fief  de  la  mairie 
du  bruille . ( Invent,  chron.  dee  char  les  de  la  cbambre  des  comptes 
k Lille). 

Ed  1388  9 il  y a i <n  r ico  de  brulio , vidillcel  in  hospitio 
gallics  nuncupanlo  de  labaleste . ( G4  cart.  t t.  5 f p.  440 ) ; eu 
1407  : rue  de  la  Lombardie  derriire  Vescolerie  au  brule.  ( Reg.  B , 
f 41  V ). 

En  1421  , ud  clerc  ayant  cas§4  la  verge  de  I'Amman  da  Brule9 
se  soumit  k faire  an  pllerinage  & St -Nicolas  9 poor  racbeler  (’amende 
k laqoelle  il  avait  M condamnd,  Gui  Harrinc  v aman  du  Coolhof 
et  du  Brule , en  1430.  ( G4  cart.  , t.  0 9 p.  470  ). 

(1)  Le  15  ddcembre  1382  , la  roelle  oo  allle  pavde  au  BruiUe9 
fat  ddclarde  rue  et  fldgard  common  , par  deliberation  du  magistrat 
de  Sl-Omer.  (Reg.  aux  ddtibdr.  de  la  ville  de  St-Omer ). 

(2)  Philippe  de  Bourgogne  parle  en  1386  , de  son  aman  que  on 
diet  du  Brule  , cbargd  de  faire  les  inventaires  au  fief  de  la  Molte , 
en  appelant  les  dchevins  de  la  villc.  ( Reg.  en  parcb.  9 p.  239. 
Bldm.  pour  les  amass  et  dchevins,  1769  ). 


— 139  — 

brement  extremement  ancien  de  la  terre  devenue  sei- 
gneurie  de  Ste-Aldegonde.  11  touchait  k Test  de  Ten- 
clos  des  chanoines.  Malgr6  la  position  superieure  que 
lui  avait  donnee  quelques  temps  le  chateau  qu'il 
portait  et  d’ou  mouvaient  un  grand  nombre  de 
seigneuries  (1)  , le  magistrat  de  St-Omer  y avait, 
a la  fin  du  1 4®  siecle , une  juridiction  en  concur- 
rence avec  celle  des  ofBciers  du  Souverain,  sp6ciaux  a 
ce  fief  (2).  La  juridiction  communale  n’y  est  cons- 
tatee  toutefois  qu’apres  le  transfert  des  droits  su- 
perieurs  du  chateau  de  la  Motte , au  chateau  nou- 
veau pos6  prks  de  la  porte  Boulenisienne ; elle 
pourrait  tout  au  plus  remonter  k l’epoque  oil  l’au- 

(1)  La  mouvance  fat  transportde  au  nouveau  chAteau  placd  aur 
l’esplanade,  lore  de  la  destruction  de  la  puissance  des  chAtelains  k 
St-Omer  ; la  suzerainetd  chAtelaine  se  fondil  dans  la  souverainetd  f 
la  juridiction  fe'odale  de  la  chAtellenie  fut  rdunie  k la  puissance 
souveraine.  En  1386  , dans  les  mimes  lettres  oil  Philippe  de  Bour- 
gogne reconnait  le  droit  du  magistral  a It  re  appeld  pour  les  inven- 
taires  sur  la  motte  chAtelaine  f il  renvoya  A son  bailli  et  aux  bournes 
de  son  chattel  de  St-Omer , la  connaissaoce  d’une  discussion  pour 
une  maison  qui  etait  un  fief  relevant  du  cbAteau.  C'est  une  preuve 
dvidente  que  le  transport  de  ses  droits  de  chAtelain  avait  dtd  fait 
du  chAteau  de  la  Motte  au  cbAteau  de  TEsplanade. 

(2)  Yoir  la  note  2 de  la  page  prdcddente. 

Le  chAteau  de  la  Motte  ou  du  Bourg , ancienne  rdsidence  des 
ChAtelains  , dlait  habite  en  1 386.  C'esl  k la  mort  de  la  veuve  de 
Guy  de  Belenghes , que  la  decision  pour  les  ioventaires  eut  lieu. 

Le  magistrat  avait  prdlendu  lire  en  jouissance  du  droit  que 
le  Bailli  lui  cootestait  : d cause  du  droit  de  noire  chaslellenie  de 
St-Omer , dit  le  comte.  Le  magistrat  avait  pris  rinitialive  et  d’accord 
avec  l’Amman  , avait  applique  des  sceaux  qui  avaient  did  joiapus 
par  le  Bailli. 


toritd  des  cbatelains  fut  r6<luite  a peu  de  choses  (I). 

Au  Brule  existaient  plusieurs  fiefs  dont  le  plus 
important , etabli  sur  quelques  maisons  du  cote  est 
de  la  rue  de  ce  nom  , arrivait  dans  celle  des  Classes 
et  s’etendait  sur  la  place  de  I'Etat.  Sous  le  nom  de 
fief  d ’Avroult,  il  avait  un  Amman  qui  tenait  sa 

place  aux  Vierskaires  de  la  ville  de  St-Omer  (2). 

Le  fief  de  la  Martihre , dit  de  la  SdnechaussSe, 
comprenait  une  petite  partie  de  la  ville  de  St-Omer 
au  sud-ouest  du  Brule  (3).  Le  seigneur  jouissait 

(1)  L’autoritd  des  Cbdtelains  diminua  non  seulement  par  la  vente  on 
l’abundon  successifs  de  leurs  droits  , mais  encore  parce  qu'clle  dtait 
sans  cesse  battue  en  brecbe  par  les  souverains  qui  , fatiguds  de  leur 
inddpendance  lieredilaire  , uvaient  dtabli  au-dessus  d’eux  des  Bailiis 
amovibles  , ofliciers  civils  et  militairesy  tout  & la  fois. 

En  1353  , It*  Chdtelain  aulorisa  le  magistrat  de  St-Omcr  b laisser 
subsister  , pendant  la  guerre  sculement  , deux  moulins  posds  sur 
la  motle  chAtelainc.  (Arch  de  la  ville). 

(2)  Le  fief  d' Avroult  se  consists  en  plusieures  rentes  sur  maison 
et  heritages  en  la  rue  du  Drusle  el  celles  devant  les  escolles  des 
peres  Jesuisies  cl  sur  la  place  de  I'Eslat  ; a cause  duquel  fief 
ledit  sieur  Deslracclles  a droit  de  commellre  un  aman , lequel 
comme  tous  autres  amans  des  autres  fiefs  eslans  en  ladite  ville, 
faist  touttes  executions  de  justice  es  mecles  dudil  fief , ouvre 
cours  avecq  les  cschevins  des  vierscaires  de  ladile  ville ...  1623. 
( Regislre  des  fiefs  relevant  du  chateau  de  St-Omer,  p.  53,  v# ). 

(3)  Dans  1c  rapport  et  denorobrement  servi  par  Robert  le  Nor* 
maud  en  15G7  , on  trouve  la  limitation  de  cette  seigneurie  ; elle 
s’etendait  depuis  l’escoterie  dans  la  rue  du  Brule  maintenant  d' Arras  s 
jusques  et  compris  la  demure  maison  dudit  Collof.  ( Mem.  pour 
let*  amans  , p,  61  , 62  ).  Le  registre  aux  fiefs  leuus  du  chateau 
de  St-Omer,  fait  en  1623,  cite  : le  fief  nommd  vulgairemcnl  de  la 


— lit  — 

d’une  certaine  consideration  (1),  il  avait  sa  justice. 
L 'Amman  ou  Bailli  etait,  dans  les  derniers  temps, 
a la  nomination  du  magistrat  communal , sur  la 
presentation  du  proprietaire  du  fief.  Cette  seigneurie 
mouvait  du  chateau  de  St-Omer  et  etait  tenue  no- 
blement  en  un  seul  fief  et  hommage. 


Marline  et  par  cydevant  de  la  tfaeschausfde,  ilabli  stir  , toules 
les  maisons  du  lez  west  ( ouesl ) de  la  rue  du  Brusle  au  let 
de  Vescotlerie  f a commencer  la  premiere  et  prochaine  maison 
joindant  du  cole  nord  a ladilc  escotlerie  et  consecutivement  touttes 
les  maisons  sans  nullcs  excepUes  en  allanl  au  nouveau  Bollewercq 
el  vers  la  dernicre  porle  du  Colof  jusques  et  comprins  le  lieu 
ou  soulloit  estre  assize  la  dernier c maison  dudit  Colof , et  V autre 
lez  de  la  rue  a commencher  d la  maison  du  Chevalet  d'Or  et 
touttes  les  maisons  sans  nulle  rdserver  en  allant  Jusques  et  com- 
prins la  maison  Jan  Vandieust  , ( p.  84  ). 

(1)  En  1320  , Pierre  de  la  Marline  dtail  bailli  de  St-Omer, 
( Dencuville ). 

Francois  de  la  Murliere , dit  de  Poix  , habilait  en  1408  , sur  la 
ligne  de  separation  entre  le  fief  de  la  Marliere  et  le  Colbof.  (Voir 
la  note  1 de  la  page  142). 

Le  fief  de  la  Marliere  parait  avoir  cessd  d’appartenir  h la  famille 
de  ce  nom  , vers  le  milieu  du  15°  sifccle.  Le  lcr  mai  1608  , 
Quentin  i>ommart  fut  ad  mis  comme  amman , en  vertu  du  pouvoir 
special  du  proprietaire  du  fief  , Robert  le  Normand.  En  1623  , Jeanne 
Normand  est  dite  heritiere  de  Louis  Normand.  En  1643  , le  relief 
de  ce  fief  est  payd  par  Herman  Esguy.  En  1661  , il  est  acquiltd 
par  Francois  Ogier  par  suite  d’acquUition  de  demoiselle  Marie  Normand. 
(Registre  aux  fiefs,  notes  en  marge).  En  1712,  le  magistrat  confdra  ram- 
manie  de  la  Marliere,  sur  la  presentation  d’Ogier  , seigneur.  En  1739  v 
apres  la  mort  de.  Philippe  Ogier  de  Baubrel , ses  enfants  furent 
reprdsrntds,  pour  le  fief  de  la  Murliere  qui  mouvait  du  chdteau 
de  St-Omer,  par  leur  oncle  , aux  reunions  de  redaction  des  coutumes  de 
St-Omer. 


Au  Mid  et  en  se  dirigeant  vers  l'extSrieur  de  la 
ville,  venait  immediatement  ensuite  la  seigneurie 
du  Colhof , sur  laquelle  etait  anciennement  une 
porte , ainsi  qu’un  beau  et  tres  important  fau- 
bourg (1),  borne  au  sud-est  par  le  fief  de  le  Lo 
ou  de  Loo  (2)  , et  a l’ouest  par  celui  du  Mont 


(1)  Pardevanl  eschevin  del  Colhof , 1279.  (M*  de  la  bibliolheqne  de  la 
▼We,  nn  830 ).  En  l’anne'e  1368  , il  est  convenu  que  Pamman  du  Collof 
peut  accorder  la  saisine  des  maisons  situdes  dans  la  seigneurie  de 
ce  nom  , sans  prejudice  oux  droils  de  la  ville  ou  mieui  des 
bourgeois.  ( Reg  serv.  dedication ).  Eschevins  de  Saint  Omer  du 
Coelhof  , 1371.  ( Ga  cart.  , t.  5 , p.  107  ).  Rue^  de  Misebourg  ou 
Coilhof...  rue  de  Paddebroucq  ou  Colhof , 1404.  (Reg.  A f*  13; 
arch,  de  la  ville  ).  Deux  maisons  estans  ou  colhof  , enlre  lirelage 
qui  fu  Colarl  Les  tor  in  vers  zut , et  lirelage  Franshois  de  la 
Marliere  , dit  de  Poix  vers  nor  l , aboutant  par  deriire  d lirelage 
de  le  ville  , et  ledile  maisoncelle  estans  sur  une  ruelle  desriere 
lesdite » deux  maisons  enlre  lirelage  dudit  Vranchois...  neuve  rue 
dehors  le  porte  du  Colhof.  1408.  ( Fondation  de  Phdpilal  St-Jean; 
Reg.  cn  parch. ) Tassard  de  Runescure  en  eon  hostel  du  Coilhof 
en  icelle  ville . 1408.  ( Reg.  id.  p.  95  ).  Maraud  Duvivier , amman 
du  Colhof.  1487.  ( Gl  carl.  9 t.  8,  p.  271).  Maisons  dlant  en 
Coelhof..,  porte  du  Colhof.  ( Coropte  des  argen tiers  de  Sl-Omer  t 
1415,  1418,  etc.  ).  Riviere  du  Colhof ; rue  du  Colhof  ; courlil  des 
religieuses  de  Ste  - Claire , devant  la  barrier e de  la  porte  du 
Coelhof.  ( Compte  des  rentes...  1416  ).  La  premiere  eglise  Sl-Michel 
hors  les  murs  , etait  placec  au  Colhof.  En  Van  1522  , Vdglise  parois - 
siale  de  Sl-Michel , situte  hors  les  faubourgs  de  St-Omer  du 
cosld  de  la  porte  du  Brittle , d Voccasion  des  guerres  , fut  dd- 

• molie  et  transports  en  ceste  ville , en  la  rue  du  Colhof , et  fut 
rebaslie  , mais  Van  1566,  fut  de  relief  ddmolie  et  adnullde , 
et  ladite  rue  du  Colhof  par eillemenl.  ( Note  prise  par  M.  Dufaitelle 
dans  le  tn\  de  Bresin  , a la  bibliolheque  nationale  ).  ( Voir  M.  Wallet, 
Description  de  Pancicnne  cathedrale  , p.  43  ).  En  1583  , il  est  encore 
parle  d’une  piece  de  terre  au  Colhof. 

(2)  La  charte  de  1127  parle  de  la  foret,  quod  didtur  Lo . GuiN 


— U3  — 

Yserin  situe  pres  du  Mont  St-Mic^el  (1).  Les  for* 
tifications  de  la  ville  etaient  de  ce  cote  posees  sur  la 


laurae  de  Lo  , sooscrit  a la  charte  communale  de  1128  , apres  Guil- 
laume, chatelain  de  St-Omer. 

Ed  1221  , un  accord  fut  fait,  par  lequel  le  Cl.dtelain  s’engage, 
pour  lui  et  pour  ses  hdritiers  , a ne  pas  meltre  hors  des  mains 
du  magistral  de  St-Omer. , le  hois  de  le  Loo  , mais  a Ten  laisser 
jouir  aux  mcmes  charges  que  ses  predecesseurs.  ( Reg.  serv.  d’ind  ) 

Ed  1394  , le  fief  nommd  : le  bos  de  le  Lo  en  le  banlieue  de  le 
ville  de  St  Omer  , tenu  en  fief  du  comte  d’Arlois  , a cause  de 
son  chateau  de  St-Oincr , avait  did  confistjue  par  ler  comte  sur 
Tas*ard  d'Averboud  , banni  pour  meurlre  ; le  magistrat  de  St -Omer 
fit  valoir  les  privileges  de  la  ville  et  oblint  main-levee  ( Reg.  en 
parch.  , p.  217). 

En  1417  , une  conduite  d'eau  de  fontainc,  pour  la  maison  de  la 
Magdelaine  ou  des  Ladres,  necessita  : un  petit  ediffice  de  bos  asset 
prez  du  bos  de  le  Loe  , ou  fief  el  tenement  de  noble  dame 
me  dame  de  Waudringhem...  fief  qu'elle  lienl  de  sire  Me  lay  le  Hels..,. 
une  cle  du  petit  ddifice  de  la  fonlaiue  lui  est  donnde.  ( Id.  p.  181  ). 

Dans  le  registre  des  fiefs  tenus  du  chateau  de  St  Omer,  en  1623, 
on  voit , p.  35  , des  terres  siluez  pres  de  la  Loe  alias  du  Lo,  d 
present  la  Malle- Assisse...  terres  de  la  ville  de  St-Omer  diet  le 
bois  de  le  Loe . On  y voit  encore  f p.  36  i Pierre  Van  Houllhoren, 
dilte  de  Vlaming  et  wane  Colombier  p pour  un  fief  nommd  le 
bois  de  Loe , se  cons  is  tan  1 en  manoir  amaze  de  maison  , granges 9 
etc.,  hors  la  porte  da  Brusle.  Kicolas  de  Wissocq  pour  le  fief  nommd 
le  bos  de  le  Loe , empres  St  Omer , devail  quatre  combaltans  d 
pied , 1475.  ( Les  fiefs  et  amere-fiefe  tenus  du  chAteau  da  St-Omer). 
En  1739  , Antoine  F*  VanhouUoom  , ecuyer,  compare t a la  redaction 
des  cootumes  de  St-Omer , pour  son  fief  et  seigneurie  du  bois 
de  le  Loo . 

Plus  loin  , en  partie  dans  la  banlieue  et  en  partie  au-delb  , vers 
Blend*  cques  , dtait  situe  limportanl  fief  de  Biiquenes.  II  y cut,  an 
15'  siecle , de  seneuses  contestations  , pour  la  baote  Justice  de  ca 
fief  P avec  le  magistrat  de  St  Omer.  ( Reg.  en  parch,  p.  95  ). 

(1)  Registre  aux  fiefs  , p.  86  p ?*. 


— m — 

seigneurie  du  Coiliof,  an  chateau  y existait  en  1 197  J 
Baudouin  , comte  de  Flandre,  comment  pars’enem- 
parer  lors  deson  attaque  de  la  ville  de  St-Omer  (1). 

Ce  fief,  dont  le  proprietaire  pretendit  longtemps 
avoir  la  haute  justice,  6tait  sous  la  juridiction  su- 
perieure  du  magislrat  de  la  communaute  hour- 
geoise  de  St-Omer  (2). 

En  remontant  k l’ouest,  a l’interieur  et  a I’ex- 
terieur  de  la  ville , apres  la  Marliere  et  le  Colhof, 
commengait  le  fief  important  de  la  famille  de  Ste- 
Aldegonde,  tenu  du  chateau  de  St-Orner  (3).  Sous 
le  nom  de : seigneurie  delarue  de  Sle-Croix  (4), 

(1)  Balduinus  ...  villam  St;  Audcmari  per  aliquod  lempus  obsedit 
et  quoddam  ejus  suburbium  sen  forlalilium  quod  Colof  dicitur 
cepit.  ( Yperius  , no?,  thcs.  t.  3,  col.  677.  Lambert  d’Ardres  et 
Malbrancq  , t.  3 , p.  361  , disent  : arcem  quondam  in  suburbano, 
Colof  diet  am . Voir  aussi  P.  Collet , notices  historiques  du  Calaisis, 
p.  145. 

(2)  Au  milieu  du  14c  siecle  , unc  grave  discussion  eut  lieu 
entre  Eustache  de  Conflans  v avoue  de  Terouanne  , seigneur  du  Colhofv 
qui  prdtendait  avoir,  dans  cette  seigneurie,  la  haute  justice  , et  le 
magistral  de  Sl-Omer  qui  disait  cette  seigneurie  placee  sous  sa  jufidic- 
tion  supdricure.  (Arch,  de  la  ville  , boite  172,  n°  22).  En  1488,  uo 
individu  qui  appelait  d’une  sentence  de  I’Amman  et  des  echevins 
de  le  vierscaire  du  Colhof , fut  renvoyd  devant  les  echevins  de  St- 
Omer  , par  jugement  du  parlemeut.  ( R'g.  cn  parch.  ) 

(3)  Ladile  contS  de  Sle-Aldegonde  tenue  du  Roy  a cause  de 
son  chateau  de  Sl-Omer.  ( Regis tre  des  fiefs,  p.  16). 

(4)  Pardevant.  les  eskevins  de  la  rue  Sainle-Crois  , en  la  sei- 
gnorie  Jehan  de  Sainle  Audegonde , 1297.  ( M*  n°  830 ).  Jean  est 
le  nom  du  seigneur  du  val  de  Sle-Aldegonde  , qui  fonda  les  Cbar- 
treus  , cn  l’annee  1299.  En  1321  , les  echevins  de  la  rue  Ste-Croix, 
hors  les  murs  , prouverent  qu'ils  relevaieut  du  magistrat  de  Sl-Omer. 


— U5  — 

relevant  du  magistrat  eommuual , la  terre  des 
Ste-Aldegonde , intra  et  extra-murot , limitait  k 
Test  et  au  sud,  la  motte  chatelaine  et  l’enelos  des 
chanoines;  puis  sous  (’appellation  du  val  de  Ste» 


( Reg.  en  parch.  , p.  75.  Retoeil  des  chartes  et  mdm.  signifie  poor 
les  mayeur  et  dcbev. ) Eo  1422  9 Pierre  de  Ste-Aldegonde  9 seigneur 
de  Nortquelmes  et  de  Wisques  f selon  ia  prom  esse  faite  au  magistrat 
de  St-Omer  , par  Jacques  , son  pfcre  , ancien  mayeur  , affrancbit  de 
tout  impdt  les  voitures  passant  k la  porte  Sie-Croix  situee  sur  son 
fief , dont  il  faisait  bommage  an  Comte  d'Artois  , k cause  de  son 
chateau  de  St-Omer.  (Arch,  de  la  ville  9 arm.  AB.  XL  3).  En 
1475  , Nicolas  de  Saincte  Aldegonde,  pour  ung  fief  nommd  te 
fief  de  la  rue  Saincte  Croix , dtait  taxi!  au  service  du  chateau  de 
St-Omer  , d trois  combaltans  d pied . ( M*  des  fiefs  et  arriere- fiefs  ). 

11  ne  s’agit  ici  que  de  ta  roe  de  Ste  Croix  basse  et  de  celle  du 
rndme  nom  , placde  autrefois  contre  la  porte  Ste-Croix,  dans  le 
faubourg  de  ce  nom.  La  rue  actuellement  nominee  de  Ste-Croix  haute, 
porta  longtemps  le  nom  de  VEcusserie , restd  k sa  partie  haute. 
Void  des  mentions  prises  dans  les  registres  aux  deliberations  du 
magistrat  de  la  ville  de  St-Omer  qui  le  prouvent : 

Fontaine  au  pied  de  fa  motte  chdtclaine  dans  la  rue  Ste  Croix, 
1418  (Reg.  C.  f 18).  Rue  de  ta  Potstraecque  menant  de  t'Escu- 
cherie  vers  Vtglise  de  St+Omer;  1405.  ( Reg.  B.  F*  25  ).  Rue  du  Pot 
qui  conduit  de  la  rue  de  Lescucherie  vers  Mglise  de  St-Omer;  1418. 

( Reg.  C.  f*  28  ).  De  m£me  en  1472. 

Dans  on  manuserit  de  la  socidtd  des  Antiquaires  de  la  Morinie, 
p.  30  , on  voit  que  la  rue  de  Ste  Croix  touchait  k la  place  chd- 
telaine. 

On  trouve  deja  repression  de  rue  de  Sfe-Crote  haute,  en  1623, 
dans  le  registre  des  fiefs  relevant  du  chAteau  de  St-Omer  9 p.  59 
et  60,  etc. 

Dans  la  rue  de  Ste-Croix  exia talent  des  fiefs  particulars,  pett 
import  ants,  qui  relevaient  cependant  du  chAteau  de  St-Omer,  entrtf 
aulres  le  fief  de  la  Palme,  ayant  Amman  aux  vierskairea.  ( M*  dei 
fiefs  et  arri&ie-fiefs,  et  registre  aux  fiefs,  p.  112). 


19 


— 146  — 

Aldegonde , elle  resserrait  cet  enclos,  ext6rieurement 
St  l’ouest,  et  dans  I’interieur  de  la  ville  , au  nord- 
ouest(l)';  ensuite  elle  s’etendait  dans  la  banlieue, 
entre  l’ammanie  de  Longuenesse  (2),  paroisse  impor- 
tante  au  moyen-age,  et  les  villages  de  Wizernes , de 
Tatinghem  et  de  Wisques.  Elle  reneontrait,  pres  de 
la  porte  Boulenisienne,  la  seigneurie  du  Comte  de 


(1)  L’dglise  paroissiale  de  Ste-Aldegonde  , dans  la  ville  de  St  Omer, 
au  cdtd  ouestdu  vieux  marcbd  , maintenant  la  Petite  Plaee,  formait  le 
commencement  de  la  seigneurie  du  val  de  Ste-Aldegonde.  Dans  la  recons- 
truction de  l’annde  1515  v on  [agrandit  cette  dglise  : le  chotur  fut 
place  sur  le  terrain  communal  , en  vertu  d’une  deliberation  du  ma- 
gistral de  StOmer.  ( Deneu ville). 

Le  14  avril  1515  , on  Jeta  let  fondatlons  nouvelles  de  V dglise 
paroissiale  de  Ste-Aldegonde  a St -Omer  , de  182  pieds  de  longueur 
sur  122  de  largeur.  La  premUre  pierre  fut  posde  au  nom  de 
Messire  Jean  de  Ste-Aldegonde , seigneur  de  Noircarmes.  (Gd  cart, 
t.  8,  p?  326). 

En  1623  v dans  le  registrc  des  fiefs  tenus  du  chAteau  de  St-Omer, 
aux  archives  de  la  ville  y Maiimilien  de  Ste  Aldegonde  f chevalier  , 
est  dit  Comte  dudit  lieu  f Baron  de  Nortquelmes....  fondateur  de 
l’eglise  paroissiale  de  Sainte  Aldegonde...  La  maison  de  Ste-Aldcgoude, 
bdtie  sarle  marchd,  fut  unie  au  fief  de  ce  nom  , au  14e  siecle  , malgre 
les  reclamations  du  magistrot  de  St-Omer.  ( Yoir  les  registres  ). 

Un  titre  de  1613  dit : Mailre  Jacques  Desmons , Aman  du  sieur 
Comte  de  Ste-Aldegonde ; il  dit  encore  : iamanie  et  seigneurie  dudit 
Ste-Aldegonde  en  la  ville  de  St-Omcr....  II  parle  d’inventaires  de  mai- 
sons  mortuaires  tenues  dudit  fief  et  situdes  en  cette  dite  ville. 

II  est  un  rapport  tres-detaille,  dans  lequel  la  position  infra  et  extra - 
muros  de  cette  seigneurie,  est  de'terminde.  (Mem.  pour  les  Amans.  p.34v 
35  y 60 , 61 ).  En  1739  y L’-P’  de  Mailly  -Mamelz  comparait  a la  redac- 
tion des  coutumes  de  StOmer,  pour  sa  terre  de  Ste-Aldegonde. 

(2)  1265  ; Jean,  Amman  de  Longuenesse.  (Gd  cart.  t.  3 , p.  314  , 
eta. , etc. ) 


— 1 47  — 

Guines  , longtemps  independante  du  magistrat  de 
St-Omer  et  du  chatelain  (1).  En  l’annee  1248, 
ce  puissant  Comte  faisait  directement  hommage 
au  comte  d’Artois , pour  sa  terre  k St-Omer  (2). 

En  revenant  dans  l’intdrieur  de  la  ville,  non 
loin  et  a l’est  de  la  seigneurie  de  Ste-Aldegonde,  se 
trouvait  le  fief  de  St-Nicolas  qui , quoique  peu 
etendu,  avait  sa  juridiction  et  son  Amman  stegeant 
aux  Vierskaires ; ce  fief  £tait  pose  sur  le  vieux 
marche  , maintenant  la  Petite-Place  , depuis  fhot- 
tellerie  du  chevalier  au  eigne  jusqub  la  ruelle  Vac- 
questraete  en  la  rue  de  la  Cleuterie  (3). 

Plus  au  nord,  en  restant  dans  l’int6rieur  de  la 
ville , etait  le  fief  du  mar  chi,  appele  quelquefois  et 
assez  modernement,  le  Comti  de  Clarques.  C’etait 


(t)  Item  domum  eorum  (comitum  Ghisnensium) , juxla  Sanctum 
Audomarum  con  fisc  atam  in  qua  comitissa'Artesice  cedificavit  domum 
fralrum  predicatorum  vidi  et  presens  fui , ubi  Rcdulfus  Ghisnarum 
comes  el  Frantic*  cone  stab  ulus  % lancea  perfossus , in  hcestiludio  in- 
teriit.  (Yperios  , nov.  tbes.  t.  3,  col.  650.  M.  Legrand  de  Cas telle, 
dans  uo  memoire  pour  la  paroisse  Sl-Denis  , precise  Fan  1324. 

Balduinus  etiam  Ghisnarum  comes9  qui  portam  Boloniensem  ob - 
sederat  in  adjutorium  Balduini  comilis  Flandrim  , de  hospitio  ubi 
nunc  est  domus  frai:um  predicatorum  facta  turri  permaxima 
polenter  dedit  assultum  , 1197.  (Yperius,  col.  677.  Lambert  d*Ardres. 
Malbrancq  , t.  3 , p.  361  ). 

(2)  lnventaire  des  chartes  des  Comtes  d’Artois  ; Ducbesne  , maison 
de  Guines  ; Lefebvre , histoire  de  Calais  t t.  1 , p.  658.  Me'moires 
de  la  socidtd  d'agriculture  de  Calais. 

(3)  Registre  aux  fiefs  , p.  18  f°. 


one  ammanie  tres-importante,  ayant  une  juridiction 
etendue , et  m6me  sa  prison  particuliere  au  43? 
siecle  (1 ) . Cette  seigneurie  relevait  du  chateau  de 
St-Omer  (2)  et  s’etendait  jusques  aupres  de  l’eglise 
du  Saint-Sepulcre.  Dans  les  derniers  temps , elle 
appartenait  au  Roi  (3) ; 1’Amman  avait  son  si6ge 
dans  la  maison  nommee  les  Batons  Royaux,  qui , au 
48*  siecle,  etait  la  propriete  du  sieur  de  Brias , 
doyen  du  chapitre  de  St-Omer  (4). 

Sous  la  direction  d'un  6chevinage,  d’abord  special, 
et  d’un  Amman  , la  rue  Boulenisienne  formait , pres 
du  lieu  qui  avait  conserve  Ienom  d Hebbinghem  (5), 
un  fief  qui  touchait  introrwwros,  a la  partie  nord  du 
fief  du  marche.  La  rue  Boulenisienne  detachee  sans 
doute  de  la  terre  d’Hebbinghem  avec  laquelle  elle  de- 


(1)  Jaque  Cloent  comme  Aman  du  markiet  de  St-Omer  , ayant 
(ait  un  exploit  en  le  rue  derrierre  Saint  Sepucre , sans  dchevins 
des  bourgeois  , reconnut  sa  faute  et  la  repara  ; 1378.  ( Reg.  en 
parch. , p.  248  ).  Prison,  de  VAman  du  markiet . ( Id.  p 249  ). 

Cette  seigneurie  est  indiqude,  comme  1‘une  des  plus  importantes, 
dans  l’ordonnance  de  1424  , citee  ci-devant ; elle  est  reprise  de 
mime  dans  le  mdm.  pour  les  mayeur  et  Icltevins,  de  Tan  1748. 

(2)  Lettres  de  1’annde  1386  , dans  le  reg.  en  parch  , p.  239. 

(3)  Mdmoire  pour  les  Amans  ; 1769  p.  3. 

(4)  Hem.  pour  les  mayeur  et  dch.  , p.  42  , 43. 

(5)  A Hebbinghem ; pour  une  maison , masure  et  grange  join* 
gnant  oest  et  west  d He  dame  de  Lisques  et  zut  d le  rue  et  quin 
qui  maine  de  Saint  Omer  d Salpruic.  ( Comple  des  rentes  apparte- 
nans  d le  maison  el  hospital  des  Ladres  ; 14)6/  Dans  celle  citation, 
Ucbbingtum  a la  pljy&ionomie  d’uu  nom  de  terriloire. 


— U9  — 

vait  composer  primitivement  une  villa  assez  importante, 
-4tait  devenue  avec  un  nom  nouveau , une  seigneurie 
posee  non  seulement  a l’interieur  mais  aussi  a 1’exte- 
rieur  de  la  ville  (1).  Prolong^  exlra-muros  au  nord 
de  la  seigneurie  du  Comte  de  Guines,  elle  avoisinait 
aussi  la  propriete  communale  nommee  le  Laer,  sur  la- 
quelle  fut  transports  1’eglise  St-Martin  (2);  elle  ten- 
da  sf,  vers  la  seigneurie  importante  de  Burquet , situee 
en  partie  en  dehors  de  la  banlieue  (3),  vers  celle 

(1)  Eskevin  de  le  rue  Boulisienne \ Goissin  dfArde , Wautier  le 

Sueur , Gillon  de  Radinghem ....  el  devant  Jehan  lamman  pour  sei- 
gneur ; 1284,  ( M*  n*  830 ).  Pardevant  le  loy  Henry  de  Walonca - 
pelle  en  le  rue  Bolinsiine ; 1345.  ( Id.)  Allard  Dame  seigneur  en 
la  rue  Boinlenisienne ; 1384.  (Repertoire  des  entries d’Artois  ).  Le  rue 
dehors  le~porte  Boulisienne,  tout  du  long  j,  sques  d le  bailie  au  bout 
dela  des  murs  des  Jacobins ; 1418.  (Compte  des  argentiers  de  St- 
Omer  , etc  , etc.)  Jacques  de  Rebecque,  pour  le  lief  de  la  porte  Bou- 
lisienne, gisant  en  la  ville  de  SI - Omer,  l la  it  laid  i un  combaltant 
& pied  ; 1475.  (Fiefs  et  arriere -fiefs ). 

En  1439 , la  ville  de  Si  Omer  aciieta  la  mol  lid'  d*un  fief  nomibd 
le  fief  de  St- Omer , consistant  en  Vestoecage  qui  se  cueilloit  ala 
porte  Boulnizienne.  11  dlait  etabli  depuis  la  porte  jusqu'au-deld 
des  maisons,  en  suivant  Vatre  de  St-Martin.  ( Arch,  de  la  ville , 
arm.  AB.  XI.  2 ).  Diffd  rents  actea  ont  trait  a cet  eslocage. 

(2)  Le  mot  Laer , Lare,  signiGe  terrain  inculte.  ( Yoir  le  Messager 
des  Sciences  de  la  Belgique , 1838 , p/  370 ).  L’audomarois  Simon 
Ogier  , dans  ses  etymologies  , remonte  ]usqn*a  Laerte  , pere  d’Ulysse, 
pour  trouver.  la  signification  de  notre  SLHarlin-au-Laerl. 

(3)  Hogues  de  Burques  apparait  en  1166  et  1200.  (Arch,  de  la  ville,  B. 
81,  38,et  diplomes  belgiques,  t.  1,  p.  560).  Le  grant  quemin  royal  ou 
val  de  Burques  atari  que  on  va\d  Ardre . (Compte  des  arg.  de  1418). 
On  trouvc  ordinairemenl  la  terre  de  Burques  avec  le  village  de  Salperw'c. 
A Saiperwic  usque  ad  paludem  de  Burka  ; 1175.  (Malbrancq,  t.  3, 
p.  302 , met  Burba  par  erreur ).  Marais  de  Satpenoicke  et  do 
Burkes ; 1236.  ( Arch,  de  la  ville  , B.  81 ).  Des  i ’an nee  1282  , on 


— 150  — 

i’Arquingoult , aussi  a cheval  sur  la  limile  de  la 
banlieue,  et  vers  la  seigneurie  de  Laires  (1). 

La  seigneurie  de  la  rue  Boulenisienne  et  la  terre 
d’Hebbinghem  s’etendaient  plus  ou  nooins  au  nord  de 
la  ville  de  St-Omer ; elles  se  rapprocbaient  moins 
toutefois  de  la  partie  de  I’ammanie  du  Ilaut-Pont, 
situee  dans  l’interieur  de  la  ville  , que  celle  du 
marchi,  que  nous  avons  rencontrse  dans  le  voisi- 
nage  de  l’6glise  du  St-Sepulcre. 

Quelques  autres  fiefs,  1 ’un  assis  principalement  en 
la  rueletle  que  Von  dist  les  pieds  de  St-Omer  (2), 
l’autre  nomine  de  Sdpoix  (3),  tous  deux  etablis  sur 
des  maisons  eparses  , celui  forme  par  quelques  nuai- 
sons  de  la  rue  de  St-Bertin  et  du  File  (4)  , avaient 
leurs  Ammans  siegeant  aux  Vierskaires  ; ils  ne 
peuvent  toutefois  avoir  la  meme  signification  que 
les  veritables  seigneuries  representant  chacune  un 


compromis  eat  lieu  pour  la  seigneurie  de  Burques  , entre  le  Comte 
d'Artoia  et  le  magistral  de  St-Omer , d’une  part,  et  le  ebapitrede 
St  Omer , d'autre  part.  ( Reg.  serr.  d’irid.  ) 

(1)  D’autres  seigneuries  existaient  encore  dans  la  banlieue  de  St- 
Omer.  II  n’entre  pas  dans  mon  sujet  de  cbercber  a determiner  leur 
position.  La  terre  et  seigneurie  d'Arquingoult  dtait  Tune  des  plus 
imporlantes ; son  possesseur  avait  de  jusles  pretentions  k la  haute 
Justice  , en  dehors  de  la  banlieue.  La  seigneurie  de  Laires  etait 
entre  Arquiogoult  et  Talinghem. 

Le  chapitre  y possedait  les  seigneuries  de  Lannoy  et  Halimbroucq • 

(2)  Regis tre  aux  fiefs , p.  72. 

(3)  Id.  p.  21  V. 

(4)  Id.  p.  130. 


— 151  — 

ensemble , un  morceau  de  lerre  d’une  etendue 
plus  ou  moms  grande. 

Selon  un  auteur  moderne , la  famille  de  Ste-Alde- 
gonde  auraitete  fondatrice  du  cliapitre  de  St-Omer(1 ). 
Son  dire  est  remarquable,  quoique  son  expression 
ne  puisse  etre  prise  qu’au  figure  sans  doute.  Par 
une  fiction  feodale  ordinaire,  cet  auteur  a voulu 
exprimer  qu’un  ancien  proprietaire  de  la  terre  de 
Ste-Aldegonde , etranger  ou  non  a la  famille  de 
ce  no  in  , avant  meme  l’existcnce  historique  de  cette 
famille,  avait  fonde  et  transmis  ses  droits  de 
fondateur  a ceux  qui  etaient  en  son  lieu  et 
place. 

Ce  dire  est-il  la  consequence  de  quelque  pretention 
de  la  famille  de  Ste-Aldegonde,  appuyee  sur  des 
documents  ou  sur  une  tradition  ? Je  ne  sais ; mais 
il  est  bien  remarquable  de  le  voir  en  harmonic 
avec  la  signification  d’une  topographic,  que  l’auteur 
du  dire,  Stranger  au  pays  , ne  pouvait  connaitre.  En 
effet,  l’etat  des  lieux  fait  croire  que  l’enclos  des  cha- 
noines  de  St-Omer , a ete  etabli  aux  d4pens  de  la 
terre , de  la  seigneurie  des  Ste-Aldegonde  qui  l’en- 
serre,  seigneurie  qui  eprouve  une  depression  singu- 
liere,  un  raccourcissement  tout-a-fait  irregulier,  pour 

(1)  Ste  Aldegonde , famille  fondatrice  du  chapitre  de  St-Omer, 
de  Vhospice  des  Rtcollels  de  Rosembais.  ( Es&ai  historique  sur  la 
reotree  des  biens , tanl  a l’eglise  qu’a  la  nation  , p.  78.  Malbrancq, 
t.  3,  p.  887,  constate  aussi  a sa  roaniere  , la  puissance  de  la 
famille  do  Ste-Aldegonde , dans  la  villa  de  Sl-Omer. 


— 1 52  — 

faire  place  & cet  enclos.  Ce  dire  s’harmonise  on  tie 
peut  mieux  avec  mon  interpretation  des  chartes  qui 
restreint  le  nom  de  Sithiu  a File  qui  le  portait , et  rat- 
tache  l’enclos  du  monastere  d’en  haut,  a une  terre  dont 
le  nom  ancien , main  tenant  inconn  u,  a ete  change 
en  celui  de  * Ste-Aldegonde.  Cette  fraction  d’une 
terre  assez  considerable,  etait  trop  peu  importante 
en  elle-m£me , pour  qu’elle  en  ait  conserve  le  nom; 
aussi  prit-elle,  durant  un  certain  temps,  celui  de  la 
villa  & laquelle  elle  fut  adjointe , pour  finir  par 
adopter  le  nom  du  Saint,  fondateur  de  la  religion 
chretienne  dans  le  pays. 

La  topographie  feodale  de  la  ville  de  St-Omer 
vient  d’etre  appelde  k nous  faire  connaitre  l’etat 
du  territoire  audomarois,  k l’origine  des  monastkres; 
sa  signification  est  semblable  k celle  des  documents 
historiques  dans  leur  interpretation  nouvelle ; elle 
en  est  une  verification  a laquelle  j'attache  beaucoup 
de  valeur.  Tout  nous  dit  done  que  les  deux  centres 
des  proprietes  monacales  6taient  peu  spacieux  , 
surtout  celui  placd  sur  la  hauteur;  tout  nous 
assure  que  la  villa  Sithiu  etait  vraiment  con- 
cent re  e dans  son  ile , et  que  cette  ile,  plus  grande 
que  dans  les  derniers  temps  et  qu’on  ne  la 
voit  encore  aujourd’bui , n’etait  cependant  pas 
tres-etendue.  Tout  nous  montre  clairement  les 
deux  points  principaux  de  la  donation  d’Adroald , 
cernes  de  tous  cotes  et  separ6s  par  d’autres 
terres  independantes  de  l’un  et  de  I’autre  monas- 


— 153  — 

tere;  tout  nous  prouve  que  le  territoire  de  St- 
Ooier  et  celui  de  sa  banlieue , furent  primitivement 
morceles  en  une  certaine  quantile  de  villas  ou 
proprietes  nobiliaires,  devenues  plus  tard  de  v6ri- 
tables  seigneuries,  s'etendant  les  unes  au-dela  de 
la  ville , les  autres  au-dela  de  la  banlieue  et  cou- 
pees  arbitrairement  lors  de  la  formation  de  la  ville 
et  lors  de  l’etablissement  de  la  banlieue. 

La  topographie  dit  aussi  que  les  dependences 
et  les  adjacences  de  la  villa  Sithiu , exprimees 
dans  la  charte  d’Adroald,  n’eti  ent  guferes  placees 
pres  de  cette  villa , et  que  les  dependences  de  l’eglise 
de  la  Vierge,  dont  il  est  question  dans  le  testa- 
ment de  Saint  Omer , ne  touchaient  pas  k 1’enclos 
du  monastere  d’en  baut  (t).  La  topographie  ajoute 
sa  signification,  a celle  des  documents  ecrits,  pour 
nous  faire  comprendre  que  les  unes  et  les  autres 
n’etaient  pas  de  Ires  grande  importance.  Si  parmi 
les  noms  des  dependances  de  Sithiu,  quelques  uns 
conviennent  a des  lieux  encore  connus , nous  savons 
qu’aucun  des  deux  monasteres  n’avait  sur  eux  de 
juridiction  vraiment  seigneuriale  (2).  Les  adjacences 


(1)  Les  adjacences  d’une  terre  n’e'taient  pas  necessairement  dans  son 
▼oisinage  ; en  voici  une  preuve  de  l’annee  723 , prise  parmi  p!u* 
sieurs  autres  que  je  pourrais  ciler.  Hoc  est  omnes  villas  meas 
nunc u pant es  Selhliaco  super  fltivium  Agniona,  cum  adjacentiis 
svis  Kelmias  et  Slrato  , et  infra  Mempisco  , Leodringas  mansiones 
seu  Belrinio  super  flavio  Quantia  , sitas  in  pago  Taruanense , 
cum  adjacentiis  suis  qua  sunt  in  pago  Ponlivo , in  loco  nuncu - 
p ante  Monte  , super  fiuvio  Altca.  ( Chart,  sit.  p.  49  et  g'  cart.), 

(2)  Villa  magnigeleca  , Wiciaco  9 Talinga  villa  , Amneio,  Has  to 

30 


— 154  — 

et  les  d£pendances  de  la  villa  Silhiu  etalent  sans 
doute  des  morceaux  de  terre  ou  de  simples  rede- 
vances  (1)  , situes  ou  etablis  dans  des  localites 
plus  ou  moins  eloignees  et  qu’il  ne  faut  pas  vouloir 
trouver  en  general  dans  le  voisinage  ou  dans 
1’enceinte  de  la  ville  de  St-Omer.  Aucune  signi- 
fication de  dependance  absolue  et  inseparable  d’une 
terre  & l’egard  d’une  autre  terre , ne  doit  etre 
cherchee  dans  la  charte  de  i’annee  648;  a l’epoque 
de  la  donation  ecrite  d’Adroald , les  rapports  hie- 
rarcbiques  des  terres  entre  elles , n’existaient  pas 
encore , la  feodalite  n’etait  pas  etablie. 


Les  narrations  historiques  des  moines  et  de3 
chanoines  sont  entachees  de  partialite , nous  1’avons 
vu ; non  seulement  elles  different  entre  elles , 
mais  elles  se  contrarient  quelquefois;  elles  s’ap- 
puient  sur  des  titres  dont  le  sens  a ete  denature, 
et  qui  bien  interpretes  s’accordent  dans  ce  qu’il  y 
a d'essentiel  et  de  fondamental.  Les  erreurs  sont 

Fdbridnio , Lomntanat , et  ad  Fundenis  seu  Malros,  Alciaco , 
Laudardiaca  villa  , Franciliaco.  Parmi  ces  doom  , Fun  d’eux  doit 
tans  doote  iadiquer  le  lieu  nommd  depute  StMommelin  , place  cer- 
tainement  dans  la  ddpendanee  de  Fabbaye  de  Sithiu.  Serait-ce  le 
premier  repris  , comme  le  lieu  du  vieux  monastere  dlait  le  premier 
parmi  ceux  des  ddpendances  de  St-Berlin  k eette  dpoque. 

(1)  L’dtude  des  dipldmes  de  donalioos  aux  monastere*  , proa  re 
qae  la  plos  grande  partie  des  prdtendus  Tillages  en  tiers  qui  leor 
auraient  eld  octroy  ds , se  rdduisent  k de  simples  morceaux  de  terre 
plus  ou  m'vms  dtendus , dans  ces  mimes  villages. 


— 155  — 

pour  la  plupart  volontaires  et  quelques-unes  re- 
montent m&me  loin  dans  le  passe.  Entries  dans  la 
tradition , elles  sont  devenues  difficiles  a detruire  ; 
elles  ont  entrain^  une  fausse  appreciation  des  fails  ap- 
partenantaux  temps  primitifs  de  notre  histoire  locale, 

Mon  travail  a eu  pour  but  de  changer  les  inter- 
pretations interessees  et  erron4es  des  moines  et 
des  chanoines;  de  detruire  l’opposition  reciproque 
qu’ils  ont  mise  dans  leurs  recits  historiques;  de  demon- 
trer  qu’elle  n’existe  pas  dans  les  documents  dont  ils 
se  sont  servi ; de  retablir  enfin  la  verite  dans 
l’hisloire  des  premiers  temps  de  la  ville  de  St-Omer, 
en  faisant  une  part  Equitable  aux  deux  corps  reli- 
gieux.  En  me  depouillant  autant  que  possible  des 
impressions  de  l’actualile , j’ai  cberche  a me  renfer- 
mer  dans  la  veritable  expression  des  documents  an- 
ciens.  C’esl  la  seule  maniere  de  se  rendre  un  compte 
exact  de  l’etat  des  choses  et  des  lieux  d’autrefois  et  de 
ne  pas  reporter  dans  les  temps  oil  elle  etait  loin  d’exis- 
ter,  la  superiorite  ou  la  suzerainete  administrative 
communale  des  si&cles  derniers , et  surtout  l’unite 
d’administration  et  la  centralisation  de  notre  6poque; 
c’est  la  seule  maniere  d’arriver  k comprendre  l’his- 
toire  dans  son  expression  exacte  , en  lui  laissant  la 
physionomie  propre  a chaque  periode  de  temps. 

Je  desire  avoir  obtenu  le  resultat  que  je  poursuis ; 
je  desire  avoir  ameliore  les  elements  de  la  veri- 
table histoire  des  commencements  de  la  ville  de 
St-Omer.  Je  vais  maintenant  les  mettre  en  oeuvre. 


et  grouper  les  faits  historiques  qui  ont  trait  au 
sujet  que  je  viens  de  traiter. 


Audomar,  n6  dans  le  pays  de  Constance,  s’6tait 
fait  moino  a l’abbaye  de  Luxeuil  ; charge  de  la 
conversion  des  Morins,  il  arrive  a Terouanne  vers 
l’ann£e  637  , avec  le  titre  d’Eveque.  Sa  mission 
£tait  importante  autant  que  difficile.  Les  vieux  cultes 
dominaient  encore  presque  exclusivement  dans  la  Mo- 
rin ie  (1).  Les  predications  des  premiers  missionnaires 
apostoliques , des  saints  Fuscien  et  Victoric  . au 
milieu  du  3*  siecle,  etaient  completement  oubliees. 
Les  fondations  chretiennes  de  saint  Victrice  au  4* 
siecle , de  saint  Maxime  de  Vime  et  surtout  de 
saint  Antimond  et  de  sainf  Atbalbert,  deux  cents 
ans  apres  Victrice , n’avaient  pas  laisse  beaucoup 
de  traces  (2).  L’image  de  la  croix  n’existait  plus 
sur  aucun  monument  morin.  A son  arrivee , Au- 


(1)  Folcard  s’ex  prime  ainsi : Ante  advewtum  siquidem  ejus  (Beall 
Bertini ) in  regime  Taruenensi , exceptis  hie  qui  jam  converli 
erant  per  doclrinam  sanctissimi  presulie  And omari  , omnee  reliqui 
indigence  ydolorum  adhuc  deserviebanl  cultui  quamquam  jam 
dudum  qscetis  marlyribue  Vielorico  el  Fuxciano,  qui  de  illo  can - 
denti  , quinllniance  cohortis  collegio  divisi  ad  predicandvm . Primi 
Chrislicol m fines  penelrarunl  Morinorum . 

{%)  Lea  deox  excmplaires,  Igalcment  authenliques  de  ta  bulle  papaYe 
de  1075  , retrouvea  dans  lea  archives  de  l’ex-cbapilre  de  St-Omer, 
diseot  Tun  ; Bealus  Audomarus  primus  morinensis  episcopus 
Taulpe;  tertius  episcopus , Antimond  ei  Atbalbert  seraient,  d’apr&s 
le  second,  compies  dans  la  seric  des  Evdques  des  Morins, 


— 187  — 

domar  a done  tout  & faire  dans  son  dioc&se  , pour 
implanter  la  civilisation  chrEtienne,  II  commence 
par  combattre  le  paganisme  dans  sa  cite  Episco- 
pate ; puis  il  parcourt  les  campagnes.  Audomar 
arrive  dans  la  contree  de  Suliiu  et  d’Hebbingliem , 
lieux  voisins  l’un  de  l'autre  et  faisant  partie  de 
ces  terres,  encore  alors  marEcageuses  ou  couvertes 
de  bois , dans  lesquelles  , aux  jours  d’invasions  , 
les  Morins  avaient  souvent  trouvE  un  refuge  assurE. 

Dans  ces  lieux  restes  sauvages , oil  les  habitants 
du  pays  fuient  devant  les  idEes  civilisatrices , il 
B’agit  de  defricber  les  intelligences  humaines , les 
marais  et  les  forets  ; d’dter  a la  barbarie  ses  abris; 
de  dEtruire  les  asiles,  les  refuges  des  idees  druidi- 
ques  et  polytheistes.  Pour  y parvenir , il  faut  des 
ouvriers  EvangEliques  , courageux  et  intelligents , 
qui  travaillent  avec  un  esprit  de  suite ; car  leur 
mission  sera  difficile  et  longue. 

Dans  ce  pays  dominait  un  riche  proprietaire , 
ancien  pirate , nomine  Adroald.  Audomar  va  le 
trouver  et,  non  sans  peine,  1’amEne  k la  foi  chrE- 
tienne.  ZelE  pour  la  religion  a laquelle  il  vient 
d’etre  converti , ce  chef  puissant , qui  n’avait  pas 
de  fils  , veut  concourir  au  progres  de  ses  croyan- 
ces  nouvelles.  Adroald  avait  sans  doute  beaucoup 
a racheter  dans  son  passE,  dans  sa  vie  aventu- 
reuse ; il  ofire  a l’Eveque  des  Morins , avec  une 
destination  de  bienfaisance , une  partie  assez  im- 
portante  de  ses  propriEtEs  situees  dans  le  pays  do 


— 458  — 

T£rouanne  et  composee  de  terres  libres  ou  nobles, 
assez  distantes  Ies  unes  des  autres.  Aadomar,  heureux 
dc  cette  offre , provoquee  par  lui  sans  doute , l’ac- 
cepte  avec  joie ; il  fait  toutefois  changer  la  desti- 
nation d’une  partie  de  la  donation.  Au  lieu  d’un 
hdpital  d’abord  projete , il  obtient  de  faire  elever 
un  monastere.  Seul  encore,  il  ne  peut  execute? 
immediatement  tous  ses  projets.  Cependant  il  se 
met  de  suite  k 1’oeuvre  de  la  conversion  du  pays. 
Le  saint  Eveque  jette  bas  l’idole  du  temple  de 
Minerve , place  sur  la  hauteur  la  plus  voisine 
de  l’ancien  Sinus-Itius , au  centre  d’une  pauvrc 
et  chetive  bourgade.  Il  y pose  , cn  son  lieu  et 
place , une  image  de  Saint  Martin , cet  apolre  des 
Gaules,  dont  l’invocation  fut  presque  partout  la 
premiere  dans  notre  pays  , amene  aux  croyances 
chretiennes  (1).  C’est  le  phare  religieux  qui  doit 
eclairer  et  guider  le  pays.  Le  temple  consacre 
a St-Martin  est  place  aupres  d’une  forteresse  an- 
tique qui  protegera  la  fondalion  pieuse  d’Audomar. 
Le  lieu  ne  pouvait  etre  mieux  clioisi  dans  le  but 
civilisateur  dc  l’Eveque  ; il  offrit  des  lors  les 
deux  especes  de  protection  les  plus  efficaces  au 
moyen-age , l’eglise  et  le  ehateau  fort , la  croix 
et  l’epee. 


(1)  L'existence  de  ce  temple  payen  n'esl  pas  plus  certaine  que  la 
profession  de  pirate  pour  Adroald.  La  tradition  seule  les  fait  d’abord 
connaitre.  Maihieu  Desprcz  et  Nalbrancq  parlent,  dans  leurs  recits  bis- 
toriques , de  la  transformation  de  ce  temple  en  egllse  chrdtienne. 


— <59  — 

Adroald  avait  c6d6  aux  conseils  d’Audomar , 
et  la  construction  d’un  monastere  sur  Tune  des 
terres  octroyees  , Stait  decidee.  L’Eveque,  dont  les 
soins  devaient  s’etendre  sur  tout  son  vaste  diocfese, 
sentit  le  besoin  du  concours  d'hommes  apostoli- 
ques  d’uu  me  te  connu  , d’une  foi  dclairee  , qui 
fussent  fixes  sur  les  lieux  memes  ou  il  y avait 
tant  a faire  dans  l’iat6rct  de  la  religion  et  de  la 
civilisation.  II  demands  et  obtient  trois  de  ses 
compagnons,  restes  apres  lui  au  monastere  de 
Luxeuil.  Mommelin,  Ebertrand  et  Berlin  lui  sont 
envoyes.  Audomar  leur  etablit  unc  demeure  mo- 
nacale  au  lieu  depuis  nomme  St-Mommelin , en 
souvenir  du  pieux  cenobite  qui  la  dirigea  Ie  pre- 
mier. Le  succes  de  ces  ouvriers  evangeliques  ne 
se  fait  pas  attendre  ; il  est  bientot  complet.  Les 
neophites  et  les  novices  deviennent  nombreux ; leur 
habitation  est  bientot  trop  etroite.  L’oeuvre  d’Au- 
domar est  heureusement  commencee;  il  faut  en 
assurer  le  succes , la  duree.  A ces  abeilles  la- 
boricuses , il  faut  une  ruche  convenable  et  suffi— 
sante  au  developpement  de  leurs  essaims.  Le  saint 
Eveque  n’hesite  pas  ; Berlin,  le  plus  jeune  des  trois 
compagnons,  deviendra  le  chef,  Ie  premier  abb6 
d’un  monastere  veritable  et  vaste,  Atabli  selon 
1’esprit  et  les  besoins  du  moment , et  largement 
dote  des  liberalites  du  pirate  converti. 

Pour  assurer  davantage  sa  fondation  monacale, 
demembrement  de  la  donation  d’ Adroald , Audo- 


mar  emprunte  le  nom  de  ce  premier  et  veritable 
donateur.  Celui-ci  consent  & comparaitre  dans  un 
acte  authentique  revbtu  de  nombreuses  signatures. 
La  transmission  revet  ainsi  le  cachet  d’une  dona- 
tion directe  faite  a Berlin ; elle  se  compose  de  la 
villa  ou  de  l'ile  de  Sithiu , assez  peu  importance 
en  elle-meme , sur  le  territoire  de  laqoelle  le 
monastere  sera  edifie , et  de  plusienrs  autres  parties 
de  terre,  attachees  a cette  villa,  comme  adjacences 
et  dependances. 

Berlin  cherche,  avec  l’intervention  de  la  volonte 
divine,  sur  le  terrain  marecageux  de  Hie  de  Sithiu , 
le  lieu  le  plus  favorable  a l’etablissement  du  mo- 
nastfere.  L’emplacement  determine  se  trouve  le 
plus  voisin  possible  de  la  terre  ferme;  les  tra- 
vaux  commencent.  Bertin  fait  affermir  et  exhausser 
le  sol  fort  humide  de  Tile,  sur  lequel  le  monas- 
tere doit  etre  erige.  Puis  il  dirige  les  constructions 
aux  tilres  d’abbe  et  d’architecte , souvent  reunis 
au  moyen-age. 

La  maison  religieuse  k peine  elevee  , on  s’aper- 
coit  que  la  nature  du  terrain  qui  la  porte,  est  im- 
propre  a la  sepulture  des  moines ; qu’il  y aurait 
danger,  pour  la  santb  des  vivants , d’enterrer  les 
morts  aussi  pres  d’eux , dans  un  sol  aquatique 
degageant  des  miasmes  deja  trop  deleteres.  Audo- 
mar  et  Bertin  , de  concert , etablissent  alors,  pour 
les  religieux , un  cimetiere , non  loin  de  1’eglise 
St-Martin , sur  la  partie  de  la  butte  voisine  com- 


— 1(M  — 

prise  dans  la  donation  glnlrale , el  res  tee  aux 
mains  de  l’Eveque  avec  quelques  autres  morceaui 
de  terre.  11s  construisent  au  milieu  dc  ce  lieu  de 
repos,  une  petite  eglise  dediee  k la  Yierge  Marie , 
et  desservie  sans  doute , d’abord  par  le  clerge  de 
l’eglise  voisine.  Mais  bientot  est  sentie  la  necessity 
d’attacher  immediatement  et  k toujours,  le  cime- 
tiere au  monaslere  ,•  et  de  conslituer  1’unite  dans 
la  direction  civilisatrice.  Alore , par  un  acte  nou- 
veau en  forme  de  testament , et  fait  apres  la  mort 
d’Adroald  sans  doute , puisque  son  intervention 
n’est  pas  exprimee , ( 662 ) Audomar  donne  k 

Bertin  et  a ses  successeurs  abbes , l'6glise  de  la 
Yierge,  le  cimetiere  et  toutes  leurs  dependences > 
sous  la  condition  d’y  recevoir  lui-meme  la  sepul- 
ture au  milieu  des  moines  , par  les  soins  de  I'abbe. 

Cette  seconde  donation  comprenait  ainsi  tout 
ce  qu’il  restait  a l’Eveque , des  liberalites  d’Adroald; 
l’emplacement  du  cimetiere  et  de  l’^glise  de  la 
Yierge  en  etait  la  partie  principale  , les  propriety 
de  Blendecques  et  d’Alveringhem  sans  doute  , les 
dependences  les  plus  importantes.  A la  mort  d’Au- 
domar  , vers  1’an  673  , la  donation  nouvelle  eut 
son  effet ; elle  rattacha  immediatement  k la  villa , k 
rile  de  Sithiu , pour  etre  souvent  comprise  dans  une 
appellation  commune , la  butte  voisine , fraction 
d’une  terre  particulikre  assez  importante  oil  dtaient 
la  forteresse  et  la  population  primitive.  Le  nom 
de  Sithiu » pris  dans  une  acception  collective,  de-% 

n 


— m — 

vient  d£s-lors,  le  plus  ordinaire  pour  les  deux 
centres  des  propriety  des  moines , administrati- 
vement  adjoints ; il  est  ainsi  frequemment  employe 
jusqu’k  ce  que  celui  de  St-Omer , longtemps  attache 
distinctement  au  monastere  d’en  haul,  ou  le  saint 
Eveque  fondateur  etait  enterrC , et  bienlot  a toutes 
les  habitations  qui  l'accompagnaient , eut  definitive- 
ment  predomine  et  l’eut  fait  abandonner. 

Sous  Fadministration  des  moines , le  cloitre  place 
contre  Feglise  de  la  Vierge , s'elendit  et  composa 
bientdt  une  espece  de  second  monastere  dirige  par 
l’abbe  de  Sithiu.  Le  tiers  des  moines  , a tour  de 
rdle , et  de  mois  en  mois , habitait  le  monastCre 
d’en  haut  ou  de  St-Omer. 

Cet  etat  de  choses  fut  change  au  commencement 
du  9*  siecle.  A cette  Cpoque,  une  idee  nouvelle 
s’etait  fait  jour  dans  le  clerge.  Toute  favorable  k 
un  ordre  religieux  d’institution  recente , elle  ten- 
dait  a diminuer  l’importance  des  monasteres  pri- 
mitifs.  L’ordre  des  chanoines  reguliers , etabli  vers 
Fan  760 , avait  pour  fondateur , Chrodegand , 
Eveque  de  Metz.  Les  conciles  de  Mayence  en  84  3, 
et  d’Aix-la-Chapelle , trois  ans  apres , s’en  occu- 
perent  serieusement.  Louis-le-Debon naire , en  l’annee 
826 , completa  les  statute  donnes  par  le  fondateur; 
depuis  lors , cet  ordre  religieux  fut  toujours  nommC 
le  premier  dans  les  capitulaires  , dans  les  chapitres 
des  conciles  et  dessynodes.  DCs  le  commencement 
du  9*  siCcle , les  dons  affluCrent  aux  corporations 


— 163  — 

canOniales  qui  se  propageaient  rapidement,  et  la 
rigle  des  chanoines,  dit  M.  Guizot,  joua  dans  Id 
rdforme  de  Vdglue  , & cette  dpoque , tin  rdle  im- 
portant. Les  souverains  affranchirent  bientdt  de  touts 
domination , les  lienx  sur  lesquels  les  cloitres  de 
ces  nouveaux,  religieux  etaient  etablis  (1). 

Fridogis , anglais  de  nation , parent  de  1’empe- 
reur  Charlemagne  et  61eve  du  celfebre  Alcuin , 
6tait  en  820  , devenu  abbe  des  monastferes  unis 
de  Sithiu.  C’6tait  un  homme  puissant  et  chaud 
partisan  de  l’ordre  nouveau  des  chanoines.  Abbd 
de  St-Martin-de-Tours , il  avait  use  de  la  per- 
mission accordee  par  le  concile  d’Aix-la-Chapelle  , 
a tous  les  moines  de  se  transformer  en  chanoines. 
Un  chapitre  regulier  y avait  6te  form6  par  sea 
soins.  A Sithiu , Fridogis , toujours  sous  l’empire 
des  memes  inspirations , suivit  la  m&me  marche , 
et  il  etait  dans  son  droit,  quoique  cependant  les 
veritables  besoins  du  temps  fussent  surtout,  de 
creer  des  communautes  de  chanoines  avec  des  prdtres 
i pars  , vivant  isoliment  et  chacun  d sa  fagon.  Il 
detacha  le  monastere  d’en  haut  ou  de  St-Omer , 
de  celui  d’en  bas  ou  de  St-Berlin  ( St-Pierre , 
Sithiu  ) , et  lui  donna  une  entiere  independence. 
Trente  moines  furent  convertis  en  chanoines  re- 
guliers  et  il  y vecut  au  milieu  d’eux , d’accord  en 
cela  avec  sa  qualite  premiere  de  chanoine ; Fri- 

{{)'  Ansegisi  capitularium , lib*  4*  < Doeomeota  germaoia , t.  5 / 
jp.  aw). 


— 464  - 

dogis  conserva  toutefois  le  titre  et  les  attributions 
d’abbe  de  St-Bertin  ou  de  Sitbiu  jusqu’a  sa  mort, 
en  834.  Ed  meme  temps  cet  abbe  reformait  le 
monastfere  d’en  bas , et  cette  reforme  amenait 
l’occupation  serieuse  de  copier  des  manuserits  et 
la  formation  d’une  bibliotbeque.  Fridogis  reduisit 
le  nombre  des  moines  h soixante;  avec  un  veri- 
table esprit  d’equite , et  en  se  basant  sur  le  per- 
sonnel de  chacune  des  deux  maisons  religieuses 
qu’il  separait,  il  fit  trois  parts  des  biens  de  l’an- 
cienne  communaute  , en  laissa  deux  aux  moines 
du  monastere  d’en  bas  et  en  attribua  la  troisieme 
aux  chanoines  dont  la  maison  conserva  le  nom  de 
monastfere , selon  l’expression  constante  et  gene- 
ralises des  capitulaires  synodaux  : monasteria  tarn 
canonicorum  quam  monachorum.  Les  chanoines  s’ar- 
rogerent  bientot  la  superiority  sur  les  moines , en 
se  fondant  sur  les  canons  des  conciles  et  des 
capitulaires  qui  la  leur  attribuaient  (1). 

La  separation  des  deux  monasteres  avait  mecon- 
iente  profondement  les  moines  et  lese  veritable- 
ment  leurs  interets  ; ils  s’en  vengerent  en  atta- 
quant  et  ses  motifs  et  meme  la  reputation  de 
Fridogis ; les  pretentions  des  chanoines  les  exas- 
p4rerent.  Aussitot  la  mort  du  novaleur  abbe , 
Hugues  son  successeur  dans  le  monastere  de  1'ile 
de  Sithiu,  interprete  des  sentiments  de  sa  commu- 

(1)  Selon  Folquin  cette  pretention  de  supdrtorild  dtait  basde  sor 
•§  que  I'abbd  common  demeurait  avec  eux. 


— 165  — 

naute  , sollicita  yivemcnt  le  cbangement  deft  cha- 
noines  en  moines , et  la  reunion  des  deux  monas- 
teres  , sous  la  direction  de  l’abbd  de  Sithiu.  Malgr6 
son  titre  de  frere  de  l’Empereur  Louis-le-Debon- 
naire,  il  ne  put  y rdussir.  Tout  ce  qu’il  obtint 
pour  remplacer  l’ancienne  domination  de  ses  pred6- 
cesseurs , et  pour  couvrir  la  privation  importante  des 
dons  nombreux  faits  au  tombeau  de  Saint  Oraer , 
desormais  perdus  pour  eux , fut  une  esp&ce  de 
satisfaction  d’amour-propre , et  une  indemnity  legfcre 
d’interets  materiels.  Le  monasfere  d’en  bas  fut  de- 
clare superieur  a celui  d’en  haut , et  recut  le  pri- 
vilege de  nommer  le  Custos  ou  gardien  de  l’eglise 
de  la  Vierge  et  du  cimetifere  cornmun , dans  lequel 
les  moines  aimaient  a fetre  enterr6s  auprfes  du  saint 
Eveque , le  protecteur  par  excellence , le  vrai  patron 
des  Morins  de  Sithiu.  A cette  fonction,  d’un  ordre 
inferieur,  fut  attach^,  pour  son  titulaire  et  au  be- 
nefice du  monastere  d’en  bas , le  droit  d’officier 
quatre  fois  l’an,  dans  l’eglise  des  chanoines,  aux 
jours  determines  de  fetes  solennelles , et  de  per- 
cevoir  ces  quatre-  jours , les  offrandes  des  fiddles, 
(839). 

Les  moines  ne  furent  pas  satisfaits  des  faibles 
compensations  qui  leur  etasent  accord£es  par  l’Eveque 
de  Terouanne,  St-Folquin.  Aussi  cherch&rent-ils  un 
autre  moyen  de  rentrer  dans  la  perception  de  toutes 
les  offrandes  pieuses.  L’abbe  Hugues  resolut  de 
faire  disparaitre  la  pr4cieus«  relique , qui  attirait 


— m — 

au  monastfere  d’en  liaut , la  v6n6ration  fructueuse 
et  presque  exclusive  des  fidfeles,  dans  l’esperance 
de  lui  substituer , au  profit  de  sa  maison , celle 
de  Saint  Berlin.  11  ne  lui  fut  pas  difficile  de  faire 
entrer  dans  ses  vues , Moms , Tun  de  ses  moines, 
gardien  de  l’6glise  de  la  Yierge  Marie.  L’abbe  re$ut 
les  restes  de  Saint  Omer,  des  mains  de  l’infidele 
Gustos ; h la  tete  d'une  troupe  nombreuse  il  prit 
le  chemin  du  monastere  de  St-Quentin , dont  il 
6tait  aussi  le  chef,  et  dans  lequel  il  voulait  expa- 
trier  la  relique  veneree.  Bientot  l’eveque  de  Terouanne 
averti  , se  presente  accompagn^  de  ses  nombreux 
fideles  et  recouvre  le  corps  saint  stationne  au 
village  de  Lisbourg. 

Cette  tentative  audacieuse  de  rapt  avortee , il 
ne  resta  plus  aux  molhes  qu’a  subir  les  faclieuses 
consequences  de  la  separation  des  deux  monasteres, 
avec  la  petite  compensation  qui  leur  etail  accordee 
et  qui  ne  dura  meme  pas  un  tres  long  temps. 
11s  parurent  s’y  resigner  jusqu’au  jour  ou  la 
pensee  leur  vint  d’opposer  un  pretendu  corps  au 
veritable  corps  de  St-Omer.  Je  n entrerai  pas  dans 
le  detail  de  la  longue  lutte  qui  Vensuivit ; je  ne 
veux  pas  m’eloigner  des  temps  primitifs  de  notre 
histoire ; je  reviens  sur  mes  pas , pour  opposer*  en 
peu  de  mots,  aux  discussions  ardentes  des  moines 
et  des  chanoines  entre  eux , leur  rdle  d’utile  et 
intelligent  patronage  sur  les  habitants  de  leur  voi- 
teuage,  leur  initiative  dans  la  mise  en  culture  de 


— 467  — 

notre  sol  ou  marecageux  ou  trop  botsi,  et  leur 
important  concours  a la  formation  et  k la  mise  en 
defense  de  notre  ville  (1). 

Pres  du  lieu  oil  fut  pose  le  monastkre  d’en  haut, 
sous  I’action  des  merites  de  son  saint  patron , et 
sous  la  protection  de  la  forteresse  , se  developpa 
bientot  une  population,  placee  principalement  sur 
le  sol  libre  des  villas  ou  des  terres  voisines.  Cette 
population,  qui  constitua  bientdt  un  bourg  assez  im- 
portant, avail  deja  precedent)  men  t son  administration 
civile  et  judiciaire , qui  demeurait  independante  du 
monastkre,  sa  hierarchie  sociale , sa  noblesse  (2). 
C'etait  au  centre  de  ce  bourg  que  l'Ev&que  de 
TSouanne,  Audomar  avait  erig6  la  premikre  4glise 
dediee  k Saint  Marlin  et  depuis  transports  au  Laer. 
Ses  chefs  etaient  des  Centeniers  (3)  , des  Sagiba- 

(1)  De  l'opinion  regue  jusqu’a  ce  jour  que  les  deux  corps  rell- 
gieux  avaient  cu  primitivement  la  propridte,  puis  la  seigneurie  da 
sol  de  la  ville  de  St-Omer , il  ne  peut  ab&oiument  rien  subsister* 
Bien  loin  de  )& , il  est  non-seulement  prouvd  qu’ils  n’eureot 
la  propridtd  et  plus  tard  la  seigneurie  complete  que  de  Ieurs  enclos, 
piais  qu’ils  n’y  avaient  mime  pas  primitivement  la  Justice.  Le 
voleur  dont  j’ai  parle  p.  110  ayant  dte  pris  , les  juges  seculiers 
le  fircut  conduire  au  castellum  menapiorum.  C’esL  aveo  des  priires 
que  les  moines  obtinrent  sa  grdce. 

(2)  Dans  la  vie  de  St-Berlin  ddjfr  citee  , on  voit  c.  37 , p.  dly 

que  : nobilitas  terrm  illius abscesserat , nativitatis  patria 

relic  ta , prosier  paucos  qui  ila  hosredilariis  preditier  ant  patri - 
moniis.  On  y voit  encore  : ambitus  caste lli  cum  consensu  populi  et 
procerum  condictatus. . . . 

(3)  On  trouve  , en  685  : Gislefridus  cenlemrius  ; en  723  * eignuty 
Chumbaldi  centenarii ; en  715  , sig...  Austroaldi  centenarii ; en 
607  et  811  , sig.,,  Wendelgeri  centenarii . 


— <68  — 

tons  (A),  el  <&s  le  milieu  du  8*  sibcle,  on  y voit  dee 
Echevin  (2);  elle  avaitun  personnel  militaire  (3) 
independant  des  Avoues  des  monasteres  (4).  Tous 
ces  fonctioonaires  etaient  sourais  au  representant 
du  Souverain , avec  le  simple  titre  de  Vicaire 
d’abord  (5)  et  accidentellement  d'llluttre  (6),  puis 
avec  celui  de  Comte,  au  9*  siecle  (7),  lorsque  la 


(1)  11  y a dlja  an  Sagibaron  dans  la  charte  de  donation  d’Adroald 
de  Fannie  648  : signum  sacebaronis  ; d ou  elait-il  ? 

(?)  Le  manuscrit  sur  lequel  le  chartularium  siihiense  a ltd  pubfil 
par  M.  Gulrard  , ne  porte  pas  la  souscription  Gumbarii  scawint 
b la  charte  de  la  donation  de  Rocashem  de  Fannie  745 ; le  grand  carta- 
laire  de  Sl-Berlin  la  montre  ; mats  ce  qui  tranche  toute  discussion, 
c’est  que  la  charte  authenlique,  sur  laquelle  M.  Warnkcenig  a publil 
la  copie  imprimle  de  cctte  donation  , a la  suite  de  son  bistoire 
des  institutions  de  la  Flandre  , donnc  positivement  cctte  souscription. 
fen  883,  on  voit  le  signum  Thiodradi  Scavini . Thiodradus  caballarius 
Tiabet  bunaria  XI,  in  Gisna. 

(3)  En  839  , signum  Everwini  militis  , sig.  Berharii  militis.  In 
Frestngahem  Everwinus  habet  bunaria  V . Berharius  caballarius 
posslde  beaucoup  b Morning  hem.  (Chart,  sit. , p.  97  , 98  ) 

(4)  Les  Avouls  joulrent  uu  grand  rile  dans  notre  ville  ; on  trouve 
en  839  , Signum  Odgrini  advocati ; en  865  et  867 , sig . Huc- 
berti  advocati ; en  868  , sig.  Fardulft  advocati ; en  875 , sig. 
Odberti  advocati  ; en  883  , sig.  Odgrini  advocati  ; en  938  962 , Evc- 
rardus  advocatus  ; en  986  et  1026  , sig.  Gerbodonis  advocati , etc. 

(5)  En  708 , sig.  Humberti  vicarii . 

(6)  En  745  , Signum  Chrodgarii  illustris.  En  868,  sig.  Grimbaldi 
senioris. 

(7)  Des  Fannie  839 , il  y a,  dans  deux  acles  dont  Fun  est  pas  si 
dans  Flglise  de  Ste-Marie  , le  signum  Unrici  on  Vndrici  comitis . 

Un  capitolaire  de.  Fannie  811,  dit  : super  comiles  et  eorum  cen - 
tenarios ; un  autre  deux  ans  apres  , s’exprime  aiosi  ; Vt  comiles 
vet  vicarii , aut  centenarii...  A la  mime  date  il  y a encore  : Vt  nec 
episcopi ; nec  abbaies , nec  comiles  , nec  vicarii  , nec  indices . 
( Documents  germaniae  , t.  9 p.  168 , 190  , 193 ). 


-•  4G9  — 

population  devint  plus  considerable  et  fit  quelque- 
fois  donner  au  bourg  d’en  haul , relat  ement  au 
peu  d’importance  de  celui  d’en  bas  , Ie  t’tre  de 
citi.  Ce  bourg  resta  d’abord  en  dehors  des  forti- 
fications speciales  au  monastfere ; a la  fin  du  9* 
sifecle , il  fallut  l’inlervention  eclairee  des  religieux 
pour  decider  ses  habitants  a etablir  une  enceinte 
fortifiee , dans  laquelle  leurs  maisons , le  monas- 
tere  et  la  forteresse  furent  compris,  ce  qui  lui  fit 
souvent  donner  dcpuis  le  nom  d 'oppidum  , surtout 
apres  1’extension  des  fortifications  autour  du  mo- 
nastere  d’en  bas  et  d’une  partie  des  maisons  qui 
I'accompagnaient. 

Sur  les  terres  amelior&s  et  en  partie  de3s£chees 
de  l’iie  de  Sithiu  , sous  le  patronage  du  monastery 
d’en  bas  et  & I'abri  de  la  defense  naturelle  des 
eaux  et  des  marais  , s’eleva  un  groupe  de  cliau- 
mieres  formant  une  espece  de  bourgade  dans  une 
lie  naturelle  , ou  6tait  pose  Ie  monastfere.  Ces  chau- 
mieres  > origine  des  faubourgs  de  l’lzel  et  du  Haut- 
Pont , s’etendirent  bientot  sur  les  villas  attenantes 
et  independantes  de  l’autoril6  des  moines.  L’ad- 
ministration  de  cette  bourgade  etait  sans  doute , en 
partie , entre  les  mains  des  moines  , et  en  plus 
grande  partie  , reunie  a celle  du  bourg  d’en  haut. 
A la  fin  du  9®  siecle  , l’abbe  Foulqyes  comprit  la 
necessite  de  mettre  son  monastere  et  les  habitations 
voisines  en  meilleur  etat  de  defense ; avec  le  con- 
sentement  des  habitants , il  traga  des  fortifications 

22 


— no  — 

autour  de  son  monastere  ei  de  la  bourgade  d'en 
bas,  en  les  appuyant  sur  la  forteresse  d’en  haul. 
II  les  6tendit  tellement  qu’il  ne  put  reussir  a les 
achever  (I). 

Sous  la  direction  des  monastferes , les  marais 
furent  dess4ch6s , les  bois  def riches , des  ecoles 
fondees  (2) , un  march6  public  etabli  (3) , un 
atelier  monetaire  fonctionna , la  civilisation  enfin 
suivit  son  cours.  Leurs  tentatives  pour  former 
un  tout,  un  ensemble  important , une  ville  enfin, 
avec  les'  deux  groupes  de  maisons  , connus  pri- 
mitivement  sous  le  nom  collectif  de  Sithiu  , 
n’avaient  pas  4t6  couronnees  de  succes ; pour 
mener  k fin  cet  important  projet,  il  fallut  le 
concours  du  Souverain  lui-meme.  Le  Comte  de 
Flandre  , Baudouin-le-Chauve , au  commencement 
du  10®  siecle , fit  cesser  tous  les  obstacles,  dont 
le  principal  6tait  la  grande  quantity  de  terres  ou 
seigneuries  sur  lesquelles  il  6tait  necessaire  de 
poser  les  fortifications.  Il  forma  une  cloture  vaste 


(1)  Pro  giri  amplitudfne  excutaUone.  ( Vita  S"  Berlin! ). 

(2)  Les  ecoles  de  Sithiu  eurent  du  reoom  d&s  leur  origine  ; If. 
Guizot  et  plusieurs  autre  a auteurs  les  citeot.  C’est  par  erreur  typo- 
graph  ique  que  M.  Guizot  place  en  Normandie  f l'dcole  de  Sithiu. 
L’hagiographe  de  St  Berlin,  c.  33 , distingue  I'dcole  do  monastere 
d’en  haut : itieerun{  eum  ad  canonieorum  eeolam  litterarum  studiis. 

(3)  Voir  la  charte  d'obtension  dans  les  divers  cartulaires  de  Sl- 
Berlin,  a la  date  874.  Le  chroniqueur  Simon  s’exprime  ainsi,  k 1'annde 
1051  : Quo  quoque  tempore , forenriorum  negoliorum  nundine  in 
opido  Sancli  Audomari  celebrabantur  ex  more . (Chart,  sit.  p.  180). 


— 171  — 

et  commune  aux  deux  monastkres  et  4 une  partie 
des  maisons  qui  les  avoisinaient.  Appris  par  l’ex- 
emple  des  difficult^  que  Foulques  avait  rencontres 
pour  enclore  la  totality  des  deux  bourgs  dans  Ten- 
ceinte  fortifi^e , Baudouin  laissa  en  dehors  de  ses 
travaux  et  sous  la  seule  protection  des  marais , 
des  cours  d’eau  et  des  faibles  levies  de  terres  faites 
sous  cet  abbk,  les  demeures  bkties  k 1’est  et  au 
nord  du  monastere  d’en  bas , connues  depuis  sous 
le  nom  de  faubourg  de  l’lzel ; il  laissa  encore  en 
dehors,  k I’ouest  du  monastkre  d’en  haut,  pour 
former  un  faubourg  important , detruit  depuis  . 
long  temps,  l’Aglise  primitive  de  St-Martin  et  les 
nombreuses  maisons  au  milieu  desquelles  elle  avait 
6te  etablie  (1)..Ce  travail  termini,  bien  plus  au 
detriment  qu’au  profit  des  deux  monastferes  , selon 
l’expression  du  chroniqueur  Folquin  (2)  , la  ville 
nouveRe,  qui  en  fut  la  consequence,  se  forma  petit 
k petit  par  des  constructions  de  demeures  entre 
les  deux  monasteres ; un  Pretor  urbanus,  fut  mis 
k sa  tete  (3)  ; une  ghilde  ou  corporation  de  com- 
merce fut  formee , precedant  et  amenant  noire  hative 

(1)  Dans  un  dipldme  de  I'annde  1123  , l’dglise  Si-Martin  est  dite  : 
extra  burgum.  ( GA  cart.  , t.  1 , p.  201  ).  La  boorgade  primitive 
qni  est  le  point  de  depart  de  la  ville  de  St-Omer,  resta  en  grande 
partie  en  dehors  des  murs  de  la  ville. 

(2)  Et  post  hose  , til  brevim  ejus  facta  perstrtngentur  9 plus 
dbstulit  ecclesim  quam  dedit  , et  haetenus  de  dampno  a se  per- 
petrate sentient  monad  presentee  et  futuri.  ( Chart,  silh.  p.  139 ). 

(3)  On  voit  dans  les  carlulaires  de  St-Bertin  en  959  r la  signa- 
ture de  Eodulfus  Prostor  urbanus. 


— 172  — 

institution  coimnunale  (1).  L’autorite  de  ia  corpo- 
ration bourgeoise  fut  grande  le  joqr  oil  , par  suite- 
de  l’oclroi  de  vested  proprietes  autour  de  la  ville', 
une  banjieue  fut  etablie ; sa  puissance  fut  sans 
rjval e qupres  d’elle,  lorsque  la  suzeraincte  fut  donnee 
k sa  juridiction  sur  celles  des  seigneuries  situees 
dans  la  ville  ou  dans  la  bqnlieue.  Les  noins  af- 
fectes  au  bourg  d’en  haul  et  au  bourg  d’en  bas, 
furent  Iongtemps  en  concurrence  pour  designer  la 
v|lle  entiere;  le  nom  de  Sithiu  fut  enfin  delaisse 
pour  adopter  definitivement  celui  du  saint  patron 
_ du  moqastere  d’en  haut , etendu  depuis  des  siecles  , 
au  groupe  principal  de  maisons  pose  dans  le  voi- 
sinage  de  ce  monastere , et  veritable  point  de 
depart  de  la  ville  de  St-Omer  (2). 


<l>  La  ghilde,  amolndric  par  [‘institution  corona  unale,  fut  remplacde 
par  fassocialion  a la  banse  commcrciale  de  Londres. 

Un  paragrapbe  delacharte  comm  untie  de  Pan  1127,  dit : omnct 
qqi  gildam  eorum  habent  et  ad  Warn  pertinent 

La  ghilde  udomaroise  est  rappelde  dans  des  litres  des  archives 
de  St  Otner  ; elle  Test  aussi  sur  les  dallet,  du  13*  siecle,  de  i’egiise 
Notre-Dame. 

(2)  Voir  la  Dole  f ci-apres. 

Depuis  la  lecture  de  mes  rechercbes  f daus  le  sein  de  la  societe 
des  Aotiquaires  de  la  Morinie  , il  a paru,  dans  lc  journal  Vtndt- 
pendant , uo  interessant  travail  bisturjque  sur  le  faubourg  St-Marlin. 
L’auleur  y a utilise  mes  preuves  sur  la  separation . d'Hebbinghem 
et  de  Sithiu  ; sans  accepter  complelement  la  position  lopographique 
qui  y est  attribute  a Hcbbinghem , Je  repete  les  etymologies  tudesque*, 
donuees  a ces  deui  uoms,  parce  qu’elles  ufncncul  des  conclusions 


— 173  — 

J’aurais  pu  differer  la  publication  ds  mon  travail 
sup  les  commencements  de  la-  vilie  de  SMDtner 
afin  de  le  produire  plus  developpe.,  plus  compiel; 
les  interpretations  que  je  propose  , plus  longtemps 
etudiees,  auraient  pu  etre  plus  fecondes  en  apcrgus 
nouveaux  et  m’amener  a une  comparaison  avec  ce< 
quia  eu  lieu  autre  part,  dans  des  drconstances 
de  lieux  et  d’evenemenls  a peu  pres  les  m&mes. 
Sic’est  souvent  une  mesure  de  prudence,  dans  son 
interfit  personnel , de  ne  pas  mettre  hativement 
dans  le  domaine  public  , des  idees  nouveHes  , c’est 
en  meme  temps  une  resolution  facheuse  qui  arrMe  les 
developpements  dont  ces  idees  sont  susceptibles.  Ijl 
seience  historique , sous  tous  ses  aspects , sous 
celle  de  sa  philosophic  surtout  qui  est  son.  objet 
principal , gagne  par.  un  concours  general  d ’obser- 
vations et  de  reflexions , bien  plus  que  par  des 
meditations  isol&es.  Un  seul  point  de  vue  ne  suffit 
pas  a son  developpement.  Penltre  de  cette  verite , 
je  n’ai  jamais  hesite,  lorsque  j’ai  crufaire.  quelque. 
decouverte  utile , a la  livrer  le  plus  tdt  possible , 
aux  reflexions  , a l’examen  des  personnes  qui  s’oc- 
cupent  des  memes  Etudes  que  moi,  et  je  n’ai  jamais 


semblables  & celles  de  mes  recherches  et  qo'elles  pourraient  peut- 
$tre  mime  faire  tend  re  le  nom  d'Hebbinghem  a toute  la  partie 
haute  de  notre  vilie  , comme  el  les  concentrent  I’appellation  Sithiu 
oo  Sitdiu  , mm  le  bas  de  la  vilie  t sit,  cdtd  , versaot  (d’une  colline), 
diew  , le  bas  , le  fond  d’une  chose  , basso  re  , bas  pays.  H ebbing  he , 
exbaussement , levee,  hem , coclos;  selon  moi  bourgade  dn  hauL 


— m — 

recul6  devant  une  discussion  mod4r6e ; sans  la  cou^ 
traverse , il  est  assez  difficile  d’envisager  les  ques- 
tions d’histoire  sous  toutes  leurs  faces.  Dans  l’in- 
t£r6t  de  l’hisloire  et  de  l'arch^ologie , je  n’ai  Jamais 
regrets  la  pensee  d’interet  general  qui  m’a  toujours 
dirigl.  Par  le  concours  de  plusieurs  intelligences , 
j’ai  vu  developper  des  recherches  historiques  qui 
seraient  res  tees  stationnaires , oubliees  peut^tre , 
si  une  prompte  attention  n’avait  pas  6t6  appel^e  sur 
elles,  ou  qui  seraient  demeurees  incompletes  si 
elles  avaient  6te  suivies  par  une  seule  personne. 
Je  suis  cette  fois  encore  les  principes  que  je  me 
suis  faits.  N’ayant  pas  la  pretention  d’arriver  seul 
k la  decouverte  de  toute  la  verity  sur  notre  his- 
toire  locale , j’appelle  le  plus  grand  concours  pour 
completer  autant  que  possible  les  travaux  dejk  bien 
importants  de  mes  devanciers ; l.’etude  de  plusieurs 
6rudits,  dont  quelques-uns  ont  d6jk  fait  leurs 
preuves , fera  bien  plus  pour  atteindre  ce  but  que 
la  patience  d’un  travailleur  isole. 


NOTES. 


NOTE  A. 

L’idle  de  s’attribuer  la  possession  da  corps  de  Saint 
Omer,  vint  aux  moines  aprls  la  decouverte  des  veri- 
table* restes  de  Saint  Bertin  , en  1051.  Its  vonlaient  dls 
tors  que  dans  la  ch&sse  ou  ils  avaient  era  qu’ltaient  les 
reliques  de  Saint  Bertin  , il  y eut  celles  de  Saint  Omer. 
Alarmls  et  irrites  , les  ebanoines  , Fannie  suivante  , firent 
euvrir  leur  cb&sse  , et  avec  toutes  les  formalites  requises, 
ils  constatlrent  qu’ils  possldaient  bien  rlellement  le  corps 
de  Saint  0<ner , rapportl  dans  leur  Igliae  aprls  le  rapt 
fait  en  l'annle  843  , sous  le  Custos  Moras.  Cette  ouver- 
ture  prouva  que,  si  les  reliques  du  saint  fondateur  avaient 
III  cachees  par  Saint  Folquin  , hors  du  monastlre  d’en 
haut.,  dans  la  crainte  des  Nortnands , elles  y avaient  Itl 
rlinllgrles.  De  nouvelles  verifications  officielles  furent  faites 
en  1269  , en  1324  , et  enfin  en  1464  , et  il  s’ensuivit 
en  Fannie  1495  , un  arrlt  du  parletnent  qui  condamna 
Fabbaye  de  St-Bertin  a faire  disparaitre  pour  toujours  la 
ch&sse  ou  fierte  attribute  faussement  au  saint  Evlque. 
C’est  & Fouverture  de  Fannie  1269  , que  le  prlvlt  Arnoud 
fit  slparer  le  chef  de  Saint  Omer  de  son  corps  , pour  le 
placer  separlment. 

Voila  done  deja  une  succession  slrieuse  de  preuves  raa- 
tlrielles  que  c’est  bien  dans  l’eglise  de  la  Yierge  Marie 


que  reposait  le  corps  dc  Sam!  On?er  , ainsi  que  ce  saint 
Evique  Favail  ordonne  par  son  testament.  Les  vies  de 
Saint  Omer  , du  manuscrit  de  Corbie  et  de  celui  du 
cbapitre  , assurent  que  cctte  clause  du  testament  avait  iti 
observee  : ecclesiam  edificavii  in  eo  loco  in  quo  suum  posat 
in  pace  corpmculum  , disentitles.  La  cbarte  de  St-Folquin, 
de  Fannie  839  , dit  implicitement  la  mime  chose  , puis* 
qu’elle  fait  entendre  que  la  clause  du  testament  a ete 
observee  ; ii  en  est  dc  mime  des  expressions  du  mnine 
Folcard  ; dans  sa  vie  de  Saiut  Berlin  , it  raconte  que  le 
comte  Walbert  alia  prier  dans  la  basilique  de  la  Vierge, 
dans  laquelle  Saint  Berlin  avait  enscveli  le  bienheureux 
Omer  ou  Audornar.  J’ajouterai  d’autres  preuves  qui , com  me 
les  precedents , puisees  a des  sources-  etrang&res  au  cha- 
pitre,  ne  peuvent  itre  suspectees  de  partialite. 

D’abord  , se  presente  le  dire  de  Folquin  , dans  son  car- 
tulaire  de  St-Bertin  (p.  152),  qu’en  Fannie  959  , pour 
calmer  les  terreurs  du  peuple  , on  sortit  les  ch&sses  des 
saints  ; que  le  corps  de  Saint  Omer  fut  processionnellement 
porte  par  FEvique  de  Terouanne  au  monastere  d’en  bas, 
et  celui  de  Saint  Berlin  , au  monastere  d’en  haul , en 
reprenant  le  mime  cheruin.  Yiennent  ensuite  cette  expres- 
sion de  Fhislorien  Tomellus , qu’en  1069 , a la  didicace 
du  monastere  de  Hasnon  , les  chanoines  de  St-Omer , por- 
taient  le  corps  de  Saint  Omer  , et  les  moines  de  St-Bertin, 
celui  de  Saint  Bertin.  (Nov.  thes.,  t.  3,  col.  791  ) 5 la 
churte  de  fondation  des  chanoines  d’Ardres  , de  Fannie 
1069  , par  l’Eveque  des  Morins  , Drogon  , qui  octroye  des 
libertis  a Finstar  de  celles  de  Feglise  de  Ste-Marie  ou  repose 
le  corps  de  Saint  Omer.  (Dipl.  belg.  t.  1,  p.  158,  et  Lambert 
d’Ardres  : ad  inslar  ecclesice  S.  Marias  in  qua  requicscit 
corpus  S.  Audomari );  le  dire  de  ce  mime  auteur  que  les 
chanoines  de  St-Omer  donnirent  a ceux  d’Ardres , une 
dent  de-  lcur  patron  et  pere  Saint  Omer  ( cup.  117  ) ; la 


— ill  — 

mention  des  bulles  papales  de  1075  , adress4es  au  cbapitre 
ainsi  concue  : qui  usque  in  hodiernum  diem  ejusdem  episco.pt 
venerabilis  habelur  corpore.  ( Dipldmes  originaux  aux  arch, 
de  Pex-chapilre,  et  les  dipl.  belg.  t.  4 , p.  6 ) $ l’attesta- 
tion  qu’en  1097  , les  chanoines  de  St-Omer  et  de  Terouanne 
et  les  moines  de  Si-Berlin  , assistant  a la  dedicace  de 
Peglise  du  monastere  de  Watten  , les  premiers  porterent 
le  corps  de  Saint  Omcr  , les  seconds  celui  de  Saint  Maximet 
et  les  moines  le  corps  de  Saint  Folquin.  ( M*  cite  dans 
mon  hist,  de  Watten  , p.  77  , et  le  catalogue  des  prdvdts 
de  Watten  9 dans  les  arch,  da  nord  , n.  s4rie  , t,  6 9 
p.  270. 


Note  B. 

Selon  le  Chronicon  Morinense  cite  par  Malbrancq,  t.  3* 
p.  638  , et  suivi  en  general  par  les  historiens  modernes 
Jules-Cesar  ourait  b&ti  un  chateau-fort  sur  la  hauteur  connue 
sous  le  nom  de  Sithin,  au  lieu  nomme  la  Molte , et  Minerve  y 
auraiteu  un  temple.  C’est  la  [’expression  de  la  tradition  ordi- 
naire qui  attribue  generalement  au  vainqueur  des  Gaules,  les 
forteresses  b&ties  par  les  Romains,  longtemps  m&me  apres  lui. 
De  cette  tradition  il  ressortirait  une  probability  que  le  pre- 
mier chateau  de  St-Omer  , remontait  a la  periode  romaine* 
car  il  faut  compter  pour  quelque  chose  en  histoire  , les 
dires  tradilionnels  qui  se  perdent  dans  la  nuit  des  temps. 
L’analyse  des  expressions  de  nos  plus  anciens  chroniqueurs* 
particulierement  de  Phagiographe  de  St-Bertin  et  du  moine 
Folquin,  conduit  au  mStue  resultat. 

La  premiere  mention  bien  positive  de  Pexistence  da 
chiteau  de  St-Omer , est  dans  cette  phrase  de  Folquin 
qui  se  ratlache  a Ponnee  893  : Castellum  Sancti  Audo - 
mari  igne  consumilur . Remarquons  d’abord  que  Pauteur 

23 


— 178 

ne  dit  pas  le  castellum  de  Sithiu  iomme  il  l’eut  fait  s’il 
s’itait  agi  des  fortifications  en  general , mais  bien  le  cha- 
teau de  St-Omer  y c’est-a-dire  celui  pose  pres  du  bourg 
ou  du  monastire  d’en  bant ; remarquons  encore  quit  ne 
fait  pas  sous-entendre  sa  construction  recente.  Ici  done 
pas  de  donte  possible  , il  ne  s’agit  que  d’une  partie  non- 
settlement  du  Sitbiu  collectif,  mais  mime  de  la  fraction 
posee  sur  la  hauteur.  S'il  avait  iii  question  du  bourg 
d’en  haut  entier,  avec  lequel  le  monastere  de  St-Omer  se 
serait  trouve  exprime  dans  la  designation  generate  de  cas- 
tellum  , ce  n’eut  pas  ite  sous  cette  expression  que  I’auteur 
moine  aurait  raeonte  cet  incendie  ; il  se  serait  servi  du 
mot  bourg  ou  pluldt  encore  de  celui  de  monastere,  car 
le  monastire  itait  la  chose  principale  pour  lui.  D’un  autre 
cite  , il  n’est  pas  possible  de  supposer  qu’il  ne  se  soit 
agi  que  de  I’incendie  des  seules  fortifications ; un  incendie 
de  cette  espece  serait  bien  difficile  a expiiquer. 

Ce  qui  parait  au  premier  abord  laisser  de  l’incertilude 
pour  (’interpretation  de  la  phrase  de  Folquin  , e’est  la 
signification  ordinaire  du  mot  castellum  dans  les  deux 
auteurs  cites  ; ils  semblent  le  plus  souvent  le  prendre 
d'une  mani&re  generate , sous  Facception  de  fortification 
lorsqu’ils  1’appliquent  a Sitbiu,  de  mime  qu’ils  donnent  quel- 
ques  fois  le  nom  de  chdtelains  a ses  habitants.  Folquin  dit  les 
Normands  vaincus  par  les  ch&telains  de  St  Omer,  de  St  Bertin 
et  de  St  Folquin , c’est-a-dire  par  les  habitants  du  lieu 
fortifii  ou  ces  Saints  itaient  specialement  veneres  : occisi 
CCCX  in  Windingahammo  d castellianis  sanctorum  pre- 
dictorum.  L’hagiographe  parle  dans  le  mime  sens  de  la 
volonte  des  Normands  d’assaillir  les  ch&telains  : Castellanos 
incessere  (1) , ce  qui  ne  peut  laisser  aucune  equivoque. 


(1)  Voila  les  expressions  du  manuscrit  priinitif ; les  copistes  out 
mis  castellanos  incendere. 


— 17  9 — 

[/expression  castellum  , geniralisee  par  nos  deux  auteurs, 
ne  parattrait  pas  bien  cboisie  , si  eile  ne  s’expliquait  par 
la  presence  d’un  veritable  chateau-fort  sur  lequel  toutes 
les  nouveiles  fortifications  s’appuyaient.  Elle  ne  pourrait 
certes  pas  convenir  aux  nouveiles  levees  de  terre  et  de 
gazon,  garnies  de  pieux  : fuste  , gleba  et  cespite  , qui  pro- 
tegerent  primilivement  le  monaslere  de  St-Omer  sous  Fap- 
peilalion  speciale  de  munitiuncula . 11  faut  supposer  a Fol- 
quin  et  a Fhagiographe,  la  connaissance  de  la  valeur  des 
mots  de  leur  temps.  Les  capitulaires  des  Rois  Carlovin- 
giens  ne  font  aucune  confusion ; par  le  mot  castellum  ils 
entendent  un  petit  fort  detache.  Lorsque  Charles-le-Chauve 
dans  son  edit  de  Pistes , ordonne  de  detruire  les  castella% 
les  firmilales  et  les  haias  qui  avaient  et6  construits  sans 
sa  permission  , il  est  bien  certain  qu’il  ne  s’agit  pas  de 
fortifications  de  villes  ou  de  bourgs  (1).  Tous  les  travaux 
nouveaux  de  defense  k Sithiu  , n’etaient  que  Fextension  , 
la  continuation  des  murs  de  la  forteresse  primitive. 
Foulques , akbe  de  St-Bertin , lui-m£me  veut  mettre  en 
etat  de  defense , son  monaslere  et  les  maisons  qui  Favoi- 
sinent  , il  chercbe  a itendre  Fenceinte  fortiftee  du  chateau 
autour  du  monastfcre  d’en  bas : ambitus  castelli  cum  con- 
sensu populi  et  procerum  condictatus , mensuratus  (2);  ou 
ambitus  castelli  circa  monaslerium  Sancti  Berlini  est  di+ 
mensusetper  ministeria  distributus  (3).  Baudouin-le-Chauve 
ne  fait  pas  autre  chose  que  ce  que  Fabbe  Foulques  avait 
voulu  faire  : ambitum  castelli  circa  monaslerium  Sancti 
Berlini  conslruxit  (4).  Le  Custos  Herric  lui-mdme  sollicile 
le  peuple  d’etendre  et  d’augmenter  les  fortifications  du  ch&- 


(1)  Syrmondufl  , p.  340. 

(2)  Voir  ci-devant,  p.  1 IS. 

(3)  Id.  et  id. 

(4>  Id.  ti  id. 


leao  : arcem  die  noctuquefirmare.  Dans  cet  etat  de  chases  sett- 
lement on  comprend  que  le  mot  caslellum  ail  du  l’emportersur 
ceux  de  burgum  et  de  monasterium  et  gtre  communique  a (outes 
les  parties  des  bourgs  sur  lesquelles  les  fortifications  dt> 
chateau  seraient  etabRes  ; ce  mot  n’a  pu  £tre  attache  au 
monastere  d’en  bas  qu’apres  fes  travaux  de  Foulques  et 
surtout  de  Baudouin-le-Chauve,  lorsque  les  deux  parties 
de  Sithiu  furent  reunies  dans  la  mSme  enceinte.  C’est 
ainsi  que  tout  Te  bourg  ou  mieux  toute  la  viile  recoil  le 
litre  de  eastetlum  en  1042  , lorsqu’il  s’agit  de  construire 
one  eglise  : inlra  ambitum  hujus  castelli  (1).  Au  toin  on 
traduisait  cette  expression  par  une  autre  plus  exacle  dans 
la  signification  ordinaire  des  mots,  lorsqu’il  n’y  avait  pas 
eu  de  motif  pour  la  changer , on  se  servait  , comme  le 
fit  a i’annee  880  , I’auteur  de  la  chronique  des  Normands, 
du  mot  oppidum , qui  regulierement  signifiait  une  ville  un 
bourg  fortifie. 

C’est  done  une  exception  dont  je  viens  de  donner  le 
motif , que  l’appellation  catlellum  oppliquee  a la  viile 
entiere  de  St-Omer,  dans  les  premiers  temps,  par  les  au- 
teurs du  pays  m£me;  aussi  sont-ils  entraines  le  plus  souveni  a 
se  servir  de  la  m£me  expression  lorsqu’ils  veuient  indiquer  le 
ch&leau  seul  ou  pris  iso  lenient.  Alors  ils  la  reslreignent  for* 
cement  a la  veritable  forteresse,  comme  rigoureusement  elle 
aurait  d ft  toujours  IMtre.  C’est  sous  I’empirc  de  cette  signi- 
fication restreinle,  que  Folquin  en  801  , annonce  la  venue 
des  Normands : ad  easlellum  sanctorum  predictorum ; et 
que  surtout  I’hagiographe  montre  les  Normands  arrivant 
par  l’occident  des  monasteres  : respiciens  contra  monasteria 
ex  parte  occidentali ; il  dit  que  le  combat  fut  facilement 
vu  des  murs  de  la  forteresse  : a mentis  castelli  facile  fuerai 
prospectari . L’hagiographe  distingue  ainsi  parfaitement  des 


Cl)  Dipldme  dans  le  g'1  cart.  , t 1 , p.  Ua. 


monasteres , pour  lui  la  chose  princip&le  , le  ch&teau-fort, 
dont  it  n’aurait  pas  parle  en  cette  circonstance  , si  sa 
construction  sur  unc  motte  elevee  , n’avait  pas  permis 
d’apercevoir  le  combat  ou  moins  aussi  bien  que  du  mo- 
nasiere  d’en  haut  lui-mgme.  Cet  auteur  presque  contem- 
porain,  fait  ensuite  voir  lea  Normands  se  dirigeant  vers 
Sithiu  ; si  comme  I’auteur  des  annales  vedastines  il  ne  se 
sert  pas  du  mot  monasterium  au  lieu  de  celui  d'oppidum 
employe  dans  la  chronique  des  Normands,  pour  indiquer  le 
lieu  ou  les  ennemis  voulaient  arriver , c’est  qu’il  desire 
opposer  a la  force  du  ch&teau , la  faiblesse  dc  resistance 
du  monastfere  et  du  bourg  d’en  haut.  Les  Normands 
accourent  vers  le  ch&teau  : cursuque  concito  caslellum  ten - 
denies , avec  I’intention  de  donner  un  dur  assaut  a ceux 
qui  etaicnt  dedans  : dira  inpugnatione  caste  llanos  incessere\ 
ils  connaissoient  done  les  moyens  de  resistance  qu’offrait  le 
chateau,  et  cependant  ils  arrivent  comme  s’ils  devaient  s’era- 
parer  a la  premiere  attaque  de  la  munitiuncula , cYst-a-dire  du 
bourg  et  du  monast^re  faiblement  fortifies  alors  : tanquam 
primo  impetu  muniliunculam  capturi ; comme  s’ils  devaient 
s’emparer  a la  premiere  attaque  , dit  une  seconde  fois  le 
meme  auteur  , de  la  munitiuncula  faible  et  peu  garnie 
d’babitants : pro  lenuilale  seu  paucitate  inabitantium ; il 
oppose  ici  le  nom  d’habitants  a celui  de  ch&telains  donne  a 
ceux  qui  defendaient  la  forleresse.  L’hagiographe  ajoute  que 
les  cavaliers  s’attaquerent  au  lieu  naturellement  defendu  , 
c’esl-a  -dire  ou  monastere  d’en  bas  : ad  locum  naturaliler 
munitum , scilicet  Sil  Bertini  piissimi  suorum  protettoris  ; 
que  les  pie'tons  avec  les  plus  agiles  des  cavaliers  se  por- 
terent  sur  la  forteresse  : ad  castelli  munilioncm . Il  montre 
ensuite  les  chefs  Normands  deliberant  dans  I’eglise  de 
St^Bertin  sur  1’attaque  du  cb&teau  : super  castelli  cap - 
tione ; puis  il  les  fait  voir  elablis  , les  uns  autour  du 
eh&teau  , les  autres  sous  des  tentes  et  dans  les  prairies : 


— 182  — 

rive  circa  casiellum  seu  in  tabernaculis  vel  in  patents 
constitute 

Voili  le  casiellum  distingu6  primitivement  et  sans  aucun 
donte  du  monastire  et  du  bourg  d’en  bas.  Sa  separation 
du  monast&re  et  du  bourg  d’en  haul  me  parait  aussi  deja 
bien  indiquee;  voyons  cependant  pour  Tetablir  encore  davan- 
tage.  Le  casiellum  est  en  general  moins  distinct  du  mo* 
nast&re  de  St-Omer  et  du  bourg  voisin,  dans  les  recits  de 
nos  deux  auteurs , par  le  motif  que  le  monastfere  d’en 
haul  surtout  et  d’abord  (1),  et  le  bourg  qui  le  touchait, 
re^urent  en  premier  des  fortifications  et  que  le  chateau 
situeprfesde  ce  monastic  concourait  a sa  defense  en  Fab- 
sorbant  quelquefois  dans  son  appellation.  L’hagiographe 
fait  voir  le  monastic  de  St-Omer  entoure  h&tiveraent 
d’une  Elevation  de  terre  et  de  gazons  garnie  de  pieux  , 
faite  avec  assez  d’art  et  de  solidite  : circa  monasterium 
eximii  presulis  audomari , fusle,  gleba  ei  cespile  sicut  arii - 
ficiosisrime  ila  et  jam  firmissime  conslruclam ; elle  ne 
formait  toutefois  qu’une  fortification  de  peu  d’importance : 
muniiiunculam  paupere  proh  dolor  sumplu  parvoque  licet 
frenno  incolarum  comitatu  faclam  (2).  Cela  ne  constituait 
pas  un  ch&teau  , une  forteresse  veritable  ; e’etait  la  tnuni- 
tiuncula  que  les  Normands  avaient  espere  emporter  au 
premier  assaut.  Aussitdt  qu’on  apercoit  les  ennemis  , dit 


(1)  Ces  mots  ; need  am  locum  hunc  aliqua  castelU  vel  valil 
defensabat  munitio  ei  ideo  magis  hue  perfaeilis  mimicorum  irrupil 
incursio  sont  uoe  interpretation  d’un  auteur  du  XI*  siecle  t et’s’ap- 
piiquent  a la  premiere  invasion  des  Normands  et  au  bourg  d'en  baut 
qui  n*avait  pas  encore  de  fortifications  , et  se  trouvait  alors  placd 
h one  certaine  distance  du  chdteau. 

(2)  Dom  de  Whitte , dans  la  vie  miraculeose  de  Monsieor  Saint 
Folquin  , p.  13  et  59  , parait  attribuer  k Sithiu  dans  son  ensemble, 
la  fortification  formee  de  murailles  de  pieux  et  de  gazons. 


— 183  — 


I’hagiographe  , les  habitants  les  premiers  prtts,  montent 
avec  de  tr&s- bonnes  armes  sur  le  mur  qui , pris  ici  d’une 
maniere*  generate  , exprime  tout  a la  fois  le  mur  du  cas- 
tellum  et  celui  de  la  munUiuncula  : murumque  prodnus 
optimis  ut  mos  incolarum  regionis  cst  armis  preparati  com - 
cendenies ; en  meme  temps  its  garnissent  la  forteresse 
d’instruments  prepares  pour  la  defense  : una  cum  prius 
preparatis  bellicis  instrumentis  munitis&ime  arccm  vestie - 
runt . S’il  ne  s’etait  pas  8gi  d’une  forteresse  distincte  et 
sur  laquelle  on  comptait  specialeraent  pour  la  defense  , 
I’auteur  n’aurait  sans  doute  pas  change  ses  expressions 
ordinaires.  11  avait  son  appellation  de  munitiuncula , il 
avail  celle  de  castellum ; il  les  change  parce  qu’aucune 
des  deux  ne  pouvait  , dans  la  circonstance  presente , 
indiquer  sans  confusion  le  chateau-fort  pris  isolement.  Le 
chateau-fort  c’etait  la  ressource  , le  refuge  des  habitants 
de  Sitbiu  contre  les  attaques  de  leurs  ennemis  dont  on 
prevoyait  le  retour.  C’eiait  sur  lui  que  s’appuyait  le  mo* 
nastere  de  St-Omer  et  avec  son  aide  qu’en  I’annee  880, 
Teglise  de  St-Omer  avait  pu  resister  aux  ennemis , nous 
disent  les  annales  de  St-Vaast  et  des  Normends  , lorsque 
les  deux  bourgs  furent  envaliis  et  livres  aux  flammes  (1). 
Il  etait  urgent  qu'il  fut  en  parfait  eiat  de  defense  , aussi 
les  religieux  se  servirent-ils  de  rintervenlion  de  Ieur  saint 
patron  pour  decider  les  habitants  a augmenter  ses  forti* 
fications.  On  attendait  trop  prochainement  les  Normands 
pour  que  les  habitants  peu  nombreux  cussent  le  temps 
de  fortifier  suffisamment  le  bourg  entier  ; le  Custos  Herric 
parle  aux  habitants  au  nom  de  Saint  Omer  ; il  les  sollicite 
de  travailler  jour  et  nuit  pour  accroitre  le  chateau  : 
arccm  die  nocluque  firmarc . 

Voila  done  tous  les  documents  d’accord  pour  etablir 


(!)  Voir  ci-devant , p.  120. 


— <84  — 

des  distinctions  rcelles  enlre  les  dlverses  parlies  du  Stlluu 
colleclif. 

Un  ch&teau-fort  d’ubord  , une  fortification  da  monastere 
d’en  haul  , etendue  imparfaitement  au  bourg  voisio  ; une 
defense  naturelle  pour  Ic  monastere  d’en  bas  , puis  {'ex- 
tension rcstee  incomplete  du  mur  du  chateau  autour  de  ce 
dernier  monastere  et  du  bourg  pose  aupres  de  lui  ; augmen- 
tation ensuite  des  fortifications  du  chateau,  du  monastere  et  da 
bourg  de  St>Omer;  enfin  complement  des  travaux  de  de- 
fense par  la  continuation  des  murs  du  ch&leau  autour  des 
deux  monasteres,  pour  former  un  tout,  et  par  expression 
extensive  , un  caslellum  ou  mieux  un  oppidum . 

Quelques  reflexions  vont  completer  les  motifs  qui  rai- 
litent  en  faveur  de  I’anciennete  du  chateau  de  St-Omer. 
D’abord  , ce  chateau  ne  pouvait  Sire  repris  dans  la  charte 
d’Adroald  pour  plusieurs  motifs;  le  premier,  e’est  qu’il  n’est  ja- 
mais sorti  des  mains  du  proprielaire  seculier,  devenu  chatelain 
el  seigneur  dominant  du  territoirc  dc  St-Omer ; seconde- 
ment , e’est  que  s’il  avail  et6  donne  a Audomar,  il  serait  reste 
attache  au  monastere  d’en  haut  et  n’aurait  pas  ete  octroye 
avec  la  villa  Sithiu  a St-Bertin.  Le  chateau  apparait 
corarae  distinct  de  la  ville  elle-mt*me , sous  (’expression 
de  caslellum , d&s  (’instant  meme  ou  l’histoire  de  notre 
ville  se  developpe  et  fournit  quelques  details.  S’il  n’avait 
pas  existe  avant  I’arrivee  du  Saint  qui  a donne  son  nom 
a la  ville  , a quelle  epoque  pourroit-on  faire  remonter 
son  etahiissement  sans  que  les  historiens  en  aient  parle? 
Devrait-il  avoir  ete  construit  en  m£me  temps  que  les 
autres  fortifications  de  la  ville  pour  n’en  Sire  qu’une 
partie  plus  ou  moins  principale?  Avant  rinvention  de  la 
poudre  a canon  , une  butte  elevee  en  guise  de  cavalier , 
ne  pouvait  guere  avoir  d’utilite  qu’a  la  condition  d’etre 
isolee  et  entource  de  fortifications  de  tous  les  cdtes.  En 
la  regardant  comme  conteinporaine  des  fortifications  gene- 


— <85  — 

rales  , ce  seralt  done  toujours  un  ch&teau-fort  veritable 
que  Fon  aurail  dft  faire.  Alors  , Ie  monastfere  d’en  haut 
existait  avec  son  eglise,  dont  la  toor  dominait  necessaire- 
ment  la  butte  chatelaine  qui  Favoisine  et  qui  n’est  pas 
beaucoup  plus  clevee  que  le  terrain  sur  lequel  le  monas- 
tere  etait  etabli.  Dans  cette  position  des  choses,  il  eut  et< 
absurde  de  construire  un  ch&teau  dans  un  lieu  ainsi 
domine  ; le  ch&teau  ne  peut  done  &tre  posterieur  It  Feglise. 
D’un  autre  cdte  on  a dit  desirer  pour  le  monastere,  le 
voisinage  d'une  forteresse , car  il  n’etait  pas,  comme  celut 
d’en  bas , naturellement  fortifie ; ce  rtionaslfere  doit  done 
£tre  posterieur  au  ch&teau  et  avoir  ete  place  sous  sa  pro- 
tection ; Fetal  des  lieux  dit  tout  cela.  Des  considerations 
de  m£me  nature  s’elfevent  contre  la  pensee  de  faire  de 
la  butte  de  St-Orner  une  simple  molte  feoJale  elevee 
pour  y poser  au  moyen-age  la  denneure  seigneuriale  du 
ch&telain.  Dans  cette  hypothese,  une  nouveile  difficult^  nai- 
trait  encore  des  dispositions  topographiques.  La  seigneurie 
immediate  de  la  mode  ch&telaine  est  bornee  a la  butte  elle- 
m£me  •,  elle  est  resserree  de  tous  cdtes  par  une  autre 
seigneurie  et  par  l’enclos  des  chanoines  qui  a ei£  detache  de 
cette  seigneurie.  Un  seigneur  suzerain  , un  ch&teloin  n’eut 
certes  pas  pose  sa  motle  dons  des  conditions  aussi  defavo- 
rabies  ; il  n’a  du  se  resigner  a y demeurer,  que  parce  que  le 
chateau,  construit  dans  d’autres  conditions  par  une  puis- 
sance qui  ne  s’inquietait  gueres  des  droits  des  proprie- 
taires  , exislait  de  temps  immemorial  et  representait  tradi- 
tionnellement  la  souverainele  dans  ie  pays. 

NOTE  C. 

M.  Wallet  qui  dans  sa  description  de  Fancienne  abbaye 
de  St-Bertin , p.  14  , a donne  de  bonnes  indications  de 
Pantiquite  de  File  de  Sithiu  , s’exprirae  ainsi  : Vancien 
court  de  I'Aa  fat  Ug&remenl  altirt  par  Vabbi  Odland  9 
lorsqu'tl  dirim  une  portion  de$  eaux  de  cede  riviire  pour 

U 


— 186  — 

former  , sous  le  nom  de  haute  Meldick  , le  bief  supirieur 
des  moulins  d' Argues , Ce  lie  fut  pas  une  derivation  posi- 
tive qui  eut  ’alors  lieu  , sans  cela  le  cours  de  l’Aa  eut 
ete  plus  que  Iegerement  altere  *,  ce  fut  une  direction  meil- 
leure  et  plus  reguliere  donnee  a une  branche  existante 
de  PAa  , un  approfondissement  de  lit  , un  exhaussement 
de  sol  et  de  digues  pour  contenir  dans  des  limites  fixes, 
dans  des  boroes  regulieres  , Pembranchement  de  la  haute 
Meldick  (1),  qui  existait  depuis  des  siecles  sans  cours 
regie , s’epanchant  dans  la  campagne  et  ayant  forme  les 
marais  de  St-Omer,  de  St-Roch  , du  Cceur-Joyeux  et  de  la 
Magdelaine  , longtemps  nommes  collect ivement  le  Brule. 

Le  point  de  separation  de  la  branche  de  I’Aa  nominee 
la  haute  Meldick  , a lieu  au  territoire  de  Blendecques  , 
a Pendroit  ou  etaient  jadis  les  moulins  du  Hamel , dont 
les  revenus  furent  affectes,  au  I2e  sifccle  , d Vceuvre  eld 
la  reparation  de  Viglise  de  St-Omer  , moulins  qui  furent 
achetes  en  1263  , au  chapitre  de  St-Omer  , par  Pabboye 
de  St-Bertin  (2).  La  baute  Meldick  courait  immediate- 
raent  sur  une  seigneurie  (3)  aussi  completement  etran- 
gere  au  monastere  de  St-Bertin  , que  l’etait  d’abord 

entifcreraent  la  terre  du  Hamel  en  Blendecques  (4).  En  quit- 
tant  cette  seigneurie  , et  seulement  alors  , elle  atteignait 

(1)  Meuledick , digues  du  moulin , selon  les  archives  du  genie. 

Une  piece  insdree  dans  le  grand  cartulaire  de  St-Bertin  parle  en 

Pannde  1424  , de  la  riviere  coulant  a Arques  nominee  la  Moelendic. 

(2)  Archives  de  Tex-chapitre  et  grand  cart,  de  St-Bertin. 

(3)  Cette  seigneurie  nommde  la  vicomld  de  Bilques  en  Blen- 

decques , 8’diendait  le  long  de  la  haute  Meldick  , a parlir  du  Hamel 
concentre  a la  naissance  de  l’embranchement  , jusqu'uu  territoire 
d’Arques  vers  le  Havelt . ( Mes  papiers  de  families  , partages  ). 

(4)  Dans  les  comptes  des  rentes  de  la  maladrerie , pour  Tanode 
1416,  on  voit  cette  phrase:  Monsieur  de  Rabodenghes , seigneur 
de  Bilques  , d sa  recelte  du  Hamel  en  Bleudecque. 


— 187  — 

le  territoire  d’Arques,  propriete  de  St-Bertin  d ks  les  pre- 
miers temps  de  cette  abbaye  , depuis  la  donation  da 
Comte  Walbert  au  premier  abbe  , a Saint  Berlin  lui- 
meme.  Ainsi  done  pour  6tablir  une  derivation  veritable  9 
pour  creer  une  branebe  nouvelle  a la  riviere  d’Aa  , Tabb6 
Odland  , fondateur  des  moulins  d’Arques  , aurait  dft  Taller 
cbercher  sur  une  propriete  qui  n’etait  pas  a lui  et  la 
faire  passer  sur  une  autre  propriete  qui  n’appartenait  pas 
davantage  a son  monastfcre.  Cela  eut  die  sans  doute  im- 
possible oa  au  moins  tres-difficile. 

Comme  preuve  qu’avant  les  travaux  de  Tabbe  Odland  y 
TAa  possedait  deux  branches  importantes  dont  Tune  Ion- 
geait  les  hauteurs  de  la  garenne  d’Arques  sans  limites 
fixes  , surtout  lorsqu’elle  avait  quitte  le  pied  de  ces  hau- 
teurs  , qu’alors  en  suivant  a peu  pres  la  direction  de  la 
grande  route  de  St-Omer  a Arques  , dans  sa  partie  voisine 
de  ce  village,  elle  formait  les  roarais  de  la  Magdeloine  ou  du 
Brule  et  quelques  autres  entre  Arques  et  St-Mommelin  , on 
peut  citer  les  traces  irrecusables  de  son  passage.  Des  travaux 
profonds  ont  mis  k nu  , en  plusieurs  endroits  , et  notam- 
ment  aux  lieux  norames  St-Roch  et  le  Catur-Joyeux  , tout 
ce  qui  compose  le  fond  , le  lit  des  eaux  courantes  , re- 
convert de  terre  depuis  des  si&cles  (1). 

NOTE  D. 

L’association  communale  de  St-Omer,  est  prouvee  dfes 
le  milieu  du  lle  siecle  et  successivement  depuis.  La 

(1)  Le  lieu  nommd  St -Roth  , ou  a dtd  tronvd  anssi  de  nombreiises 
obstructions  de  Ires  forte  dimension , semble  dtre  celoi  ou  etaii 
silude  la,  premiere  Ladrerie  qu'eut  la  ville  de  St-Omer.  L*dgli§e  de 
cette  Ladrerie  est  indiqude  a cette  position , par  une  phrase  d*un 
dipIAme  de  l'annde  1247  : per  magnam  stratam  publicam  ante  eccle- 
siambeales  Maria  Magdalen m versus  Arkes . (G*  cart.  t.  3,  p.  $1,  etc. 


comtfssc  Mahout  , en  fannee  1324  , assure  avoir  vu  le 
seel  de  la  communaute  de  la  ville  de  St-Omer  9 de  I'annee 
1052.  Robert  le  Barbu  a donne  vers  1072  , des  proprietes 
considerables  aux  bourgeois  de  St-Omer , dit  la  eharte 
de  1127  \ eeux-ci  formaient  done  alors  un  corps  apte  a 
receyoir  et  a posseder. 

L’existence  de  la  banlieue  de  St-Omer  , ne  peut  remonter 
aussi  loin  que  celle  de  la  communaute  bourgeoise.  II  est 
niateriellemont  impossible  que  (a  banlieue  ait  ete  etablie 
event  la  donation  de  Fannie  1072  , qui  comprenait  des 
terrains  fort  etendus  tout  «autour  de  la  ville  , en  bois  , 
marois  , pres  et  bruyferes.  Ces  terrains  etaient  la  propriete 
du  comte  de  Flandre  , puisqu’il  les  oclroye  lui-mlme 
directement , non  a tons  les  habitants  , mais  aux  seuls 
bourgeois  , a ceux  qui  avaient  jure  la  commune  , ce  qui 
etait  alors  bien  different  •,  ces  terrains  ne  parent  lire 
soumis  a la  juridiction  des  bourgeois  aussi  longtemps  qu’ils 
furent  entre  les  mains  du  souverain  , et  sans  eux  aucune 
banlieue  n’etait  possible.  Une  indication  positive  que  la 
banlieue  fut  oprls  coup  * el  arbitral rement  formee  , existe 
dans  ce  fait  qu’elle  coupait  plusieurs  seigneuries  qui  se 
trouvaient  ainsi  en  dedans  et  en  dehors  de  la  banlieue 
et  sous  I’einpire  de  dominations  differentes.  Les  seigneu- 
ries de  Burques  et  de  Biiquenes  et  quelques  autres  etaient 
dans  ce  cas.  Une  semblable  indication  ressort  des 
droits  de  seignetirie,  longtemps  possedes  dans  la  banlieue, 
par  le  cb&teluin  de  St-Omer  , ct  des  luttes  que  le  magistrat 
eut  a soutenir  pour  etablir  sa  juridiction  d’abord  legitime- 
roent  contestee.  Des  droits  longtemps  progressifs  furent 
reconnus  dans  la  banlieue , au  magistrat  par  le  Sou- 
verain lui-mlme , qui  lui  ceda  de  plus  en  plus  les 
siens,  en  le  mettont  en  son  lieu  et  place,  par  une  espece 
de  delegation.  II  faut , du  reste  , descendre  jusqu’a  I’annee 
1168  y pour  voir  la  premiere  mention  de  la  banlieue  de 


St-Omer.  La  chnrte  on  keure  de  1127  n’en  tnontre  pas 
le  nom  5 des  privileges  y sont  donnes  aux  individus  qul 
font  panic  de  la  ghilde  , pourvu  qn’ils  habitent  dans 
I'enceinte  de  la  ville  : omnes  qui  gildam  eorum  habent  , 
et  ad  ilium  pertinent  et  infra  eingulam  villa  suce  moment. 
Les  exemptions  qu’elle  accorde,  sont  pour  ceux  qui  demeurent 
ou  demeureront  dans  les  murs  de  St-Omer  : omnes  qui  infra 
murum  S11  Audomari  habitant , et  deinceps  sunt  habitaturi , 
liberos  d cavagio . 

C’est  la  charte  de  1168,  appcI6e  le  grand  privilige , 
qui  niontre,  pour  la  premiere  Jois,  I’existence  d’une  ban- 
iieue  a St-Omer.  Bien  loin  de  la  confondre  avec  la  vtlle, 
elle  distingue  soigneusement  l "infra  hannileugam  , de  Vinfra 
eingulam  et  de  Vinfra  villam  ; les  peines  sont  plus  sevires 
pour  les  coups  porlcs  dans  la  ville  que  dans  la  banlieue. 
Aucune  confusion  n’existe  pour  deux  choscs  si  positive- 
ment  distinctes  a toutes  les  6poques , et  que  Ton  a si 
malheureusement  confondues  , sans  avoir  egard  a la  vraie 
signification  des  documents  nombreux  qjui  depuis  1168  y 
parlent  de  la  banlieue  *,  sans  avoir  egard  a Tesprit  de 
l’organisation  feodale  qui  placait  partout  un  seigneur  et 
des  vassaux  , et  par  assimilation  des  communautes  bour- 
geoises seigneuriales  et  des  hommes  sous  leur  jnridiction. 
II  pouvait  y avoir  , i!  devait  meme  y avoir  des  bour- 
geois demeurant  dans  la  banlieue  , mais  e’etait  par  ex- 
ceptions ; la  corporation  bourgeoise  habitait  en  principe 
intra-muros , comrne  le  seigneur  d’une  terre  demeurait  en 
principe  dans  son  ch&leau  situe  sur  la  motte  feodale  d’ou 
dependait  sa  terre. 


NOTE  L 

Je  range  parmi  les  fiefs  infevtawa  et  de  creation  poa- 
terieure  a retablissement  communal  a St-Omer,  les  suivants  : 

Le  fief  d'Esquerdes ; cette  appellation  indique  me  creation 


— 190  — 

f&odale  peu  ancienne , en  faveur  d'un  seigneur  de  ce 
nom  dont  [’influence  fut  sans  doute  ossez  grande  dans 
la  ville  de  St-Omer.  Le  25  aout  1598  , ic  Magistrate 
chef  sup^rieur,  admet  en  qualite  d 'Amman  Jean  Artzenie  , 
sur  la  nomination  faite  par  Guislain  de  Fiennes  , vicomte 
de  Fruges  , Baron  d’Eulle  , seigneur  d’Esquerdes.  Ce  fief 
etait  probabiement  une  espfece  de  refuge. 

Le  fief  de  Clarques  etait  etabli  sur  une  maison  qui 
suivait  tou jours  le  sort  de  la  seigneurie  formee  par  le 
village  de  ce  nom. 

Le  fief  de  Meling ; le  22  juin  1594  , Jean  Gazet  se 
constitua  caution  de  David  Mercier , Amman  du  fief  de 
Meling , appartenant  au  chapitre. 

Les  fiefs  de  la  Heuzerie  , de  VEscucherie  , du  Pot  ou 
de  la  P oiler ie  i de  la  Heaulmerie , de  VIsel.  En  1604  , 
le  magistrat  nomme  a I’Ammanie des  fiefs  appartenant  au 
sieur  de  la  Chaussee  , nommes  de  la  Heuserie  , de  VEscu- 
eherie  , du  Pol  et  de.  VIsel.  Le  2 decerabre  1598  , Pierre 
Leroy  est  admis  par  le  magistrat  en  qualite  d\4mman  de 
la  Heuzerie  , Pollerie  et  Heaulmerie  , suivant  le  pouvoir 
recu  par  lui,  du  sieur  de  la  Chaussee,  a cause  de  sa  femme  , 
Antoinette  de  Crequy.  Ce  sont  la  des  fiefs  de  rues.  Jehan 
Bournel  pour  ung  fief  gisant  en  la  rue  de  VEscucerie , en 
1475  , etait  taxe  a (rots  combaUans  d pied.  ( Les  fiefs  et 
arriere-fiefs  tenus  du  chateau  de  St-Omer  ). 

Le  fief  de  Robeeques.  En  1618  , Francois  de  Montmo- 
rency , seigneur  de  Robeeques  , commet  Jean  Roussel  A 
l’ammanie  de  son  fief , vacanie  par  la  mort  de  Jean  Tite- 
louze.  Le  magistrat  prononce  l’admission.  Ce  fief  est  de 
l’espfece  de  celui  d’Esquerdes. 

Le  fief  de  Mesmes . En  1600  environ  , Aleaume  de 
Noeufrue  apparait  pour  son  fief  dc  Mesmes  , gisant  au 


— m — 

Brule , term  du  cb&teau  de  St-Omer  , dont  il  doibi  it 
recognoissance  par  an  au  terme  de  Noel , tin  chappon . 

Le  fief  de  Coubronne.  Le  17  deeembre  1618,  Gilles  de 
Halle  est  admis  en  qualite  d’Amman  de  Coubronne  , par 
pouvoir  donne  par  Robert  de  Lens , seigneur  de  Blen- 
decques,  Hallines  , Coubronne.  Ce  fief  s'etendait  sur  cer- 
taines  maisons  aux  environs  de  la  rue  Boulizienne  ; il 
est  dans  l’esp&ce  de  ceux  d’Esquerdes  et  de  Robecques* 

Plusieurs  maisons  situees  a St-Omer  sont  reprises  sous 
le  litre  de  fiefs,  dans  le  manuscrit  original  intitule  : Let 
fiefs  et  arrtirc-fiefs  , 1475. 

Plusieurs  petiis  fiefs  etaicnt  possedes  par  le  cbapitre  de 
St-Oraer  el  par  Tabbaye  de  Sl-Bertin  , par  dons  et  acqui* 
sitions;  ces  corps  ecclesiasliques  avaient  leurs  Ammam  qui 
seuls  pouvaient  instruments  ( Voir  le  gd  cart.  5 les  re- 
gistres  capitulaires , et  ci-devant  p.  150). 

NOTE  F. 

La  veritable  origine  de  la  ville  . de  St-Omer  est  bleu 
differente  de  celle  qu’un  auteur  beige  assez  moderne  a voulu 
lui  trouver.  Scion  M.  Degrave,  dans  sa  Republique  de$ 
Champs- Elistes  ou  monde  ancien  , St-Omer  sous  le  nom 
de  Situn  , Silhiu  , ou  tout  autre  a peu  pres  semblable  , 
signifiant  dune  ou  barriere  de  la  mer  , aurait  £te  une  an- 
tique ville  maritime  siluee , non  a 1’extremite  du  monde 
connu  des  anciens  , mais  au  eontraire  dans  un  pays 
erainemment  historique ; Vex tremique  hominum  Morini , de 
Virgile  , et  la  terra  Morinorum  situ  orbis  extrema , de 
St< Paulin,  et  les  autres  phrases  analogues  de  divers  auteurs, 
seraient  des  expressions  d’erreur  et  d’ignorance. 

Sitbiu  , dans  son  exuberance  de  population  , aurait  en- 
voye  des  colonies  par  toute  la  terre.  Les  Sithoniens  y 
enfants  des  Morins  de  Sithiu  , seraient  avec  les  Afor«-> 


— m — 

tiens  j leurs  frfcres  , non-seulement  Ics  ancelres  des  Siihonet 
de  Suede , de  Norwfcge  et  d’Islande , inais  ils  auraient 
porte  leurs  moeurs  ct  tears  coutumcs  chez  les  Thraces , 
ou  selon  Ptine  et  Solin  , naquit  Orphee  ; ils  auraient 
subjugue  l*i!e  de  Chypre,  a p pc  lee  Citium  par  Flavius  Joseph, 
et  lui  auraient  impose  leur  nom.  En  un  mot  Sithiu  aurait 
eu  la  preeminence  parmi  les  cites  les  plus  celebres  des 
Allantes , des  peuples  hyperboreens  et  des  habitants  des 
Champs-Elisees , denominations  diverses  indiquant  une  seule 
et  meme  nation.  Visile  par  Menelas , dans  un  de  ses 
voyages  , le  vieux  ch&leau  de  .Sithiu  aurait  ete  l’ecueil  des 
mers  , connu  sous  le  nom  de  Scylla , et  Charybde  se 
serait  trouve  dans  son  voisinoge. 

Par  la  puissance  d’une  imagination  erudite  autant  que 
hardie  , Sithiu  est  ainsi  , tout-a-coup  , pose  sur  ('important 
coin  du  monde  qui  a servi  de  the&tre  a quelques-unes 
des  principalcs  scenes  de  l’HIiade  et  de  1’Odyssee.  Nos 
regions  hyperboreennes  parfaitement  connues  des  plus  on- 
ciens  peuples  civilises  , auraient  he  frequentees  et  recher- 
chees  par  eux.  Les  habitants  de  Sithiu  auraient  marche  a 
la  tSte  des  idees  les  plus  avancees  ils  auraient  ete  la 
source  d'ou  les  ruisseaux  de  la  civilisation  se  sonl  repandus 
dans  toutes  les  directions.  Chez  les  Hyperboreens  seraient 
nes  les  genies  les  plus  sublimes  de  I’untiquite.  Homere, 
ce  chontre  immortel  des  heros  grecs  ; aurait  vu  le  jour 
sur  les  bords  de  I'Aa  , et  le  nom  moderne  de  noire  ville 
lui  aurait  ete  donne  en  souvenir  de  sa  naissance.  Hesiode 
serait  aussi  ne  cbez  les  vertucux  Elyseens  qui,  selou  Saint 
piement  d'Alexandrie  et  d'autres  savants , formaient  un 
people  %de  sages.  II  n’est  pas  besoin  de  combattre  ces  dires, 
Phistoire  vraie  et  I’archeologie  les  detruisent  completement. 


LECTURE  ET  PUBLICATION 

D’UN  PLACARD 

DE  CHARLES— QUINT 

A LA  BRETECQUE  DE  LA  MAISON  ROYALE  DE 
SAINT-OMER  , EN  L’AN  DE  GRACE  MIL 
CINQ  CENT  TRENTE-ET-UN. 

TABLEAU  DE  MOECRS 

A SAXJfT’OXXB.  XT  » ARTCU 

AU  SBIZltME  SltCLB. 


U 


LECTURE  1ST  PUBLICATION 

DE  CHARLES-QEINT 

A LA  1RETECQCE  DE  LA  MAISON  ROYALE  DE  SAUrr-O^ER  j 
EN  L’AN  DE  GRACE  ML  CINQ  CEBIT  TRENT  E-BT-C1U 


TABLEAU  BE  MOEU&g 

A SAINT-OMER  ET  EN  ARTOIS 

AC  SE1ZI&ME  SIECLE  , 

PAR  M.  COURTOIS , SECRETAIRE-ARCHIVISTS . 
( Lu  d la  tianee  tolennelle  du  7 Fierier  1848  )• 


La  ville  de  St-Omer  possedait  encore,  il  y a 
deux  siecles , sur  la  Place  Royale  qu’on  appelait 
le  Grand  Marches,  une  maison  de  fort  chltive 
apparence.  Elle  consistait  en  deux  petites  places , 
l’une  au  rez-de-chaussee , dite  la  ehambre  batse , 
et  1' autre , au  premier  , dite  la  ehambre  haute . 


— <96  — 

Cette  itiaison  , sans  contredit , l’une  des  plus 
anciennes  de  notre  cite , se  trouvait , au  dix-sep- 
ti&me  siecle , dans  un  tel  etat  de  delabrement  et 
de  veluste  et , pour  nous  servir  des  termes  memes 
d’une  requete  adressee  alors  a ce  sujet  au  Roi 
d'Espagne , en  sa  qualite  de  Comte  d’ Artois , « le 
» comble  de  celte  maison  et  le  maistre  sommier 
» qui  en  traversait  le  grenier , au-dessus  de  la 
» chambre  haute , £tait  tellement  caduques  de 
» vieillesse  et  pourriture  qu’il  y avait  peril  immi- 
» nent  d’y  6tre  accable  par  leur  cheute  , coinme 
» il  aurait  deja  pu  estre  arrive , si  le  dit  sommier 
» n’avait  ete  appuye  d’une  pieche  de  bois.  » (1). 

Une  pareille  masure  n’etait  guere  digne  assure- 
ment  de  figurer  parmi  les  monuments  publics 
d’une  ville  aussi  importante  que  1’etait  alors  St- 
Omer.  Cependant  elle  portait  un  nom  , elle  avait 
une  destination  qui  contrastaient  singulierement  avec 
son  miserable  aspect.  C’etait  la  ce  qu’on  appelait 
la  Maison  Royale  ; c’etait  lk  , comme  le  porte 
encore  la  requete  que  je  viens  de  citer  que , depuis 
un  temps  immemorial,  les  officiers  du  bailliage, 
assistes  des  hommes  de  fief  ou  francs  hommes, 
« administraient  la  police  et  justice  a un  chacun, 
» tant  pour  le  fait  du  domaine  que  des  particu- 
» liers  et  inhabitants  de  la  dite  ville  et  bailliage.  » 
C’etait  la  enfm , dans  la  chambre  haute  , que  du 
haut  d’une  espece  dc  tribune  qui  s’avan$ait  en 
saillie  sur  la  facade  et  qui  etait  au  bailliage  ce 


— 197  - 

qu  etait  la  bretecque  a l’hotel-de-ville  « se  publiaierit 

• les  placards  et  edits  des  Souverains  et  se  pro- 

• nonchaient  les  sentences  des  criminels  et  con- 
» damnes.  » 

Ce  ne  fut  qu’en  1661  , a la  suite  de  cctte  re- 
quete,  que  Philippe  IV  autorisa  les  officiers  du 
bailliage  a vendre  cette  maison  pour  en  acheter 
une  autre , dite  l A ne  Royez , sur  l’emplacement 
de  laquelle  a et6  conslruit  depuis  l’ancien  bailliage 
aujourd’hui  1c  musee. 

La  Maison  Royale  avail  ete  rebatie  trois  cent 
quarante  ans  auparavant,  en  1321.  C’est  du  moins 
ce  que  semblent  prouver  les  comptes  et  rccettes  des 
baillis  de  St-Omer  a cette  date.  Nous  y voyons  en 
effet  portes  en  compte  le  prix  des  materiaux  et  les 
journees  des  ouvriers  magons  et  cbarpentiers  qui 
furent  employes , selon  l’expression  du  temps , 
« pour  la  justiche  de  St-Omer  qui  etoit  vieille  par 
» pourriture  faire  et  appareiller  de  nouvel.  » (2). 

Cette  vieille  justice , comroe  l’appelaient  si  nai- 
vement  les  Audomarois  du  quatorzieme  siecle,  etait 
un  peu  moins  delabree  au  seizieme  que  du  temps 
de  Philippe  IV.  Elle  etait  toujours  le  siege  du 
bailliage.  C’etait  tout  a la  fois  ce  qu’on  aurait 
appele  dans  les  temps  plus  modernes  le  palais 
de  justice  et  l’hotel  du  gouveruement. 

Le  lundi  15  novembre  1531,  les  abords  de  la 
Maison  Royale  etaient  obstrues  par  une  foule  assez 


— 498 


nombreuse  qai  stationnait  sur  le  grand  marche  en 
face  de  la  bretecque  de  cette  chambre  haute  d’ou 
imanaient , h cette  epoque  , ainsi  qu’on  vient  de 
le  dire  , les  oracles  de  la  justice  et  de  1’adminis- 
tration  du  pays.  Cette  foule  se  composait  des  ha- 
bitants de  la  ville  de  toutes  les  classes  et  de  toutes 
les  conditions,  et  se  divisait  en  plusieurs  groupes 
que  paraissaient  agiter  differeutes  passions , diffe- 
’ rents  interns , mais  qui  tous , dans  l’attente  de 
ce  qui  allait  se  passer  , se  reunissaient  dans  un 
sentiment  coinmun,  celui  d’une  vive  et  impaliente 
curiosite. 

Cette  fois  ce  n’etait  pas  , coniine  cela  arrivait 
le  plus  souvent,  1’emotion  d’une  condamnation  a 
mort  ou  le  spectacle  d’une  sanglantc  execution  qui 
avait  attire  la  multitude.  On  ne  voyait  nulle  part 
en  effet , sur  le  grand  marche,  se  dresser  ce  fatal 
bucher  ou  lant  de  malheureux  furent  impitoyable- 
menl  livres  aux  flammes  apres  avoir  ete  prealable- 
ment  ecarteles.  La  potence  meme  de  M.  le  bailli, 
avec  sa  fourche  a trois  piliers,  aussi  bien  que  sa 
soeur , la  potence  rivale  du  Magistrat , se  tenaient 
la  a l’ecart  avec  leur  air  sombre  et  sinistre,  sans 
fixer  en  aucune  maniere  l’attention  de  la  foule , 
preuve  certaine  qu’il  ne  s’agissait  meme  pas  du 
spectacle  fort  ordinaire  d’une  simple  pendaison. 

Toutefois  , soil  dit  en  passant , ce  dernier  genre 
d’execution  , tout  classique  qu’il  etait , ne  laissait 
pas  que  d’attirer  quelquefois  aussi  la  foule  des 


— 199  — 


eurieux  , comme  ceia  eat  lieu  notamment  eu  1 321 , 
lors  du  supplice  de  Pierrin  Prest,  dont  l’histoire 
ne  nous  a pas  revele  le  crime.  Cet  individu,  qui 
trouvait  apparemment  que  la  justice  ecclesiastique 
lui  serait  plus  indulgente  que  la  justice  seculiere, 
s’etait  fait  passer  pour  clerc.  Reclame  en  cette  qua- 
lity par  le  procureur  de  la  couf  de  Therouanne, 
il  etait  detenu  dans  la  prison  de  cette  ville.  Mais 
le  bailli  de  St-Omer  ayant  decouvert  qu’il  n’ap- 
partenait  pas  au  clerge,  mais  qu’il  etait  simple 
laic,  et  n’etant  p5s  fache  sans  doute  de  trouver 
dans  cette  circonstance  l’occasion  de  prouver  k sa 
souveraine,  qui  etait  pour  lors  Madame  la  Com- 
tesse  Maliaut,  son  zele  et  son  devouement  a de- 
fendre  ses  droits  et  les  prerogatives  de  sa  juri- 
diction,  voulant  d’ailleurs,  par  un  amour-propre 
bien  naturel,  qu’il  ne  fut  pas  dit  qu’un  de  ses  jus- 
ticiables  avait  ete  pendu  a une  autre  potence  qu’i 
la  sienne , le  bailli  depecha  k Therouanne  un  no- 
taire  « pour  racater  les  Merits  » e’est-i-dire  les 
pieces  du  proems , et  Pierrin  Prest  lui-meme  qui 
ramene  k St-Omer  et  condarone  au  gibet , expia 
sa  peine  sur  le  grand  marche  au  milieu  d’une  grande 
affluence  < de  bourgeois  et  de  commun  peuple  » 
qu’y  avait  attire  la  singularity  de  cette  affaire.  II 
en  avait  coute  pour  cette  execution,  a Madame  la 
Gomtesse , independamment  des  frais  de  voyage  du 
notaire , seize  deniers  , tant  pour  le  prix  de  la 
corde  qui  avait  servi  a trainer  le  patient  que 


— 200  — 

* pour  les  gants  du  pendeur  de  larrons.  » C’etait 
ainsi  que,  dans  le  langage  officiel  de  Tepoque , on 
designait  le  droit  eventuel  du  bourreau , dont  lea 
gages  etaient  fixes  d’ailleurs  a quatre  livres  quatre 
deniers  lournois  par  chaque  a.nnee , les  deux  tiers 
k la  charge  de  la  ville  et  J’autre  tiers  a celle  du 
Comte  d’Artois  (3). 

Ce  qui  reunissait  ainsi  sur  le  grand  marche  les 
manants  et  inhabitants  de  St-Omer,  le  lundi  15 
novembre  de  l’an  de  grace  mil  cinq  cent  trente- 
et-un  ce  n’etait  pas  non  plus  l’un  de  ces  spec- 
tacles grotesques  , dont  I’histoirc  nous  offre  tant 
d’exemples , de,  la  peine  capitale  infligee , aVec 
tout  l’appareil  imposant  que  peut  deployer  une 
justice  sevfere  , a des  etres  depourvus  de  raison , 
comme  en  1 370  et  en  1 585 , lorsqu’on  vit , pour 
me  servir  du  langage  naif  de  cette  epoque,  « un 
» pourceau  de  Monsieur  Saint  Antoine  » condamne, 
comme  homicide , par  sentence  du  magistral  de 
cette  ville , a 6tre  etrangle  court  et  net  et  pendu 
4 un  poteau  avec  une  inscription  portant  1’arret 
de  sa  condamnation  (4). 

Mais  voici  ce  qui  avait  ainsi  mis  en  emoi  toute 
la  population.  C'est  que  la  veille , k Tissue  de  la 
messe , les  six  sergents  k cheval  de  Monseigneur 
fe  bailli , le  Sire  de  Noircarmes , avaient  annonce 
k son  de  trompe  aux  fideles  reunis  aux  portcs 
des  six  paroisses , comme  quoi  Ton  publierait  le 
lendemain  k l’heure  ordinaire  des  plaids , k la 


— 204  — 

chambre  haute  de'la  Maison  Bo  talk , au  uooi.de 
Sa  Majeste  Charles  cinquieme  du  nom,  Empereur 
des  Romaias , toujours  auguste  , etc.  , Comte 
d’Artois , « un  placard  touchant  les  monnaiea , 
» notaires  , vivres  , monopoles  , banqueroutiers  , 

• vagabonds  , pauvres  , dedicasses , noces  , dons 

• aux  baptemes , ivrognes  , tavernes  , homicides , 
» vetements , gens  de  loi , blasphemateurs , etc. » (5) 

En  toute  autre  circonstance  que  cclle  oil  Ton  se 
trouvait  alors  , I’annonce  de  cet  immense  placard, 
malgre  son  titre  assez  curieux , aurait  excite  moins 
d’interet  et  produit  une  moins  grande  sensation 
parmi  les  citoyens.  Un  bref  expose  de  la  situation 
oil  se  trouvait  alors  l’Artois  et  St-Omer  en  parti- 
cular nous  fera  comprendre  pourquoi  on  y atta- 
chait  autant  d’imporlance. 

Je  n’ai  pas  bssoin  de  rappeler  ici  cette  guerre 
sanglante  et  acharnee  que  venaient  de  soutenir 
depuis  dix  ans  Cbarles-Quint  et  Frangois  pre- 
mier , ces  deux  eternels  rivaux  qui  epuiserent  leurs 
peoples  et  leur  causerent  mille  maux  , sans  aucun 
autre  but  que  celui  de  dominer  Tun  sur  1’autre 
et  de  se  detruire.  La  vicloire,  jusque-la  toujours 
fidele  k l’Empereur,  avait  successivement  amene  les 
deux  traites  de  Madrid  et  de  Cambrai  qui  valurent 
k Charles , entr’autres  avantages , la  pleine  et 
entiere  souverainete  de  l’Artois  qu’il  possedait  deja 
par  droit  de  succession , mais  a titre  d’hommage. 

Une  fois  maitre  absolu  de  cette  province , I’Eni- 

26 


— 802  — 

pereur  s’occupa  k la  detacher  pour  jamais  de  la 
France  el  k pourvoir  k son  administration.  C’etait 
dans  ce  double  but  qu’il  venait  de  d6truire  entre 
elie  et  ce  royaume  tout  rapport  de  juridiction  en 
creant , sous  le  nom  de  Conseil  d’AnTois , un 
tribunal  superieur  dont  le  siege  etait  fixe  a Arras 
et  auquel  seul  ressortissaient , par  appel , toutes 
les  justices  immediatement  inferieures  qui , pour 
la  plupart , avaient  elles-memes  trois  degres  de 
juridiction  (6). 

Mais  ce  n'etait  Ik  qu’une  mesure  de  politique , 
une  mesure  d’ordre  et  d’administration  toute  pre- 
liminaire.  La  situation-  de  l’Arlois  reclamait  bien 
d’autres  reformes. 

Les  guerres  continuelles  dont  cette  province 
avait  eu  en  particulier  a souffrir , non-seulement 
depuis  Charles-Quint , mais  encore  sous  Maximilien 
et  sous  Charles-le-Temeraire  , ses  predecesseurs  ; 
l’absence  continuelle  de  ses  comtes  et  leurs  occu- 
pations exterieures;  l’absence  aussi  des  baillis  qui 
£taient  avant  tout  des  hommes  de  guerre  et  tout 
k la  fois  juges  , magistrats  et  capitaines , n’exer- 
$ant  ces  deux  premieres  attributions  de  leurs 
charges  que  par  leurs  lieutenants  qui , etant  pris 
pour  la  plupart  parmi  les  citoyens  des  villes , ne 
pouvaient  avoir  ni  la  main  aussi  ferme,  ni  la 
m£me  autorite,....  toutes  ces  circonstances  avaient 
amen£  dans  la  province , com  me  aussi  dans  les 
moaurs  et  les  habitudes  de  sa  population,  de  graves 


— 803  — 

d£sordres  et  favorisd  le  d6veloppement  de  ceux 
qui  s’y  etaient  dejk  auparavant  glissls. 

D’une  part  eo  effet  le  commerce  dtait  en  souf- 
france  depuis  que  les  relations  de  1’Artois  avec  la 
France  avaient  ete  interrompues.  Des  banqueroutes 
scandaleuses  etaient  encore  venues  compliquer  la 
situation.  « Des  debteurs  fugitifs  emportaient  frau- 
» duleusement  et  doleusement  l’argent  et  mar- 
» chandises  des  bons  marcbands  Strangers  et  d’au- 
» tres  gens  de  bien  qui  en  avaient  juste  igno- 
» ranee.  » 

Aux  banqueroutiers  se  joignaient  les  accapareurs, 
ou  comme  on  les  appelait  alors  , les  monopoleurs, 
sorte  de  gens  qu’on  est  toujours  sur  de  rencontrer 
dans  les  moments  de  crise.  C’etaienl  « des  mar- 
» cliands , des  societes  ou  bourses  , des  gens  de 
» mestiers  ou  leurs*  suppots  qui  faisaient  pactions 
» ou  contrats  illicites  et  avaient  entre  eux  de 
» secretes  intelligences  , si  comme  d’acheter  toute 
» une  sorte  de  marchandise , la  garder  sous  eux 
» et  par  ce  moyen  en  mettre  ou  tenir  les  autres 
» qui  en  auraient  eu.  besoin  en  necessity  et  les 
» contraindre  d’acheter  la  dite  marchandise  & taux 
» et  prix  excessifc  et  d£raisonnables  a leur  vo- 
» lonte.  » 

Les  vivres  etaient  devenus  rares  et  « & grande 
» cherts  » graces  encore  & ces  odieux  mohopoles 
« qui  se  faisaient  et  commettaient  a la  grande 


— $04  — 

> ; charge , dommage  et  interet  de  tous , et  > par 

> special , du  pauvre  commun  peuple  et  de  la 
» chose  publique.  » 

Aussi  « les  pauvres  affluaient-ils  en  Artois,  en 
» trop  plus  grand  nombre  que  d’auchiennete  ils 
» n’avaient  accoutume.  » Cela  tcnait  aussi , il  est 
vrai , a la  trop  grande  facilite  avec  laquelle 

• on  permetlait  a lous  indifferemment  d’y  mendier 
» et  demander  l’aumosne  , d’ou  il  s’ensuivait  plu- 
9 sieurs  fautes  et  mesus  , pour  autant  que  les  men- 
» diants , la  pluspart  yvrognes  , oiseux  , belislres 

> et  hazeteurs  se  donnaient  a oisivete  qui  est  com- 

• mencement  de  tous  *maux , delaissant  par  eux 
» et  leurs  enfants  it  faire  mestier  ou  style  dont  ils 

> auraient  pu  gagner  leur  vie  et  consequemment 

> s’adonnaient  a etre  de  mechante  et  damnable  vie, 
» et  leurs  lilies  , a pauvrete  et  malheur  et  toutes 

> mechancetes  et  vices ; et  combien  qu’ils  fussent 

• jeunes  , puissants  et  dispos  de  corps , si  extor- 
» quaient-ils  par  grande  importunite , ce  qui  au- 

> trement  aurait  ete  distribue  aux  anciens  , raa- 

• lades , impotents  et  constitues  en  grande  n6- 
» cessite.  » 

Mais  si  dans  les  classes  infimes  les  plaies  du 
corps  social  etaient  saignantes  et  profondes  , elles 
ne  l’elaient  pas  moins , sous  d’autres  rapports , 
dans  les  regions  plus  elevees.  Les  riches  et  les 
nobles  affichaient  un  luxe  insolent  et  ruineux  qu’ils 
se  plaisaient  a etaler  surtout  dans  leurs  vdtements. 


— 205  — 

« De  lk  d’insupportables  depenscs  au  prejudice  du 
» bien  de  la  chose  publique.  Car  les  homines  , 
• com  me  les  femmes , portaient  toute  sorte  et 
» manieres  de  di'aps  d’or  et  draps  d’argent , de 
» toilles  d’or  et  d’argent , de  brocard  d’or  ou 
> d’argent , tant  en  robes , manteaux  ou  cappes , 
» pourpoints,  sayes , codes  ou  cotelcttes  , en  man- 
» ches  ou  manchettes  et  en  broderies  grandes  ou 
f petites.  » 

D’autre  part  on  voyait  partout  « de  d6sordonn£es 
» beuveries  et  yvrogneries.  » L’habilude  de  s'eni- 
vrer  avail  gagne  toutes  les  classes  de  la  societk 
et  jusqu’aux  gens  de  Loi  ‘ eux-memes.  La  tempe- 
rance etait  unc  vertu  si  rare , mcme  parmi  les 
magistrats , que  Ton  se  contentait  de  recommander 
aux  6lecteurs  des  villes  et  des  bourgs  et  aux  cqm- 
missaires  du  gouvernement  « de  ne  pas  promou- 
» voir  ou  avancer  en  Loi  gens  qu'ils  entendraient 
» fetre  famez  ivrognes  et  accoutumieremeni  excessifs 
» buveurs.  » . 

Dans  la  plupart  des  villes.  Messieurs  les  6che- 
vins  ne  se  faisaient  pas  scrupule  de  faire  bombance, 
qu’on  me  passe  l’expression  , aux  depens  du  budget. 
On  avait  du  defendre  a ceux  de  St-Omer  en  par- 
liculier  de  donner  des  rcpas  publics  , sauf  le  jour 
des  elections  et  pour  bonorer  les  grands  person- 
nages  qui  daigneraient  visiter  leur  ville. 

II  parait  qu’a  cette  epoque  le  diner  jouait  un 


— 206  — 

trfes  grand  rdle  dans  la  vie  officielle  de  Messieurs 
du  Magistrate  Dans  un  village  de  cet  arrondisse- 
ment , a Nielles-lez-Blequin  , les  abbes  de  Rheims 
qui  possedaient  * quelques  bieos  sur  ce  territoire , 
6taient  tenus  de  fournir  trois  diners  par  an  aux 
gens  de  loi  du  pays  les  jours  oil  ceux-ci  y al latent 
tenir  leurs  plaids.  Un  article  de  la  coutume  reglait 
minutieusement  le  menu  de  ces  trois  diners.  D'abord 
on  devait  echauffer  la  salle  du  festin  avec  un  feu 
sans  fumee.  — « Item  , ajoute  le  mayeur  Antoine 
» de  Buymont  qui  redigea  cette  coutume  en  1 458, 
» ne  devons  boire  que  du  vin  blanc  et  vermeil  et 
» nous  doit-on  servir  pour  le  premier  mets  de 

> petits  pates  de  boeuf  aux  raisins  et  puis  potage 
» tel  que  le  cas  desire  et  manger  boeuf,  mouton 
» bouillis  et  mouton  roti , faisans , perdrix , co- 
• ebon  roti  et  autres  viandes  selon  le  temps.  » 
Pour  qu’il  n’y  eut  aucun  biais  ni  aucune  fraude 
possible , les  religieux  de  l’abbaye  de  Rheims  ou 
leurs  representants  n’etaient  censes  s’&tre  bien  ac- 
quittes  de  cette  obligation  que  lorsqu’apres  le  diner 
le  mayeur  avait  bien  voulu  leur  dire  « qu’il  etait 

> suffisant.  > 

Les  buveurs  de  profession,  qui  cependant  avaient 
encore  un  peu  de  respect  pour  eux-memes,  allaient 
s’enivrer , pour  etre  plus  libres , « en  divers  ca- 
» barels  , tavernes  et  logis  qui  se  tenaient  en  lieux 

> detournes  hors  des  villes , bourgs  et  villages  et 
» en  dehors  des  grands  chemins.  » 


— 207  — 

Sous  ce  rapport.  « les  manants  et  inhabitants  do 
» la  bonne  ville  de  St-Omer  » ne  restaient  pas 
en  arrifere.  A cette  epoque  on  fabriquait  dans  cette 
ville  et  aux  alentours  < des  cervoises  etranges  et 

> doubles  bieres  » fort  cstimees  des  amateurs.  Les 
excfes  qui  en  resiiltaient  furent  plus  d’une  fois  si- 
gnales  aux  assises.  Ces  grandes  assemblies  judi— 
ciaires  qui  se  tenaient  tous  les  sept  ans  sur  les 
bruyeres  en  un  lieu  nomme  Edeqlines  eta  ient  ap- 
pelees  Franches  Verites  parcc  que  tout  le  monde 
etait  oblige  d’y  comparaitre  et  d’y  denoncer , sous 
la  foi  du  serment , les  abus  qui  elaient  a sa  con- 
naissance  et  qui  auraient  echappe  aux  magistrats. 
Dans  celles  qui  se  tinrent  huit  ans  apres , le  sa- 
medi  premier  septembre  4539,  les  francs  hommes, 
du  consentement  de  plusieurs  baillis  et  de  plu- 
sieurs  sujets  du  ressort  « pour  ce  que  plusieurs 

> des  dits  sujets  dissippaient  leurs  biens  et  subs- 

> tance , a cause  de  quoi . ils  ne  pouvaient  plus 
» payer  leurs  rentes  et  censives  et  que  aussi  plu- 
» sieurs  s’enivraient  de  cervoises  estranges , ordon- 
» nerent  que  dorenavant  dans  les  limites  du  bail— 
» liage  il  ne  se  brasserait  ni  vendrait , ni  serait 

> vendue  a detail  et  a brocque  aucune  biere  a 
• plus  baut  prix  que  de  quatre  deniers  le  lot , 
» sur  peine  et  amende  de  60  sous  parisis.  » 

Cette  ordonnance  des  francs  hommes  du  bail— 
liage  fut  homologuee  l’annee  suivante  par  letlres- 
patentes  de  l’Empereur  « pour  faire  cesser , y est-il 


— 208  — 

» dit , plusieurs  debats,  procldant  des  yvrogneries , 

• a cause  des  cervoises  estranges  et  doubles  bieres 

> et  pour  donner  plus  grande  crainte  aux  Irans- 

> gresseurs.  » 

C’est  qu’en  effet  cette  passion  pour  la  biere 
n'avait  pas  seulement  pour  rcsullat  la  ruine  des 
families,  mais  elle  etait  encore  une  source  conti- 
nuelle  de  rixes  et  de  debats  sanglants.  II  ne  se 
passait  pas  une  Dedicasse  ou  une  Kerhesse  qui 
ne  fut  signalee  par  quelque  bataillc.  De  la  des 
biessures  graves  , des  homicides  on  ne  peut  plus 
frequents.  C’est  en  vain  que  l’on  recommandait 
aux  autorites  locales  « de  tenir  grande  adverlance 
» sur  ces  homicides  et  autres  debts  com  mis  es 
» dedicasses , festes  et  kermesses  des  villes  et 

• villages ; » les  moeurs  etaicnt  plus  fortes  que  les 
ordonnances.  Le  plus  souvent  les  ofliciers  de  la  Loi 
iermaient  les  yeux  sur  ces  desordres.  11s  accor- 
daient  avec  la  plus  grande  facilite  aux  homicides 
et  aux  delinquants  ce  qu’on  appelait  alors  un 
Gheleyde  ou  sauf-conduit  qui  lcur  assurait  l’im- 
punite.  D’aillcurs  la  composition  etait  encore  ad- 
misc  en  une  infinite  de  cas.  On  pouvait , en  Artois, 
moyennant  vingt  sous,  assommer  un  homme  a 
coups  de  baton  et  on  en  etait  quitte  pour  la 
moitie  de  cette  somme  lorsqu’on  ne  1’avait  frappe 
qu’avec  le  poing.  Dans  le  bailliage  de  St-Omer, 
« les  navrures  a sang  courant , les  battures  et 
» melees  » n’entrainaient  qu’une  amende  de  soixante 


— 2t)9  — 

sous.  Lcs  bourgeois  dc  cette  ville  avaient  le  pri- 
vilege do  no  potivoir  ctrc  arretos  pour  coups  el 
blcssures  que  lorsque  lc  patient  y avait  succombe 
dans  la  journec.  La  loi , il  est  vrai , punissait 
s6veremcnt  le  meurtre  ct  l’liomicide  , mais  lorsqu’on 
s'dlait  arrange  avee  les  parents  dc  la  victime,  qu’on 
avait  rccu  d’eux  le  Zoeningue  ou  Baiser  de  paix, 
il  etait  toujours  facile,  moyennant  unc  certaine 
retribution  , dc  s’arranger  Igalcment  avec  la  justice 
et  d'obtcnir  dcs  lettres  dc  repit  et  de  remission. 

Lcs  tavcrncs  et  les  cabarets , qui  furent  I’objet 
d'unc  foulc  de  dispositions  severcs , etaient  cepeodant 
pour  lc  tresor  unc  excel lente  source  de  revenus.  Il 
etait  defendu  aux  habitants  dcs  frontieres  d’aller  boire 
chcz  Icurs  voisins  parce  que  e’etait  diminuer  d’autant 
l’impot  que  le  fisc  percevail  sur  lcs  boissons.  (6). 

Dans  certains  endroits  on  affermait  aux  jeunes 
gens  un  droit  assez  curieux,  qu'on  appelait  le 
droit  de  la  Soulle.  Ceux  qui  en  etaient  en  pos- 
session clisaient  entr’eux  1’un  de  leurs  compa- 
gnons  qui  portait  le  titre  dc  Prince  de  la  Jeu- 
nesse.  Ce  droit  consistait , lorsqu’il  y avait  un 
manage  , a exiger  la  Soulle  dcs  nouveaux  marics, 
e’est-a-dire , comme  l’interpr^te  un  ancien  arret , 
pn  pourboire  avec  lequel  ils  pussent  se  souler  en 
leur  honneur.  (7.) 

Dans  les  campagnes  le  relachement  des  moeurs , 
les  abus  etaient  les  memes ; lcs  reglements  d’ordre 

27 


— m — 

et  de  police  n’etaient  pas  mieux  observes.  « line 
» foule  de  laboureurs , Partisans  ei  autres  gens 
» mecaniques  delaissant  et  negligeant  leurs  labeurs, 
» agriculture  et  mestiers  s’adonnaienl  et  s’appli- 
» quaient  journellement  k chasser  et  prendre  sau- 
» vages  et  volailles , lievres , perdrix  , faisans  et 
» autres  gibiers , meme  avec  tonnelles , filets , 
» lacs,  harnois,  retz  et  plusieurs  artifices  tendant 
» a proye  nouvellement  trouvez  et  inventez  tant 
» par  gens  estrangers  que  par  ceux  du  dit  comte 
» d’Artois , par  oil  se  trouvait  peu  ou  point  de 
• gibier , de  sorte  que  les  nobles  et  gentils  homines 
» auxquels  proprement  appartenait  de  se  recreer 
» a la  chasse  pour  eviter  oisivete  et  s’exercer  k 
» honnete  passe-temps , n’y  trouvaient  aucun  deduit 
» ni  plaisir , a l’occasion  que  dessus.  » 

Mais  ce  qui  paraissait  le  plus  insupportable  a la 
noblesse , c’est  qu’on  voyait  maint  et  maint  roturier 
« se  faire  nommer,  iotituler , qualifier  ou  traitier 
» de  parolles  ou  par  escrit  du  titre  de  Chevaliers 
» et  leurs  femmes  de  celui  de  Madames  , • bien 
qu’il  n’apparut  point  qu’ils  eussent  jamais  acquis 
ce  droit.  D'autres  se  permettaient  de  prendre  la 
quality  de  Comtes  ou  Barons  et  de  sc  cr£er  k 
eux-memes  des  timbres  et  des  armoiries. 

La  religion  elle-meme  devait  necessairement  se 
ressentir  aussi  de  ces  desordres.  Sans  parlcr  « de 
» la  perverse  secte  de  Martin  Luther  et  autres 
9 acteurs  reprouves  au  reboutement  desquels  Sa 


— — 

» Majeste  l’Empereur  avait  deja  pourvu  par  des 
» ordonnances  contenues  en  ses  lettres  de  placard 

* du  f 4 novembre  de  l’an  \ 529  , » le  clerge  s’ef- 
for?ait  en  vain  de  combattre  une  foule  « d’abus 
» inveteres  et  notamment  contre  l’expres  comman- 
» dement  de  Dieu  et  de  I’eglise  touehant  la  vio- 
» lation  des  festes  et  saints  dimanches.  » Ce  jour- 
14  bien  des  individus  ne  se  faisaient  pas  scrupule 
« durant  la  grande  messe  et  sermon  ou  autremcnt 
» du  matin , et  durant  les  vespres , de  se  pro- 

* mener  au  marche  ou  places  publiques  ou  pres 
» des  eglises,  ni  d’aller  en  tavernes  s’adonner  4 
> quelques  jeux  publics , si  comme  d’archers , 
» canoniers  ou  arquebusiers , escrimeurs , jeux  de 
» paulmes  et  autres  , dialler  aux  danses , soil 

* pour  solennite  de  nopces  ou  autrement,  comma 
» aussi  d’aller  pescher  en  rivieres  ou  fosses  ou 
» meme  de  se  promener  dans  les  6glises  tant  hors 
» 1’ office  divin  que  durant  iceluy.  » La  plupart 
des  gens  de  metier  ne  craignaient  pas  de  vaquer  4 
leur  besogne  ces  jours-14  comme  dans  les  temps 
ordinaires.  On  se  plaignait  aussi  « du  grand  scandale 
» et  incommodit&  qui  advenaient  au  'service  divin 
» par  les  passcments  et  recours  de  maisons  et 
» autres  heritages  et  vendition  de$  biens  meubles 
» qui  en  plusieurs  lieux  se  faisaient  4s  dits  jours 
» de  festes  et  dimanches,  encore  qu’apr&s  ledit 
» saint  service  divin  » 

Mais  ce  qui  etail  plus  scandateux  encore , les 


— 212  — 

rues  ct  les  places  publiques  retentissaient  dt*s  ju- 
rons  et  des  blasphemes  les  plus  grossiers.  On 
vovait  des  iudividus  s’oublier  jusqu’a  « renier , 
» desavouer , maugreer  ou  depitcr  Dieu , sa  mere, 
» leurs  noms  et  leurs  saints.  » D’un  autre  cote  , 
« plusieurs  gens  de  guerre  et  autres  demeurant 
» audit  pays  et  comte  d’Artois , s’avanfaient  jour- 

> nellement  de  dire  et  proferer  plusieurs  infames, 
» deshonnfctes , exeerables  et  abominables  paroles 
• au  grand  vitupere  de  i’honneor  de  Dieu  notre 
» createur  et  scandate  des . jeunes-gens  et  enfants, 
»•  lesquels  ayant  oui  et  eu  connaissance  des  dites 
» paroles  en  courroux  ou  autrement  les  ensui- 
» vaient  et  en  usaient  parce  que  leurs  peres , 

> meres  , parents  et  amis , bien  souvent  ne  les 
» reprenaient  et  chatiaient.  * 

Les  dimes  etaient  une  source  de  contestations 
entre  les  habitants  de  la  campagnc  et  le  clerge , 
a cause  de  la  tendance  conlinuelle  de  celui-ci  a 
6lendre  ses  droits , de  ceux-la  a s’en  affranchir. 
C’etait  a peine  si  trois  ordonnances  encore  toutes 
recentes  avaient  pu  mettre  un  lerme  aux  differends 
qui  s’etaient  -eleves  a cettc  occasion  durant  les  der- 
nicres  annees. 

Telle  dtait  alors , sous  le  rapport  materiel  et 
moral  , la  fachcuse  situation  dans  laquelie  se 
trouvait  1.’ Artois  , et  cettc  situation  engendrait  un 
malaise  general  dont  sc  ressentaient  toutes  les 
classes  de  la  societe. 


— 213  — 


On  savait  deja  depuis  quelque  temps  quc  Charles- 
Quint  travaillait  a v porter  remfede  ; car  < il  avail 
» fait  proposer  a ce  sujet  aux  Etats  du  pays  ct 
» leur  avait  fait  bailler  par  escrits  en  leur  der- 
» niere  assembles  aucuns  points  et  articles  pour 

• sur  iceux  avoir  leur  avis,  a quoi  ils  avaient 

* satisfait.  « En  d’autres  termes  et  pour  m’ex- 
p rimer  oomiBe  on  le  ferait  aujourd’liui , I’Empereur 
avait  fait  presenter  a 1’Assembleo  des  deputes  de 
la  province  un  projet  de  loi  sur  eette  mitiere. 
Cette  chambre  des  representants  die  I’Artois  se 
reunissait  rcguliereinent  une  fois  cheque  aonee  a 
i’itotel  des  Etats  a Arras,  soil  pour  voter  et  rc- 
parlir  l’impot,  soit  pour  deliberer  sur  les  propo- 
sitions du  Prince  ou  lui  en  soumettre  d’autres  an 
nom  deses  commettants. 

On  connaissait  done  a St-Omer , quoique  d’une 
maniere  vague  , quelles  etaient  les  principales  dis- 
positions de  ce  placard  qu’on  devait  lire  ce  jour-la, 
non-seulement  a la  brelecque  de  la  Maison  Royale, 
mais  encore  a celles  de  la  Maison  Rouge  et  de 
la  Cite  d’Arras  et  meme  dans  tous  les  bailliagcs 
et  les  chatellenies  de  la  province. 

Si  les  reformes  qu’on  annon^ait  etaient  desirces 
par  quelques  uns , elles  etaient  redoutecs  par  le 
plus  grand  nombre.  L’un,  des  cotes  les  plus  saillants 
du  caractere  artesien  , e’etait , comme  l’a  judicieu- 
sement  observe  un  savant  magistral  qui  fut  long- 
temps  , sous  Louis  XIV , prepose  a l’ad ministration 


— 2U  — 

de  cette  province,  c’etait  la  defiance  de  toot  eta— 
blissement  nouveau , quelqu’indifierent  qu’il  fut. 
Lee  Artesiens  etaient  excessivement  jaloux  de  leurs. 
coutumes  et  de  leurs  privileges.  Ils  craignaient  tout 
ee  qui  pouvaient  y porter  alteinte.  C’est  pour  cette 
raison  que  les  nouvelles.  lois  Leur  fluent  toujpurs. 
suspectes, 

• D iileurs  on  avail  pour  soi  nne  experience  date 
reoente  et  qui  etait  Wen  de  nature  eveilter,  sous 
ee  rapport , la  susceptibility  deja  si  ombrageuse  de 
nos  bons  aieox.  La  creation  du  Conseil  n'Anvois 
avait  ete  cette  annee  me  me  nne  cause  de  troubles  ; 
ellc  avait  rendu  suspectes  les  intentions  du  gou- 
vernement.  Cette  cour  d’appel  oubliant  des  le  prin- 
cipe  le  but  de  son  institution  avait  debute  .par 
a fleeter  la  pretention  d’altirer  a elle  toutes  les 
affaires  de  la  province,  meme  celles  de  premiere 
instance.  Elle  envoyait  ses  buissiers  inslrumenter 
dans  tous  les  bailliages  et  toutes  les  juridictions 
du  ressort.  Ils  etaient  venus  jusqu’a  St-Omer  memo 
signifier  leurs  exploits.  Aussi  les  ofliciers  de  co 
bailliage , le  maieur  et  les  echevins  de  la  ville 
adrcsserent-ils  a ce  sujet  a l’Empereur  les  plus 
ynergiques  reclamations , les  premiers  , dans  une 
requite  en  quinze  articles , les  seconds , « en  une 
> feuille  de  papier  » a laquelle  ils  ajouterent  une 
copie  de  leurs  privileges  « en  un  cayer  contenant 
* vingt-sept  feuillets.  » Ils  virent  s’adjoindre  a eux 
les  officiers  de  la  gouvernance  d’ Arras,  dont  la 


— 215  — 

juridiction  itait  l>ien  plus  menacee  encore , puisque 
le  Conseil  o’ Artois  , ayant  son  siege  dans  cette 
ville  meme  , Jenr  faisait  une  concurrence  bien  plus 
redoutable  et  ne  tendait  a rien  moms  qua  faire 
de  leur  office  une  veritable  sinecure,  Les  Etats 
eux-memes  furent  saisis  de  cette  grave  affaire.  Les 
deputes  avaient  apporle  k fassemblee  de  notObreux 
ealiiers  de  plaintes  que  leur  avaient  remis  a ce 
sujet  leurs  commettants  avec  la  mission  d’uset  de 
toute  leur  influence  pour  mettre  fin  & une  pareille 
usurpation,  11s  redig^rent  eux-m&ues  en  oominun 
et  fireot  parvenir  de  leur  cMe  a Charles- Quint  une 
requete  particuliere  en  treize  articles. 

L’Empereur  vivement  contrarie  de  ce  conflit  qui 
etait  de  nature  k faire  suspecter  la  loyaute  de  ses 
intentions  et  it  discrediter  > it  son  engine  , dans 
I4 esprit  de  la  population , (’institution  de  ce  nou- 
veau tribunal  qu’il  avait  voulu  rendre  sup£rieur 
aux  autres  non  seulement  par  la  preeminence  et 
l’etendue  de  sa  juridiction , mais  encore  par  le 
choix  des  personnes  dont  il  1’avait  compose  , se 
hata  d’y  mettre  ordre.  A la  fin  de  la  session , il 
enjoignit  au  Conseil  , par  une  ordonnance  en  date 
du  huit  juillet  de  cette  meme  annee  1531,  qu’il 
eut  a se  renfermer  strictement  dans  les  limites  de 
sa  competence , en  meme  temps  qu’il  imposait ; 
commc  un  devoir  aux  magistrats  qui  s’etaient 
plaints  a lui , le  respect  et  la  subordination  envers 
cette  cour  d’appel  qu’ils  devaient  regarder  commc 
6tant  leur  supericur  en  juridiction  et  en  dignity. 


— 216  — 

Celle  affaire  quoiqu’heureuscment  appaisce  n’en 
avail  pas  moins  laisse.  une'  faclieuse  impression 
dans  les  csprils.  On  sc  demandait  s’il  n’en  serail 
pas  dcs  aulres  institutions  de  Charlcs-Quinl , commc 
il  eri  avail  6tc  de  celle-ci. 

Toulcs  ccs  circonstances  nous  expliquent  a raer- 
veille  rimporlance  qu’on  metlait  a entendre  la 
lecture  de  cc  placard  annonce  la  veille  et  1’inleret 
saisissant  qu’on  y attachait. 

Comme  il  etait  de  regie  que  ces  sortes  de  pu- 
blications se  fissont  en  presence  du  bailli  ou  de 
son  lieutenant , on  venait  de  voir  passer  , en  I’ab- 
sence  du  sire  de  Noircarmes , son  lieutenant  pre- 
mier et  general  M.  Denis  de  Bersaque  , seigneur 
de  Welle  et  de  Monnecovc , en  grande  tenue  et 
accompagne  des  cinq  conseillers  a savoir ; Messieurs 
Jacques  de  Ucbecque  , ecuyer  , conseiller  ordinaire 
de  I’Einpereur;  Gardicn  Gu  Icman,  Charles  de 
Poix , Jean  de  Rente  et  Jean  Lcfebure , tous  li- 
cencies-cs-lois  et  pensionnes  par  Sa  Majeste  aux 
appointments  de  dix  florins  chaque  annee.  Apres 
eux  etaient  venus  les  bommes  de  fief  ou  francs 
hommes  .qui  etaient  a la  cour  du  bailliage  a peu 
pres  cc  que  sont  aujourd’hui  les  jures  a la  cour 
d’assises , avec  cette  difference  qu’ils  etaient  juges 
au  civil  commc  au  criminel  et , qu’avec  1’assistance 
des  conseillers  qui  etaient  de  v£ritables  avocats , 
ils  prononcaient  tout  a la  fois  sur  la  question  de 
droit  ct  sur  la  question  de  fait.  On  remarquait 


— Sl7  — 

par  mi  les  hommes  de  fief  qui  desservaient  la  justice 
cette  annee , noble  homme  Louis  de  Renty  , sei- 
gneur de  Curlue  , Messieurs  Nicole  de  Stiembecque 
et  Jehan  du  Tertre , licenci^s-fes-lois , Jehan  de 
Guines  et  Simon  de  Fromentel.  Qn  avait  observe 
que  l’un  des  principaux  officiers  du  bailliage  n’as- 
sistait  point  a cette  ceremonie.  C’etait  le  procureur 
general  M*  Jacques  Wallart  qui  6tait  retenu  chez 
lui  par  une  grave  maladie  dont  il  mourut  quelque 
temps  apres.  11  fut  remplace  le  premier  f&vrier 
suivant  par  M.  Jehan  de  Honvault  qui  prit  posses- 
sion de  de  ce  siege  le  19  du  meme  mois  (8). 

A l’heure  indiquee  on  vit  s’ouvrir  la  porte  k 
deux  battants  qui  donnait  sur  la  bretecque  de  la 
Maison.Royale  ct  apparaitre  le  greffier  du  bail- 
liagc  , Pierre  de  Hegue,  tenant  a la  main  un  im- 
mense parchemin  qu’il  deroula  aux  yeux  de  la  mul- 
titude, pendant  que  les  six  sergents  sonnaient  de 
la  trompe,  pour  avertir  le  peuple  de  faire  silence 
et  d’etre  attentif.  Le  greffier  com  men  ?a  la  lecture 
du  placard  en  ayant  soin  d’appuyer  avec  une  inten- 
tion non  equivoque  sur  cette  pompeuse  et  empha- 
thique  nomenclature  de  tous  les  royaumes , de  tous 
les  etats  et  de  tous  les  lieux  dont  Sa  Majesty 
l’Empereur  et  Roi  se  qualifiait  lc  souveraia  et  que 
sa  vanite  castillane  se  plaisait  a etaler  a la  tete  de 
ses  moindres  ordonnances.  Celle  lecture  dura  plus 
d’une  lieurc  et  demie. 

11  serait  trop  long  de  donner  ici  l’analyse  de  ce 


— 218  — 

placard  qui  est  tout  a la  fois  une  loi  somptuaire 
el  un  reglement  de  police , avec  des  dispositions 
penales  destinees  a reprimer  les  abus  que  je  viens 
d’enumerer. 

II  s’en  faut  de  beaucoup  que  tout  le  monde  en 
fat  satisfait.  Les  mendiants  particulierement  qui 
assistaient  en  assez  grand  nombre  a cette  lecture, 
laisserent  echapper  comme  un  cri  de  detressc  lors- 
qu’ils  entendirent  que  la  mendicite  etait  interdite, 
• h peine  par  les  contrevenants  d’etre  constitute 
> prisonniers  a pain  et  eau  a la  discretion  des 
» officiers  et  des  juges.  » Pourtant  cette  rigucur 
ttait  temperee  aulanf  qu’elle  pouvait  l’etre  par 
une  foule  de  dispositions  sur  les  mesures  a 
prendre  par  les  communautes  dcs  villes  et  des 
villages  pour  nourrir  leurs  pauvres  et  sc  creer 
des  ressources  avec  lesquelles  elles  pussent  four- 
nir  des  secours  aux  malades,  aux  infirmes  et 
a toutes  les  classes  necessileuses.  En  meme  temps 
que  1’Empereur  recommandait  de  ne  fournir  que 
des  secours  en  nature  aux  pauvres  qui  seraient  re- 
connus  pour  etre  « oiseux , yvrognes , belistres  ct 
» hazeteurs,  * afin  qu’ils  ne  pussent  pas  depenser 
dans  les  tavernes  les  aumones  destinees  a sustenter 
leurs  families ; en  meme  temps  qu’il  punissait  de 
la  meme  peine  que  les  mendiants  eux-memes  ceux 
d’entre  les  pauvres  qui  , recevant  des  secours  soit 
pour  eux-memes  ou  pour  leurs  families,  frequen- 
teraient  les  cabarets  et  depenseraient  le  produit  de 


— 219  — 

leu r travail  a jouer  aux  quilles  , a la  boule , aux 
dez  et  autres  jeux  et  brelans , il  poussait  Indul- 
gence jusqu’a  leur  permcttre  « qu’aucune  fois  pour 
» recreation  ils  pussent  boire  un  pot  de  cervoisc 
» avec  leurs  femmes,  sans  toutefois  eux  enivrer. » 

Lorsque  Pierre  de  Hegue  eut  termine  sa  lecture, 
cc  placard  de  l’Empereur  fut,  de  la  part  de  ceux 
qui  avaient  assiste  a sa  publication , l’objet  d’une 
foule  de  commentaires  et  de  critiques.  Les  plus 
sages'  ne  disaient  rien , mais  ils  pensaient  avcc 
raison  que  toutes  ces  dispositions , quelque  bicn 
conques  qu’cllcs  fussent,  seraient  toujours  insuffi- 
sautes  aussi  longtemps  qu’on  aurait  a deplorer  ccs 
guerres  sanglantes  et  continuelles  qui  appauvris- 
saient  les  peuples  et  corrompaient  leurs  moeurs 
en  les  livrant  a l’anarchie  , en  detruisanl  chez  eux 
I’esprit  d’ordre  et  de  discipline  et  en  rendant  par 
cela  mernc  toute  espece  de  repression , sinon  im- 
possible , du  moins  impuissante  et  difficile. 

L’avenir  prouva  qu’ils  deviuaient  juste.  Les  nou- 
velles  ordonnances  qui  ont  ete  publiees  depuis  sue 
le  meme  sujet,  par  Charles-Quint  lui-meme  *et  ses 
successeurs,  sont  pour  nous  une  preuve  manifeste 
que  ces  memes  ordonnances  n’ont  jamais  ete  bien 
observees. 

Maintenant  qu’on  me  permette,  en  terminant,  de 
faire  une  remarque  que  me  suggere  un  arrete  tout 
recent  qui  interesse  notre  pays  et  qui  a beaucoup 


— 220  — 

do  rapport , du  moms  sous  un  point  de  vac  , avee 
le  sujet  que  je  viens  de  trailer. 

Par  unc  coincidence  assez  curieuse , nous  venon» 
de  voir  , aprfes  trois  cent  seize  ans  , te  meme  mois, 
le  meme  jour , c’est-a-dire  le  quinze  novembre 
1847  qui  comme  le  quinze  novembre  1331  est 
tombe  par  un  lundi,  publier  et  meltre  en  vigueur, 
dans  notre  departement  qui  correspond  a l’ancien 
Artois  , des  dispositions  analogues  a celles  que  je 
viens  de  rappeler  sur  la  mendicity. 

Puissent  ces  dispositions,  que  du  reste  nous  trou- 
vons  deja  elablies  en  Prance  du  temps  meme  de 
Charlemagne  et  inscrites  dans  les  capitulaires  comme 
elles  le  sont  sujourd’hui  dans  notre  code ; puissent, 
disons-nous  , ces  dispositions  que  depuis  on  a tant 
de  fois,  mais  toujours  en  vain  renouvelees  sous  des 
formes  et  avec  des  clauses  penales  si  diverses,  etre 
enfin  plus  heureuses  et  surtout  plus  efficaees  au 
dix-neuviemc  siecle  qu’elles  ne  Pont  ele  au  seizieme 
et  a toutes  les  epoques  qui  l’ont  precede  ou  suivi. 


NOTES  ET  PREGVES 


LETTRES-PATENTES 

De  1 acquisition  de  la  Maison  dn  Roy  dam  laqueUe 
les  offieiers  da  bailliage  administrent  la  justice 
civile  , criminelle  et  la  police  aux  habitants  de 
la  ville  el  bailliage  de  St-Omer . 

du  20  hay  1661. 

PHILIPPE , par  la  grAce  de  Diets , Roy  de  CastiUe , 
d’Arragon  , des  Deux-Siciles , etc.  , comte  de  Flandrc  el 
d’Artois  : A tons  ceux  qui  ees  presences  lettres  verront  7 

SALUT. 

Receu  avons  Phumble  supplication  et  requeste  de  nos 
chiers  et  bien-amez  les  lieutenant-general  , offieiers  , con- 
seilfers  et  hommes  de  fief,  de  nostre  bailliage  de  Saint 
Omer  , contenant  que  de  temps  immemorial  leur  est  assigne 
sur  le  grand  marchicz  de  la  elite  ville  , une  maison  dicte 
vulgairernent  la  Maison  Royale  , en  laquelle  ils  admi- 
nistrent la  police  et  justice  a un  chacun  , tant  pour  fe 
fait  de  nostre  doinaine  , que  des  particulars  et  inhabitants 
de  notre  dicte  ville  et  bailliage  , sans  que  toutefois  il  y 
ait  en  la  dite  maison  place  decente  et  convenable  a cet 
effet  , a cause  que  parnii  la  dite  petitesse , il  n’y  * 
qti’une  petite  chambre  bassc  et  une  autre  haute  > ea 


— 222  — 

loquclle  ie  publient  nos  placards  et  edilz  et  se  pronon— 
client  l<*s  sentences  des  criminels  et  condamnls : qui  pis 
est , le  comble  de  la  diete  maison  el  ie  maistre  sommier 
qui  traverse  le  grenter  au-dessus  de  la  date  chambre  haute* 
sont  tdlement  caducques  de  vieillesse  et  pourriture  , qu’ii 
y a peril  emineot  d’y  4tre  accables  par  leur  eheuie  * 
comma  polroit  estre  ja  arrive  si  le  dil  sommier  n’estoit 
appuyl  d’une  pifeche  de  bois  $ tellement  que  pour  pr6venir 
les  malheurs  et  inconvenients  qui  les  menacent  les  remon- 
Irani  nous  ont  Ires  humbleracnl  supplie  qu’ii  nous  plus* 
les  autoriser  de  pouvoir  acqulrir  a litre  d’achapt  unc 
autre  maison  plus  convenablc , comme  eelle  qui  se  pre- 
sente , noramee  YAnne  Royez  , situee  sur  le  morchie  de 
nostre  dite  viile  , dont  le  prix  ne  pourra  monter  qu’a 
4000  florins  on  environ  , et  sur  ce  leur  la  ire  depescher 
nos  leltres-  paten  les  d’oetroy  cn  ce  cas  pertinentes  : Spa- 
coir  faitons  , que  Nous  , les  cboses  susdiles  considerees, 
eu  sur  ce  1’advis  de  nos  trfes-chers  et  feaulx  les  chiefs , 
Iresorier  g£n£ral  , commis  de  nos  domsines  ct  finances , 
qui  au  prealoble  ont , sur  ce  , eu  cduy  de  nos  tres-chiers 
et  feaulx  les  president  et  gens  de  nostre  conseil  provin- 
cial d’Artois  inclinant  favorablement  k la  supplication  et 
reque&te  desditz  lieutenant  glnlral  , olficiers , comeillers 
et  hommes  de  fief  de  nostre  dit  bailliage  de  St-Omer  , 
leur  avons  par  la  declaration  de  nostre  trfcs-cher  et  trfcs-  1 
aim©  cousin  Don  Louis  de  Benavides  Carillo  et  Toledo  , 
marquis  de  Fromesta  et  de  de  Caracena , eorate  de  Pinto, 
de  nostre  conseil  d’Etat  lieutenant-general  gouverneur  et 
capitaine-general  de  nos  Pays-Bas  et  de  Bourgogne , oc- 
troye  , permis  et  consenti  , octroyons  , permettons  et  con- 
sentons  , par  ceste , la  vente  de  la  dite  maison , pour 
employer  les  deniers  k en  provenir  * a (’acquisition  ct 
achapt  de  eelle  du  dit  Anne  Royez  la  subrogeant  en  la 
place  de  la  dite  premiere , et  que  pour  parfurnir  le  prix 
du  dit  achapt  ils  puissent  et  pourront  lever  argent  a cours 


— 223  — 

tie  rente  et  pratique?  une  faille  sur  tout  le  dU  bailllage, 
pour  rembourser  tant  le  capital  qu’inter&z  cn  dedans  detix 
ans  prochains  , le  tout  a rintcrvention  de  Tun  de  nos 
officiers  fiseaux  de  nostre  conseil  d’Artois  , et  a charge 
de  rendre  compte  de  I’employ  des  dits  deniers  , pardevant 
commis  d’iceluy , a Tintervention  de  nostre  dit  fiscal  : 
si  donnons  en  mandement , etc.  DonnA  en  nostre  ville  de 
Bruxelle  le  20  may  fan  de  gr&ce  1661  et  de  nos  regncs 
le  41  paraphA  C.  H.  0.  V.  (a). 

(2)  Comptes  de  recettes  et  despenses  des  baillis  de  St- 
Omer  depuis  1306  jusqu’en  1362.  (manuscrit  original  9 
bibliothfeque  de  M.  L.  de  Givenchy  ). 

1321.  «*  Pour  le  justiche  de  Sainct  Omer  qui  estoit 
» vieille  par  pourriturc  faire  et  appareiller  de  nouvel  , 
n pour  marien  ( matAriaux ) pour  carpentiers  et  pour  ma- 
» chons  et  pour  rames  au  foods  des  pleurs  del  vile  de 
» St-Omer.  » Pleurs  veut  dire  bruyirm  ; peut-Atrc  s’agil- 
il  ici  de  la  potence  qui  s’Alevait  au-dessus  dEDEQuiNKS. 

La  ville  de  Terouane  avait  aussi  sa  Matson  Roy  ale. 
On  I’appelait  la  Canisie  , par  corruption  du  mot  flamand 
Komivckx-huys  , Matson  Royale . Elle  fut  detruitc  et 
brulee  par  1’armAe  ilamande  qui  assiegeait  St-Omer  en 
1346.  (V.  le  manuscrit  n*  707  de  la  bibliothfeque  de 
St-Omer ). 

* 

(3)  Comptes  de  recettes  ibid. 

« Pour  les  escrits  racater  a Terwane  du  presentement 
» le  procureur  de  Je  court  de  Terwane  et  Pierin  Prcst 
» qui  adonc  repris  este  en  la  prison  mcsme  de  Terwane 
» qui  se  disoit  estre  clerc  d’une  part  et  le  baillie  d’autre 
» part , et  pour  le  notaire  qui  vint  rendre  la  sentence 

(a!  Ces  Icttfca-patenles  ont  etc  imprimdes  daas  le  recucit  dc» 
Ordonnanees  ttoyaux  , relatives  au  bailliage  de  St-Omer. 


• da  present  et  de  lui  Ic  dit  Pierin  cofnmc  lut  h Sl- 
it Omer  poor  che  qae  les  gens  Madame  n’ont  inie  place 
» a Terwane  et  demonra  par  11  joars. 

* Pour  cordes  pour  trener  le  dit  Pierin  Prest  et  pour 
» wans  pour  le  pcndcur  de  larrons  XVI  d.  » 

» Pour  les  gages  du  pendeur  de  larrons  a le  part 
n Madame  pour  le  tierche  26  sous  8 deniers.  » 

(4)  Memoires  des  Antiquaires  de  la  Morinie  , t.  2 , se- 
conde  partie  , p.  11.  — Hendricq  , t.  III. 

(6)  Ce  placard  et  ccux  ou  j’ai  puise  les  details  qu’on 
trouve  ici  sont  imprimes  dans  plusieurs  recueils  et  no- 
tamment  a la  suite  d'une  edition  des  coutumes  d’Artois 
de  1679.  Ce  qui  n’a  pas  ete  extrail  de  ces  placards  l’a 
ete  des  Ordonnances  Royaux  , des  recettes  et  depenses , du 
coulumier  , des  recueils  d'arrcls  et  autres  documents. 

(6)  Cette  lot  fiscale  subsists  jusqu’en  1704.  A cette  epoque 
le  parlement  de  Flondre  ( la  cour  de  Douai } , dfoida  sur 
•ppel  « qn’on  ne  pcut  Oter  au  peuple  d’une  m£me  domi- 
» nation  , quoique  de  provinces  ou  villes  differentes , la 

• liberte  d’aller  respectivement  boire  dons  les  cabarets  de 
» la  province  limitrophe.  « II  s’ogissait  dans  Fesp&ce  de 
plusieurs  bateliers  de  la  Chatellenie  de  Lille  qui  avaient 
ete  condamnes  « pour  avoir  ete  boire  de  la  bierc  dans  un 
*»  cabaret  pres  du  Pont-a-Vendin  , territoire  d’Artois.  * — 
Arrtis  de  Jaunaux. 

(7)  «Le  nomme  Arnout  ayant  epouse  Ic  13  octobre  1696 

• unc  fille  du  village  d'Hargnies  , les  jeunes  homines 
» g’assembl&rent  le  lenderaain  au  nombre  de  8 a 10 , 
» ayant  a leur  t£tc  le  nomme  Pierre  Licgeois,  capitaine 
» de  la  jeunesse  dudit  lieu  , et  s’allerent  poster  dans  le 

• grand  chemin,  par  ou  le  nouveau  marie  devait  s’en  rc- 

• tourncr  cbez  lui  avec  son  epouse , ou  I’ayant  rencon- 


— m — 

* tr & snr  Ics  dix  heures  de  nuit , t)s  rarrelfcrent  et  lui 

* demanderenl  une  smile  , c’est-a-dire  de  quoy  boire  et 
» apparerament  de  quoy  se  souller  : mais  n’ayent  eu  que 
n deux  ecus  a leur  offrir , ils  luy  prircnt  son  justeau- 
» corps  qu'ils  ralrent  en  gage  an  cabaret.  » Actionnes  en 
justice  a raison  de  ce  fait  , ces  jeunes  gens  « prdendoient 
» Sire  en  possession  d’exiger  semMable  present  des  nou- 
n veaux  mariez  ; qu’ils  jouissaient  mecne  dud  it  droit  a 
•»  litre  onereux , puisque  pour  iceluy  its  payaient  deux 

* Hvres  Tan  en  reconnaissance  k la  paroisse  dudit  lieu , 
» etc.  (Ibid.,  t.  iii.) 

(8)  V.  dans  le  manuscrit  dc  Dencuville  les  noms  des 
conseillers  et  dans  le  proces- verbal  de  reception  de  Jehan 
de  Honvault  ceux  du  lieutenant-general  et  des  homines  de 
fiefs,  (i Ordonnances  royaux.) 

L’office  de  conseiller  au  baiiliage  de  St-Omer  etait  une 
creation  de  Charles-le-Temeraire.  II  n’y  en  eut  d’abord 
qu’un  seul.  Mais  le  nombre  en  fut  successivenaent  augmente 
jusqu’a  cinq.  Cette  institution  du  comle  d}Artois  avail  un 
double  but : diriger  les  homines  de  fiefc  dans  les  questions 
de  droit  et  rattacher  plus  intimeinent  la  justice  au  pouroir. 

Au  XVIIe  siecle  Pexercice  de  la  justice  par  les  hommcs 
de  fiefs  et  les  echevins  etait , depuis  longtemps  , aboli 
en  France.  Ces  tribunaux  qui  ne  s’etaient  maintenus  qu’en 
Artois  ct  en  Flandre  ,•  avoient  fait  place  partout  ailleurs  aux 
presidiaux  ou  siegeaient  sept  conseillers.  Aussi  Pintendant 
Bignon  , dans  son  Memoire  sur  l\ Artois  en  1898,  pre- 
scnte-t-il  cette  organisation  judiciaire  de  Tancienne  France  , 
comme  une  veritable  anomalie  et  une  source  d’abus  qu’il 
signale  a 1’attention  du  gouvernement  de  Louis  XIV.  Void 
comment  il  s’en  exprime  : 

a Les  charges  de  grands  baillifs  etaient  auparavant  at* 
» tachecs  aux  gouvernances  des  villes,  Ils  etoient  en  cettc 

29 


— 226  — 

» qunlitl  chefs  de  la  justice  dcs  hailliages  , nommofent 

• des  lieutenants  pour  la  foire  cxercer  et  pour  conjurer, 

• sufvant  le  terme  du  pays  , les  hommes  de  fiefs  de  la 
» rendre.  Cet  usage  particular  de  la  province  d’Artois 
» doit  estre  remarque  en  cet  endroit. 

» Tootes  les  justices  d’Artois  sont  entre  les  mains  dcs 
n echevins  des  villes  ou  des  hommes  de  fiefs.  On  ap- 
n pelle  homme  de  fief  tout  vassal  qui  tient  en  fief  quel- 
n qoe  terre  d’un  seigneur  dominant  qui , de  son  eoste  , 
n tenant  son  fief  mediatement  ou  iminediatement  du  roy 
9 a cause  du  comte  d’Artois  , est  aussi  homme  de  fief  & 
9 Tegard  du  roi  dont  il  relcve. 

* Ces  proprietaires  de  fiefs  sont  obliges  par  la  loy  el 

• par  I’investiturc  de  leurs  fiefs  de  servir  par  cux-m£mes 
9 ou  de  faire  desservir  par  des  personnes  commises  la 
9 justice  du  seigneur  superieur.  Les  premiers  abandon** 
» nements  des  ter  res  par  les  eomtes  d’Arlois  pour  estre 
9 tenus  en  fiefs  , ont  ete  fuites  a cettc  condition  aux  pre* 
» miers  seigneurs,  feodaux  qui  ayant  donne  des  parties 

de  leurs  fiefs  et  arriire- fiefs  ont  impose  la  m(me  loy 
9 a leurs  vassaux.  Ainsl  les  justices  des  seigneurs  , celles 
» mcme  des  bailliages  et  gouvernances , quoique  royailea, 
» sont  administrees  par  les  proprietaires  des  fiefs  qui  en 
~ relevent.  lls  en  font  tous  les  frais  j mais  ils  usent  de 
» la  liberie  qu’ils  ont  de  comroettre  des  desscrvant-ficls 
»•  qui  preterit  serment  et  font  enregistrer  leur  pouvoirau 

• grefle  de  la  justice  a laquelle  ils  ont  ete  commis.  Le 
» premier  officier  du  seigneur  dans  les  justices  feodales, 
9 le  grand  bailly  ou  le  lieutenant  dans  les  justices  royal* 

• les  , les  convoqucnl  pour  instruire  et  juger  les  affaires 
9 qui  se  presentent.  CYst  ce  qu  on  appellc  conjurer  les 
9 hommes  de  fiefs.  II  arrive  rarement , surtout  dans  les 
9 justices  seigncurialcs , qu’ils  soient  graduez.  Ce  sont  des 


— 227  — 

» pnlsants  qui  a peine  savent  lire  et  ecrirc.  Poor  sup* 

» pleer  a leur  ignorance  , ils  prennent , a la  verity , 

» conseil  el  avis  des  graduez  , lesquels  disposent  par  eon* 
*»  sequent  des  inlirits  des  parlies.  Ces  graduez  dressent 
» un  avis  en  forme  de  jogement , le  signent.  Lcs  horo- 
*•  mes  de  fief  declarcnt  par  un  acte  qu’ils  jugent  suivant 
» l’avis.  Le  greffier  expedie  la  sentence.  — II  est  evident 
» de  combien  d’abus  cet  usage  est  susceptible  etcombien 
m il  est  irregulier , principalement  dans  les  sieges  royaux 
» o»  sa  majeste  a des  officiers  qui  doivent  * avoir  des 
n fonctions  regimes  de  judicature , etc.  » 

Le  Pouvoir  royal  semble  avoir  pris  acte  de  cette  ob- 
servation. Sans  toucher  a la  forme  , car  Louis  XIV  avait 
formellement  promts  de  maintenir  et  de  respecter  les  cou- 
tumes  et  les  privileges  du  pays  , voici  comment  on  s’y 
prit  pour  detruire  cette  antique  institution  du  tribunal 
des  homines  de  fiefs  , ou  francs  hommes  qui  remontait 
au  temps  de  la  premiere  race  et  m£me  aux  anciens  Ger- 
mains. A St-Omer  et  dans  les  autres  grands  bailliages  , 
on  ne  conjura  plus  d’autres  hommes  de  fief  que  les  gra- 
duez. Ceux-ci  qui  etaient  en  fort  petit  nombre  siegerent 
d’une  maniere  perraanente  et  bient6t  leurs  fonctions  se 
confondirent  avec  I’office  de  conseillers.  Dans  les  sieges 
inferieurs  comme  a Tournehem , Audruieq  et  Fauquem- 
bergues , les  lieutenants-generaux  ne  remplirent  plus  , du 
vnoins  pour  les  affaires  criminelles , que  les  fonctions  de 
juges  instructeurs.  Us  ne  conjuraient  les  hommes  de  fief 
que  pour  les  affaires  peu  importantes.  Quant  a cedes  qui 
prisentaient  quelque  gravite  , ils  les  renvoyaient  imrne- 
diatement  a la  cour  du  bailliage  de  St-Omer.  On  re- 
duisit  a peu  pres  au  m&me  rdle  la  justice  echevinale 
elle-m£me  , dont  les  Audomarois  avaient  toujours  ele  si 
fiers.  Au  moyen  d’un  appel  d minimd  que  ne  manquaif 
jamais  d’interjeter  le  ministere  public  sur  les  jugcmenli 


— 228  - 

prlparatoires  relatifs  a (’instruction , les  prevenus  etaient 
distraits  de  ieurs  juges  naturels  el  traduits  devant  le 
consei!  d’Artoift  qui  ne  manquait  jamais  de  son  cdte  d’6- 
voquer  la  cause  au  fond.  C’est  ce  qui  esl  arrive  a Mont- 
bailly. 

On  voit  combien  Ton  s’&ait  eloigne  de  (’article  vn  de 
la  coutume  de  1 509  qui  contenait  cette  disposition  : 

« Et  en  matures  criminelles  ne  ont  accoustum£  ( lea 

• echevina  de  St-Omer ) d’estre  appellables  de  Ieurs  jnge- 

• ments  et  sentences  par  eulx  rendus  non  plus  que  sont  les 
» villes  capitalles  du  Pays  et  conte  de  Flandres  , duquel 

• Pays  la  dicte  ville  a ete  autrefois  esclicee , et  en  signe 
» qu’ils  ne  sont  appellables  es  dictes  matieres  criminelles, 

• non  plus  que  les  diets  de  Flandres,  ils  ont  accoustume  faire 

• randigier  Ieurs  dictes  sentences  criminelles  en  langaige 

• flameng.  » 

C’est  ainsi  qae  la  politique  des  rois  de  France  a peu 
a peu  escamote  aux  villes  de  1’Artois  les  privileges  que 
la  politique  des  rois  d’Espagne  leur  avait  conserves. 


HOIKS  BISTOtlQUB 

SCR 

QLELQUE8  HEDAILLES 


NOTBE-DAHE  DE  BOULOGNE. 


NOTICE  HISTORIQUE 

SUB 


OB 

KOT&E-DAHE  EE  BOULOGNE , 

m 

M.  Jules  ROUYER,  membre  correspond  ant. 


Nous  ne  retracerons  ici  de  l’histoire  de  l’ancienne 
statue  de  Notre-Dame  de  Boulogne , que  ce  qu’il 
importe  plus  particulfercment  de  rappeler  & nos 
lecteurs  pour  (’explication  et  Interpretation  des 
m6dailles  que  nous  nous  proposons  de  publier  dans 
cette  notice  (1). 

(1)  Voir  poor  plus  de  details  les  ouvrager  soivants  : 

Histotre  de  Vaneiewne  Image  de  N.-Dame  de  Boulongne  , par 
le  pAre  Alphonce.  Paris  1634. 

HUtoire  de  Nostre-Dame  de  Boulogne,  par  Antoine  Leroy.  Paris  1681 
Bistolre  de  N.-D.  de  Boulogne  t par  le  mdme  ( neuvicme  edition), 
oontinnde  par  M(  Hddooin.  Boulogne-sur-Mer  1839. 


— 232  - 

Une  tradition  qui  se  trouve  consignee  dans  les 
ecrits  de  quelques  anciens  chroniqueurs  de  la  loca- 
lity , fait  aborder  dans  le  port  de  Boulogne , en 
633  , suivant  les  uns , et  suivant  d’autres  en  636, 
un  vaisseau  sans  rames  et  sans  matelots , conduit 
uniquement  par  la  main  de  Dieu  ou  par  le  mi- 
mstere  des  anges , et  dans  lequel  etait  une  statue 
de  la  Sainte  Vierge , tenant  l’enfant  Jesus  sue  son 
bras  gauche  (1).  « Le  pilote  qui  gouvernoit  ce 
» navire , ecrit  1’un  des  historiens  de  la  statue , 
> estoit  le  S. -Esprit , et  les  anges  les  matelots  * 

• qui , sans  rames  et  sans  voiles  advancerent  droit 

* au  port  (2).  » 

La  statue  fut  pieusement  recneiiKe  par  les  ha- 
bitants de  Boulogne,  et  portee  dans  la  ville  haute, 
oil  ils  la  deposerent  dans  une  chapelle , alors  de 
peu  d’importance  et  mal  entretenuc,  mass  qui  ne 
tarda  pas  a etre  reconstruite  et  converlie  en  une 
eglise  assez  vaste , qui , placee  sous  1’invocation 
de  la  Sainte  Vierge  , devait  devenir  par  la  suite 
un  lieu  de  devotion  celebre  dans  la  chr£tient6. 

Lorsque  vers  4109,  par  la  liberality  du  cpmte 
Eustache  HI , l’eglise  de  N.-D.  de  Boulogne  fut 
erigee  en  eglise  abbatiale , la  statue , que  l’on  y 
conservait , etait  deja  depuis  longtemps  l’objet  d’un 


(I)  Leroy. 

l2)  Le  peri'  Alphonce  , p.  25. 


— 233  — 

pelerinage  tresfr£quent6.  Au  XIII*  si^cle  , ce  pele- 
rinage  6tait  assez  connu  pour  que  le  Parlement 
de  Paris  en  ait  impost  I’obligation  a plusieurs  cri- 
minels,  eu  expiation  de  leurs  fautes  (1);  et  1’on 
vit  dans  le  siecle  suivant  le  Pape  Cl&nent  Y com- 
prendre  l’eglise  de  N.-D.  de  Boulogne  au  nombre 
des  lieux  de  devotion  que  Nogaret  dut  visiter  dans  le 
tut  d’obtenir  le  pardon  des  exces  auxquels  il  s’etait 
porte  sur  la  personne  de  Boniface  VIII.  Les  autres 
pelerinages  qu’il  fut  present  a Nogaret  d’accomplir, 
dans  la  meme  circonstance,  furent  ceux  de  N.-D. 
du  Yauvert , de  Rocamadour  , du  Puy  , de  Char- 
tres , de  St-Gilles  et  de  St-Jacques  de  Compos- 
telle  (2). 

Les  Rois  de  France  Philippe-Auguste , Phi- 
lippe-le-Bel , Jean-le-Bon  , Charles  V , Charles  VII, 
Louis  XI  , le  Roi  d’Angleterre  Henri  III  , le 
Prince  Noir , Fernand  de  Portugal  et  Guy  de 
Dampierre  , Comtes  de  Flandre,  les  Dues  de  Bour- 
gogne Philippe-le-Bon  et  Charles-le-Temeraire,  plu- 
sieurs Comtes  de  Boulogne  et  de  St-Pol,  et  un 
grand  nombre  des  plus  hauts  Barons  de  France , 
d’Angleterre  et  des  Pays-Bas,  se  sont  tour-a-tour 
signales  par  leur  devotion  envers  N.-D.  de  Bou- 
logne et  par  les  riches  offrandes  qu’ils  firent  pour 
la  plupart  a son  image  ven6ree. 

(1)  Le  pere  Alphoncc  , p.  50. 

(2)  Leroy  , ed.  de  1681  , p.  11. 

30 


— 234  — 


En  1 478 , 1c  Roi  Louis  XI , qui , dans  la  guerre' 
qu’il  avait  entreprise  confre  l’heritiere  de  Charles- 
le-Temeraire  , s’etait  empare  d’une  grande  partie 
de  la  province  d’Artois , qu’il  avait  pretendu 
confisquer,  et  s’etait  en  outre  rendu  maitre  da 
comt£  de  Boulogne , qui  relevait  de  celui  d’Artois, 
imagina,  pour  eteindre  celte  suzerainete,  con- 
traire  a ses  vues , de  la  conferer  de  son  autorite 
& la  Sainte  Yierge  , a pres  avoir  acquis  de  Bertrand 
de  la  Tour  les  droits  qu’avait  ce  dernier  sur  le 
comte  de  Boulogne , comme  heritier  de  la  maison 
d’ Auvergne  , sur  laquelle  les  dues  de  Bourgogne 
avaient  usurpe  ce  roeme  comte.  Louis  XI , dit  Leroy 
a cette  occasion  , etait  devenu  seigneur  direct  da 
Boulenois ; « mais  par  le  mouvement  d’une  piete 

• egalement  spirituelle  et  genereuse,  il  se  devetit 
» de  cette  qualite , pour  ne  plus  en  prendre  d’autre 
» a 1’avenir  que  celle  de  vassal  et  de  feudataire 
» de  N.-D.  de  Boulogne.  11  entra  done  en  cette 
» qualite  dans  son  eglise  ; il  se  presents  devant 

• 1’image  miraculeuse , a genoux  , nu-tete , n’ayant 
» ni  baudrier , ni  eperons , et , dans  cette  humble 
» posture , il  fit  1’hommage  du  comte  de  Bou- 
» Iogne  a la  Yierge  titulaire  de  ce  pays , entre  les 
» mains  de  l’abbe  et  des  religieux , et  en  presence 
» de  toute  sa  Cour.  Et  pour  droit  de  relief  il 
» presents  un  coeur  d’or , du  poids  de  treize  marcs, 
» depuis  apprccie  a deux  mille  ecus , voulant 
» que  tous  ses  successeurs , Rois  de  France  et 


9 


— 235  — 

Comtes  de  Boulogne  fissent  le  meme  hommage  k 
* la  Sainte  Yierge  et  payassent  a cbaque  cbangeuient 
» d’homme  un  coeur  d’or,  de  m6me  poids  et  valeur, 
» pour  etre  employe  au  bien  et  eutreteuement  de 
» son  eglise.  » 

En  4544,  les  Anglais,  sous  la  domination 
desquels  Boulogne  etait  tombee  , pillbrent  le  tresor 
de  l’eglise  de  N.-D. , profancrent  lVglise , qu'ils 
transformerent  en  arsenal , et  transporterent  la 
statue  dans  leur  ile , ou  elle  demeura  jusqu’en 
4550.  Elle  fut  alors  rendue  a Boulogne  , sur  la 
demande  qu’en  fit  Henri  II , sous  le  regne  duquel 
la  France  venait  de  rentrer  en  possession  de  cette 
ville.  Le  Roi  s’acquitta  dans  la  meme  an  nee  de 
Thommage  du  coeur  d’or  ; Catherine  de  Medicis  , 
Diane  de  Poitiers , le  Connetable  Anne  de  Mont- 
morency , Francois  de  Lorraine , Due  de  Guise  , 
et  plusieurs  autres  seigneurs  de  la  Cour  s’empres- 
serent , a 1’exemple  du  Roi , de  temoigner  de  leur 
devotion  envers  N.-D.  de  Boulogne , par  de  riches 
presents , qui  eonsisterent  pour  la  plupart  en  de 
grandes  lampes  d’argent. 

Dix-sept  ans  plus  tard  , des  bandes  de  soldats 
huguenots , en  garnison  a Boulogne  , incendiaient 
l’eglise  , erigee  depuis  peu  en  catbedrale , et  trans- 
portaient  clandestinement  la  statue  a une  demi-lieue 
de  la  ville  , au  chateau  de  Hon  vault , que  possedait 
un  seigneur  de  leur  secte  ; elle  y resta  pendant 
quarante  ans  cachee  et  ignoree.  En  4607 , elle  fut 


— 236  — 

reportee  dans  la  ville , et  elle  fat  replacec  cn 
4630  dans  la  cathedrale  , ou  ello  redevint  bienlot 
l'objet  des  voeux  et  des  homraages  des  fideles;  ce 
qui  dura  jusqu'au  moment  ou  l’eglise  de  N.-D.  fut 
fermee  au  culte  , en  \ 794  , pour  etre , quelque 
temps  apres , vendue  comme  propriety  nationale  , 
et  ensuite  demolie.  L’antique  image  de  N.-D.  de 
Boulogne  ne  put  non  plus  echapper  a la  destruc- 
tion. Elle  fut  brulee  sur  la  place  de  la  Haute-Ville 
le  8 nivose  an  II , par  les  iconoclastes  de  cette 
deplorable  epoque , au  grand  regret  de  la  majeure 
partie  des  habitans , et  particulierement  des  marins, 
« habitues  de  temps  immemorial  a invoquer  son. 
secours  au  milieu  des  ecueils  de  l’Ocean  (4).  » 

Dfes  les  premieres  annees  de  notre  siecle,  et 
peu  apres  la  reouverture  des  eglises  , quelques 
personnes  pieuses , secondees  par  le  clerge  de  la 
ville , s’empresserent  de  retablir  le  culte  de  N.-D. 
de  Boulogne.  Une  cbapelle  lui  fut  consacree  dans 
l’eglise  paroissiale  de  St-Joseph  , et  Ton  plaga  dans 
cette  chapelle  une  statue  de  la  Sainte  Vierge , 
imitee  de  celle  qui  avait  disparu  dans  la  tourmente 
revolutionnaire.  Ajoutons  qu'une  nouvelle  eglise  de 
N.-D.  s’eleve  en  ce  moment  sur  l’emplacement  de 
la  cathedrale  , par  le  zfele  et  les  soins  de  M.  1’abbe 
Halfreingue. 


<1)  M.  Itfdouin  , d*  edition  de  Thbloire  de  Leroy, 


— 237  — 

Leroy  a consacre  aux  anciennes  medailles  <de 
N.-D.  de  Boulogne  quelques  lignes  que  nous  croyons 
devoir  reproduire  ici : 

« Ce  qui  montre , dit  cet  auteur , combien  l’eglise 
de  Boulogne  a ete  frequentee  autrefois  , ce  sont 
toutes  ces  anciennes  images  de  N.-D. , represented 
dans  un  bateau  , que  les  pelerins  remportoient  avec 
eux , tant  pour  se  conserver  dans  leur  devotion 
envers  la  Sainte  Yierge  que  pour  l'inspirer  aux 
autres.  On  en  fabriquoitde  toutes  sortes  de  metaux, 
mais  parliculierement  d'or  et  d’argent,  et  il  s’en 
debitoit  une  telle  quantite  dans  la  ville  que  la 
plupart  des  ortevres  et  autres  ouvriers  n’etoient 
occupes  qu’a  ce  travail.  Plusieurs  de  ces  medailles 
se  sont  sauvees  du  naufrage  des  temps  , et  il  s’en 
voit  encore  aujourd’hui  en  beaucoup  de  lieux  di 
Flandre  el  d’Artois , surtout  en  la  ville  de  St-Qmer, 
laquelle  etant  plus  voisine  de  Boulogne  avoit  aussi 
avec  elle  un  commerce  plus  particulier  de  reli-. 
gion  (1).  » 

< Par  un  effet  de  la  tendre  affection  qae 

les  habitants  de  Boulogne  avoient  pour  leur  chore 
patronne , dit  autre  part  le  m6me  auteur  (2),  ils 
regardoient  ses  images  et  ses  medailles  comme  les 
plus  riches  joyaux  qu'ils  pussent  offrir  , meme  aux 
Reines  et  aux  princesses.  La  ville  en  fit  faire  une 

(1)  Edition  de  1681  , p.  37. 

(2)  9°  Edition  , p,  101. 


— 238  — 

Tan  1367,  pour  la  prochaine  arrivee  de  la  Reine 
Catherine  de  Medicis ; et  l’an  1 531  , on  en  avoit 
presente  une  autre  riehement  fa$onnee  a Marie  de 
Lorraine , femme  de  Jacques  Stuart  V du  nom  , 
Roi  d’Ecosse,  et  mere  de  La  fameuse  Marie  Stuart.  » 

La  confrerie  de  N.-D.  Panetiere , etafclie  dans, 
l’eglise  de  St-Pierre  d’Aire , possedait  en  1 460  „ 
eomme  on  le  v«t  par  un  eompte  de  la  confrerie 
rendu  en  eette  annee  (1 ) , • une  cotie  pour  pairer 
Nre-Damc , de  drop  de  damas  cler  sanguine  figvrie 
de  feuilles  d'or , et  une  parette  colie  pour  ton  fils „ 
swr  laquelle  a atachie  iij  ymaiges  de  N^-Dame  de 
Bouliongne  d" argent  doire , dont  Vune  est  atachie 
i une  cainette  d' argent,  et  les  deux  mitres  sont 
dories , dont  I'une  est  grande  comme  ung  noble  (2)» 
toulte  ronde , el  I’aultre  est  de  le  fairon  que  cello 
gut  pent  atout  led . cainette ; item , une  piece  de 
irap  on  il  y a iij  grans  ymaiges  tons  de  PP'-Damc 
.de  Bouliongne,  ung  ymaige  de  Saint  Lanberi  et  ij 
rozes  d' argent.  * 


41)  Archives  du  chapitre  d*Aire. 

42)  Le  noble  etait  une  monnaie  anglaise,  (Ton  diameire  de  33  I 
35  mi  I lime  Ires  environ  , fra  p pee  sous  Edouard  Ilf  ct  ses  successcurs,, 
et  sur  laquelle  se  trouvait  la  figure  du  Roi,  a mi  corps  , dans  uit 
vaisseau  floltant , re  presen  lation  qui  n'euiU  pas  sans  analogic  atec 
le  type  ordinaire  des  medailles  de  fi.- 1).  de  Boulogne. 

Qutlques  nobles  out  ele  frappes  cn  Flandre  par  les  dues  de  Bour- 
gogne Philippe  ie-llardi  et  Philippe -le-Boo  , a rimitation  de  ecu* 
d’Angleterre  ; ils  elaient  dailleurs  de  la  mdtne  grandeur  que  ct» 
derniers  , et  les  uns  et  les  aulres  avaieuL  gouts  daos  rArloia. 


— 239  — 

Nous  troovons  clans  un  invcntaire  dresse  en  4536, 
des  reliqucs  et  joyaux  conserves  dans  la  tresorerie. 
de  la  meme  eglise  de  St-Pierre  d’Aire  (4)  , la 
mention  d’une  autre  « petite  ymaige  <T argent  dorde 
d une  Nre-Dame  de  BouUongne.  * 

11  est  presque  superflu  de  faire  remarquer  que 
ces  diverses  ymaiges  d’argent  on  de  vermeil  k 
1’effigie  de  N.-D.  de  Boulogne,  dont  il  est  ques- 
tion dans  les  deux  litres  que  nous  venons  de  citer, 
n’etaient  autre  chose  que  des  enseignes  de  pfele- 
rinages  (2)  , enseignes  designees  plus  tard  sous  le 
nom  de  medailles , que  leur  donne  Leroy , et  qu’il 
nous  parait  sans  inconvenient  de  leur  conserver  ;i. 

Ainsi  que  M.  Hedouin  a deja  eu  occasion  de  le 
constater , les  anciennes  medailles  de  N.-D.  de 
Boulogne  sont  devenues  d’une  assez  grande  rarete. 
Malgre  de  nombreuses  recherches , cet  auteur  n’etait 
parvenu  k en  decouvrir  qu’une , lorsqu’il  publia 
en  4 839  , la  neuvieme  edition  de  l’ouvrage  de  Leroy. 
Nous  nous  estimons  heureux  d’avoir  a produire'  a 
I’appui  de  notre  notice  le  dessin  dc  plusieurs  de  ces 
jnedailles  restees  inedites  jusqu’a  ce  jour. 

La  figure  n°  4er  de  notre  pi anche  represente  une 
enseigne  en  Stain , que  nous  possSdons , et  qui  a 


(t)  Archives  du  chapitre. 

(2)  Voir  sur  les  enseignes  dc  pelerinage.  Revue  Numismaiique , 
annee  1849 , p.  373. 


« 


— 210  — 

6t6retrouv6e  a Paris  dans  les  travaux  dc  dra- 
gaage  qae  1’on  y execute  dans  la  Seine  depute 
pluaieurs  annees.  Cette  enseigne , qui  ne  peut , 
par.  ses  caracteres , appartenir  qu’au  XV*  siecle  , 
est  faite  en  forme  de  sachet:;  elle  etait  garnie 
par  le  haut  de  deux  anses  de  suspension , dont 
Tune  a disparu.  Elle  est  creuse,  et  les  bords 
superieurs bien  que  rapproches  , n’en  'sont  pas 
soudes , ce  qui  ne  laisse  guere  douter  de  1’inten- 
tion  que  1’on  a eue  , en  la  confectionnant , de  ma- 
nager ainsi  au  futur  acquereur  les  moyens  d'in- 
gerer  dans  le  corps  de  l’enseigne  , soit  un  sou- 
venir de  pelerinage , com  me  quelques  gouttes  de 
la  cire  d’un  cierge  consume  devant  la  sainte  image, 
soit  tout  autre  objet  qui  dut  augmenter  k ses  yeux 
le  prix  de  l’enseigne , ou  dont  l’enseigne  devait 
augmenter  le  prix.  On  voit  d'un  c6te  de  cette  piece 
la  Sainte  Vierge  dans  un  vaisseau  flottant , portant 
sur  Ie  bras  droit  le  plan  en  relief  d'une  £glise. 
Ce  type  est  entoure  d’une  legende  en  caracteres 
golhiques  ainsi  concue  : ste-marie  : de  : bov- 
loingne.  De  l’autre  cote  se  trouve  la  meme  le- 
gende , avec  une  legere  variante  : ste  : marie  • 
de  : bovllongne  , autour  de  l’effigie  de  la  Sainte 
Vierge  portant  l’enfant  Jesus  sur  le  bras  gauche, 
et  recevant  les  voeux  d’un  personnage  qui  prie  & 
ses  pieds  (1). 


(1)  Un  autre  sachet . offrant  la  plus  grande  analogie  avec  eelui 
que  nova  venous  de  docrire  , tant  pour  les  types  que  pour  les 


— 241  — 

Si  I’on  veut  se  souvenir  qu’il  6tait  de  coutume 
au  moyen-age , de  representer  le  fondateur  d’une 
hglise  portant  le  modele  en  relief  du  monument 
du  4 sa  piet6 , on  trouvera  aisement  1’explication 
du  type  de  notre  enseigne  que  nous  avons  decrit 
en  premier  lieu,  dans  cette  circonstance  que  la 
Sainte  Vierge  4tait  consideree  comme  (a  fondatrice 
de  l’6glise  de  Boulogne ; ce  qui  resuite  d’une  tra- 
dition , suivant  laquelle  le  jour  m6me  oil  la  statue 
miraculeu8e  arriva  dans  le  port,  la  Sainte  Yierge 
serait  apparue  aux  habitants  de  .Boulogne  dans  la 
chapelle  oh  fut  transporter  la  statue , et  leur  aurait 
indique  « un  endroit  ou  ils  n’avoient  qu’4  fouir 
■ » pour  y trouver  de  quoi  fournir  4 la  construction 

• d’un  Edifice  plus  propre  et  plus  digne  que  ne 

• l’&oit  cette  pauvre  chapelle  de  renfermer  un 


Idgendes  , mais  nous  paraissant  an  peu  moins  ancien  , a etd  publid 
par  M.  C.  Roach  Smith  t dans  le  second  volume  dcs  Collectanea 
entiqu*  ( Londres  , 1850-1851 ). 

Notre  notice  dtait  terminde  et  avait  mime  ddjA  did  commoniqude 
a la  Societd  des  Anliquairea  de  la  Morinie  y quand  notre  ami  el 
notre  collogue  f M.  Octave  Hermand  , a bien  vpulu  nous  faire  con* 
nattre  qu’il  existe  dans  la  collection  de  M.  Albert  Logrand  , A 
St-Omer , plosieurs  sachets  de  plomb  au  type  de  N.  «0,  de  Boulogne, 
mais  sans  ldgende  f retrouvds  A Tdrouane.  M.  Alexandre  Heimand 
* eu  de  son  cAld  I'obligeance  de  nous  offrir  un  sachet  du  genre 
de  eeux  que  posslde  M.  Logrand , et  retrouvd  A Tdrouane  comme 
ces  dcrniers ; il  represent© , au  revers  de  la  figure  d'un  crmite 
debout , la  Sainte  Vierge  en  bateau  , supportant  sur  le  bras  droit 
le  plan  d’une  egiise.  Cette  piece  parait  appartenir,  par  son  style  , 
au  XV'  siecle. 


31 


— 242  — 


» depot  si  auguste , et  un  gage  si  prlcieux  de  son 
* amour  pour  eux  (1).  • 

La  figure  n®  2 est  la  reproduction  en  sens  inverse 
d’une  empreinte  sym£trique,  sur  papier,  price  vers  le 
milieu  du  XY1®  siecle , sur  une  medaille  en  or  de 
N.-D.  de  Boulogne  dc  l’exlr&me  fin  du  XY*  siecle 
ou  des  premieres  ann£es  du  XVI*.  Nous  tirons 
cette  empreinte  d’un  recueil  manuscrit  qui  contient 
la  representation  de  plus  de  deux  eents  monmiet 
d’or  et  d’argent  de  tous  pays,  recueil  dont  nous 
devons  la  possession  It  l’obligeance  de  M.  Michaux, 
chef  de  bureau  It  la  sous-prefecture  d’Avesnes., 
qui  en  avait  fait  l'acquisition  dans  la  locality.  Ce 
manuscrit , qui  ne  porte  pas  de  titre , remonte  evi- 
demment , par  ses  caracteres , ainsi  que  par  di- 
verses  indications  que  l’on  y retrouve.  It  l’epoque 
de  Charles-Quint , et  tout  porte  It  croire  qu’il 
est  I’ceuvre  d’un  changeur  de  la  Flandre  ou  da 
Hainaut.  Cc  n’est  que  par  suite  d’une  erreur  assez 
singuliere,  que  nous  sommes  loin  de  nous  sentir 
le  courage  de  reprocher  It  l’auteur , que  la  medaille 
de  N.-D.  de'  Boulogne  a trouve  place  dans  le 
recueil,  ou  elle  figure  improprement  sous  la  deno- 
mination de  double  ducat  de  Bologne , en  Italie, 
lieu  dans  lequel  les  papes  ont  fait  forger  de  nom- 
breuses  monnaies,  mais  non  pas  de  I’esp&ce  que 


(l)  Leroy  , 9*  ed.  , f . 23. 


— 843  — 

ootre  cliangeur  a jug6  4 propos  d’attribuer  a cette 
ville. 

L’empreinte  que  nous  publions  represente  , 
d’un  c6te  , la  statue  miraculeuse  dans  un  vais- 
seau  voguant , conduit  par  deux  anges , qui  le 
dirigent  h.  l’aide  de  rames  et  de  voiles.  Ce  type 
ne  semble  pas  en  parfaite  harmonie  avec  la  ma- 
nure dont  le  pfcre  Alphonce  et  Leroy  ont  retract, 
d’aprfes  la  tradition , les  circonstances  de  1’arrivee 
de  la  statue  dans  le  port  (1).  Au  revers  de  la 
mbdaille  paraisseht  les  armes  de  France  couronnbes, 
entourees  du  collier  de  1’ordre  de  St-Michel  fonde 
par  Louis  XI , et  de  la  lbgende  notre  * dame  * 
de  * bovlongne  , en  caractbres  gothiques.  Ces 
armes  font  bvidemment  allusion  ict  aux  devoirs  de 
vasselage  auxquels  les  Rois  de  France  etaient  tenus 
envers  N.-D.  de  Boulogne , depuis  que  Louis  XI 
avait  fait  bommage  du  comtb  4 la  SainteVierge , 
en  1478. 

. Nous  don  nans,  sous  le  n°  3 de  la  planche , le 
dessiu  d’une  medaille  en  etain  , de  notre  collection, 
qui  ne  difibre  de  la  precedents  que  par  de  legeres 
varietbs  de  coins. 

Une  autre  medaille  en  6 tain,  aux  memes  types 
que  les  deux  precedentes , mais  dont  l’etat  de 
conservation  laisse  malheureusement  a desirer,  fait 


(1)  Voir  plus  baoL 


— 244  — 

partie  de  l’interessanle  collection  numismalique  de 

M.  l’abbe  Frechon,  chanoine  d’Arras.  Cette  derniere, 
aussi  bien  que  la  n6tre , et  que  l’enseigne  que 
nous  avons  decrite  plus  haut , a eti  retrouvee  a 
Paris  dans  les  travaux  de  draguage  de  la  Seine. 
On  sait  an  surplus  que  , des  le  XIVs  siecle , la 
devotion  envers  N.-D.  de  Boulogne  elait  assez  ge- 
neralement  repandue  parmi  les  parisiens  pour  qu'ils 
aient  fonde  une  eglise  en  son  honneur , 4 quelques 
pas  de  la  capital  e , et  avec  l’assentiment  da  Roi 
Pbilippe-le-Long , dans  le  village  de  Menus , qui 
prit  depuis  le  noin  de  Boulogne-sur-Seine.  On 
sait  ausssi  qu’ils  etablirent  dans  cette  eglise  le  siege 
d’une  association  qui  prit  le  titre  de  grande  Confrdrie 
de  N.-D.  de  Boulogne-sur-Mer , et  dans  laquelle 
se  sont  fait  enroler  plusieurs  Rois  et  Reines  de 
France.  II  y a lieu  de  croire  que  pour  ctre  admis 
It  faire  partie  de  cette  confrerie , il  fall  ait,  le  plus 
ordinairement , avoir  accompli  le  pelerinage  de 

N. -D.  de  Boulogne-sur-Mer.  Cela  nous  parait  du 
moins  ressortir  de  plusieurs  textes  cites  par  Leroy  (4) 
et  particuiierement  du  titre  du  catalogue  sur  leque! 
etaient  inscrits  les  noms  des  confreres  et  des  con- 
soeurs , titre  ainsi  redige : « Magna  Confratria  Do- 
mince-Nostree  Boloniensis  jmta  Mare , constans  pe- 
regrinis  utriusque  sexus , fundata  in  Ecclesia 
Dominw-Nostrw  Boloniensis  Parted  prope  sanctum 
Clodoaldum.  • 

(1)  Edition  do  1081  , pages  45  a 51  et  202  a 266, 


On  cotiQoit  par  ce  qui  prdcdde,  qu’un  grand 
norobre  de  mddailles  de  N.-D.  ont  pa  etre  rap- 
portees  ainsi  de  Boulogne-sur-Mer  k Paris.  D’un 
autre  edtd,  il  n’est  pas  impossible  qu’il  ait  aussl 
ete  vendu  de  ees  mddailles  k Boulogne-sur-Seine , 
qui  avail  flni  par  devenir  dgalement  un  Hea  de 
devotion  assez  frdquentd. 

La  mddaille  de  plornb , du  XVI*  sidcle , reprd- 
sentde  soys  len*  4 a die  publide  par  M.  le  docteur 
Rigollot , d’ Amiens , qui  la  possede , dans  son 
intdressant  ouvrage  sur  les  monnaies  des  dvdques, 
des  innocents  et  des  fous , auquel  nous  renvoyons 
ip  lecteur.  On  voit  sur  cette  pidce,  d’un  cdtd  un 
dcusson  chargd  d’un  dauphin  et  entourd  de  la  Id- 
gende : fbater  : fbanciscus-blondm  ; de  lautre 
cdtd , la  ldgende  : nostre  : dame  : de  bovlongnb, 
et  le  type  de  la  Sainte  Yierge  dans  un  navire , tree 
l’enfant  Jdsus  dans  ses  bras. 

On  ne  sail  ce  qu'dtait  le  frdre  Francois  Blondin,, 
mais  il  est  k prdsumer  qu’il  aura  remplile  rdlo 
de  chef  d’une  compagnie  de  liesse  dans  quelque 
fete  du  genre  de  cedes  des  fous  et  des  innocents 
et  que  la  mddaille  qui  nous  a conservd  son.nom, 
aura  dtd  faite  k cette  occasion.  Quant  au  type  dtt 
revcrs,  il  ne  peut  assurdment  suffire  pour  indiquer 
que  la  piece  ait  dtd  faite  k Boulogne  on  pour 
Boulogne , plutdt  que  dans  ou  pour  tout  autre 
lieu  de  la  Picardie  ou  de  1 ’Artois. 


— 246  ~ 


M.  Hedouin  a signale  en  4839  , daps  les  notes 
qu’il  a ajoutees  a la  neuvieme  edition  de  l’histoire 
de  Leroy  (4) , l’existence  entre  les  mains  de  M. 
Dutertre-Yyart,  de  Boulogne , d'une  medaille  en 
argent,  tr&s-mince , de  la  grandeur  d’un  franc , 
et  qui  represente  la  statue  miraculeuse  dans  un 
bateau.  « Ce  qui  rend  cette  medaille  plus  predeuse 
encore , ajoute  M.  Hedouin , c’est  qu’elle  est  ap- 
pliquce  sur  un  morceau  de  bois  tres  noir,  trfes 
luisant , ayant  l’apparence  du  jais , et  qui  certai- 
nement  est  un  des  fragments  de  l’antique  statue. 
On  sait  que  plusieurs  de  ces  fragments  furent  donnes 
a diverses  personnes  lors  de  la  restauration  et  de 
la  retaille  de  cette  relique  ven^ree.  » (4607- 
4630). 

Oepuis  qnelques  annees , des  exemplaires  en 
argent  et  en  cuivre  d’une  nouvelle  medaille  de  la 
Yierge  de  Boulogne  se  vendent  dans  cette  ville  au 
profit  de  l’oeuvre  de  la  reconstruction  de  1’eglise 
de  Noftre-Dame.  Nous  ne  croyons  pouvoir  mieux 
terminer  notre  notice  que  par  la  description  de 
cette  m6d4ille,  dont  les  coins  ont  6te  graves  k 
Paris , par  M.  Yachette  : urbis  et  orbis  hois  os  , 
stella  mams  sis  bona.  La  statue  miraculeuse 
dans  un  bateau  flottant,  plac6e  entre  deux  anges 
dont  Tun  tieht  le  gouvernail.  Au-dessus  , une 
etoile.  A 1’ exergue  : n.-d.  de  Boulogne,  et  le 


(1)  Pages  97  et  203, 


millesime  <840,  entre  les  lettres  S.  M.  Revere  : 

REFCGKJM  PECCATORUM  , OBA  PRO  NOBIS.  Le  C(£Ur 

de  la  Sainte  Vierge  , perc4  d’un  glaive , et  entoure 
de  rayons  et  de  flammes.  A l’exergue,  le  nom 
du  graveur. 


NOTICE 


LES  MAN  (JSC  HITS 

OB  LA 

BIBLIOTnEQUE  DE  BEItGliES. 


32 


NOTICE 


SB* 

LES  MANUSCRITS 

M U 


pa*  M.  y LEPREUX, 

nans  conuromun. 


APERCCJ  HISTORIQCJE 

LA  BIBLIOTHfeQUE  DE  BERGUES. 


La  bibTioth&qoe  de  Bergues,  eorame  la  plupart 
des  bibliotheques  de  province , provient  en  grande 
partie  des  anriens  convents  et  snrtout  de  1’abbaye 
de  Sain t- Win oc.  Cet  antique  et  celebre  monast&re 
avail  Tune  des  plus  riches  collections  da  dord  de 


— 252  — 

la  France,  qui  pouvait  rivaliser  avec  celles  do  St- 
Bertin , de  Clairmarais  et  autres  savanles  coro- 
munautes,  Neanmoins  les  armoiries  et  inscriptions 
que  1’on  trouve  encore  sur  bieh  des  ouvrages  sem- 
blent  prouver  que  la.  gindraliU  de  Bergues  pos- 
sedait  aussi  nu  foods  de  bibliotheque.  Aiosi  bien 
deq'  cotiveftures  portent  les  deux  lions  de  la  Chi- 
tellenie,  ou  (’inscription  B.  P.  C.  B.  retpublica 
bergensis ; ce  sont  en  gPnSral  des  livres  de  droit 
et  d'adminislratipn , datant  presque  tous  du  XVIIs 
ou  du  X$i>  Siecle.  Les  manuscrits , les  incunables, 
les  belles,' editions  dps. Perea  de  l’Eglise,  les  grands 
ouvrages  bistoriques  yiennent  de  1’abbaye  Saiotr- 
Winoc. 

La  formation  de  cette  belle  bibliolhfeque  de  Saint- 
Winoc , resultat  des  travffux  des  moines  pendant 
plusieurs  siecles , avait  ete  longue  et  difficile.  Les 
invasions  dqp  dfabprd , puis  de  nom- 

breux  incendtes,  et  enfin  le  sac  de  1558  avaient 
detruit  bien  des  manuscrifs.  Mais  les  abbes  pen 
a peu  reparaient  ces  desastres.  L’nn  d’eux,  Jean 
Mofflin , en  1585,  dpporta , dit  Sanderus  , une 
belle  bibliotheque  renfermant  de  rares  manuscrits, 
et  des  livres  richement  relies  et  ornes  de  ses  ar- 
moiries : cllos  representaient  qn  limapon  jrentre  anx 
t rots  quarts  dans  sa  . coquille  4 avec  cette  devise : 
Tecum  habita,  II  reste  encore  une.  asses  grande 
quantile  de  ces  volumes.  Cette  precieuse  collec- 
tion , fruit  de  tant  de  peines  et  de  recherches , 
dcvatl  etre  bien  tristement  dispersee. 


— 253  — 

te  26  mars  1790  , l’Assemblee  nationale  rendit 
un  decret  qui  ordonnait  la  vente  des  biens  du 
clerge  et  le  transport  de  leur  mobilier  au  district. 
Presqu’aussitdt , le  23  avril  suivant , un  inven- 
taire  general  fut  dress6  de  tous  les  couvents  de 
la  ville.  Les  livres  en  particulier  furent  tous  ap- 
portes  k la  maison  commune ; plus  tard  les  bi- 
bliotheques  des  villes  voisines  tel  les  que  Dunker- 
que , Bourbourg , Cassel , Hondschoote  , etc.  ar- 
riverent  pour  grossir  eet  amas  de  travaux  litteraires 
de  tant  de  sifccles.'  II  n’y  eut  pas  jusqu’aux  villes 
elrangercs  sur  la  fronliere  beige,  qui  ne  fournirent 
aussi  leur  contingent.  En  cffet  lors  de  l’invasion 
de  I793et  1794,  l’arm6e  frangaise,  a mesure  qu’elle 
pknltrait  dans  le  territoire  du  roi  de  Hollande , 
avail  pris  pour  regie  de  renvoyer  par  ses  der- 
riferes,  sur  le  chef-lieu  de  district  le  plus  voisin, 
tous  les  livres  de  bibliotheques  et  autres  objets  de 
valeur  qu’elle  rencontrait  dans  les  villes  et  bourgs 
echelonnes  sur  son  passage.-  Or , les  campagnes 
de  Bergues,  qui  etait  chef-lieu  de  district  du  d&* 
partement  du  Nord  , venaient  d'etre  traversees  par 
l’arm£e  de  Jourdan  el  d’Houchard  poursuivant  les 
ceaiises  du  due  d’Yorck , et  a ce  double  titre  celte 
ville  recut  le  depdt  de  toutes  les  depouilles  eu- 
nemies. 

Cependant  k Bergues  on  entassait  p^le-mfele  dang 
les  salles , les  caves  , les  greniers  de  l’hotel-de* 
ville  ces  masses  enormes  de  volumes  arrivant  de 


— 254  — 

toates  parts,  et  quand  if  fat  impossible  de  plus 
rien  y faire  entrer,  on  remplit  one  partie  des 
chambres  du  college.  Puis  on  ne  se  donna  pins 
memo  la  peine  d'abriter  les  ouvragps ; on  les  de- 
posa  par  eharretees  ear  la  place  pubUqne  ; aNa  en 
prendre  qui  voulut.  De  ce  qui  restaU,  1»  people 
fit  an  immense  fen  de  joie  qa’aa  afimentait  avec 
les  parchemins  des  archives  el  les  cachets  de  ore 
que  Ton  anrachait  aux  dipldmes  et  anx  viritles 
chartes , sans  couper  seulement  les  fils  de  soie  qui 
les  retenaient.  Les  Tieillards  qui  se  xappeUent  ces 
particularites,  ajoutent  avoir  tu  , dans  le  choeur  de 
I’eglise  constitotionnelle  de  Saint-Martin  , on  dal- 
lage  de  volumes  in-fofio. 

Ces  temps  d’exaltation  passerent  enfin  et  le 
Concordat  r en  retablissanlen  France  le  fibre  cxer» 
rice  du  culte  cotholique  , permit  aux  communes 
depouiUees  de  reprendre  les  bibliotbeques  de  leurs 
eouvents  respectifs,  poor  en  former  tut  foods  de 
hibliotheque  publiqne. 

A lore  on  rit  4 Bergnes  se  renonvefer,  en  sens 
inverse,  Fes  scenes  de  1791  et  de  1792.  Titrates  les 
villes  voi sines  et  notamment  Dunkerque  envoyerent 
des  fourgons  pour  reprendre  les  onvrages  qulls 
jngeaient  devoir  lenr  revenir.  Mais  au  milieu  d’une 
telle  confusion  , il  n’etait  gnfere  possible  de  les 
reconnakre,  et  d’aillears  r&p  predation  de  ce  temps 
Kt  eta  it  totalement  differente  de  la  noire.  Anssi  les 
Donkcrquois  s’emparerent-ils  de  tous  les  fivres 


— 255  — 

modernes  enrich  is  <le  belles  reliures  qui,  a l’ex- 
ceplion  du  Gallia  ChritUam  et  de  quelques  trades 
de  jurisprudence  foment  encore  aujourd’hui  le 
principal  foods  de  leur  bibiiotheque.  Bergues , au 
contraire,  consern  dans  « pretendu  partage,  les 
manuscrits,  les  editions  rares  et  anciennes,  les 
volumioeuses  collections  bistoriques  eonsultees  et 
admirdes  par  quelqnes-uns  de  ses  habitants  cl  par 
les  amateurs  Strangers. 

Pendant  les  annfees  de  la  Revolution , un  pretrc 
constitutbnnel , M.  Bareel  , dressa  un  cata- 
logue general  de  tons  les  livres  reunis  et  entasses 
a la  mairie  et  au  college.  Ce  catalogue  , conserve 
it  la  prefecture  du  Nord , ee  compose  de  vingt 
mille  numerec  eu  environ  soixante  mHle  volumes. 
Ainsi,  sans  la  restitution  de  1*8<M  , Bergues  posse- 
derail  la  bibliothoque  la  plus  knpertante  de  tout 
le  rioni.  Oa  doit  regretter  la  perte  de  t’aneien 
catalogue  de  St-Wince  -qui  fiwrmait  an  gras  volume 
fai-folio;  la  ville  await  pa  levendiquer  avec  justice 
a cede  epoque  tons  les  livres  de  cette  abbaye  qui 
devaient  de  droit  Ini  revenir. 

Sous  le  gouvernemeni  imperial  le  vestige  des 
conqnetes  fit  perdue  de  vac  la  iittdrataure  et , 
comme  on  le  disait  aloes.  Miner* ve  fit  plaee  d 
Belltme;  e’est  cn  1817,  sur  1’ordre  du  ministre 

<1)  U.  Street  &ait  tinn  vlctwe  4e  St-Pienre;  il  jn&t  eerment, 
ee  teuton  4mm  fat  euite  et  fut  namul  fH  M.  Setonte  cure  4e 
Sees  ; it  meurut  * U fin  de  1847. 


— 256  — 

de  l’interieur,  qu’on  fit  pour  la  seconde  fois.  utl 
6tat  detaille  de  tout  ce  qu’il  y avail  de  livrcs  appar- 
teuant  a la  ville  de  Bergues.  Une  expedition  fut 
envoyee  au  preiet,  mais  l’original  ae  trouve  encore 
a la  bibliotheque.  L’inspection  de  ce  document 
fit  constater  l’absence  des  manuscrits  suivants 
mentionnes  par  M.  Bareel. 

4.  Graduate  romanum  ad  utum  ecclesiee  abbatialit 
Sancti  Winnoci  per  Dallery  Retigiosum  Sancti 
Winnoci , 4 735 , in-f\ 

2.  Proprium  de  tempore,  per  Duchemin , 4598, 

provenant  de  St-Winoc , in-P. 

3.  Slaluta  synodi  diocesce  iprensis  anni  4577 , 

interfolio  de  papier  blanc  avec  notes* 

4.  Chronique  des  Evinements  particulihement  du 

diochse  d’  Ypres , qui  parait  avoir  ete  composee 
au  couvent  des  Carmes  a Dunkerque,  de  4644 
k 4 638,  in-8*. 

5*  Elueidationes  prcecipuorum  documentation  ae 
prwceptorum  Regulw  Sa  Bcnedicti.  Manuscrit 
de  la  fin  du  47®  aiecle  , in-4°. 

6.  Annalia  site  chronica  forestarium  el  comilum 

Flandrice  ab  ap.no ad  Philippum  Romm. 

Manuscrit  du  16e  sieele  incomplete  in-f*. 

7.  Lois  ei  coutumes  de  la  ville  de  Bruges  du  26' 

aotit  4649  , in-4°. 

8.  Humani  corporis  Machine . Fin  du  47®  siecle, 

in- 4°. 


— *57  — 

0.  Tragedies  et  pibces  de  pobsie  en  lutin.  4 7* 
siecle  > in-8°.  . 

40.  OEuvres  de  Chiroc , ou  trailb  des  fibvresi  2 
vol.  in-4°,  commencement  du  48®  siecle. 

4 4 . Proprium  mhsarum  de  tempore.  Manuscrit  mo- 
derne  gr.  in-f*. 

Parmi  Ces  manuscrits  ne  sOnt  pas  comptees  les 
AnnaleS  de  Vabbaye  Sl-Winoc , 6crites  en  latin  par 
D.  Walloncappelle , longtemps  en  la  possession  d’un 
bourgeois  de  Bergues  et  que  l’insouciante  admi- 
nistration de  cette  vitle  a laisse  acheter  par  un 
ancien  magistrat  de  Dunkerque.  La  perte  irrepa- 
rable de  tous  ces  manuscrits  fut  encore  augments 
par  une  malheureuse  Vente  qui  eut  lieu  en  4820 
d’aprfes  une  lettre  ministerielle  du  23  janvief  4 84  8. 
M.  M......  alors  maire  de  Bergues , fit  Cnlever 

2865  volumes  pretendus  doubles  ou  depareilles  et 
les  fit  vendre  a 1’encan  sur  la  place  publique. 
L’ignorance  municipale  avait  estim£  le  tout  k 260 
francs  > Ce  qui  n’etait  pas  le  poids  du  papier.  Aussi 
les  epiciers  et  les  rares  amateurs  qu’avait  re'unis 
cette  Vente , en  firent-ils  monter  le  produit  & mille 
quatre  cent  soixante-qualorze  francs.  Faite  aveC 
plus  d’intelligence  et  de  lenteur , une  sage  £pu* 
ration  de  ce  genre  eut  rapport^  trois  et  quatre  foie 
plus.  Mais  soUs  pretexte  de  doubles  on  se  defail 
parfois  d’exemplaires  fort  precieux  et  beaucoup  plus 
cheres  que  celles  qu’on  conserve , el  Ton  doOne 
presque  pour  rien , comme  depareilles  de  rares 

33 


— 258  — 

volumes  d ’editions  souvent  incompleles , ou  d’an- 
tiques  incunables  dont  le  texts  est  insignifianf , 
mais  dont  lea  caract&res  primitifs  sont  des  plus 
curieux  et  des  plus  interessants. 

On  employa  les  fonds  de  cette  vente  inconsideree 
a se  procurer  quelques  ouvrages  jnodernes , tels 
que  Corneille , Voltaire , Marmontel  et  les  autres 
classiques  du  XVIIIs  siecle ; puis  on  ne  s’occupa 
plus  de  notre  depot  litteraire  jusqu’au  mois  de 
fevrier  1842.  Une  commission  de  trois  membres 
tires  du  conseil  municipal  fut  nominee  a cette 
epoque  pour  enlever  la  bibliotheque  de  I’ancienne 
chapelle  de  la  mairie  ou  elle  etait  entassee  et  la 
transporter  dans  les  chambres  alors  vacantes  de 
1’ancienne  maison  de  ville  sdus  le  beffroi.  Cette 
commission  devait  aussi  operer  un  nouveau  clas- 
sement  et  dresser , pour  la  troisieme  fois , un 
catalogue  general.  Un  seul  des  membres  de  la 
commission  se  livra  serieusement  a ce  travail  et 
lit  imprimer,  apres  six  mois  de  veilles,  un  cata- 
logue de  la  bibViothfcque  de  Bergues  par  ordre 
alphabetique  et  methodique  (1).  L’auteur,  se  creant 
une  nouvelle  methods  bibliographique,  a divise  son 
ouvrage  en  cinq  series,  la  religion  qui  renferme 
aussi  l’hagiographie , 1’histoire , la  literature , les 
sciences  et  les  oeuvres  drverses  qui  comprennent 
les  polygraphes , les  traites  politiques  et  tous  les 
ouvrages.  enfin  qu’on  ne  pouvait  naturellement 


(1^  Dunkerque  , Yanwhormout , 18W,  in  8** 


— 259  — 

ranger  dans  les  autres  series.  Notre  geuereux  com- 
patriote  pour  ne  pas  laisser  son  oeuvre  incomplete 
accepta,  sur  les  instances  de  Fautorite  municipale, 
les  fonctions  gratuites  de  bibliothecaire  avec  deux 
seances  par  semaine.  Mais  son  zele  fut  bien  mal 
recompense  , car  des  4 844 , il  lui  fallut  abandonner 
la  bibiiotheque  qui  se  trouva  vacante  jusqu’en 
fevrier  4848,  La  nouvelle  administration  satisfit  a 
cette  epoque  aux  justes  susceptibility  qui  avaient 

motive  une  demission,  et  M.  G voulut  bien 

se  charger  de  nouveau  d’ouvrir  au  public  notre 
depot  litteraire.  Mais  Fadminist ration  de  4848  ne 
tarda  pas  a etre  remplacee,  et  des  vexations  nou- 
velles,  ainsi  que  Finintelligente  parcimonie  du  conseil 
municipal  qui  defendait  Facbat  d’aucun  ouvrage , 
obligerent  de  nouveau  le  bibliothecaire  a se  rctirer 
au  mois  de  juin  4854.  Maintenant  la  bibiiotbeque 
est  fermee  a tous  les  hommes  d’ctude ; les  privi- 
legies  seuls,  y sont  ad  mis  et  cet  etat  de  choses 
durera  probablement  jusqu’a  ce  qu’un  raaire  et 
un  conseil  moins  preoccupes  des  interets  materiels 
et  plus  amis  des  lettrcs  , veuillent  bien  se  souvenir 
qurune  bibiiotbeque  communale  doit  avant  tout  etre 
publique  el  qu'il  n est  pas  plus  permis  a une  ville 
d’enfouir  ses  tresors  litteraires  que  ses  archives 
bistoriques  (4).  - 

(1)  Ie»  archives  nrwt  ele  mtses  co  ordre  el  liners  n public 
quaeres  lea  menaces  recfeer&s  tl  les  pits  fives  lOBBKttioRs  de 
rai>tarste  prefeetoralr.  No  as-  news  propeseos  ate  RSte  dc  les  lure 
coauaiirc  par  une  cesrte  notice. 


NOTICE 

sya 


LES  Af  AN  USCR  ITS* 


N*  "I.  — COTE  “f  3i  0 AU  CATALOGUE  GENERAL,. 

Vila  Sancli  Winnoci  in  tribus  libris  sequilur  passia, 
Sancti  Oswaldi  rcgis  el  Iranslalio  S*.  Levinnw. 
Manuscrit  in-8*  sur  velin.  — 164  feuillets  a 
longues  lignes  tracces  au  stylet,  — ( Provenant 
de  St-Winoc). 

Ce  manuscrit,  veritable  jovau  de  noire  biblio- 
theque,  cst  ccrit  en  petites.  capita  les  gothiques,  les 
tilres  sont  en  caracleres  romains.  I)  parait  appar- 
tenir  d’apres  les  diplomatiques  a la  periode  de 
transition  entre  le  XII*  ct  le  XIHe  siecle,  et  les. 
miniatures  que  nous  deorivons  plus  bas  ne  font 
que  confirmer  cett,e  opinion. 

Le  volume  est  de  format  in-8°  dore  sur  Iran-, 
dies ; lc  plat  de  la  couverture  qui  est  toute  mo-, 
derne  , porle  de  chaqpe  cote  un  calvaire  rayonnant. 
Lc  recto  du  premier  feuillet  esl  en  blanc , on  y 
lit  ces  mots  d’une  ecriture  reccnte  : Vita  bcalissimi 
Patris  nostri  Winnoci  abbalis  prccslanlimmi. 


— 262  — 

Le  manuscrit  est  orne  de  sept  miniatares  fori 
belles , inais  evidemment  faites  par  des  artistes, 
difierents ; les  dessios  a la  plume  ont  presqoe  tous. 
«ne  correction  que  l’on  cliercherait  vainement  dans, 
ceux  qui  sont  colories.  Yoici  la  description  de  ces. 
dessins  sue-  le-  versa  du.  premier  , qn  voit  la. 
figure  de  Sl-Winoc  en  pied , tracee  a la  plume.  IL 
est  represente  marchant  sur  les  noages,  la  tete- 
entouree  d’une  aureole , ses  habits  sacerdotaux  sont. 
l’aube  , 1’etole  et  la  chasuble  antique  relevee  sur 
les  bras.  11  tfent  sa  crosse  a la  main ; a ses  pieds 
est  un  moine  en  prieres  dont  on  qe  voit  que  le 
buste.  Le  feuillet  entier  eat  encadre  par  des  enrou-- 
lemenls  et  des  feuilles  de  fanlsisie.. 

La  seconde  figure  qui  se  troqve  au  troisieme 
feuillet  represente  encore  Saint  Winoc  assis,  re-, 
vetu  de  la  chasuble  et  tenant  la  crosse  d’une  main 
et  le  missel  de  Pautre.  Au  dessns  de  sa  tete  on  ' 
voit  one  abbaye  qui  repose  sur  un  plcin-cintre 
appuye  Iui-meme  sur  d’enormes  colonnes  a char 
piteanx  ronjans.  Cette  miniature  est  eoloriee  et  Ton 
remarque  que  Saint  Winoc  a les  cheveux  rouge- 
carmin ; sa  chasuble  tres-ricbe  est  toute  incrustee 
de  pierres  precieuses,  oe  qui  iPest  pas  eommun 
fens  lee  peintnres  da  XII®  siecle.  L’encadrement 
est  forme  par  des  grecques  et  anx  quatre  coins 
sont  de  larges  medaillons. 

La  troisieme  figure  qui  se  trouve  au-devant  dn 
la  vie  de  Saint  Oswald , represente  probabl.ement 


— $63  — 

te  Roi.  II  porte  la  couronne  ct  le  sceptre  ct  i( 
est  convert  du  fnanteau  royal  ; scs  pieds  chausscs 
d’une  sorte  de  bottines  Ouvertes  sur  la  jambe  , 
reposent  sur  les  nuages  et  an  bas  On  Voit  le  buste 
d’un  moine  en  prieres.  L'encadrement  fort  simple 
ne  consistc  gtffere  qu’en  traits  et  en  feuilles  de 
fantaisie. 

La  quatrieme  figure  qui  se  trouve  au  feuillet 
suivant  est  coloriee  , c’est  la  repetition  de  la  pre- 
cedente , mais  le  dessin  en  parait  moins  correct ; 
par  line  singulibre  bizarrerie , le  raoine  agenouille 
porte  un  costume  bleu  qui  n’etait  celui  d’aucun 
ordre. 

La  cinquieme , la  sixi&me  et  la  septieme  figure 
se  trouvent  au-devant  de  la  vie  de  Saints  Levinne. 
Sur  la  cinquieme , faite  au  trait  seulement , on  voit 
ia  sainte  debout,  revetue  d’un  tres-beau  costume 
refigieux;  le3  plis  de  la  robe  et  du  manteau  sont 
drapes  avec  art.  Sur  le  c6te  gauche  on  voit  un 
rideau  a demi  ouvert  et  aux  pieds  de  la  sainte, 
comme  dans  les  figures  precedentes  et  comme  dans 
la  suivante,  on  voit  agenouillO  un  moine  en  prieres. 
L’encadrement  de  ces  feuilles  consiste  en  enroule- 
ments  assez  semblables  a ceux  du  premier. 

Sur  la  sixieme  figure,  Sainte  Levinne  a l’air 
d’etre  enlevee  au  ciel , sa  robe  de  dessus  en  forme 
de  rochet  est  garnie  d’une  large  bordure  doree. 
Un  ange  offre  d’une  main  un  sceptre  a la  sainte 
et  de  l'autre  il  lui  pose  un  diad&me  sur  la  tfrte. 


— 264  — 

Sur  la  scptieme  ct  derniere  figure  , tracee  a ia 
plume  , on  apergoit  un  moine  , probablement  I'au- 
tcur  du  manuscrit , assis  dans  une  chaise  de  forme 
particuliere.  Devant  lui  soot  l’ancien  et  le  nouveau 
testament , et  sur  son  pupitre  de  forme  tres- 
simple , se  trouvent  un  encrier  el  deux  stylets* 
II  tient  une  sorte  de  plume  de  la  main  droite  et 
un  graltoir  de  l’autre. 

Toutes  ces  figures  > quoique  tres-curieuses  ne 
peuvent  pas  entrer  en  comparaison  avec  le  fini  et 
la  delicatesse  des  lettres  majuscules  et  tetes  de 
chapitres* 

Plusieurs  de  ces  lettres  coloriees  presentent  des 
allegories  completes.  Ainsi  dans  la  premiere,  on 
voit  la  vigne  du  Seigneur , au  centre  Jesus-Christ 
foule  le  pressoir  tout  rempli  de  raisins,  a droite 
eont  les  vendangeurs  et  a gauche  les  renards  qui 
ravagent  la  vigne.  La  lettre  initiate  du  second  livre 
de  la  vie  de  Saint  Winoc  est  encore  fort  curieuse, 
mais  d’un  symbolisme  tellement  obscene  que  nos 
moeurs  actuelles  n*en  permettent  pas  rexplication(l)* 
©n  le  retrouve  au  resle  fort  souvent  dans  l’eglise 
de  Sl-Gertnain-des-^Pres  a Paris.  Nos  peres  ne 
Voyaient  pas  de  mal  dans  ces  representations  qui 
nous  choquent  maintenant , leur  but  ^tait  d’inspirer 
l’liorrcur  du  vice  et  ils  le  montraient  dans  toute 
sa  laideur  et  sa  erudite. 

Le  manuscrit  que  nous  decrivons  , tres^interes* 


It)  Vuyvz  G iu»f  , XXXVIII.  — 9. 


— 20fi  - 

sant  jiar  la  forme , est  aussi  d’un  meritc  historique 
incontestable.  La  vie  de  Saint  Winoc  a ete  imprimee 
par  le  celebre  Mabillon  , dans  les  Acta  sanctorum 
ordinis  benedictini.  Le  premier  livre  qui  renfermei 
toule  la  vie,  car  les  deux  autres  ne  sont  que  des 
i*ecits  de  miracles  , est  d’uii  auteur  incoiinu  que 
Mabillon  ne  croit  pas  anterieiir  aii  XI®  siecle.  II 
terminb  ainsi  son  ouvra^e  : 

Hcec  de  viro  Sancto  dicta  sufficiarit , quanquam 
signofum  ipsius  niateries  omriem  stylum  exsuperet , 
miraculisque  ejus  omnis  sermo  inferior  sit.  Nec  credi 
non  debkl  in  artubus  suis  defunctis , ipsuth  adhuc 
vivere , cui  olim  in  terris  viventi  Christus  fuit  vivere. 

Pro  nobis  oret  sub  quo  Flandria  floret . 

Ac  me , scribentem  , te  respiciatque  legentem. 

Quoique  la  vie  de  St  .Winoc  telle  que  nous  la 
possedons , soit  imprimee  dans  plusieurs  recueils  , 
entre  autres  dans  Mabillon  et  dans  LaUrenlius  Surius, 
nous  lie  erbyons  pas  inutile  de  reunir  sous  les  yeux 
du  leCteur  leS  litres  des  differents  ebapitres  qui  la 
composent.  Vbici  la  table  du  premier  livre : 
CfcNEALbGlA.  SaNGtI  PaTRIS  tVlNNOCI. 

I.  De  beati  viri  nativilaie  ei  pro  christo  peregri- 

nationd. 

II.  Quod  bealum  Bertinuni  peiierint , ejusque  se 

regimonio  subdidetint. 

III.  De  illuslri  viro  Heremaro  largierite  prwdium 
Sancto  IFinnoco  ac  cellce  constructions  in 
prwdii  possessione. 


— 266  — 

IV.  Quod  Sanclus  Berlinus  post  obitum  trium 

virorum,  Beatum  Winnocum  gregi  proe- 
fecerit  monachorum. 

V.  De  molo  ad  oralionem  viri  divi  divinitus  rotata. 

YI.  Be  curioso  fratre  divinitus  ccecalo  sed  per  ora- 
lionem viri  divi  illuminato. 

VII.  De  multimoda  viri  divi  devotione  ejusque  in 

Christo  dormitionei 

VIII.  De  oratorio  sancti  eoneremalo  r sed  sepulcro 

ealitus  intacto. 

IX.  Quod  inter  mams  bajulorum  , immobile  man- 

serit  corpus  racrosanctum . 

X.  De  qwdam  cla ado  , meritis  saneti  reparato . 

XI.  De  viro  virtute  sancti  nullum  post  ruinam 

incommodum  perpesso. 

XII.  De  prcefati  illustris  viri  Gerardi  donatione  r 

• calicisque  vitrei  conquassati  redintegratione , 

XIII.  De  reliquiis  saneti  per  ineuriam  perditis  r 

gratia  efus  mirabiliter  invenlis. 

XIV.  De  vitrea  ampulla  ad  tumulum  sancti  post 

ruinam  illcesa. 

XV.  De  piratorum  infra  fines  Flandrarum  irruptione 

sacrique  corporis  translatione. 

XVI.  De  castri  Bergas  construction , sacrique  cor- 

poris illd  translations. 

XVII  et  XVIII.  De  corpora  sacrosancto  Vuoromholt 
deportald  , et  cceco  illuminato . 


— 267  — 

XIX.  De  coeca  illuminate. 

XX.  De  reo  caplivato  mentis  sancti  liberate. 

XXI.  Item  de  quodam  captivo  virtute  sancti  erepto. 

XXII.  De  muliere  a nativitate  caeca  coram  lipsana 

sancti  illuminate. 

Dans  ce  premier  livre  la  question  de  delimita- 
tion de  la  Morinie  est  assez  nettement  tranehee 
par  diderents  passages  (1). 

Erat  tunc  temporis  in  proefata  Morinorum  seu 
Taruennensium  regione,  bealus  Bertinus  in  orna- 
mento  ecclesiae  Dei  lapis  preciosus  in  Sithiu  monas- 
terio  merito  el  officio  abbas.  C.  II. 

Est  autem  idem  locus  Morinorum  regione  situs, 
mom  Sancti  Winnoci  usque  in  prmenlem  diem  voci- 
lalus.  C.  II. 

Adjacet  eadem  possessio  ( praedium  Vuoromholl ) 
super  jluviolum  qui  dicitur  Pena,  Taruennensium 
Flandrarumque  confinio.  C.  HI. 

Le  second  el  le  troisieme  livre  de  la  vie  de 
Saint  Winoc  sont  dus,  ainsi  que  la  vie  de  Saint 
Oswald  et  la  translation  de  Sainte  Levinne,  au  moine 


(1)  1/opinion  du  redacteur  de  la  vie  de  Saint  Winoc  sor  la  deli- 
mitation de  la  Morinie  vers  Test , est  propre  ft  cet  auteur ; car  la 
plapart  des  nooks  de  lieux  cites  dans  notre  manuscrit  com  me  appur- 
tenant ft  la  Morinie  , sont  designe's  comme  dtant  de  la  Mtinapie 
dans  des  chartes  de  Pepoque.  Voir  sur  cette  question  la  notice  de. 
II.  Hermand  sur  Watten  et  celle  de  M.  de  Baecker  sur  fa  Flandre 
maritime  avant  et  pendant  la  domination  romaine. 


— 268  — 


Drogon , religieux  de  I’abbaye  de  St-Winoc  a 
Bergues. 

Bien  des  auteurs,  dont  quelques>-uns  fort  en 
renom,  out  confondu  le  benedictin  de  Bergues  avec 
scs  deux  homonymes  et  contemporains  ; 1’un  curd 
de  Ghistelles  et  auteur  de  la  vie  de  Sainte  Godelive; 
l’autre  Eveque  de  Therouanne. 

Possevinus  , savant  jesuite , est  le  premier  qui 
commit  cette  erreur  dans  son  apparatus  sacer ; il 
fut  copie  par  Arnould  Wyon , puis  par  Casimir 
Oudin  qui  ecrivait  cependant  apres  Mabillon.  Vos- 
sius,  dans  son  traite  des  historiens  latins  lib.  2,  c.  5 
est  tombe  dans  la  mdme  faute  et  il  y a entraine 
le  fameux  Dupin  dans  sa  bibliothfeque  ecclesias- 
tique.  line  foule  d’ecrivains  s’en  sont  rapportes  a 
l’autorite  de  Dupin  et  l’erreur  s’ est  perpdtuee.  On 
comprend  que,  pour  des  ouvrages  aussi  gendraux 
et  aussi  volumineux  que  le  traite  des  historiens 
latins  et  la  bibliothdque  eccldsiastique  , les  auteurs 
ne  puissent  passer  un  temps  precieux  a verifier  les 
assertions  de  leurs  devanciers  a propos  d’ecrivains 
aussi  peu  importants  que  Drogon.  Mais  les  histo- 
riens locaux , surtout  ceux  qui  se  sont  occupds 
de  l’hisloire  litteraire  , auraient  pu  examiner  les 
choses  avcc  plus  de  soin.  Ainsi  Malbrancq,  Meyer, 
Lemire,les  auteurs  des  differentes  Bibliotheca  Belgica, 
n’eussent  pas  du  commettre  ou  plutot  repeler  cette 
mop  rise. 


— 269  — 

Les  b6nedictins  de  St-Maur  qui  ont  6crit  1’his- 
loire  litlcraire  de  France  , prenant  pour  guide  le 
manuscrit  lui-meme  et  le  savant  Mabillon,  ont  clai- 
rement  etabli  la  difference  des  trois  Drogon.  En 
effet  Mabillon,  dans  les  annales  de  I’ordre  de  Saint 
Benoit , prouve  que  des  1 030 , l’Evfeque  de  The- 
rouanne  Drogon  occupait  son  siege,  et  le  moine  de 
Bergues  qui  ecrivait  en  1058  en  parle  plusieurs 
fois  dans  son  ouvrage  comme  s’etant  trouve  a di- 
verses  ceremonies  (1).  Dans  sa  lottre  a son  abbe 
Rurnold , notre  auteur  se  dit  pauvre  pecheur , 
moine  et  pretre.  — Peccalor  Drogo  presbyter  et 
monachus. 

Son  dernier  ouvrage  cst  la  translation  de  Sainte 
Levinne,  et  Ton  ne  dira  pas  que  c’est  apres  l’avoir 
ecrit , qu’il  fut  porte  au  siege  de  Therouanne , 
car  cette  translation  eut  lieu  en  1058.  comme  le 
dit  le  manuscrit  (V.  la  note)  et  comme  le  prouve 
Mabillon  (Sac.  VI.  benedict,  parte  2.  p.  112)  ; 
depuis  longtemps  deja  l’autre  Drogon  adminisirait 


(1)  Ibi  erat  Drogo  , Taruanensis  cpiscopus  , abbales  nonnulli , 
inter  quos  erat  Adelardus , tunc  temporis  abbas  Sancti  Vedasti , 
— Lib.  III.  — Cap.  XIH. 

Acta  quidem  est  hone  translatio  anno  incamationis  Domini  nostri 
millesimo  quinquagesimo  octavo  indiclione  tertia , feria  quarta , 
regente  Henrico  rege  sccptrum  regni  francorum  , optimo  autem 
comile  Balduino  gubernante  Flandriam  , vivente  et  jam  Drogone # 
episeopo  Taruanense , administrate  vero  Bergense  cocnobium 
Rumoldo  , venerando  abbate . — (Trawl.  Sancton  Levinnm , UK 
primus , c.  t). 


— 270  — 

son  diocese.  Eufin  le  moine  Drogon  ecrivait  en 
4068  et  mourut  en  1070,  et  l’Eveque  qu’on  sur- 
nomma  1’Eveque  Jubilaire,  parce  qu’il  occupa  son 
siege  pendant  cinquante  ans,  ne  mourut  qu’en 
4077,  comme  le  temoignent  Mabillon  et  les  listes 
autbentiques  et  uniformes  des  Eveques  de  The- 
rouanne, 

II  est  encore  plus  facile  de  distinguer  1’auteur 
de  la  vie  de  Saint  Winoc  d’aveo  celui  de  la  vie 
de  Sainte  Godelive ; un  mot  suflira.  Ce  dernier  dit 
dans  son  prologue  ( vita  S®  Godelevee  ap . SuriumJ  , 
qu’il  ecrit  longtemps  apres  la  mort  de  la  sainte , 
d’apres  les  anciens  qui  lui  ont  racante  ce  qu’ils 
ont  vu  ; « Quoe  vero  scripnmus , ea  pro  cerlo  sio 
se  habere , ab  illix  accepimus  qui  hodieque  supersunt 
el  suis  ea  oculis  compexere • » Or,  Sainte  Godelive 
mourut  en  1070  , annee  memo  de  la  mort  de 
Drogon  de  Bergues.  Ce  fait  est  prouve  d’une  autre 
inaniere  par  la  chroniqqe  do  l’abbaye  de  St-Andre 
pres  Bruges  oil  etait  d’abord  le  cure  de  Ghistelles, 
(Voy.  Sollerius , acta  S®  Godelevee J, 

Les  deux  derniers  livres  de  la  vie  de  Saint 
Winoc  ne  sont , comme  nous  1’avons  dit  plus  liaut, 
qu’un  recit  des  miracles  attribues  a 1’inlercession 
du  Saint.  Parmi  ces  legendes  , un  fait  interessant 
est  celui  de  1’antiquite  et  de  l’origine  de  la  pro- 
cession el  de  la  fete  celebree  a Bergues  le  jour 
de  la  Trinite  (1).  Voici  le  texte  de  l’auleur: 

(1)  La  fete  de  la  Ste-Triuite  fat  creee  en  92(1  par  l’Evlque  do 


— 27*  - . 

Mos  habetur  mOrtalibus  Bergemis  pagi , ut  octabit 
Pentecostes , die  scilicet  qua  Sanctce  Trinitatis  unius 
ac  veriiius  commemoratio  recordatione  recolendo  ce- 
lebralur , seu  celcbrando  recolilur , deportari  ossa 
venerabilis  patris  Winnoci , ulriusque  sexus  sequente 
multitudine,  deferrique  donorum  vota  quoe  promiserint 
oppressi  quacumque  valitudine.  Deportabanlur  more 
solito  cum  maximo  tripadio  hujus  sancti  pignera  , 
prcecedebat  ac  sequebalur  laudantium  dominum  mul - 
titudo  maxima . Hi  laudes  reddebant  docti  legis  ac 
gratia  cantica  solvere , illi  clamantes  juxta  id  quod 
videbatur  seu  secundum  suum  scire  carmina  ducebant* 
( Lib.  t cap.  4 ). 

11  existe  plusieurs  texles  manuscrits  die  la  vie 
de  Saint  Winoc , par  Drogon ; I’abbaye  tie-  St- 
Corneille  a Corbie , en  possedait  un  exemplaire 
exactement  copie  sur  celui  de  Bergues  ; c’est  du 
manuscrit  de  Corbie  qae  Dom  Mabillon  s’est  servi 
dans  les  Acta  sanctorum  ordinis  benedictini.  Au  reste 
eet  illustre  savant  connaissait  aussi  l’original  con- 
serve a Bergues  ainsi  qae  la  vie  du  Saint , ecrite 
en  espagnol  par  Amand  Belver.  Yoici  comment  il 
s'exprime  en  tete  de  ses  observations  sur  le  culte 
rendu  k Saint  Winoc  : 

« Reverendus  admodum  ac  proenobilis  abbas  W< 

B.  (!)  D.  Maurus  de  Wignaeourt,  litteris  a me 
> 

Liege  qui  en  composa  Poffice.  fille  se  rdpandit  tres  vile,  surtout 
dans  les  monasteres,  mais  ne  fut  ddGnitivement  clablie  que  par  Jean? 
XXII  au  14 e siecle.  Ge  pape  conserva  l’office  de  l’Eveque  de  Liege.- 

(1)  Winnoci  BergensU . 


~ rti  — 

ini&rpeilatus , ut  rebus  S.  JVinnoci  illustrandis  mti- 
num  darel  id  prcestitit  htmanmiine  turn  per  se  turn 
per  religiosum  ccenobitam  swum  D.  Amandum  Belver 
qui  vitam  S.  Winnoci  singulari  libello  hispanice 
seripsit.  Ex  ulriusque  observationibus  qucedam  hue 
paucis  referre  visum  esl.  » Les  deux  abbaves  de 
St-Corneillc  et  de  St-Winoc  etaient  unies  par  des 
liens  assez  ctroits  de  confraternite^  Apres  la  mort 
de  Fulcon  , abbe  de  Corbie  en  4097,  les  moines 
de  Bergues  envoyerent  a eeux  de  Corbie  un  poeine 
elegiaque  ( carmen  lugubre ) avec  cette  priere  : Orate 
pro  noslris  fratribus  Rumoldo , Ingelberto,  Ermengero 
abbatibus  ; Sicboldo  , Odgero  , Alolfo , Meyzone , 
Drogone  sacerdotibus ; Reyboldo  , Bernoldo , Arnoldo t 
Idesboldo  diaconibus,  eteeeteris  in  Christo  quiescent  - 
iibus.  — Hac  Bergenses  ad  C&rbeienses  pro  mutua 
socielate. 

Le  moine  Brogon , auteur  du  manuscrit  dont 
nous  parlons,  n’est  pas  le  seul  qui  ait  eoropoee 
la  vie  de  Saint  Winoc.  La  bibliotlieque  de  St-Omer, 
au  n®  764  de  ses  manuserils,  en  possede  une  autre 
recueillie  probablement  par  un  religieux  de  St- 
Bertin  et  editee  par  M.  Louis  Deschamps^  (4)  Les 
reclierches  de  cet  auteur , nous  apprefinent  que  ce 
precieux  ouvrage  remonte  au  dixieme  siecle,  et  nous 
sommes  entierement  de  son  avis  sous  ee  rapport. 
Mais  il  avance  encore  que  ce  manuscrit  n’est  qu’un 


ft)  Mdmoires  dc  la  Soc.  dcs  Antiq.  d<!  la  Morim'c  , t.  5.  p.  200. 


— m — 

brouillon  destine  a etre  recopi6 , et  cela  d'apr&s 
quelques  ratures  et  quelques  traits  de  plume  en 
surcharge.  Notre  opinion  , sous  ce  rapport , n’est 
pas  tout-a-fait  conforme  k celle  de  M.  Deschamps ; 
au  dixifcine  siecle  le  velin  n’etait  pas  assez  com- 
mun  pour  s’en  servir  comme ‘brouillon , et  le  prix 
exorbitant  des  manuscrits  k celte  £poque  prouve 
en  meme  temps  le  petit  nombre  des  bons  copistes , 
la  chertk  des  matures  premieres  et  la  difficult^  de 
les  mettre  en  usage.  Au  reste  au  dixikme  siecle* 
dans  notre  pays  surtout  * les'  frequentes  invasions 
et  les  ravages  des  Normands , ne  laissaient  pas 
le  loisir-  de  composer  ces  chefs-d’oeuvre  d’$rt  et  de 
patience  que  nous  ont  16gu6s  les  sifecles  suivants. 
On  transcrivait  a la  hate  les  pieuses  legendes  des 
Saints  pour  les  soustraire  aux  barbares  et  les  trans- 
meltre  a la  generation  suivante.  D’ailleurs  I’attente 
epouvantable  de  l’an  mil*  glagait  tous  les  esprits  de 
terreur ; on  ne  batissait  plus  de  villes , on  ne  cons- 
truisait  plus  de  vasles  eglises,  on  ne  passait  plus  un 
Jemps  precieux  a enluminer  et  a copier  les  manuscrits; 
le  monde  entier  tremblait  dans  I’epouvante  du  juge- 
ment  dernier.  II  est  done  tres-vraisemblable  que  la  vie 
de  Saint  Winoc  conservee  k St-Omer  n’est  pas  un 
brouillon.  La  bibliotheque  de  Boulogne  renferme 
aussi , sous  le  n®  107,  la  vie  de  Saint  Winoc, 
qui  n’est  que  la  reproduction  de  cede  de  Saint 
Omer ; elle  est  precedee  des  vies  de  Saint  Berlin , 
de  Saint  Folcuin  et  de  Saint  Silvin  , et  deplus, 

35 


— m — 

enrich  re  de  dessins  (res  remarquables.  Le  savant 
Dewhitte , dans  ses  notes  marginales,  malheu-' 
reusement  entaillees  par  1 ’ignorant  cisean  du  relieur, 
attribue  ees  divers  ouvrages  a Folcuin , abbe  do 
Lobbes  et  son  opinion  est  confirmee  par  les  auteurs- 
de  i’histoire  litterairer  de  France  (1). 

Une  troisieme  vie  manuscrite  de  Saint  Winoc 
existe  encore  k la  bibliothkque  de  Bergues  et  se 
trouve  dans  le  Memoriale  Benedictimm  d'Amand 
Belver.  Nous  la  decrirons  a son  endroit.  Les  ha- 
giographes  qui  ont  parle  de  Saint  Winoc,  ont  tous 
copie  ou  traduit  l’ouvrage  de  Drogon ; it  se  trouve 
dans  Surius , Molanus  , etc. ; les  Bolfandistes  , 
( t.  5 de  juill. , p.  608)  se  proposaient  de  l’em- 
ployer.  Amand  Belver , dans  ta  vie  qu’il  a fait 
imprimer  en  Espagnol  (2),  ne  parle  que  de  Drogon 
et  de  Walloncappelle.  Plus  tard,  le  moine  Vervlaie, 
en  1757  (3)  , se  contente  aussi  de  traduire  notre 
auteur  en  flamand;i!  parait  ignorer  celui  de  Saint 
Omer.  Notre  manuscrit  an  reste  est  beaucoup  plus 
remarquable  que  les  autres,  quand  ce  ne  serait 


(1) ‘  11  est  inutile  de  dire  que  rillustre  fondateur  de  l’abbaye  de 
Bergues  n'a  de  rapport  que  par  le  noaa  et  la  patrie  avec  le  Winoc 
ou  Wennoc  dont  Grdgoire  de  Tours  nous  raconte  la  deplorable  bis* 
toire  au  liv.  5,  chap.  21,  et  au  litre  8 chap.  24.  Car  notre  saint 
mourut  en  716  , longlemps  par  consequent  apres  le  pere  de  Tbia 
toire  de  France. 

(2)  Bergues  Ketelaer , 1666. 

(p)  Bet  levjen  van  h . winocus  doov  Oswaldus  Vervlake . — 
Buynkerke  by  Weins , 175 7. 


— S75  — 

que  par  I’office  noie  de^  Saint  Winoc  et  de  Saint 
Oswald  qu’il  renferme  , et  sur  lequel  M.  de  Cous- 
semacker  a fait  quelques  etudes  remarquables. 

Get  office  est  suivi  de  trois  hymnes  que  nous 
croyons  inedites  et  qui  se  chantaient , la  premiere 
a vepres  , la  seconde  a matines  et  la  troisieme  a 
laudes.  Yoici  ces  trois  hymnes  qui  sont  assez  cu- 
rieuses. 

YMNUS  AD  YESPRAS. 

Rerum  cuncta  gerens , arbiter  orbis 
Jeshu  perpetuum  cum  patre  numen 
Irrorans  animas  imbre  salubri 
Reple  corda  tui  flaoiinis  igne. 

Winnoci  famuli  festa  colentes 
Primum  summe  tibi  vota  sacramus. 

Tantae  mililiae  solvimus  ymnos 
Cujus  cceiis  tuo  lumine  fulsit. 

Ortus  nobilibus  sanguinis  alti 
Dimisit  patriam  regna  parcntum 
Quoerens  pauperiem  scemate  vili 
Virtutum  meruit  dote  beari. 

Fari  dignus  erat  nomine  pastor 
Cunctis  se  famulum  preetulit  actis 
Enitens  manibus  , vel  vice  servi 
Exempla  dederat  digna  sequendi. 

Yirtus  ipsa  molam  summa  rotabat 
Fletus  dulcifluos  ipse  trahebat 
Orans  multimodam  mole  farinam 
Dignis  luminibus  aernere  stabat. 

Cernens  pravus  homo  decidit  arvis 


— 276  — 

Lumen  perdiderat,  membra  vigorem; 

Oravit  pius  hie  mox  fore  sanum 
Egit  cunclipotens  vota  precantis. 

Dilectus  snperis  junctua  in  astris 
Splendet  perpetuo  muoefe  comptus 
Comptus  perpetuis  usque  coronis 
Reddit  digna  deo  carraina  laudum. 

Sit  laos  perpetuo  cunctipotenti 
Patri  sit  que  sum  gloria  prolt 
Sancto  Spiritui  tempore  euneto 
Qui  semper  Deus  est  trinus  et  unus.  Amen. 

YMNUS  SUPER  NOCTURNAS. 

Audi  poli  rex  gloriae 
Laudum  modos  eeclesise 
Quos  corde  solvit  intimo 
Et  vocis  oral  debito. 

Hoc  sole  Winnocus  pater 
Sancto  solutus  corpore 
Ccelis  potens  extollitur 
Donatur  alto  luraine. 

Stirpis  foit  clarae  patrum 
Felix  fide  plenus  Deo 
Summam  suae  originis 
Virtutum  augens  munus. 

Cum  clams  esset  stemmate 
Exemplar  altum  protulit 
Servire  Subdi  maluit 
Cavit  decus  ferri  sibi. 

Quanta*  fuit  miracults 
Quam  magnus  et  stet  mentis  -^3 


— 277  — 

Signorum  claret  copla 
Pandunt  Dei  magnalia. 

Tectorum  ignis  culmina 
Absumpsit  edis  robora 
Servantur  ejus  pignera 
Turn  qumque  slbi  proxima. 

Ad  tumbam  claud us  venerat 
Corpus  solo  jam  straverat 
Factus  valens  exiliit , 

Laudes  Deo  foetus  dedit. 

Deo  patri  sit  gloria 
Proli  patris  dignissimca 
Laus  flamini  altissimo 
Semper  decus  soli  Deo.  Amen* 

YMNUS  AD  LAUDES. 

Terris  jubar  jam  spargitur 
Orbi  dies  refunditur 
Mentes  graves  pigredine 
Juva  Deus  justissime. 

Assint  preces  fusee  Deo 
Patris  bcati  Flandri® 

Munus  ferant  his  luroinis 
Virtutum  orneni  munus. 

Caeli  repletus  I amine 
Orbi  bonus  resplenduit 
Exempia  doctor  proevius 
Ostendit  actis  omnibus. 

Mills , pius  , verus  pater 
Compasius  est  valde  gravi 
Icto  viro  virga  Dei 
Audit  preces  , lumen  dedit. 


— 278  — 

Coecoe  puelloe  coBtulit 
Natura  quod  negaverat' 

Lumen  sibi , raenti  fidem 
Exemplar  et  mortalibus. 

Lucem , Jeihum  in  celbere 
Lucem  turn  da  glorioe 
Servis  tuis  omnipotens 
Omnia  seclorum  regens.  Amen. 

La  seeonde  parlie  de  noire  manuscrit  se  com- 
pose de  la  vie  de  Saint  Oswald  , roi  de  la  Grande- 
Bretagne,  et  de  la  translation  des  reliques  de  Sainte 
Levinue  a l’abbaye  de  Bergues.  La  vie  de  Saint 
Oswald , edilee  par  Mabillon , d’apres  le  texte 
meme  de  Saint  Winoc , se  divise  en  deux  parties. 
La  premiere  est  extraite  de  Bede-le-Venerable 
(Histoire  eccles.  d’Angleterre),  et  renferme  vingt- 
deux  feuillets , la  seeonde  est  formee  de  deux  dis- 
cours de  Drogon  , partages  en  lemons  qu’on  recitait 
a la  fete  du  saint.  Cette  seeonde  partie  ne  contient 
que  six  feuillets. 

La  translation  des  reliques  de  Sainte  Levinne  a 
ete  edilee  par  D.  Mabillon  , d’apres  un  manuscrit 
de  M.  Bigot , avocat  a Paris , et  aussi  par  Dusolier 
an  tome  5 de  juillet,  page  608,  du  recueil  des 
Bollandistes ; ce  savant  jesuite  la  fait  suivre  d’une 
int£ressante  dissertation  critique  sur  Drogon  et  ses 
ouvrages.  Cette  translation  se  trouve  encore  dans 
Alford  (1)  ; Annal.  ad.  ann.  687,  p.  21.  II  existe 

(!)  Alford  ou  Griffith  ou  J.  Flood  , ne  a Londres  en  1587  v mort  k 
St  Omer  en  1652.  ( Biog.  uni  vers.) 


— 279  — 

une  conformity  complete  entre  ces  divers  imprimis. 
L’ouvrage  est  divise  en  deux  livres  precedes  d’une 
lettre  a l’abbe  Rumold  et  d’un  prologue  oil  1’au- 
teur  s’excuse  de  ne  pouvoir  donner  la  vie  de  Sainte 
Levinne,  qui  lui  est  inconnue.  < Vel  propter  in - 
curiam  scriptorum,  vel  quia  etiam  periit  scrip  turn.  • 
II  raconte  ensuite  qu’un  moine  nomme  Balgerus 
alia  ehercher  les  reliques  eu  Angleterre  et  aborda 
un  port  nomme  Douvres  ( jui  Dovere  diciturj.  Apres 
un  voyage  aventureux,  il  revint  en  Flandre  et  se 
reposa  au  monastere  de  St-Andre,  puis  enfm  il 
arriva  a Bergues.  Plusieurs  Eveques  se  trouvaient 
reunis  pour  recevoir  les  saintes  depouilles ; c’etait 
un  Eveque  d’Orient  nomme  Bovo , hommc  de 
moeurs  severes  aimant  el  craignant  Dieu  ; c’etait 
un  Archeveque  nomme  Theodore  , puis  eniin 
Edelmus  qui  leva  lui-meme  le  corps  en  presence 
d’une  foule  innombrable. 

Nous  avons  remarque,  dans  ee  recit,  un  trait  qui 
prouve  le  cas  qu’on  faisait  alors  d’une  bibliotheque. 
En  l’absence  d’un  local  dispose  expres  pour  renfermer 
les  restes  de  la  sainte,  on  le  deposa,  dit  1’auteur , 
dans  la  bibliothbque  oil  etaient  les  livres,  jusqu'b 
ce  qu’on  eut  construit  un  monument  digne  de  re- 
cevoir un  aussi  precieux  depot.  Peut-etre  etait-ce 
aussi  parce  que  la  bibliotheque , d’apres  la  regie 
de  St  Benoit  , etait  situee  hors  des  batiments 
claustraux , ou  le  peuple  ne  pouvait  entrer  ; on 
voulait  que  tout  le  monde  put  v6n6rer  les  reliques. 


— 280  — 

Le  second  livre  est  un  recueil  de  miracles  at- 
tribues  a la  Sainte  et  precedes  encore  d’un  pro- 
logue a I’abbe  Humold.  Tel  est  ce  beau  manuscrit 
dont  s’enorgueillit  a juste  litre  la  bibliotheque  de 
Bergues. 

N*  2.—  cote  1311. 

Borrn  dc  Sancla  Cruce , officium  B.  Virginis , septem 
psalmi  et  vigiliw  mortvorum.  Manuscrit  in-8°  sur 
v61in.  — 102  feuillets  a longues  lignes  tracees 
en  rouge.  (Provenant  de  St-Winoc). 

Ce  manuscrit  est  tout-a-fait  un  ouvrage  de  luxe, 
d’une  grande  richesse  d’illustrations.  La  reliure  est 
formee  de  deux  planches  de  bois  recouvertes  en 
veau  ; les  coins  et  les  fermoirs  sont  en  cuivre  poli. 
Le  plat  de  la  couverture  est  gauflfre  de  chaque 
cote  d’une  maniere  assez  remarquable.  On  y voit 
deux  grands  compartiments  divises  chacun  en  onze 
petils  medaillons  qui  representent  un  agneau , une 
licorne , un  chameau , un  dragon , un  pelican , 
un  aigle  a deux  tetes , deux  colombes  soutenant 
la  croix  au-dessus  d’un  calice , un  Hon,  un  cerf, 
un  ecureuil  et  un  h£ron ; autour  du  compartiment 
se  trouve  cette  devise  assez  commune  au  moyen-age : 
Amor  vincit  omnia , hoc  negat  petunia.  Ces  re- 
liures  avec  allegories  et  sentences,  ne  sont  pas  rares 
dans  les  bibliotbbques  anciennes  ; elles  datent 
presque  toutes  du  XVe  siecle  ou  du  commencement 
du  XVI*.  Le  XV?  siecle  ou  tout  au  plus  la  (in  du 


— 281 


XV*  est  aussi  l’epoque  a laqaellc  on  pout  rap- 
porter  1c  manuscrit  que  nous  examinons  et  qui  ne 
parait  pas  bien  ancien  dans  la  bibliotheque  de 
I’abbaye  St-Winoc.  Le  premier  feuillet  en  effet 
porte  ces  mots  : Amando  Sallcmghe  religioso  abhatias 
Sancti  Winnoci  bergis  , dono  R.  Domini  Frmcisci 
Hardline  pastoris  in  Waelen  1698. 

Le  manuscrit  est  orne  de  <dix  belles  peinlures 
representant  divers  sujets  religieux  et  qui  sont 
executees  avec  le  plus  grand  soin.  Par  un  vanda- 
lisme  qui  n'est  que  trop  commun  , on  a coupe  ou 
plutot  scie  plusieurs  feuillets  qui  devaient  etre  en- 
richis  de  miniatures  du  meme  genre  que  celles 
qui  restent.  Chaque  page  en  outre  renferme  plu- 
sieurs lettres  majuscules  finement  coloriees  et  d’au- 
tres  oil  1’or  est  appliqu6  d’apres  un  procede  que 
nous  avons  perdu ; dans  certaines  initiates  on  voit 
jusqu’a  sept  ou  buit  personnages  tous  parfaitement 
dessines.  Plusieurs  feuillets  sont  completement  en- 
cadres  de  guirlandes  de  flours  et  de  rinceaux  d’une 
rare  delicatesse. 

Au  devant  des  lieures  de  la  croix  se  trouvent 
deux  calendriers.  Le  premier  , qui  est  en  flamand, 
a ete  evidemment  ajoute  apres  la  confection  du 
manuscrit.  II  porte  la  date  de  1485.  Le  second 
calendrier  est  en  latin  et  le  precedent  n’en  est  que 
la  traduction.  Les  lieures  de  la  croix  forment  la 
premiere  partic  du  manuscrit;  plusieurs  auteurs  et 

36 


- 282  — 

bibliophiles  les  attribuent  au  pere  Germain,  deuxieme 
abbe  de  St-Winoc  mais  ne  citent  aucun  document 
a 1’appui  de  leur  opinion.  Ces  heures , du  reste, 
consistent  uniquement  en  une  courte  reflexion  pour 
chaque  division  de  I’office  , elles  n’occupent  que 
trois  feuillets. 

Les  heures  de  la  croix  sont  suivies  de  l’oflice 
de  la  Sainte  Vierge  , des  sept  pseaumes  et  des 
vigiles  des  morts.  Puis  viennent  des  prieres  et  des 
antiennes  a Marie  et  a plusieurs  Saints , entre 
autres  a Saint  Antoine , l’un  des  premiers  ermites, 
envers  qui  tous  les  religieux  avaient  la  plus  grande 
devotion. 


N°  3.  — c6mfc  <279. 

Hieronymus  ad  Eustochium  de  virginitate  servanda , 
idem  ad  Demetriadem.  Manuscrit  in-12,  ecril  sur 
velin  a longues  lignes  traces  en  violet.  (Prov. 
de  St-Winoc). 

La  reliure  de  ce  manuscrit  est  du  XYI*  siecle 
et  porte  les  armes  de  Jean  Mofilin  , abbe  de  St- 
Winoc  en  1 585,  dont  nous  avons  parte  plus  haut. 
Sur  le  premier  feuillet  se  trouvent  d’autres  armoi- 
ries  peintes  & la  main.  Le  manuscrit  qui,  d’apres 
l’ecriture , parait  dater  du  XV*  siecle,  est  d’une 
conservation  parfaite;  on  le  croirait  de  la  veille. 
Les  lettres  initiates  sont  toutes  dorees  et  coloriees; 
plusieurs  pages  sont  encadrees  de  peintures  assez 


— *83  — 

fines.  Tout  l’ouvrage  enfin  est  charge  de  notes  et 
de  renvois  plus  modernes  a 1’encre  noire  et  rouge. 

L’6pitre  de  Saint  Jerdme  a Eustochium  sur  la 
virginite,  charmait  autrefois  les  loisirs  des  moines  dans 
les  communautes.  11  y fait,  ainsi  que  dans  sa  lettre 
a Demetriade,  un  tel  61oge  de  la  continence  ab~ 
solue,  qu’on  l’accusa  d’etre  du  parti  de  certains 
heretiques , qui  niaient  la  sainted  du  manage. 
Saint  J6rome  s’en  defendit  et  r6futa  ses  adversaires 
par  une  lettre  fort  piquante  oh  il  devoile  leur  hy- 
pocrisie.  Le  traite  de  la  virginity  adress6  a la  vierge 
Eustochium  a ete  ecrit  & Rome  et  date  , selon  Dupin, 
de  385. 


N*  4.  — COTE  1281. 

Botch  van  den  Heiligen  Sacrament  end  dit  heeft 
ghemackt  S*  Thomas  van  Aquinen.  Manuscrit  in- 
12  sur  papier.  (Prov.  de  St-Winoc). 

Sous  ce  titre  flamand  qui  veut  dire  Livre  du 
St-Sacrement  d'aprh  Saint  Thomas , ce  manuscrit 
renferme  des  meditations  flamandes  sur  la  Passion 
de  Jesus-Chrisl , traduites  et  commentees  de  Saint 
Augustin,  de  Saint  Thomas,  etc. 

Get  ouvrage,  dont  plusieurs  feuilletssont  arraches, 
est  ecrit  a l’encre  noire  et  rouge , il  date  probable- 
ment  du  XV*  siecle.  Les  initiates  sont  surcharges 
d’ornements,  et  plusieurs  pages , surtout  la  pre- 
miere qui  est  en  velin , sont  asscz  richement  en- 


— 284  — 

cadrces.  L’auteur  de  ce  livre , donl  les  Flamands 
seuls  peuvent  apprecier  !e  merite , est  totalemeut 
inconnu  , il  etait  probablement  moine  de  St-Winoc, 
car  son  oeuvre  nous  vient  de  l’abbaye. 


N°  5.  — cote  1 449. 

Jehan  Boccace  de  Certald , des  cas  des  nobles  mal- 
heureux  homines  el  femmes , translate  de  lalin  cn 
fran^ois.  Manuscrit  in-f°  de  7 .a  800  pages  , ecrit 
sur  papier , caracteres*  de  la  fin  du  XVe  siccle. 
(Provenant  de  St-Winoc). 

Boccace  (Jean)  , ne  a Certaldo  pres  de  Florence, 
et  selon  d'autres  a Paris , est  non  seulement  un 
conteur  admirable , mais  aussi  un  historien  et  un 
erudit.  Son  ouvrage  lc  plus  connu  est  le  Decameron 
oil  Lafoutaine  a puise  plusieurs  conies  en  choisissant 
les  plus  licencieux  et  en  ajoutant  encore  a la  har- 
diesse  de  roriginal.  Les  excmplaires  manuscrits  du 
Decameron  sont  assez  communs  et  existent  dans 
bien  de6  bibliotlicques ; mais  le  livre  de  easibus 
illustrium  virorum , traduit  en  fran^ais,  est  plus 
rare.  Le  prix  cependant  devait  en  etre  bien  peu 
eleve  a une  certaine  epoque  , car  au  temps  oil  la 
bibliotheque  n’ctait  pas  encore  classee , un  magistral 
dc  Bcrgues , mort  depuis  longues  annces , essaya 
de  vendre  a Paris  lc  manuscrit  dont  nous  parlous; 
rebule  par  la  modique  sommc  qu’on  lui  cn 
oflrait , il  le  rapporla  a Bcrgucs.  11  est  vrai  de 


— 285  — 


dire  quo  noire  manuscrit  est  d’une  execution  uia~ 
tcrielle  assez  peu  soignee.  Le  copisle  a defigure 
Boccace  et  son  naif  translateur , par  une  foule  de 
peintures  plus  laidcs  et  plus  grotesques  les  unes 
que  les  autres.  Elies  sont  curieuses  cependant  en  ce 
qu’clles  donnent  les  costumes  du  XVs  siecle,  revelant 
des  personnages  grecs  et  romains.  La  traduction 
fran^aise  est  de  Laurent  de  Prcmierfait.  Elle  fut 
employee  dans  plusieurs  editions  imprimees  a la 
fin  du  XV®  siecle,  en  particulier  daus  cede  de 
Paris  de  1483,  dont  la  vignette  represenlant  1’of- 
frande  du  livre  est  absolument  la  m6me  que  celle 
de  notre  manuscrit  (1). 

Voici  la  dedicace  du  traductcur  qui  peut  servir 
de  specimen  de  sa  diction  : 

A puissant  noble  et  excellent  prince  Johan  fdz  de 
Roy  de  France , Due  de  Berry  et  de  Auvergne , 
Comte  de  Poitou  , d'Eslampes  et  de  Boulongne  et 
de  Auvergne , Laurens  de  Premierfait , clercq  et 
vostre  moins  digne  secretaire  cl  serf  de  brnne  foy, 
toule  obedience  el  subjection  deue  comme  it  mon  trh 
redoubte  seigneur  el  bienfaiclcur  et  agreablement 
recepvoir  le  labeur  de  mon  estude  et  benignement 
exenser  la  pelitesse  de  mon  engin  au  regard  de  la 
grande  besongne  de  vostre  enlendement  par  moy 
dapiecha  entreprinse  et  nouvcllement  finec.  Combien 
que  par  vostre  especial  mandement , je  aye  soublz 

(1)  Brunet , ed.  do  1812  , t.  1 , art.  Boccace. 


la  confiance  da  vostre  naturelle  bdgninite  el  en  cspoir 
de  vottre  gracieux  aide  el  confort  entreprins  le 
dangerem  et  long  travail  de  la  translation  d'un 
trh  singulier  el  exquis  volume  des  eat  des  homes 
et  femes  nobles , escripl  et  eompili  par  Jehan  Boc- 
cace  de  Certald  jadis  home  moult  excellent  et  expert 
en  anchienes  hisloires  et  toules  aullres  sciences  hu- 
tnaines  et  divines.  Nianlmoins  pour  I'excellence  de 
celle  anchienne  et  royale  lignde  dont  vans  prenez 
naissance  el  vertus , aussi  pour  la  noblesse  de  vos 
mceurs  et  vertus  qui  & bon  droit  deservent  par  du- 
rable bienheurte  envers  Dieu  et  envers  let  homines, 
loange  et  renommie  Id  longtemps  et  que  en  ubdissant 
a vos  commandements  je  tournay  mon  courage  d 
yceulx  accomplir  ainsi  tomme  je  doy.  C'cst  assavoir 
d translater  en  langage  franchoit  le  volume  dessusdit 
contenant  en  lalin  IX  livres  particuliers  racontants 
ou  en  long  ou  en  brief  let  malhenreux  cos  des  nobles 
homes  et  femes,  qui  depuis  Adam  et  Eve  les  premiers 
de  tons  homes  moururent  en  hault  degrd  de  la  roe 
de  fortune , jusques  au  temps  de  trh  excellent  et 
noble  prince  Jehan  le  premier  de  ce  nom  voslre  trh 
royal  pbre  jadis  Roy  des  Franchois , du  quel  le  cas 
trh  briefment  racomple  la  fin  de  ce  present  volume. 
El  pour  ce  doncques  que  ce  present  livre  est  intituld 
des  cas  des  nobles  homes  et  femes  et  que  les  cas 
semblent  avoir  ddpendance  et  cause  efficiente  de  par 
fortune , je  voeil  premierement  et  en  brief  selon  mon 
advis  ychi  dire  la  cause  pourquoy  touttes  lee  dis- 


— 287  — 

tinctes  el  honneurs , richesses , puissance  et  gloire 
mondaine  semblent  dire  et  soient  subjectes  d fortune 
qui  toudis  tourne  sa  roe  en  tramuiwnt  les  choses 
de  ce  monde , et  apres  je  diray  une  prouvable  ma- 
nibre  parquoy  chacun  home  et  feme  puissent  eulx 
affranchir  et  exempter  de  ces  cat  et  des  tribuche - 
ments  de  fortune. 

N®  6.  — c6t£  4312. 

Ce  numero  contient,  dans  un  meme  volume,  deux 
ouvrages  differents.  Nous  les  traiterons  l’un  aprfes 
l’autre. 

I.  Livre  de  Bobce  de  la  consolation  lequel  maistre 
Jehan  de  Mehun  translala  de  latin  en  franchois 
et  dbdia  au  Roy  de  France  Philippe  le  quart 
du  nom.  Manuscrit  in-4®  de  4 491  , papier. 
(Prov.  de  St-Winoc). 

Boece  est  assez  connu  pour  qu’on  nous  dispense 
d’en  parler.  La  traduction  qp’en  fit  Jehan  de  Meung 
en  1283,  est  fort  curieuse  par  l’intergt  meme  qui 
s'attache  4 notre  antique  romancier.  Cette  traduc- 
tion est  en  vers  et  en  prose.  Dans  la  dedicace , 
l’auteur  rappelle  ses  autres  ouvrages  : 

• A ta  royale  Majestb , trbs  noble  prince,  par.  la 
grdce  de  Dieu  Roy  des  Franchois,  Philippe  le  quart, 
je  Jehan  dc  Mehun  , qui  jadis  au  romant  de  la  Rose 
puisque  jalousie  ot  mis  en  pris  Beaccueil , enseigni 
la  manibre  du  castel  prendre  et  de  la  rose  cueillir. 


— 288  — 


et  translate  dc  latin  en  Franchois  Ic  line  de  Yegece 
de  chevalerie,  et  Ic  livre  des  merreilles  dc  Hirlande, 
et  le  livre  des  ipislres  dc  Maistre  Pierre  Abeillard 
et  XHelois  sa  feme,  et  le  livre  de  Aelred  de  spiri- 
tuelle  amitii,  envoye  ore*  Boece  de  consolation  que 
jai  translate  en  franchois , ja^oit  ce  que  enlendes 
bicn  le  latin , etc. 

L’on  nous  permettra  dc  citer  ici  un  court  frag- 
ment de  la  traduction  en  vers  de  Jean  de  Mehun. 

Icy  Philosophic  parle  h Bohce  en  la  personae  de 
Fortune  qui  se  complaint  de  Xavarice  des  homes . 

Se  autant  comme  la  mcr  a d’avaines  , 

Ei  les  nues  cleres  et  scraines 
Ont  d’esioilcs  au  firmament : 

Tant  a'lministrait  largement 
Fortune  aux  homes  convoiteux  ; 

Or  its  avoient  dons  precieux  , 

Ja  pour  le  moins  ne  se  plalndroit , 

Et  tousiours  plus  avoir  vouldroit. 

Si  Dicu  faisoit  tout  leur  voutoir 
Et  se  fist  or  du  del  plouvoir 
Ken  seroient-ils  saoulx  ! 

Qual  tant  auroient  angoulx 
Autre  guise  de  plus  conquerrc 
Queroient  en  ciel  et  en  terre , 

Car  , quand  convoiteux  est  plus  riche 
Assez  et  plus  avers  et  sicche. 

La  deuxieme  parlie  du  n°  6 est  intitulee  ou 
plutot  commence  ainsi : 

« An  ce  petit  livre  est  contenue  une  briefee  et 


— 289  — 

utile  doctrine  pour  les  simples  gens  la  quelle  est 
prinse  el  compose  sur  le  Cathon  avec  aucunes  dic- 
tions el  autorilis  des  saints  docteurs  el  des  pro- 
phktes  et  aussi  plusieurs  histoires  et  exemples  au- 
thentiques  des  saints  phres  et  croniques  anciennes , 
vraies  et  aprouvies.  • 

Cet  ouvrage  est  un  commentaire  frangais  des 
distiques  de  Dionysius  Calon,  auteur  latin,  qui 
vivait  vers  le  3e  siecle  et  qui  jouissait  d’une  tres 
grande  vogue  au  moyen-Sge  , comme  le  prouvent 
les  nombreux  manuscrits  et  imprimes  que  I’on  en 
connait.  Une  des  editions  les  plus  remarquables 
est  celle  de  1 533  , sous  ce  titre : 

Les  mots  et  Sentences  dories  de  Mattre  de  sagesse 
Colon , etc.  Cette  traduction  a et6  imprimee  en 
\ 798,  avec  les  notes  de  Boulard  et  une  polyglotte. 

Le  manuscrit  que  nous  poss£dons  est  loin  d’etre 
remarquable ; il  est  comme  le  precedent , d’une 
ecriture  assez  difficile  a lire  et  porte  la  date  de 
1491. 


N°  7.  — c6te  1321. 

Legendw  sanctorum  quas  compilavit  Frater  Jacobus 
de  Voragine,  nacione  genuensis,  de  ordine  fratrum 
prcBdicatorum.  Manuscrit  in-f\  250  feuillets  papier. 
(Proven,  incertaine). 

La  legende  dor6e  , dont  les  na'ifs  recits  plai— 
saient  tant  a nos  bons  aieux , tomba  avec  tous  les 

37 


— 290  — 

autres  monuments  du  moyen-age  devant  le  magni- 
fique  m^pris  du  dix-septieme  siecle.  Plus  tard  , la 
philosophic  voltairienne , cette  philosophic  froide 
et  sans  coeur , ecrasa  de  son  ironic  le  pauvre  ar- 
cheveque  de  Genes  et  son  livre  si  poelique.  Au- 
jourd’hui  que  l’id^e  chretiennc  refleurit  de  toute 
part,  que  les  belles  eglises  ogivales  sortent  de 
leurs  ruines  , que  la  critique  historique  puise  dans 
l’hagiographie  comme  aux  sources  les  plus  certaines, 
on  n’a  eu  garde  de  laisser  dans  l’oubli  les  l£gendes 
des  saints  de  Jacques  de  Yoragine.  On  les  a ree- 
ditees , on  les  a etudiees  , on  a constate  la  verite 
ou  du  moins  la  probability  de  certains  recits  qui, 
jusqu’a  present,  avaient  pass6  pour  absurdes  (1); 
on  a admir£  la  richesse  d’imagination  et  la  po£sie 
si  chretienne  qui  font  de  ce  livre  pieux  l’un  des 
plus  precieux  legs  du  moyen-age.  Le  manuscrit 
que  nous  avons,  est  de  date  assez  recente , comme 
l’indique  son  dernier  feuillet : Completa  est  hcec 
aurea  legenda  in  profesto  Maltha % apostoli  per 
manum  Nicolai  Oostone,  anno  1436.  L’ecriture  est 
en  general  peu  soignee  et  parfois  meme  presque 
illisible. 


N*  8.  — c6ti5  1322. 

Postilla  Nicholai  de  Lyra,  sup.  epistolas  Pauli  , 
canonis  Jacobi , Petri , Joannis  , Judce  , in  aclibus 

(1)  Atari  Sainte  Madeleine  au  ddaert  de  la  Ste-Baome  qai  a donnd  lieu 
an  poeme  ridicule  du  p&rc  Saint-LouU. 


— 291  — 

apostolorum  et  apocalypsi.  Manuscrit  in— f®  sur 
parchemin  et  papier,  rel.  cuir  de  Russie.  (Prov. 
incertaine). 

Nicolas  de  Lyre  ou  Lyranus  tire  sod  nom  de 
son  pays  situe  pres  d’Evreux , comme  le  prouve 
le  distique : 

Lyra  brevis  vicus  normanna  in  gente  Celebris, 

Prima  mibi  vitoe  janua  sorsque  fait. 

Nicolas  prit  l’habit  de  St  Francois  en  1291,  et 
mourut  en  1340.  Ses  postilles  , qui  jouissaient 
autrefois  d’une  trfes  grande  celebrite,  sont  de  petits 
conimentaires  sur  les  versets  de  la  bible.  Celles 
qui  concernent  la  seconde  partie  du  nouveau  testa- 
ment, sont  seules  renfermees  dans  notre  manuscrit 
qui  est  d’une  assez  belle  execution  mais  qui  ne 
peut  gufere  remonter  qu’au  commencement  du  XV* 
siecle. 


N°  9.  — cot£  1314. 

Quo  ordme  aut  quibus  horn  divina  peraganlur. 
Manuscrit  petit  in-f\  a longues  lignes , 1 589, 
(Prov.  de  St-Winoc). 

Ce  livre  donne  l’ordre  des  offices  k 1'abbaye  de 
St-Winoc.  II  est  tres-bien  ecrit  avec  lettres  rouges 
encadr£es  et  enluminees.  En  voici  le  commence- 
ment : « Volumus  igitur  ut  omnia  divina  obsequia 
ordinate  et  certo  tempore  fiant.  Ila  volumus  ut  pri- 
vatis  diebus  omni  tempore  circa  duodecimam  , do- 


— 292  — 

minicis  et  festis  circa  undecimam  north  , aut  matu- 
rius  secundum  officio , excitator  ad  vigilias  prim 
vocatis  fralribus , primum  signum  pulset.  Quibus 
diligenler  pactis  simul  cum  matutinis  fratres  se  recol- 
ligant  ut  moris  est  meditationi  vel  lectioni  insistentes 
aut  hujus  modi  ita  tamen  ut  post  mediam  horam 
se  reponant.  » On  voit  que  dans  nos  abbayes,  a 
la  fin  du  1 6e  siecle , la  regie  de  St-Bcnoit  etait 
encore  assez  rigouieusement  observee. 

L’ouvrage  se  termine  ainsi : Huic  scriptioni  fincm 
imposuit  Fr.  Gerardus  Sourys  Terlonius,  anno  do- 
mini  1 589  , 6a  aprilis. 


N°  10. — cote  1313. 

Antiquoe  constitutiones  abbatice  Sancti  Winnoci.  Petit 
in-P.  d’environ  200  feuillets.  (Provenant  de 
St-Winoc). 

Ce  manuscrit  se  divise  en  deux  parlies ; la  pre- 
miere traite  exclusivement  des  offices  et  est  a peu 
de  choses  pres  la  reproduction  du  manuscrit  pre- 
cedent; la  seconde  partie  donne  les  regies  int£- 
rieures  de  la  maison.  On  peut  y voir  les  prero- 
gatives et  les  obligations  de  I’abbe , les  heures  de 
repas , de  rentree  et  de  sortie  des  moines.  Ce  ma- 
nuscrit fut  termine  par  Jean  de  Cambrai , le  7 
avril  1590.  L’ecriture  est  mieux  soignee  que  celle 
du  n*  9;  rorncmcnlation  dcs  grandes  majuscules 
initiates  est  tout-a-fait  du  memo  genre. 


— 293  — 

N®  H.—cote  <294. 


Liber  carrernonialis  monachorum  congregationit  cam - 
nensis  alias  S®  Justinoe  distinctus  in  quinque 
paries.  Manuscrit  in-8°  de  pres  de  quatre  cents 
feuillets , tin  du  <6*  ou  commencement  du  <7® 
siecle.  ( Prov.  de  St-Winoc). 

Saint  Benoit  avait  laisse,  par  sa  regie,  chaque 
monastere  dans  une  complete  independance ; I’abbe 
etait  chef  souverain  des  moines  qui  l’avaient  61u. 
Mais  bienlot  les  papes  se  virent  obliges  de  relier 
entre  elles  les  diverses  abbayes;  et  celle  du  Mont 
Cassin , fondee  par  Saint  Benoit  lui-meme , s’at- 
tribua  une  sorte  de  preponderance  et  se  mit  k la 
tele  d’une  congregation  qui  porta  son  nom.  Cette 
congregation,  en  <504,  s’incorpora  k celle  de 
Sainle  Justine  de  Padouc.  Mais  en  France , les 
monasteres  ne  voulurent  pas  se  soumettre  a une 
surveillance  etrangere  ; en  vain  les  abbes  de  Citeaux, 
munis  des  ordres  du  pape , voulurent  visiter  les 
abbayes  de  1’ordre  de  Saint  Benoit ; 1’autorile 
qu’ils  voulaient  se  donner  fut  entierement  meconnue. 
Mais  enfin  , en  plusieurs  endroits , les  desordres 
des  moines  devinrent  extremes,  et  le  pape  for$a 
les  abbayes  restees  independantes  k se  reunir  au 
nombre  de  trois  ou  quatre  au  moins , pour  former 
une  congregation.  C’est  alors , vers  la  fin  du  \ 6® 
siecle  seulement,  que  la  congregation  dite  du  Mont- 
Cassin  , fut  fondee  dans  le  nord  de  la  France  et 
dans  la  vieille  Fiandre,  mais  elle  n’avait  de  com" 


— 294  — 

man  qae  le  nom  avcc  celle  d’ltalie  dont  nous  avons 
parle  plus  haut. 

La  congregation  de  Flandre , ou  cliaque  abbe- 
conservait  son  entiere  independance , se  composait 
des  abbayes  de  St-Yaast , de  St-Bertm  , de  St- 
YYinoc  et  de  St-Pierre  de  Btandin.  Les  regies  qu’on 
y observait  sent  renfermees  dans  le  manuserit  que 
nous  examinons.  II  est  divise  en  cinq  livres  qui 
sont  cliacun  precedes  d’un  prologue.  Le  premier 
livre  est  tout-a-fait  lilurgique ; il  indique  les  heures 
des  offices , les  ceremonies  du  ckoeur , les  prieres. 
particulieres  des  moines. 

Le  deuxieme  livre  traite  du  Chapitre  ou  chaque 
religieux  venait  humblement  accuser  ses  fautes ; il 
parle  aussi  des  autres  ceremonies  religieuses  en 
usage  dans  les  communautes ; le  troisieme  livre 
donne  les  statuts  generaux  de  la  congregation  et 
les  regies  particulieres  aux  monasteres  ; un  cha- 
pitre special  est  consacre  a la  bibliotheque  , situee, 
comme  l’on  sait , hors  des  batiments  claustraux  ; 
les  freres  par  consequent  n’y  etaient  pas  admis; 
un  bibliothecaire , nomme  par  l’abbe , distribuait 
un  livre  a (a  fois  a chacun  de  ceux  qui  en  avaient 
besoin;  cependant  pour  une  cause  raisonnable  et 
avec  1’assentiment  du  superieur , it  etait  permis 
d’avoir  plusieurs  ouvrages  ensemble  : Pro  causa 
honesta  et  cum  licencia  superioris  plures  libros 
habere  licet.  Quant  aux  gens  instruits  , la  bibiio— 
theque  leur  etait  toujours  ouverte;  c’etait  en  leur 


— 295  — 

Faveur  qu’elle  se  trouvait,  ainsi  que  le  logement  de 
l’abbe,  hors  de  (’enceinte  reservee  aux  moines. 

Le  quatrifeme  livre  regie  les  sorties  des  freres 
qui  ne  doivent  avoir  lieu  qu’avec  la  permission  de 
l’abbe ; il  ordonne  aussi  le  travail  manuel  et  assi- 
gne  les  heures  qui  doivent  lui  etre  consacrees. 
Le  cinquieme  livre  enfin  traite  uniquement  des 
fautes  et  des  punitions  qu’elles  encourent.  En  somme 
ce  manuscrit,  qui  est  d’une  lecture  assez  facile,  est 
fort  interessant  et  le  deviendra  davantage  par  la 
suite , lorsque  les  souvenirs  encore  vivants  des 
anciennes  communautes  viendront  a s’effacer  tota- 
lement.  — Cet  ouvrage  n’etait  pas  a l’abbaye  de 
St-Winoc  avant  1618,  car  sur  la  premiere  page 
on  lit  ces  mots : 

Monaslerii  Sancti  Petri  ante  fui , nunc  sum  tno- 
nasterii  Sancti  Winnoci,  ex  domo  PP.  administrator 
et  servanle,  1618. 

N*  12.  — cote  1271. 

Den  speighel  van  Sassen  dat  tcelcke  tracteerende 
ende  in  houden  is  alle  keyserlicke  rechten,  dye- 
men  daghelick  mest  ghebruck  ende  is.  Mss.  in- 8°, 
200  feuillets ; prov.  inconnue. 

Ce  titre  flamand  est  celui  d’un  petit  traite  im- 
prime  It  Leyde  par  Janseversen  en  1512.  II  si- 
gnifie  : Sommaire  de  toute  la  legislation  civile, 
dixmes  et  autres  communes  impositions,  par  Sassen. 


— 296  — 

Ce  petit  imprint  d’unc  cinquantaine  de  pages  so 
trouve  au  devant  du  Mss.  dont  void  le  litre  latin  ; 

Copia  sabulla  sive  lillerarum  ereationis  primi  du- 
ds Gelriw  per  Ludovicum  quarlum  Romanorum  im- 
peratorem  semper  augustum,  usque  ad  4 538. 

Ce  manuscrit  est  tout  flamand , il  donne  les 
decrets  et  ordonnances  des  dues  de  Gueldre  de- 
pute leur  origine  jusqu’en  1538.  L’ecriture,  tres 
difficile  k lire,  parait  appartenir  k diverses  epoques 
depuis  la  fin  du  XVe  siecle  jusqu’a  la  moitie  du 
XVI®.  Le  cartonnage  recent  du  volume  fait  sup- 
poser  qu’on  aura  voulu  reunir  les  deux  ouvrages 
pour  la  commodity  des  lecteurs. 

N°  13.  — cote  1276.. 

Brevis  methodus  orationis  mentalis.  Mss.  in-16, 

sur  papier.  17®  s.  (Prov.de  St-Wiuoc.) 

Ce  petit  livre  est  dans  le  genre  des  fameux 
exercices  de  Saint  Ignace  qui,  selon  1’expression  d’un 
ecrivain,  « a transforme  la  prikre  en  art  ntecani- 
que  en  faisant  de  la  folle  du  logis  le  guide  va- 
gabond de  la  pensee.  > Un  ebapitre  entier  est 
consacre  k prouver  que  les  Benedictins  doivent 
s'attacher  k I’oraison  mentale  : Benedictinos  mo- 
nachos  ex  instituto  et  regula  ad  orationem  menta- 
lem  teneri.  La  Methode  est  suivie  d’un  autre  ou- 
vrage  intitule  ainsi : Brevis  traetalus  de  instrument 


— 207  — 

tin  sive  de  mediis  assequendai  virtutis  auclort 
eodem.  L’auteur  du  rcste  n-e  s’est  pas  fait  con- 
naitre. 


N*  14.  — c6te  1783. 

Statuta  et  ordinationes  capituli  provincialis  eclebrali 
in  ecclesia  Sanctce  genitricis  Marice  , Antwerpiee , 
ordinis  preemonstralensis , anno  Domini  1643,  a 
secunda  die  Julii  usque  ad  21  ejusdem ; prcesi- 
dente  in  eo  admodum  reverendissimo  patre  Do- 
mino , Domno  Joanne  Chrysostomio  prcediclee 
ecclesiw  abbate  , ejusdem  sacri  et  canonici  ordinis 
pmmonslratensis  circarias  Brabantioe  et  Frisia: 
vicario  generali  et  visitatore.  Manuscrit  in-8* 
d’une  centaine  de  feuillets.  (Prov.  inconnue). 
L’ordre  des  premontres  , fonde  en  1120,  par 
Saint  Norbert , s’etait  excessivement  etendu  puisqu’il 
comptait  plus  de  mille  abbayes  et  pres  de  mille 
huit  cents  prevotes  et  prieures  (1).  L’ordre  etait 
tombe  par  la  meme  dans  un  grand  relachemeut, 
et  au  1 7*  siecle  des  reformes  s’etablissaient  partout. 
Le  chapitre  tenu  dans  l’eglise  de  Ste-Marie  a 
Anvers , avait  pour  but  de  faire  revenir  a la  regie 
primitive  les  religieux  de  la  province  qui  s’en 
6taient  ecartes.  Aussi  les  statuts  ordonnent-ils  une 
foule  de  prescriptions  tombees  en  desuetude  par 
rapport  au  jeune , a I’assislance  au  choeur , a 
l’habit  monachal.  Elies  s’6tendent  meme  a la  barbe 


(1)  Lepuigc  , bibliotli.  S.  ord.  pmmonslr. 


38 


— 298  — 

que  tousles  chanoines  sont  obliges  de  se  faire  raser 
ainsi  que  les  cheveux-,  a moms  d'une  dispense 
expresse  des  superieurs.  Ces  statuts  qui  ont  du 
etre  copies  fort  peu  de  temps  apres  la  tenue  du 
chapitre,  se  terminent  ainsi  : Extractum  hoc  ex 
aclis  capituli  provincialis  concordat  cum  resolution 
nibus  originalibus  quod  leslor  Chrysostomus  abbas , 
Michaelis  mcarius. 

N®  15.  — c6t£  1274. 

Memorials  benedictinum  sanctorum , beatorum  , ac 
illustrium  virorum  memorice  juvandce  gratia  in 
singulos  totius  anni  dies  dislributum  opere  el 
studio  R.  D.  Amandi  Belver , benedictini.  Manus- 
crit  in-8°  sur  papier.  340  feuillets.  17*  siecle. 
(Prov.  dc  St-Winoc). 

Dorn  Amand  Belver  etait , selon  toute  apparence, 
d’origine  espagnole  , et  fut  religieux  de  1’abbaye 
de  St-Winoc.  Les  ouvrages  que  Ton  connait  de 
lui  sont  d’abord  le  Memoriale  benedictinum  dont 
nous  allons  parler  , puis  Elucidatio  rubricarum 
(v.  n°  16),  et  enfin  une  vie  de  Saint  Winoc , 
ecrite  en  Jespagnol  d’apres  Drogon , imprimee  a 
Bergues  chez  Ketelaer  en  1666.  L’auteur  des  re- 
cherches  sur  la  ville  de  Bergues  lui  attribue  en- 
core , mais  a tort , selon  nous , les  constitutions 
de  l’abbaye  de  St-Winoc  dont  nous  avons  parle 
plus  haut  (n*  10).  Ces  constitutions  Rentes  par 


— 299  — 

Jean  de  Cambrai  datent  de  1 590  1 longtemps  avant 
la  naissance  de  Belver. 

Le  Memoriale  benedictinum  est  bien  posterieur  a 
la  date  de  1 622 , qu’on  lui  a attribute  (1),  puisque 
p.  284 , l'auteur  parle  de  la  vie  de  Saint  Winoc 
qu’il  a editee,  dit-il , cn  1668.  Ge  Memoriale  donne 
la  vie  de  tous  les  Saints  de  l’ordre  des  ben£dictins 
au  jour  oil  ils  sont  fetes.  Celle  de  Saint  Winoc 
est  trait£e  d’une  maniere  specials,  et  les  dates 
precises  qui  y sont,  rapportees , d’apres  les  chro- 
niques  du  monastere , la  rendent  fort  interessante. 
Selon  Belver,  Saint  Winoc  mourut  a Whormout 
le  6 novembre  717,  aprfes  cinquante-deux  ans  de 
profession  religieuse , et  fut  mis  au  nombre  dcs 
Saints  par  VEvdque  du  diocbse,  le  23  mars  dc 
Yaunde  suivante.  Le  corps  du  Saint  reposa  a Whor- 
mout jusqu’en  836 , puis  fut  porte  a St-Omer  oil 
il  resta  jusqu’en  900 ; a cette  epoque , Baudouin- 
le-Chauve  le  fit  revenir  k Bergues  oil  il  demeura 
definitivement. 

Belver , contre  l’usage  de  son  temps , cite  avec 
un  soin  extreme  toutes  ses  autorites  et  surtout  les 
annales  de  Pierre  Walloncappelle.  Son  ouvrage  est 
dedie  au  pere  Van  Osch  , prieur  de  l’abbaye  de 
St-Winoc.  Il  est  suivi  d’un  catalogue  fort  curieux 
oil  il  indique  les  Saints  que  l’on  invoquait  dans 
la  Flandre  pour  les  diverses  maladies.  Nous  ne 


(I)  Rech  historiq.  sur  Bergues.  Get  ouvrage  est  tres-romarquable  mu’gre 
quelques  erreurs  de  detail  impossibles  a eviler  complelemejil. 


— 300  — 

vouions  pas  priver  lc  lecteur  de  ce  singulier  do- 
cument que  nous  copious  textuellement : 

MORBORUM  MEDICI  M1RIFICI. 

FEBRIS  ICTER1TIS  SEU  ALR1GIMS  G ALLICE,  malddie  qUOft 

appelle  la  jaunisse , Flandrice,  geelsuchte. 


Sanctus  Mochua.  . . . 

. 

. 1 

Januarii. 

Sanctus  Tillo  .... 

. 7 

id. 

Sanctus  Leobardus.  . . 

* 

. 18 

id. 

Sanctus  Dominicus  Soranus. 

. 22 

id. 

Sanctus  Agilus.  . . . 

\ 23 

id. 

Sanctus  Macarius  . . 

. 24 

id. 

Sanctus  Eleulherius  abbas 

. 5 

Februarii. 

Sanctus  Amandus.  . . 

. 6 

id. 

Sanctus  Bonifacius  Laus. 

. 19 

id. 

Sanctus  Joannes  Lucensis. 

. 22 

id. 

Sanctus  Winebaudus. 

. 6 

Aprilis. 

Sanctus  Paternus.  . . 

. 16 

id. 

Sanctus  Richardus  abbas. 

. 14 

Junii. 

Sanctus  Alelmus  . . . 

. 5 

Septembris. 

Sanctus  Rogindus.  . . 

. 18 

id. 

Sanctus  Hugo  Aurelian  . 

.. 

. 19 

id. 

Sanctus  Gerardus.  . . 

. 3 

Octobris. 

Sanctus  Deusdedit.  . . 

• 

. 9 

id. 

Sanctus  Winnocus.  ..  . 

• 

. 6 

Novembris. 

TERTIjE  et  quartans 

■(febris). 

Sanctus  Venantius.  . 

• 

. 13 

Octobris. 

quartans  (febris). 

Sanctus  Amabilis.  . . 

# 

. 19 

Octobris. 

Sanctus  Robertus.  . . 

• 

. 19 

Julii. 

— 301  — 
hernia:  et  ruptura:. 


Beatus  Joannes  Casinensis'. 

• 

18  Januari. 

Sanctus  Thomas  Camald.  . 

• 

25  Martii. 

Saucta  Maria  de  QEgnies.  . 

• 

23  Junii. 

DEN  TIE  M. 

Sanctus  Michael  Camald.  . 

21  Januarii. 

Sanctus  Tetricus  .... 

16  Martii. 

Sanctus  Ursmarus.  . . . 

a 

18  Aprilis. 

Sanctus  Ingelmundus,  . . 

• 

21  Junii. 

Sanctus  Ediltruda.  . . . 

• 

id. 

AMENTIAS. 

Sanctus  Nicolaus  genuensis. 

• 

23  Februarii. 

Sanctus  Cradda  episcop. 

2 Martii. 

Sanctus  Gerardus.  . . . 

. 

5 Aprilis.  • 

Sanctus  Wilhelmus.  .•  . . 

• 

5 Julii. 

LEP  l\M. 

Sanctus  Romanus.  . . . 

• 

28  Februarii. 

Sancta  Aleydes 

• 

11  Junii. 

DOLOMS  CAPITIS. 

Sanctus  Adus  episcop.  . . 

28  Febr. 

Sancta  Juliana  abbatissa. 

22  Julii. 

squinantla:. 

Sanctus  Suitpertus 1 Martii. 

CADUCIS  MORBI. 

Sanctus  Reinhardus  ....  SI  Martii. 


— 302  — 

LYMPHAT1CI  MORBI. 

Sanctus  Pontius 26  Martii. 

LUNATICI  MORBI. 

Sanctus  Gerroinus  abbas..  . .47  Aprilis. 

VILCRUM  ET  TORM1MJM. 

Sanctus  Elphegus.  . . . . .49  Aprilis. 

OCULORUM. 

Sancta  Francha  abbalt.  ...  25  Apr. 

Sanctus  Leodegarius  (1).  . . 2 Octobris. 

PHLEBOTOMISE,  G ALLICE  SeigTlde,  DE  SEINE,  FLANDRICE: 
ADER-LATINGHE  MET  DE  VLIEME. 

Sanctus  Joannes 6 Maii. 

LETHARGIC. 

Sanctus  Adelmus.  . . . .25  Maii. 

epilepsias  (it  mal  eaduc ). 

Sanctus  Lambertus  vincensis. 

Sancta  Erentruda.  . . . .30  Junii. 

POLYPI. 

Sanctus  Fiacrius 30  August. 

MORBI  REGIl. 

Sanctus  Gerardus.  .•  . . . 3 Octobris. 

LUIS  GALLICSE. 

Sanctus  Titho  abbas.  . . . 3 Octobris. 


(1)  Saint  Ldger  cat  encore  apdcialement  invoqud  a Soex  , arron- 
ibsement  de  Dunkerque. 


— 303  — 

PARTURITIONTS. 

Beatus  Godefridus 3 Octobris. 

Sanctus  Winnocus 6 Novembris. 


CALCULI. 

Sanctiss.  P.  noster  Benedictus.  SI  Marlii. 


Sancta  Syria 

. . 8 Junii. 

PESTIS. 

S“  Pater  nos.  Benedictus 

. . 21  Martii. 

Sanctus  Raynaidus.  . . 

. . 9 Februarii. 

Beau  Joanna  Balneensis. 

. . 16  Januarii. 

Sanctus  Molacus  . . . 

. . 20  .Januarii. 

Sanctus  Oswaldus  episc. 

. . 28  Febr. 

Sanctus  Cuthberthus. 

. . 20  Martii. 

Sancta  Godoberla.  . . 

. . 11  Aprilis. 

Sanctus  Gudwalus.  . . 

. . 6 Junii. 

Sancta  Colomba.  . . . 

. . 9 Junii. 

Sanctus  Deodatus.  . . 

. . 19  Junii. 

Sanctus  Hildulphus.  . . 

. . 11  Julii. 

Sancta  Hunegondes.  . . 

. . 25  Aug. 

Sanctus  Agricolus  episc. 

. . 2 Septembris. 

Sanctus  Remaclus  episc. 

. . 3 Septemb. 

Sanctus  Richardus.  . . 

. . 15  Septemb. 

Sanctus  Benedictus  Wallumb.  . 24  Septemb. 

Sanctus  Nicetius  episc.  . 

. . 6 Octob. 

Sanctus  Malachius.  . . 

. . 9 Novemb. 

Sanctus  Eligius  episc. 

. . 1 Deccmbris. 

— 304  — 


N®  16. — COTE  1273. 

Elucidalio  brevis  rubricarum  seu  legum  breviarii 
romani  Clemenlis  VIII  et  Vrbani  Vlll  authoritale 
recogniti  authore  R.  D.  Atnando  Belver  religioso 
benedictino  in  abbatia  Sl  Winnoci.  Manuscrit 
in-8®,  216  feuilles.  (Prov.  de  St-Winoc). 

Ce  petit  ouvrage , dedi6  a l’abbe  Maur  de  Wi- 
gnacourt , en  1 662  , a pour  objct  d’aplanir  les 
difliculles  que  prSsente  parfois  aux  ecclesiastiques 
la  recitation  du  breviaire.  11  est  divise  en  neuf 
parties,  dont  voici  les  titres  : 1°  De  horis  canonicis 
in  genere ; — 2®  De  praludiis  breviarii  romani ; — 
3®  De  rubricis ; — 4®  De  proprio  ritu  singularum 
horarum  canonicarum ; — 5®  De  horarum  parlibus  ; 
— 6®  De  proprio  de  tempore ; — 7®  De  proprio 
sanctorum  ; — 8®  De  communi  sanctorum ; — 9®  De 
appendicibus  breviarii.  Le  manuscrit  est  suivi  de 
l’approbation  du  censeur  diocesain  a Ypres , Fran- 
cois de  Carpentier.  Elle  est  datee  du  mois  de 
d6ccmbre  16G2. 

N®  17.  — COTE  1273. 

Regulce  ad  monachos.  Manuscrit  petit  in-4®  de  200 
feuillets  environ,  moitie  du  17®  siecle.  (Prov. 
inconnue). 

Ce  manuscrit  est  un  traite  de  regies  generates 
pour  lesmoines,  divise  en  un  prologue  et  soixante- 


— 305  — 


treizc  chapitres.  Le  premier  parlc  ties  differentes 
espfeces  de  moines  que  I’auteur  divise  en  Cenobites, 
Ermites  , Sarabaites  et  Girovagues.  Mais  cette  di- 
vision ne  peut  guferes  s'appliquer  qu’aux  premiers 
siecles  du  christianisme  ; les  ermites  n’existent  plus 
depuis  longtemps , et  les  ordres  que  Ton  appelait 
MendmnU  ne  peuvent  se  comparer  aux  anciens 
girovagues  qui  erraient  de  mooastferes  en  monasteres. 
L’auteur  de  ces  rfegles  a suivi  en  g6n6ral  cel  les 
de  Saint  Augustin  et  de  Saint  Benoit  qui  elaient 
les  plus  repandues.  Le  manuscrit  ne  porte  ni 
nom  ni  date , mais  d’apr&s  l’dcriture  on  le  suppose 
du  17®  sitfcle. 


N®  18.  — c6t^  1277. 

Recueil  de  pibces  de  vers , latines  et  flamandes , de 
1677  k 1681.  Manuscrit  in -18.  (Proveuant  de 
St-Winoc). 

Ce  recueil  assez  curieux  vient  probablement  des 
Jesuites  qui  avaient  autrefois  un  college  a Bergues ; 
le  titre  suivant  de  l’une  des  pieces  semble  au  moins 
l’indiquer  : Ecloga  recitata  sexto  die  d festo  divi 
Petri  qua  R.  P.  Van  der  Plancken  celebratur  gymnasii 
Bergensis  prcefectus.  Puis  viennent  les  personnages 
obliges  de  toute  eglogue  : Mopsus , Damcetas , Ti- 
tyrus  et  Corydon.  Dans  ce  recueil  se  trouvent  des 
tragedies , des  chansons , des  pofemes  , des  £pita~ 
phes , des  eglogues  , des  descriptions  , des  discours 

39 


— 306  — 

en  vers.  Le  style  de  ces  differentes  pieces  est 
souvent  fort  Strange  et  I’on  y rencontre  des  en- 
droits  tres  libres , surtout  dans  certaines  chansons 
macaroniques,  moitie  latines  moitie  flamandes.  Tout, 
au  reste,  est  dans  le  gout  payen  qui  doroinait  au 
47*  siccle. 


N#  49.  — cot^  4272. 

Festa  sanctorum  ordinis.  Manuscrit  petit  in-4*  de 
400  feuillets  environ.  (Prov.  de  St-Winoc). 

Ce  livre  purement  ecclesiastique  contient  1’ office 
des  Saints  de  l’ordre  des  Benedictins.  Les  lemons 
de  matines  de  Saint  Winoc,  offrent  quelque  interet 
parce  qu’elles  presen  tent  un  abrege  de  sa  vie.  Elies 
sont  d’ailleurs  presque  textuel lenient  tiroes  du 
manuscrit  de  Drogon. 

N*  20.  — c6t^  4270. 

Officia  propria  sanctorum  quce  in  hoc  monasterio 
Sancti  Winnoci  celebrantur.  Manuscrit  in- 4°  de 
300  feuillets  environ,  47*  siecle.  (Prov.  de 
St-Winoc). 

Ce  manuscrit  qui  porte  la  date  de  4 692,  est  re- 
marquable  par  la  beauts  de  l’6criture.  II  contient 
4 peu  de  chose  pres  les  m6mes  offices  que  le  pre- 
cedent. Vers  le  milieu  du  volume  se  trouve  un 
second  titre  : Officia  nova  quce  non  habentur  in 


— 307  — 

breoiario  romano.  Ce  sont  encore  des  offices  pro- 
pres  a l’ordre  de  Saint  Benoit  et  qui  ne  se  trouvent 
pas  dans  le  breviaire  ordinaire. 

N*  21.  — c6te  1280. 

Officio  propria  ordinis  S1  Benedicti  atque  notlri 
monasterii  Sancti  Wirmoci.  Manuscrit  in-16,  dore 
sur  tranches , rel.  maroquin.  ( Provenant  de 
St-Winoc). 

Du  m£me  genre  que  les  deux  precedents,  ce 
manuscrit  n’est  remarquable  que  par  sa  belle  exe- 
cution. 11  ne  porte  pas  de  date , mais  on  peut 
l’attribuer  conune  les  autres  au  17s  siecle. 

N°  22.  — cote  1278. 

Mamale  verborum  D.  N.  Jesu  Chritti  quae  nobit 
in  Evangeliis  mis , discedens  ex  hoc  mundo  ad 
patrem,  per  testamentum  reliquit.  Manuscrit  in-1 8, 
200  pages.  (Ex  libris  LafondJ. 

C’est  un  recueil  des  paroles  de  Jesus- Christ , 
rangees  par  ordre  d’evangiles  et  par  ordre  de 
versets.  Ce  petit  ouvrage  est  suivi  d’exercices  pieux 
a l’usage  d’une  congregation  dite  de  Jesus^Christ, 
de  prieres  diverges  et  de  litanies.  II  parait  dater 
tout  au  plus  de  la  fin  du  17*  siecle. 

N*  23.  — cote  1439; 

Dictionarkm-biglotton  geographicum  latino •‘belgicum 


— 308  — 

el  belgico  latinwn  opera  FrU  Frederiei  Codron, 
prioris  S<*  Ceeilioe  Dixmudis.  Maouscrit  petit  in-4* 
compost  de  deux  volumes , le  premier  de  4 500 
pages , le  deuxieme  de  300.  (Prov.  de  St-Nicolas 
de  Fumes). 

Ce  dictionnaire  geographique  latin-flamand  et 
flamand-latin  , est  revetu  de  deux  approbations , 
l’une  de  Burie , prieur  de  St-Nicolas  a Fumes, 
1’autre  de  Bertrando  Pycko , provincial  des  Fran- 
ciseains , tootes  les  deux  datees  de  1 770.  II  est 
plus  que  probable  que  malgre  la  permission  et  les 
eloges  des  superieurs , le  manuscrit  n’a  pas  ete 
imprime , car  voici  ce  qu’on  lit  au  verso  du  pre- 
mier feuillet  : 

Cum  auctor  hujus  operit  imprestorem  rogattei 
quam  mercedem  pro  imprestionne  hujus  desideraret, 
proba  hie  adjacente  sumpta,  tantum  4260  florenos 
petiit , pro  proba  autem  8 solidos  hispanicos.  — 
Pro  memoria. 

L’ouvrage  du  pere  Codron  se  divise  en  deux 
parties  qui  forment  chacune  un  volume.  Dans  la 
premiere  partie , qui  est  la  plus  importante , il 
donne  en  langue  flamande  les  noms  geographiques 
avec  leur  traduction  latine  qui  renvoie  a l’autre 
volume.  Cet  ouvrage  au  reste  parait  avoir  et£ 
compose  pour  les  ecoliers. 

N°  24.  — c6te  274. 

Schowburg  der  Bajanislen , Jansenislen  en  Quenel- 


— 309  — 

listen.  Manuscrits  in- 4°  composes  de  sept  volumes 
de  5 a 600  pages  chacun.  (Provenant  probable- 
ment  des  Capucins). 

Le  mot  flamand  tchowburg  repond  exactement  au 
theatfim  des  latins.  Le  titre  latin  serait  done  : 
Thcalrum  Bajan  tarum , Jansenistarum  et  QueneU 
listarum.  L’ouvrage  est  en  effet  une  histoire  et  tun 
tableau  de  ces  diverses  heresies.  L’ auteur , Raphael 
de  Dous  etait  pfcre  capucin  au  couvent  de  Bergues- 
Sl-Winoc,  et  voici  ce  qu’il  nous  apprend  luUmfone 
sur  sa  personne.  Que  Ton  nous  pardonne  ces  quelques 
citations  traduites  du  flamand. 

« Moi , Raphael  de  Dous  , capucin  de  l.’ordre  de 
St-Fran^ois  au  couvent  de  B.  S.  W.  j’ecris  mon 
livre  pour  demonlrer  l’erreur  et  i’impiet£  des  sec- 
taires  du  Baianisme  , du  Jansdnisme  et  du  Que- 
nellisme,  qui  pour  la  plupart  se  sont  retires  en 
Hollande,  oil  j’espere  que  cette  heresie  s’eteindra 
d’une  manifere  lente  mais  infaillible.  • (Extr.  de 
la  pr6f.  t.  1er).  — « Le  premier  volume  a 6te 
commence  le  1*r  janvier  1751  et  termine  le  28 
fi&vrier  de  cette  m£me  ann6e ; il  comprend  l’espace 
de  105  ans,  depuis  1545  jusqu'4  1651.  • (Fin 
du  t.  1*r).  — « Le  2s  volume  comprend  1’espace 
de  40  ans,  de  1652  & 1692.  Je  l’ai  termini  le 
21  mai  1751.  » (Fin  du  t.  2). 

■ Le  mepris  et  le  degout  que  m’inspire  cette 
heresie  (le  Jansenisme),  m’ont  fait  pendant  trois 


— 310  — 

ans  interrompre  mon  travail , j’avais  serre  ma 
plame  au  fond  de  mon  secretaire.  Mais  Dieu  soil 
beni  et  loue  de  m’avoir  inspire  fe  dessein  de  re- 
prendre  mon  oeuvre-  le  5 avril  de  cette  annee  1 754, 
et  de  finir  ce  3®  volume  le  jour  de  1’ Ascension  23 
mai  1754.  11  comprend  l’espace  de  47  ans  depuis 
1692  jusqu’en  1709,  le  le  soumets  consequemment^ 
moi  Raphael  de  Dous , caption  jubilaire  (1 ) , au 
jugement  des  autorites  de  L’eglise  el  de  mon 
ordre..  ► (Fin  du  t.  3). 

le  finis  ce  4e  volume  le  21  juillet  1754,  apree 
1’avoir  commence  le  23  mai  de  cette  meme  annee. 
It  comprend  le  parcours  de-  10  annees  de  1709  a 
1719.  » (Fin  du  t.  4). 

« Ce  5®  volume  aete  commence  le  15  novemhre 
1754  et  fini  le  15  janvier  1755.  II  comprend 
I’espace  de  5 aos  de  1719  & 1724.  » (Fin  du 
5C  vol.). 

« Je  finis  ce  6*  volume  le  10  avril  1755  faute 
de  documents.  J’espere  que  mes  travaux  auront 
un  resultat  utile  et  repondront  aux  vues  eminem- 
ment  eatholiques  qui  m’ont  toujours  dirige.  Du 
reste , malgre  mes  71  ans , si  Dieu  me  conserve 
encore  quelque  temps  sur  la  terre  , je  fern  un  7® 
volume  qui  comprendra  toutes  les  pieces  justifies- 


(t)  On  appclle  jubilaire  le  religieux  qui  a 50  ans  de  profession 
dans  sod  ordre. 


— 311  — 

lives  et  enfin  un  8*  que  j’appellerai  infdmie,  qui 
sera  un  resume  de  faits  saiUants  et  d^plorables, 
peignant  d’un  seul  trait  i’horreur  de  ces  doctrines 
heretiques.  » (Fin  du  6*  vol.) 

Le  7®  volume , que  l’auteur  vient  d’annoncer, 
contient  en  effet  toutes  les  pieces  justificatives  et 
a ete  termine  en  1755,  sans  autre  indication  de 
date. 

Quant  au  8*  volume , il  est  probable  que  la 
mort  a empeche  l'auteur  de  le  composer.  Du  reste, 
Raphael  de  Dous  avait  dejk  ecrit  anterieurement 
sur  cette  matiere ; k la  fm  du  6®  volume , il  fait 
mention  de  31  ouvrages , dont  vingt-deux  en  fran- 
cais  , huit  en  flamand  et  un  cn  latin  ; malhcu- 
rcusement  il  n’en  donne  pas  les  titres. 

La  catholicity  de  cette  histoire  du  jansenisme  est 
reconnue  par  le  censeur  d’Ypres , Plumyoen  qui  a 
revetu  chaque  volume  de  son  approbation  et  de  sa 
signature. 

La  septieme  partic  de  1’ouvrage  qui  comprend 
les  pieces  justificatives , est  cerlainemeut  la  plus 
curieuse  ; on  y voit  toutes  les  bulles  des  papes 
portant  condamnation  des  livres  de  Bains , de 
Janseniut , etc.  L’on  y trouve  une  correspondance 
frangaise  du  cardinal  de  Granvelle  et  de  Morillon, 
son  grand  vicaire  , avec  des  letlres  de  Philippe  11 
qui  recommande  la  s£v£rity.  Les  lettres  de  Grai\- 
velle  sont  d’une  douceur  bien  opposee  au  caractere 


— 312  — 

qu’on  lui  pretc  generalement ; dies  no  so  (rouvent 
pas  daos  Ie  recueil  de  M.  Weiss , mais  il  n’est  pas 
probable  cependant  qu’ellcs  soient  inedites. 

Le  manuscrit  du  pere  Raphael  de  Dous  nous 
parait  etre  interessant , mais  on  doit  regretter 
qu’il  ait  ete  compose  dans  une  langue  que  si  peu 
de  personnes  sont  k m&me  maintenant  de  bien 
comprendre.  La  ville  de  Bergues  y attache  beaucoup 
de  prix  en  ce  que  l’auteur  est  un  de  ses  enfants. 

N*  25.  — c6t£  <447. 

Jurisprudence  du  parlement  de  Flandre , par  M. 
George  de  Ghewiet , sire  dc  Blinville , eonseiller 
du  Roi , rifdrendaire  en  la  chancellerie  et  ancien 
avocat  au  dit  parlement.  Manuscrit  in-P  d'un 
millier  de  pages.  (Prov.  de  St-Winoc). 

Malgre  nos  recherches,  nous  n’avons  pu  nous 
procurer  de  notice  biographique  satisfaisante  sur  cet 
auteur,  donl  la  bibliolhfeque  de  Bergues  possede 
plusieurs  ouvrages  manuscrits.  I^es  titres  nous  ap> 
prennent  qu’il  4tait  eonseiller  du  Roi , referendaire 
honoraire  en  la  chancellerie  et  ancien  avocat  au 
parlement  de  Flandre.  Monsieur  Piilot,  eonseiller 
& la  cour  d’appel  de  Douai , que  tout  le  monde 
connait  par  son  excellente  histoire  du  parlement 
de  Flandre , nous  parle  d’un  livre  de  George 
Ghewiet  intitule  : Institutions  du  droit  Belgique  tant 
par  rapport  aux  dix-sept  provinces  qu’an  pays  de 


— 313  — 

iJbge , avec  me  thdthode  pour  etudier  la  profession 
d'avoeat,  in-4®,  reedit6  plus  tard  in-18.  Le  pri- 
vilege resulte  de  lettres-patentes  donnees  a Bruxelles 
le  27  septembre  1758.  Dans  cet  ouvrage*  M.  de 
Ghewiet  cite  sa  jurisprudence  du  parlement  de 
Flandre  > qui  parait  cependant  n’avoir  pas  ete  com- 
plelement  imprimde.  Les  deux  premiers  feuil lets  seuls 
sont  un  carton  d’imprimerie  surcharge  de  notes  el  de 
corrections , qui  du  reste  ne  porte  aucune  date. 

La  jurisprudence  du  parlement  de  Flandre  est 
Un  recueil  d’arrets  rendus  en  ce  parlement , et 
voici  les  raisons  que  donne  1’auteUr  pour  justificr 
le  titre  qti’il  a adopts  ; 

« J’ai  intitule  cet  ouvrage  du  nom  de  jurispru- 
dence du  parlement  de  Flandre  a cause  des  regies 
et  maxinies  qu’on  y trouve , pour  pouvoir  former 
cette  science,  au  moyen  de  laquelle  on  est  capable 
de  discerner  les  chose6  justes  d’avec  cel  les  qui  ne 
le  sont  pas,  par  rapport  au  grand  nombre  de  re- 
solutions et  d’arr&ts  de  cette  cour  souveraine  jus- 
qu’a  Tan  1724.  » Puis  il  donne  en  abrege  This- 
toire  du  parlement  de  Flandre.  Ghewiet  passe 
ensuite  a des  considerations  generates  sur  la  Flandre, 
son  pays , qu’il  parait  aimer  beaucoup , et  il  rap- 
porte,  en  fmissant,  ces  deux  vers  qui  font , dit-il  , 
allusion  aux  quality  des  habitants  de  la  Flandre: 

Miltiades  animo , Cimon  pietale  , Pericles 

Consilio , probitale  So!on  , gravitate  Lycurgus. 

40 


— 3U  — 


L’ouvrage  ne  porte  pas  de  dale , mais  il  est  a 
remarquer  que  tous  les  arrets  sont  anterieurs  a 


an. 


>'•  26.  cote  -1448. 

Arndts  du  purlement  recueilHs  par  MM.  Deflines  pkre, 
de  Blie , Bar  all  e , Heinderiex , de  Mullet , Pollet, 
Dermamille  et  par  moi , Georges  de  Ghewiet.  Ma- 
nuscrit  in-4®  d’un  millier  de  pages.  (Prov.  de 
St-Winoc), 

Ce  manuscrit,  qui  forme  un  enorme  volume  io-P*, 
pa  rail  litre  la  continuation  du  precedent.  Les  arrets 
sont  suivis  de  huil  dissertations  de  jurisprudence : 
la  premiere  traile  de  la  portion  congrue  des  cures; 
la  seconde  les  malieres  de  fidei  commis  ; la  troi- 
sieme  a pour  objet  les  coutumes ; la  quatrifeme  le 
droit  d’indemnite ; la  cinquieme  les  tallies  , leur 
nature  et  leurs  privileges  ; la  sixieme  Phypotheque 
des  mineurs  ; la  septieme  les  usages  de  Flandre 
pour  la  reception  des  kulles , etc.  ; la  huitieme 
dissertation  enfin  a rapport  aqx  sommations  , aux 
executions , aux  saisies , etc.  selon  les  usages  de 
Flandre.  Tout  cela  est  ecrit  en  latin  et  en  francais, 
charge  de  notes  et  de  renvois ; les  caracteres  sont 
Ires  fins  comme  dans  tous  les  ouvrages  de  M.  Ghewiet, 
ce  qui  en  rend  la  lecture  fatigante. 

N*  27.  — c6te  1454. 

les  coutumes , slils  et  usages  de  la  ville  et  citf  de 


— 315  — 

Tourney,  pouvoir  el  banlieue  d’icelle,  comments 
par  M.  Gh.  Manuscrit  in-f°  compose  de  2 vol, 
d’un  millier  de  pages  chacun.  (Provenant  de 
St-Winoc). 

Cet  ouvrage  est  du  m6me  auteur  que  le  pre- 
cedent, quoique  sou  nom  ne  s’y  trouve  pas  en 
entier ; on  y voit  son  portrait  et  sa  devise  : Sustine 
fit  Abstine.  Les  coutumes  et  usages  de  Tournai, 
ne  nous  offrent  aujourd’hui  que  peu  d’inleret;  ces 
coutumes  au  reste  ont  ete  plusieurs  fois  imprimees; 
M.  Ghewiet  n’y  a ajoute  que  ses  commentaires. 


N*  28.  — c6te  1345. 

Ulucubrationes.  Grand  repertoire  de  M.  Georges  de 
Ghewiet , conseiller , etc.  Manuscrit  in-P  com- 
pose de  6 vol.  d’un  millier  de  pages  chacun. 
(Prov.  de  St-Winoc) . 

Ces  elucubrations  sont  un  resume  alphabetique 
de  toutc  la  science  des  jurisconsultes.  Ce  livre  ren- 
ferme  tout  ce  que  l’auteur  avail  pu  apprendre  et 
recueillir  sur  cbacun  des  articles  qu’il  traite,  II  est 
orn6  du  portrait  de  l’auteur  et  porte  ces  mots  en 
epigraphe  : Omnium  habere  memoriam  et  in  nulla 
penitus  errare  divinilatis  magis  est  quam  mortalitatis. 


N°  29.  — c6te  1 446. 

JW we  liana.  ArrSts  de  M.  Dufief,  arrils  de  M.  Cuve- 


— 316  — 

tier , observations  de  M.  de  Masures , reperiorium, 
pieces  diverses  , le  tout  recueilli  et  mis  en  ordre 
par  M.  Ghewiet.  Manuscrit  in-f*  compose  de  25 
vol.  de  sept  a huit  cents  pages  chacun.  (Prov. 
de  St-Winoc). 

Parmi  ces  vingt-cinq  volumes  de  procedures  et 
de  pieces  diverses , concernant  la  jurisprudence  , 
treize  seulement  sont  manuscrits ; les  autres  con- 
tiennent  des  arr&ts , des  ordonnances  et  des  plai— 
doyers  imprimes.  Tous  les  ecrits  qui  composent  ce 
volumineux  recueil  ne  sont  pas  de  la  meine 
6poque  ; il  en  est  qui  remontent  au  commencement 
du  47®  siecle , mais  aucun  n’est  posterieur  a 4760. 
11  est  inutile  d’ajouter  que  la  plupart,  pour  ne 
pas  dire  tous,  sont  entierement  denues  d'interet. 


. Fra  DE  LA  PREMIERE  PARTIES 


MEHIOIRES 


DE 


LA  SOClfiTfi 


DES 


ANTIQUAIRES  DE  LA  HORINIE. 


MEMOIRES 

DE  LA 

seen*** 

sa a aaaa 

DE  LA 

mohrii* 

TOME  9-  — 1854* 

Doctrina  invetligando  resiiluet. 

DEUXlEME  PAHTIE. 


A St-Omer 
A Paris 


Tumerel  , Libraire  , rue  Nationals. 
Legier  , Libraire  , Grand'Place. 

Deracbe  , successeur  de  Lance  , rue 
du  Bouloy , N°  37. 


M DCCC  L1V. 


HISTORIQUE  ET  ARCHEOLOGIQUE 


SUE  LE 

PBIEURR  DE  SAINT  MICHEL  DU  WAST, 

ORDRE  DE  CLUGNY , 

DIOCESE  DE  BOULOGNE , 
par  M.  l’abbe  HAIGNERE,  membre  correspondant. 


Le  bourg  du  Wast , qui  fait  partie  des  eom- 
munes  du  canton  de  Desvres,  est  situ6  k trois 
lieues  k l’Est  de  Boulogne-sur-mer , prfcs  de  la 
route  royale  de  Lille , dans  une  plaine  agreable 
et  pittoresque , arrosee  d’une  petite  riviere  a la- 
quelle  les  historiens  boulonnais  Henry  et  Ber- 
trand (1)  , ont  donne  le  nom  de  Wimereux.  Ce 
cours  d’eau  revolt  dans  la  localite  le  nom  de  tous 
les  villages  qu’il  traverse ; et , prenant  sa  source 
k Boursin  (2) , il  porte  successivement  les  noms 


— 2 — 

de  riviere  de  Boursin  , du  Wast , de  Belle , etc. 
Les  hisloriens  que  nous  avons  cites  lui  ont  donne 
le  nom  de  Winter eux , parce  que  c’est  dans  cette 
bourgade  qu’il  se  reunit  a la  mer. 

Le  bourg  du  Wast  ne  manquait  point  d’im- 
portance  au  moyen-age.  Depuis  un  temps  imme- 
morial , il  est  en  possession  d’une  foire  annuelle, 
qui  se  tient  le  28  septembre  (3)  , et  qui  a ele 
fort  fr6quentee.  Les  villes  de  Boulogne , Guines  , 
Calais,  les  bourgs  de  Samer , de  Tournehem,  etc., 
Itaient  relids  avec  le  Wast  par  des  routes  dont 
quelques-unes  ont  conserve  leur  nom  de  Route  du 
Watt.  Aujourd’hui  le  Wast  est  encore  une  des 
localites  les  plus  commer^antes  du  canton  , et  il 
possfede  sous  le  rapport  industriel  le  premier  rang 
fiprfes  le  chef-lieti.  Depuis  environ  douze  ans  , on 
y a elabli  un  marcbd,  qui  se  tient  le  lundi  de 
cbaque  semaine. 

L’origine  du  bourg  du  Wast  est  d’une  antiquite 
assez  respectable.  Nous  lisons , en  effet , dans  la 
vie  de  la  bienheureuse  Ide , comtesse  de  Boulogne, 
§crite  par  un  moine  du  Wast  peu  apres  Fan  1 1 30, 
que  « cet  endroit  dtait  fameux  par  ton  antiquiti , 
» et  avait  autrefois  possede  de  grands  biens  tem- 
> porels ; mais , que , par  les  peches  de  ceux  qui 
» l’habitaient,  il  dlait  presque  reduit  a neant  (4),* 
au  moment  ob  cette  sainte  comtesse  entreprit  la 
restauration  du  monastfere.  Il  resulte  clairement 
de  ce  recit  qu’avant  le  XII®  siecle,  il  y avait  eu 


— 3 — 


au  Wast  un  elablissement  religieux  dont  la  fon- 
dation  remonte  assez  baut  dans  notre  histoire. 
C’est  ce  qui  n’a  pas  6te  soup^onne  par  Hensche- 
nius , dans  son  commentaire  sur  la  vie  de  la  bien- 
heureuse  Ide  : le  savant  bollandiste  a era  que  ce 
passage  regardait  1’abbaye  de  Samer  (5).  Cepen- 
dant  les  archives  de  celte  illustre  abbaye  n’ont  point 
conserve  le  souvenir  de  ce  fait;  bien  plus,  Eustache 
111  y fit , de  concert  avec  sa  mere  , en  14  07,  une  re- 
forme  d radice  , qui  n'eut  pas  ete  necessaire , si 
vers  1 095  ( car  c’est  la  la  date  oil  i!  faut  placer 
le  fait  dont  il  s’agit)  , la  venerable  Comtesse  y 
avail  eu  retabli  1'ordre , la  discipline  et  le  bien- 
fetre.  Sans  aucun  doute  , les  actes  qui  concernent 
la  reforme  faile  dans  1’abbaye  de  Samer  en  1 1 07, 
contiendraient  des  recriminations  contre  l’ingratitude 
de  ces  moiiies  rebelles.  Au  reste , I’eusemble  et 
la  contexture  du  texte  nous  paraissent  se  refuser  a 
V interpretation  d’Henschenius.  C’est  ce  qufa  Ires 
bien  compris  Dom  Brial , qui  au  tome  XIV  des 
Hisloriem  des  Gaules  et  de  la  France  (6)  , repro- 
duisant  ce  passage , n’accepte  point  la  note  du 
celebre  bollandiste.  Luto , historien  boulonnais , 
dont  les  rapports  litteraires  avec  le  P.  Lequien  , 
fortifient  l’autorite,  n’admet  pas  non  plus  i’inter- 
pretation  d'Henschenius  (7). 

Les  documents  manuscrits  et  imprimes  que  la 
bibliothfeque  et  les  archives  de  St-Bertin  ont  legues 
a notre  histoire  , font  mention  d’une  « eglixe  de 


— i — 

St-Michel  de  Wachun-ViUer$  • qui  dtait  une  depen- 
dance  de  l’illustre  abbaye  de  Sithiu.  Cette  £glise 
situde  sur  le  terriloire  du  Boulonnais , avait  ete  , 
au  rapport  de  Folcuin  (8),  infeodee  par  quelqn’un 
des  comtes  de  Flandres  a un  homme  qualifie  de 
tres  il lustre  , nomme  Hugues. 

En  954 , Regenold  ( ou  Ragenold  ) abb6  de 
StrRertin,  retira  des  mains  de  ce  seigneur  Hugues , 
l’6glise  de  Wachun-Villers , moyennant  la  somme 
de  cinq  livres  de  deniers  (9).  Cette  acquisition 
fut  confirmee  par  un  d£cret  de  franchise  et  d’im- 
munit4 , que  le  roi  Lothaire  rendit  le  7 janvier 
962 , 8*  ann£e  de  son  regne. 

L’annee  qui  pr£c£da  cette  confirmation  ( 961  ) , 
Regenold , attaqu6  d’une  maladie  terrible , Vele- 
phantiatis , avait  6te  force  , par  ordre  du  comte 
Arnoul-le-Vieux , de  se  retirer  dans  le  monastere 
ou  prieur6  de  Wachun-Villers , afin  de  ne  pas 
communiquer  h ses  frferes  le  mal  dont  il  Atait 
atteint. 

Les  faits  que  nous  venons  de  rapporter  d'apres 
Folcuin,  sont  aussi  relates  par  Jean  d'Ypres , en 
sa  chronique  de  St-Bertin  (1 0)  ; mais , ce  dernier 
chroniqueur  ajoute  que  le  Comte  Arnoul-le-Vieux, 
attaqu6  du  meme  mal  que  Regenold , se  retira 
aussi  & Wachun-Villers  ; ce  qui  n’est  appuye  d’au- 
cune  autorite,  bien  qu’aveuglement  acceple  par 
Malbrancq  (11).  Luto  reproduit  cette  erreur  (12); 


— 5 — 


mais  Folcuin  , qui  est  plus  ancien  et  plus  rapproch£ 
des  faits  que  Jean  d’Ypres , nous  parait  plus  dign« 
de  creance , et  nous  nous  en  tenons  k son  r6cit. 

Les  monuments  de  St*Bertin  ne  sont  pas  les 
seuls  qui  nous  aient  signale  l’existence  d’une  loca- 
lity qui  portait  le  nom  de  Wacliun-Yillers , dans 
le  Boulonnais.  Nous  trouvons  en  effet , dans  les 
actes  de  la  translation  des  reliques  des  saints  abbes 
de  Fontenelle , la  mention  d’un  patrimoine  de 
Wachone-Villers , situe  sur  le  territoire  de  Bou- 
logne (1 3)  ; on  ne  peut  gueres  douter  que  ce  ne  suit 
le  m£me  village  que  celui  dont  nous  parlent  les 
archives  de  Sithiu.  Pendant  que  les  reliques  des  saints 
abbes  de  Fontenelle  reposaient  dans  une  £glise  de 
saint  Quentin  , pres  de  Boulogne  , une  jeune  fille 
de  Wachone-Villers,  qui  etait  tourmentee  du  demon, 
fut  guerie  devant  la  chksse  de  saint  Ansbert  (14), 
vers  l’an  954. 

Nous  aurions  eu  assez  de  peine  k nous  decider 
a placer  au  Wast  le  patrimoine  de  Wachone-Villers 
et  Viglise  de  St-Michel  de  Wachun-Villers , si  Jean 
d'Ypres  ne  nous  avait  affirm£  que  cette  6glise  etait 
sortie  des  possessions  de  son  abbaye , pour  tomber 
au  pouvoir  des  moines  de  Clugny  : Hie  est , qui 
nunc  dicitur  Pworatus  de  Wasto,  qui  post  in  jus 
Cluniacensium  cessit  (1 5)  ; car , si  cette  autorite 
nous  manquait , il  y aurait  a cet  egard  beaucoup 
moins  de  certitude.  Le  nom  du  village  que  Folcuin 
orthographic  Wachun-Villers  (13).  que  les  actes  de 


6 — 


saint  Ansbert  appellentjWachone-Villers , a quelque 
peu  change  en  route  pour  devenir  Wast , syno- 
nime  de  lieu  ddvasti  , desert , sant  culture ; ( le 
Watt , la  Watine  ou  Wastine , sont  dans  notre 
ancienne  langue  des  mots  absolument  identiques) 
(17).  Les  actes  de  la  bienheureuse  Ide,  Merits, 
ainsi  que  nous  1’avons  dit  , peu  apres  1130,  di- 
sent:  ad  locum  Wast  appellatum. 

Quoiqu’il  en  soit , si  Jean  d’Ypres  n’a  point  sa- 
c rifie  1’ exactitude  historique  & la  pretention  d’attri- 
buer  & son  monaslfere  une  possession  qui  ne  lui 
aurait  jamais  appartenu , nous  savons  qu’au  temps 
de  la  bienheureuse  Ide , « les  biens  du  prieure 

• avaient  ete  alienes  ( calumniata ) , 1’eglise  ruinee, 

• les  batiments  claustraux  renverses  et  detruits.  » 
(Test  pourquoi , apres  la  mort  de  son  epoux,se- 
condee  par  les  pieuses  liberalites  de  son  fils, 
Eustache  III , la  venerable  comtesse , desireuse 
d’augmenler  dans  ses  domaines  le  nombre  des  eta- 
biissements  monastiques , ces  asiles  de  la  priere , 
de  la  charite,  de  la  civilisation,  porta  toute  sa 
sollicitude  sur  le  prieure  du  Wast. 

« Par  de  grandes  et  devotes  prieres,  nous  dit 
l’auteur  de  sa  vie  , elle  demanda  un  certain  lieu 
dans  le  pays  de  Boulonnais ; et  1’ayant  obtenu  de 
eelui  a qui  il  appartenait , elle  parvint  a le  res- 
taurer  (18).  S’y  etant  done  rendue,  la  venerable 
Ide,  forlifiee  par  l'assenliment  et  les  conseils  du 
tres-pieux  Gerard  ; eveque  dc  Teiouanne  , racketa 


— 7 — 

tous  les  biens  qui  avaient  ete  alienes  , rebatit  i’^glise 
qui  avait  ete  detruite , et  l’enrichit  de  livres  et 
d’ornements.  Elle  s’occupa  ensuite  de  la  recons- 
truction du  cloitre  et  des  cellules,  et  dota  cette 
maisou  de  nombreux  revenus.  De  plus  elle  y vint 
souvent  habiter , et  elle  illustra  ce  lieu  par  sa  pre- 
sence (19),  » 

« Pendant  ce  temps , en  effet , elle  pria  saint 
Hugues , abbe  de  Cluny , de  lui  envoyer  quelques 
religieux  de  son  abbaye , pour  orner  ce  lieu  nomm6 
Wast , d’un  etablissement  monastique ; et , par  des 
prieres  devotes  et  multiplies,  elle  le  sollicita  de  l’ad- 
niettre  au  nombre  de  ses  filles  d’adoption , et  de 
l’associer  aux  prieres  des  frkres  de  son  ordre.  Le 
saint  ami  de  Dieu , Hugues , apprenant  ces  choses 
et  connaissant  la  saintete  et  la  devotion  de  la  ve- 
nerable comtesse,  satisfit  au  desir  et  k la  demands 
de  la  devote  Dame.  11  lui  envoya  quatre  freres  et 
un  prieur  , qu’elle  re?ut  d’un  air  affable  et  d’un 
coeur  plein  de  contentement.  Elle  se  montra  tou- 
jours  a leur  egard  pleine  de  sollicitude  et  de  bienveil- 
lance  (20).  » 

Cette  petite  communaute , composee  comme  nous 
venons  de  le  dire  , etait  obligee  « a celebrer  chaque 
jour  une  messe  a note  , ainsi  que  tout  l'office  divin. 
Les  dimanches , lundis  et  samedis , on  devait  y 
ajouter  une  messe  basse.  Les  moines  y faisaient 
aumone  de  chair  le  jour  de  carnaval  , recitaient 
trente  psaumes  et  portaient  le  froc  (21).  » 


— 8 — 


Nous  n’avons ' trouve  nulle  part  d’une  manure 
precise , la  date  de  la  fondation  de  ce  prieure. 
L’auteur  de  la  vie  de  sainte  Ide  , deja  citk , y faisant 
intervenir  les  conseils  et  l’assentiment  de  Gerard, 
evfeque  de  Terouanne , qui  mourut  en  4099  , et, 
d’un  autre  c6t6  plagaat  ce  fait  apres  la  mort  d’Eus- 
tache-aux-grenons , mari  de  sainte  Ide  , arrivee , 
selon  les  auteurs  les  plus  certains  (22) , vers  1093, 
c’est  entre  ces  deux  annees,  c’est-a-dire  vers  1096, 
qu’on  doit  placer  la  date  que  nous  cherchons.  11 
reste  cependant  une  difficult^.  L’auteur  de  la  vie 
de  sainte  Ide  rapporte  que  l'abbaye  de  Capelle  fut 
fondee  apres  la  mort  d’Eustache  aux  Grenons , et, 
en  cela , il  est  contredit  formellement  par  Lambert 
d’Ardres  (23)  et  par  Jean  d’Ypres  (24) , qui  aa- 
signent  4 cette  fondation  la  date  de1090  ou1091. 
Bien  que  les  deux  auteurs  dont  nous  parlons  aient 
vecu  assez  longtemps  apres  les  fails  qu’ils  rapportent, 
ils  ne  laissent  pas  de  tenir  l’historien  en  suspens, 
et  d’empkcher  qu’il  ne  se  prononce  avec  trop  de  con- 
fiance  sur  des  questions  douteuses. 

Laissant  done  la  date  de  cette  fondation  Hotter 
entre  4083  et  1 099,  limites  de  l’episcopat  de  Gerard, 
nous  dirons  que  les  donations  qui  furent  faites 
a Dieu  et  k saint  Michel,  pour  l’entretien  des  pauvres 
et  le  soin  des  frferes,  etaient  assez  considerables 
au  rapport  des  contemporains.  Outre  celles  qui  pro- 
venaient  des  Iib4ralit6s  de  la  bienheureuse  comtesse, 
on  peut  citer  les  revenus  et  les  droits  des  comtes 


— 9 — 


dc  Boulogne  sur  la  terre  de  Peuplingues,  (village 
voisin  de  Calais) , donnes  par  un  Eustache  que 
Lambert  d’Ardres  croit  6tre  le  mari  d’Ide  dc  Lor- 
raine , et  qui  pourrait  bien  etre  son  fils  (25).  Ajou- 
tons  k cela  les  possessions  allodiales  de  Warin  de 
Fiennes , dans  le  Boulonnais , qui  durent  avoir 
une  certaine  importance.  Si  cet  homme , plein  de 
gen6rosit6 , ne  s’etait  point  retire  dans  l’abbaye 
d'Andres , pour  y devouer  sa  vie  tout  enlifere 
au  service  des  pauvres  et  des  Strangers,  il  aurait 
encore  donne  au  prieure  du  Wast  le  reste  deses 
biens ; mais  il  en  disposa  au  profit  de  l’abbaye  oil 
il  s’enferma  pour  le  reste  de  ses  jours  (26). 

Ainsi  dote  et  enrichi , « le  prieur6  du  Wast, 
devint  florissant  par  l’etablissement  des  moines  de 
Clugny  et  par  la  perfection  des  mdrites  de  la  trfes 
sainte  comtesse.  Du  vivant  de  la  bienheureuse  Ide, 
veuve  trcs  parfaite  et  tres  agreable  k Dieu , ce  lieu 
ktait  renommk  au  loin  et  au  large , » suivant  les 
expressions  un  peu  emphatiques  de  l’auteur  de  sa 
vie  (27). 

Nous  avons  dejk  dit,  en  citant  les  paroles  du 
m&me  auteur,  que  la  bienheureuse  comtesse  ha- 
bitait  quelquefois  le  prieurk  du  Wast.  Plusieurs 
ecrivains,  entre  autres  Philippe  Luto  (28)  et  M. 
P.  Hedouin  (29)  , ont  cru  que  les  comtes  de  Bou- 
logne avaient  un  chateau  au  Wast.  L’anterioritk 
de  rassertion  appartient  a Charles  Regnard,  sieur 
de  Limoges,  qui  a laisse  un  memoire  manuscrit 

2 


— 10  — 


sur  l’hisloire  de  Boulogne  , souvent  cite  sous  le 
nom  de  manuscrit  de  1650  , quoiqu’il  soil  de  1658. 
Regaard  s'exprime  ainsi : « Aucuns  disent  que  la 
» mere  de  Godefroy  de  Bouillon , estant  enceinte 
» de  luy,  en  fit  sa  couche  dam  le  chdteau  du 
» Wail,  a present  prieure  (!) ; les  autres,  dans 
» la  ville  de  Boulogne , dans  l'hostel  qui  est  sur 
» la  place  de  la  ville,  et  auquel  on  a esleve  un 
» beffroy  ou  clocher , pour  ssrvir  a ladite  ville 

• pour  les  decouvertes ; autres  , qu’il  est  ne  dans 
» 1c  bastiment  vis-a-vis , qui  a ete  depuis  dedie 

• en  abbaye  nominee  St-Wilmer  (30).  » II  est  tres 
facile  de  voir  que  Regnard  n'adopte  pas  l’opinion 
qui  lui  est  attribute , mais  qu’il  se  borne  a la 
relater  comme  le  dire  d'aucuns ; or,  ce  dire  popu- 
late et  traditionnel  n’a  aucun  fondement  dans 
1’histoire.  II  suffit  pour  expliquer  son  existence  de 
savoir  que  sainte  Ide  liabita  le  prieure  du  Wast 
et  qu’elle  y fut  enterrSe ; il  y a lk  plus  qu'il  n’en 
faut  pour  donner  naissance  a de  bien  plus  grandes 
suppositions. 

Revenons  k notre  recit.  La  venerable  servante 
de  Dieu , qui  r^sidait  habituellement  dans  l’abbaye 
de  Capelle , pendant  les  dernieres  annees  de  sa 
vie , tomba  malade  pendant  le  car&ne  de  Fan  1113. 
Les  moines  du  Wast , ayant  appris  que  leur  bien- 
aimee  fondatrice  toucbait  au  terme  de  sa  carriere , 
se  rendirent  aupres  d'elle , afin  d'assister  d ses 
offices,  ainsi  que  parle  l’auteur  de  sa  vie,  c’est- 


— M 


a- dire , a {’administration  des  derniers  sacrements 
que  I’Eglise  cathoiique  accorde  aux  mourants.  Aprfes 
s'etre  acquittee  avec  piete  des  derniers  devoirs  da 
chretien , « la  sainte  et  venerable  veuve , anim6e 
de  l’esprit  de  prophetie,  dit  aux  religieux  qui  etaient 
venus  pres  d’elle  : Allez , et  tenez  pour  certain  que 
dimanche  prochain , vivante  ou  morte  , j’irai  fixer 
ma  demeure  , dans  l’£glise  du  Wast  (31).  » 

Le  13  avril  de  1’an  1113,  au  milieu  de  la  nuit 
du  dimanche  de  Quasimodo , sainte  Ide  mourut  dans 
son  abbaye  de  Capelle.  Les  religieux  de  St-Wulmer 
de  Samer,  les  chanoines  reguliers  de  St-Wulmer 
de  Boulogne , les  moines  de  l’abbaye  de  Capelle, 
se  disputaient  ses  reliques ; mais  « ils  ne  purent 
prevaloir  contre  la  prophetie  de  la  sainte  , qui  avait 
dit  que  son  corps  serait  depose  dans  l’eglise  du 
Wast.  Sa  depouille  rnortelle  y fut  done  portee  au 
milieu  d’un  grand  concours  de  religicuses  personnes, 
et  d’une  multitude  infinie  de  peuple.  Apres  que  les 
assistants  , les  pauvres  surtout , qui  perdaient  eu 
elle  une  mfere,  eurent  verse  d’abondantes  larmes, 
et  se  furent  repandus  en  gemissements  et  en  cris 
de  douleur,  le  corps  de  la  sainte  fut  enseveli 
honorablement.  Pendant  qu’elle  vivait , continue 
l’auteur  que  nous  citons  , la  servante  de  Dieu  avait 
aime  de  coeur  et  d’ame  le  prieure  du  Wast , et 
l’avait  fait  prosperer  en  toute  maniere  ; maintenant 
qu’elle  est  morte , elle  le  protege  et  le  defend  par 
ses  merites  et  ses  eclalants  miracles.  Tous  les  mal- 


— 12  — 

heureux , en  effet , et  tous  les  infirmes  qui  s’appro- 
chent  avec  copfiance  de  son  tombeau , y regoivent 
la  guerison  de  leurs  maux  (32).  » 

La  renommee  des  miracles  qae  la  sainte  operait 
dans  l’eglise  du  Wast,  se  repandit  jusqu’en  Alle- 
magne  et  parvint  aupres  de  ses  parents , qui  re- 
sidaient  en  ce  pays.  Ayant  envoye  au  Wast  des 
gens  affides,  pour  enlcver  le  saint  corps,  ils  n’y 
purent  reussir.  Gependant , quelques  doutes  s’etant 
6lev6s  k ce  sujet , les  moines  du  Wast  ouvrirent 
le  sepulcre  pour  rassurer  les  habitants  de  la  pro- 
vince, que  ces  tentatives  d’enlevement  avaient  ef- 
fray6s.  Ils  y retrouvferent  intact  le  corps  de  la 
servante  de  Dieu , que  la  corruption  avait  epargne. 
Les  vetements  dont  on  1’avait  revetu , n’avaient 
souffert  non  plus  aucune  alteration. 

L’auteur  de  la  vie  de  sainte  Ide  a qui  nous  em- 
pruntons , en  les  abr£geant , ces  derniers  details , 
raconte  assez  longuement  la  guerison  de  trois  per- 
sonnes  tounnentees  du  demon.  L’une  d’elles  etait 
d’un  village  qu’il  appelle  Vertum , et  qui  pourrait 
bien  etre  Verton  (canton  de  Montreuil).  Deux  mi- 
racles d’un  autre  genre , la  guerison  des  fievres , 
lui  sont  aussi  attribues  par  le  mgme  ecrivain.  L’un 
fut  opere  sur  la  personne  de  la  niece  m6me 
de  la  sainte , Mathilde  , comtesse  de  Boulogne  , 
marine  plus  tard  a Etienne , corote  de  Blois  et  de 
Mortain , roi  d’Angleterre.  Cette  princesse  mourut 
en  1 1 53.  L’autre  miracle  a etc  opere  sur  un  moine 


— 13  — 

nomine  Hugues , « qui  avait  ete  la  nuit  et  le  jour 
devot  serviteur  de  sainte  Ide.  » II  attribuait  cette 
grace  « k l’amitie  vive  et  oificieuse  qu’il  avait  eue 
pour  la  sainte  pendant  qu’elle  vivait , aussi  bien 
qu’apres  sa  mort  (33).  » 

II  est  assez  probable  que  ce  moine  Hugues  6tait 
un  des  premiers  religieux  qu’avait  envoyes  le  saint 
abbe  de  Clugny , lors  de  la  fondation  du  prieure, 
puisqu’il  avait  connu  sainte  Ide  et  avait  assez  v6cu 
avec  elle  pour  l’aimer.  Nous  sommes  porte  k 
croire  qu’il  est  l’auteur  de  la  vie  que  les  bol- 
landistes  ont  publiee.  Le  r6cit  du  miracle  qui  le 
concerne  est  place  au  dernier  paragraphe  de 
ce  travail.  II  nous  parait  assez  nature!  que  , 
malgre  I’humilite  monastique  avec  laquelle  il  nous 
a cache  ce  titre  a notre  reconnaissance , il  ait  voulu 
mettre  quelque  part  son  nom  dans  cette  oeuvre,  qui 
lui  a coute  tantde  labeurs,  mais  qui  devait.illustrer 
celle  qu’il  aimait  d’une  sainte  amitie.  Yoici  le  juge- 
ment  que  les  auteurs  de  l’histoire  litteraire  de  France 
ont  porte  sur  le  merite  de  cette  vie  : 

« Si  l'auteur  n’etoit  pas  contemporain , il  etoit 
» bien  voisin  du  terns  de  la  B.  Ide.  II  paroit  bien 
» instruit  de  sa  vie  , de  ses  actions  et  de  sa  famille. 
* Son  ouvrage  n’est  point  charge  de  ces  lieux  com- 
» muns  qu’on  prodigue  ordinairement  dans  ces 
» sortes  d’ecrits.  Le  style,  quoique  rampant,  en 
» est  supportable.  La  vie  est  prece'dee  d’un  pro- 
» logue  dans  lequel  l’auteur  fail  voir  qu.’il  n’y  a 


u — 


» aucun  4tat  ni  aucune  condition  , soit  sous  1’an- 
» cienne  loi,  soit  sous  la  nouvelle  , qui  n’ait  fourni 
• des  exemples  de  vertu  et  de  saintete  (34). » 

Cet  eloge , quelque  maigre  qu’il  soit , est  assez 
important , relativement  k l'epoque  oil  il  a ete  ecrit. 
Henscbenius  a public  cette  vie  sur  un  manuscrit 
du  XIV*  siecle , quij  reposait  cbez  les  jesuites  de 
Bruges , et  qui  se  trouve  maintenant  a la  biblio- 
theque  royale  de  Bruxelles,  c*  1773. 

L’biatoire  ne  nous  a conserve  que  peu  de  docu- 
ments sur  le  prieure  du  Wast  (35),  depuis  l’epoque 
de  8a  fondation  jusqu’a  nos  jours.  j\ous  allons  con- 
signer ici  le  peu  de  notes  que  nous  avons  recueillies 
sur  les  faits  qui  se  sont  accompiis  dans  cette  localite. 

1H2.  Le  bienbeureux  Jean  de  Commines,  eveque 
de  Terouanne , se  rendit  au  prieure  du  Wast , oil 
il  signa  , a la  prifere  du  Comte  Eustache  III , et 
de  Marie  , son  epouse  , la  donation  de  l’eglise  de 
Frevent  au  monastkre  de  St-Martin-des-Cbamps  (36). 

1 H9.  Hadnon,  prieur  du  Wast,  signe  avec  un 
de  ses  moines  , nomm6  Etienne , une  donation  que 
fit  Adelaide  de  Fiennes  k l’abbaye  d’Andres  (37). 

1197.  Convention  faite  entre  Iterius , abbd  d’An- 
dres , et  Simon  , prieur  du  Wast , touchant  cer- 
taines  possessions  de  ladite  abbaye.  Voici  la  traduc- 
tion de  cet  acle  dont  le  texte  est  inedit.  (Voir  aux 
pieces  justificativcs). 

« Moi,  Hogues , par  la  misericorde  divine,  bumble 


— 15  — 

minis! re  de  l’eglise  de  Clugny , fais  savoir  a lous 
presents  et  a venir , que , de  la  volonte  et  de 
l’assentiment  de  l'6glise  de  Clugny , dont  Dieu 
m’a  fait  le  serviteur , j’ai  donne  mon  consentement 
& une  convention  faite  entre  lterius  , abbe  d’ And  res, 
le  chapitre  de  cette  abbaye  , et  les  prieur  et  cha* 
pitre  du  Wast , de  la  maniere  suivante : 

« L’eglise  d’Andres  avait  re<;u,  de  I’ancienne  lib6- 
ralite  des  fideles,  certains  biens  situes  pres  de  l’6glise 
du  Wast  et  de  la  paroisse  de  B ouxin  (aujourd’hui 
Boursin),  savoir , le  bois  de  Clerbois,  une  aulnaye 
et  le  pr£  Ulier,  qui  etaient  des  possessions  eloi- 
gnees  de  l’eglise  d’Andres.  Or , le  susdit  prieur 
avec  son  chapitre  payera , sous  cens  annuel , pour 
chaque  quatre  mesures  du  bois  de  Clerbois  avec 
ses  appendices,  cinq  boistels  de  froment , annuelle- 
ment , a la  mesure  de  Ghisnes ; et , pour  ce  qui 
appartenait  k l’eglise  d’ Andres  dans  l’aulnaye  et  le 
pr£ , il  payera  de  meme , par  chacun  an , quatre 
polkins  et  demi  d’avoine,  a la  mesure  de  Bou- 
logne ; et  parce  que  ces  eglises  sont  eloignees  l’une 
de  l’autre , de  crainte  que  les  envoy£s  de  l’eglise 
d'Andres  n’eprouvent  dommage  des  frequentes  allees 
et  venues  , les  deux  parties  ont  fixe  le  terme  du 
payement  de  la  rente  annuelle  aux  douze  jours  qui 
suivent  la  fete  de  Noel.  Que  si , par  hazard , l’eglise 
du  Wast  ne  paie  pas  dans  ces  douze  jours  a 1’eglise 
d’Andres  la  rente  qu’elle  lui  doit,  elle  paicra  lejour 
suivant  ou  un  peu  aprfes  une  amende  de  deux  sols.» 


— 16 


« Or,  pour  quc  cetle  convention  demeure  ferine 
et  stable , moi , Hugues , abbe  , et  l’abbe  d’ Andres 
nous  l’avons  confirmee  en  copie  double;  la  partie 
de  1’eglise  d’Andres  a ete  munie  de  mon  sceau , 
et  de  celui  du  chapitre  du  Wast ; et  la  partie  du 
chapitre  du  Wast  a 6te  scellee  du  sceau  de  l’abbd 
et  du  chapitre  d’Andres.  Ge  fut  fait,  cette  annCe 
de  l’lncarnation  de  N.  S.  mil  cent  quatre-vingtr 
dix-sept.  Les  temoins  sont : Henry , prieur;  Galfrid, 
prdvot ; Willelm  ; un  autre  Willelm  , aumdnier ; 
Henry , chanlre  ; Willelm , vinier  ; Robert , celle- 
rier ; Willelm  , notaire,  tons  moines t de  I’dglise 
d’Andres. . Etienne  , Willelm  , Micliei , Walter , 
moines  du  Wast;  Pierre,  pritre , curd  d’Andres; 
Willelm , pritre , curd  de  Bouxin ; Radulpb , Wi- 
tard , Gilles , chevaliers , et  beaucoup  d’autres. 

Ces  revenus  de  l’6glise  d’Andres  ont  ete  con- 
firm6s  dans  une  bulle  d’Innocent  III , en  date  du 
42  des  kalendes  de  janvier  4208  (38). 

4207.  Simon,  prieur  du  Wast,  et  grand-bailli 
de  Renaud  , comte  de  Boulogne,  est  6)u  abbe 
d’Andres,  apres  qu’Iterius  eut  ete  transfere  dans 
l’abbaye  de  Ham.  Mais  com  me  son  Election  n’avait 
pas  ete  faite  librement  par  les  religieux , il  aima 
mieux  renoncer  h cette  dignity  , que  de  se  main- 
tenir  par  la  violence  dans  une  position  oh  il  n’avait 
pas  616  reguliferement  appele  (38). 


— 47  - 

4246.  Au  mois  d'avril , date  d’Oye.  « Bauduin, 
fils  de  Mahault  de  Saint-Omer-Capelle , et  Sibille 
sa  femme , donnent  a Simon  , prieur  du  Wast , et 
a tout  le  couvent , 150  razieres  d'avoine,  qu'ils 
re?oivent  tous  les  ans  sur  la  dixme  de  Hove  (au- 
jourd’hui  Offekerque  , dans  la  terre  de  Merc)  et 
declarent  que  cette  donation  a et6  faite  en  pre- 
sence du  seigneur  Eustacbe  de  Oyes  et  de  Bauduin 
son  fils , dont  cette  dixme  6toit  tenue  en  fief.  Bau- 
duin et  Sibille  ont  prie  le  roi  de  France  de  con- 
firmer ces  lettres  (40).  » 

1217.  Le  prieur  Simon  parait  avoir  ete  confir- 
ms dans  sa  charge  de  bailli  du  Boulonnais  par  le 
roi  de  France,  apres  les  SvSnements  qui  suivirent 
la  bataille  de  Bouvines.  En  effet,  aprSs  un  com- 
bat soutenu  en  Angleterre  par  Louis,  fils  aine 
de  Philippe-Auguste , vers  4 21 7 , quelques-uns 
des  siens,  au  rapport  de  la  chronique  (41), 
« revinrent  d Roumcniel ; d'illuec  envoibrenl-il  lor 
messageus  en  Bouleignoif  au  prieus  del  Wait , 1 
tnoine  de  Cluigny , qui  baillius  estoit  de  Boulenois, 
de  par  Looyf.  • 

4220,  27  juin.  C’est  probablement  comme  bailli 
du  meme  prince  que  notre  prieur  fit  k Hesdin 
l’acte  suivant,  que  nous  trouvons  dans  le  car- 
tulaire  de  l’abbaye  d'Auchy-les-Hesdin , public  par 
Dom  Betencourt  (42) : 

« Je,  Symon,  prieur  du  Wast , a tous  ceux  qui 

3 


18  — 


ces  presentes  leltres  verront , salot  en  celui  qui 
est  l’auteur  du  Salut.  Sacheot  tous  que,  un  dif- 
ferent s’etant  eleve  entre  1’eglise  d’Auchy  et  les 
hommes  du  meme  village  sur  la  peche  dans  les 
eaux  d’Auchy,  et  beaucoup  de  personnes  ayant 
travaille  a retablir  la  paix  entre  les  parties , et 
n’ayant  pu  reussir  a ramener  la  concorde ; Moi , 
en  presence  de  mon  seigneur  Louis,  fils  aine  de 
mon  seigneur  le  roi  de  France , ayant  entendu 
les  temoins  des  deux  parties , et  ayant  etudie 
avec  soin  les  privileges  de  1 eglise , du  conseil 
d’honorables  personnes , savoir  , mon  seigneur 
Enguerran  de  Hesdin  et  mon  seigneur  Banduin  , 
chatelain  de  la  dite  ville  , et  beaucoup  d’autres , 
j’ai  promulgue  la  sentence  definitive,  d’apres  le 
mandement  de  mon  seigneur  Louis.  Est  a savoir  * 
Nul , avec  quelque  engin  que  ce  soit , ne  doit 
ui  ne  pent  pecher  dans  toute  l’eau  d’Auchy , 
sans  la  permission  de  l’abbe  d’Auchy,  ou  de  ses 
rooines.  Fait  a Hesdin,  en  l aitre  de  Sl  Fuscien, 
1’an  du  Seigneur , mil  deux  cent  et  vingt , en  la 
veille  des  Apotres  Pierre  et  Paul , le  jour  du 
Dimanche , environ  la  troisieme  heure , presents 
et  entendants  , Jean  , abbe  d’Auchy,  et  quelques 
uns  de  ses  moines , et  Jean  Maletrace , mayeur , 
et  les  6chevins  de  Hesdin , et  les  hommes  d’Au- 
chy qui  6taient  venus  pour  entendre  la  sentence,, 
et  beaucoup  d’autres.  » 

Au  has  de  cet  acte  pendait  a un  lacs  de  par- 


— 19  — 

cliemin  un  reste  de  seel , oil  Ton  voit  un  hom- 
me  vetu  d’une  robe  monastique,  tenant  un  livre 
et  un  baton  fleurdelise ; et  un  contrescel , ou  est 
unc  tete , avec  quelques  lettres  qui  ne  forment 
plus  un  sens  complel. 

1233.  « Philippe  (Ilurcpel) , comte  de  Boulogne, 
et  Maliault  sa  femme , confirment  une  aumone  de 
200  raziferes  d’avoine , que  les  heritiers  de  feu 
Eustache  de  Oyes  avoient  faite  au  prieure  du  Was 
en  Boulonnais.  Date  de  Yerberie  , ( pres  Com- 
pifegne)  » (43). 

1243.  Amortissement  de  certaines  terres  depen- 
dantes  du  prieure.  Baudouin  , abbe  de  la  Capelle, 
signa  1’acte  qui  se  fit  a cetle  occasion  (44). 

1260  (au  mois  de  mars).  « Les  prieur  et  re- 
ligieux  du  Wast  cedent  it  1’abbaye  de  Licques  3 
raziferes  de  froment  de  rente  , sur  des  heritages  a 
Bainghem  et  a Surques  (45).  » 

1272  (en  parlement).  ■ Le  comte  de  Boulogne 
ayant  demande  qu’un  sergent , mis  par  le  bailli 
d’Amiens  dans  le  prieure  du  Wast,  en  fut  retire , 
parce  que  ce  prieure  £tait  dans  sa  comte,  etavait 
ete  fonde  par  ses  predecesseurs  les  comtes  de 
Boulogne  , pretendant  aussi  que  ses  predecesseurs 
les  comtes  de  Boulogne  etaient  et  avaient  ete  en 
possession  de  la  garde  de  cet  endroit ; d’autre  part, 
le  procureur  des  prieur  et  couvent  du  dit  lieu 
disant  qu’ils  etaient  de  la  garde  de  monseigneur 


— 20  — 

le  Roi , et  non  dudit  comte  , et  alleguant  qu’ils 
etaient  en  possession  d’avoir  la  garde  de  monsei- 
gneur le  Roi,  et  que  monseigneur  le  Roi  etait 
en  possession  aussi  de  les  garder  , et  montrant  an 
privilege  royal  pour  prouver  que  monseigneur  le 
Roi  avait  certainement  charge  de  les  garder ; cela 
6tant  , et  vu  que  ledit  bailli  aurait  dit  avoir , a la 
v£rite  place  an  sergent  dans  ce  prieure , mais  Fen 
avoir  deja  retire  depuis  quelque  temps ; la  Cour 
a repondu  audit  comte  que  monseigneur  le  Roi 
n’avait  pas  presentement  de  sergent  dans  le  dit  lieu; 
c’est  pourquoi  il  n’etait  point  fonde  dans  ses  plaintes. 
II  a ete  aussi  enjoint  au  bailli , que  si  le  sergent 
y etait  encore,  il  le  retirat  (46). 

4348.  (En  Parlement).  < Une  discussion  s’etant 
elevee  dans  notre  Cour,  entre  notre  ame  et  feal 
le  comte  de  Boulogne , d’une  part ; et  religieuses 
personnes  l’abbe  et  le  couvent  de  Glugny  et  leurs 
prieurs  de  Rumilli,  de  Bongessant  (Beussent)  et 
du  Wast , ordre  de  Clugny , en  leur  nom  et  au 
nom  des  dits  monasteres  , comroe  aussi  le  bailli 
d’ Amiens  , d’autre  part ; sur  cc  que  le  dit  comte 
disait  avoir  la  saisine  et  propriete  de  la  garde  et 
du  ressort  des  dits  prieures  et  de  leurs  appartenan- 
ces,  et  demandait  qu’on  la  lui  adjugeat  (par  arret), 
et  presentait  a cette  fin  beaucoup  de  raisons  dans 
les  articles  par  lui  donnes  a ce  sujet ; de  leur  cote  les 
dits  religieux  et  bailli  sus-nommes  affirmaient  le 
contr'aire,  savoir,  que  la  saisine  et  propriete  des 


— 21  — 

dits  ressort  et  garde  n’appartenaient  qu’a  Nous , 
presentant  aussi , afin  de  ce  prouver , de  nom- 
breuses  raisons  dans  les  articles  par  eux  donnes, 
et  demandant  it  voir  le  comte  de  Boulogne  de^ 
boute  des  fins  de  sa  requete.  Notre  Cour , ayant 
vu  avec  soin  les  enqueles  faites  a sa  requisition 
sur  ce  sujet , et  ayant  trouVe , par  le  rdsultat  de 
ces  memes  enquetes , que  le  dit  comte  n’avait 
point  prouve  ses  pretentions , notre  dite  Cour  a, 
par  son  jugement , absous  les  dits  religieux  et 
bailli  de  1’attaque  du  dit  comte  , imposant  k ce 
mkrne  comte  un  perpetuel  silence  k cet  egard.  » 

« Du  IV  avril.  M*  Ive  de  Prevost , rapporteur  , 
(47). . 

1376,  22  mars.  Jean  de  Nutry,  ( ou  de  Mitry), 
prieur  du  Wast,  donne  quittance  k l’abbaye  de 
Licques , pour  les  arrerages  de  cinq  polkins  de 
bie  que  1’abbaye  devait  au  prieure , a raison  de 
certaines  terres  que  cette  abbaye  avait  sans  doute 
pris  a rente,  de  la  ineme  maniere  que  le  prieure 
1’avait  fait  lui-meme  a l’egard  de  I’abbaye  d'An- 
dres,  comme  nous  l’avons  vu  plus  haut.  Ces  biens 
arrentes,  que  possedait  l’abbaye  de  Licques,  lui  avaient 
ete  confirmes  des  1164,  dans  une  bulle  d’Alexan- 
dre  III,  et  se  trouvent  repris  dans  une  charte  de 
Didier,  eveque  de  Terouanne  de  l’an  1170  (48). 

« Thomas  le  barbier  , parait  avoir  succede  a 
Jean  de  Nutry.  Ce  Prieur  nous  est  revele  par  les 
catalogues  latins  des  moines  benedictins  de  la  ri- 


— 22  — 

che  et  populeuse  abbaye  de  St-Bertin , oil  nous 
trouvons  cette  mention : Thomas  barbitonsor,  prior 
de  Wasto.  II  a ete  admis  dans  la  famille  berti- 
nienne  entre  les  ann6es  1334  et  1363,  sous  la 
prelature  d’Aleaume  Boistel  , natif  de  Frencq.  Le 
Barbier  occupe  la  quatrieme  place  sur  une  liste 
chronologique  des  religieux  vetus  par  Boistel , en 
suite  de  la  presentation  de  l’eveque  des  Morins  , 
peut-etre  le  cardinal  morin , Gilles  Aycelin  de 
Montagu , 1 335-1 365.  Le  3e  religieux  de  cette  re- 
ception est  Jacques  de  Condete , boulonnais , qui 
devint  le  59*  abbe  de  St-Bertin,  apres  la  mort  du 
chroniqueur  Iperius,  1383-1387.  » 

« L’eloignement  de  la  maison  mere  et  le  mal- 
beur  des  temps  ont  souvent  aniene  une  grande 
perturbation  dans  la  nomination  aux  prieures  nom- 
breux,  semes  sur  le  sol  du  Nord  de  la  France, 
si  souvent  desole  par  la  guerre ; c’est  ce  qui  ex- 
plique  la  nomination  de  Le  Barbier,  qui  etait  sur 
les  lieux  et  appartenait  a une  communaute  puis- 
sante  (49).  » 

1 431 , 21  mai.  « Compcomis  entre  Nicolas , 
abbe  de  Licques,  et  GuEBAnD  Favelin,  (ou  Fanelin), 
prieur  du  Wast,  a l'occasion  de  la  dime  qu’ils 
pretendoient  respectivement  sur  4 mesures  de  terre, 
nommees  la  terre  Galot , en  la  paroisse  d’Herve- 
dinghem ; sur  un  courtil  en  la  paroisse  de  Bour- 
sin , tenant  a la  rue  qui  mene  vers  Alembon , a 
I’ opposite  du  manoir  de  Wiart  de  la  Remonderie  , et 


— 23  — 

sup  4 mesures  au  terroir  de  Sanghem , tenant 
vers  midi  au  bois  dudit  prieure  (50).  » 

1452 — 1471.  « Nous  trouvons  k cette  £poque 
un  Baudouin  de  Wast,  ou  du  Wast,  abbe  de  St- 
Jean  de  Valenciennes , ordre  de  St  Augustin , 
congregation  d’Arrouaise , que  nous  citons  pour 
mkmoire , bien  que  nous  ne  sachions  rien  sur  sa 
naissance,  ni  sur  son  origine,  comme  religieux  (51).» 

1502  — 1518.  « Gerard  de  Cuynghem  , de 
Lille , moine  de  St-Bertin , obtint  le  prieure  du 
Wast  par  le  credit  de  son  abbe,  Antoine  de  Berghe , 
en  1502.  A quelques  annkes  de  lk  , «e  m6me  pre- 
la  t ayant  cede  son  abbaye  de  St-Tron  k Guillau- 
me Bollart,  celui-ci  k son  tour  se  d£mit  de  la 
crosse  abbatiale  de  St-Amand , en  faveur  de  no- 
ire prieur  Gerard  de  Cuynghem , aux  termes  du 
marche  passe  avec  de  Bergbe.  Cet  arrangement 
fut  sanctionne  par  Leon  X , le  5 des  kalendes  de 
Decembre  1518.  Cependant , Gerard  eut  le  cha- 
grin de  se  voir  repousse  par  des  raisons  polili- 
ques ; et , avant  sa  benediction , il  fut  contraint 
d’abandonner  Saint-Amand  au  jeuBe  cardinal  Louie 
de  Bourbon  , qui  lui  donna  en  ^change  un  de 
ses  nombreux  benefices,  1’abbaye  de  St-Faron  de 
Meaux.  C’est  dans  cette  maison  qu’il  mourut  en 
1532.  » 

« Sanderus  a connu  notre  prieur  qu’il  appelle 
Gerard  de  Ouingbem  ou  de  Vinghem  (52);  mais 


— 24  — 

i!  l’a  cree  prevot  de  Watten , ordre  de  Si  Augus- 
tin , en  confondanf  les  noms  des  deux  localites 
qu’il  n’cst  pas  toujours  facile  de  distinguer  (53).  • 

<604.  Arret  du  Parlement  qui  condamne  Fab- 
baye  de  Licques  a payer  au  prieur  du  Wast , 
Nicolas  Allart  , le  reslant  de  six  annees  echues 
4 Noel  1593,  des  cinq  polkins  de  ble  froment , 
de  rente,  dont  nous  avons  deja  parle  (54). 

4680.  2 aout.  Transaction  notariee,  entreDom 
Jean  Francois  de  la  Rochequibal  , prieur  du 
Wast , et  l’abbaye  de  Licques , laquelle  reconnait 
devoir  au  prieur  cinq  razieres  de  ble , grande 
mesure  de  Boulogne,  chaque  annee  (55). 

Ce  prieur  resigns  son  benefice  en  1693,  moyen- 
nant  une  pension  annuelle  de  800  livres.  Iletait 
docteur  de  Sorbonne  et  prieur  claustral , de  N.- 
D.  de  Longpont. 

■ 4694.  Dom  Louis  de  Pestinien  de  Cuvilly  , 
grand  prieur  de  l’Ordre,  pourvu  en  Cour  de 
Rome  du  prieur6  du  Wast,  prit  possession  par 
procuration  le  47  juin  4694. 

Le  prieure  4 tail  en  commende,  n’avait  point 
de  charge  locale  et  n’exigeait  point  la  residence. 
Nous  ne  saurions  dire  a quelle  epoque  cette  lepre 
de  la  commende  l’avait  atteint;  mais  nous  pen- 
sons  que  Girard  de  Cuynghem  pouvait  bien  etre 
dejk  prieur  commendataire  au  commencement  du 


— 25  — 

XVI®  stecle.  Quoiqu’il  en  soit  , les  religieux  de 
Clugny  luttaient  de  toutes  leurs  forces  contre  les 
invasions  toujours  croissantes  de  ce  mal  qui  tuait 
les  ordres  monastiques.  Ils  cherchaient  a en  pa- 
ralyser les  elfets  desaslreux , en  retenant  dans 
leurs  mains  les  benefices  qu’ils  pouvaient  ravir  a 
l’avidite  des  commendataires.  Ceux-ci  de  leur  cote 
saisissaient  toutes  les  occasions  de  seculariser  les 
revenus  qui  leur  etaien.t  donnes  par  la  complai- 
sance des  monarques;  mais  a Clugny,  plus  qu’ail- 
leurs,  ils  eprouvaient  une  vigoureuse  resistance. 
De  lit  tant  de  proefes  , de  luttes  deplorables  qui 
acheverent  de  deconsiderer  en  France  les  saintes 
et  sociales  institutions  de  la  vie  monastique.  Ainsi, 
lorsque  le  prieur  resignataire , Jean-Frangois  de 
la  Rochequibal , vint  a mourir , le  cardinal  de 
Bouillon  (Emmanuel-Theodose  de  la  Tour  d’Au- 
vergne)  , qui  6tait  abbe  commendataire  de  Clugny, 
regardant  sans  doute  comme  nulle  la  nomination 
de  Louis  de  Peslinien  de  Cuvilly  , donna  le  prieure 
du  Wast  a Antoine-Alexandre  Le  Yaillant , clerc 
du  diocese  de  Paris. 

Ce  nouveau  prieur  prit  possession  par  procu- 
ration le  3 fevrier  1696.  II  s’en  suivit  un  proces 
couteux  qui  eut  bien  vile  absorb^  les  revenus 
qu’on  se  disputait.  Force  fut  done  de  s’arranger 
a l’amiable ; ce  qui  eut  lieu.  Le  Yaillant  se 
desista  de  ses  pretentions  moyennant  une  pen- 
sion annuelle  de  300  livres  sur  les  revenus  du 

4 


— 26  — 

prieure.  Cet  accord  fut  approuve  a Rome  le  7 
des  kalendes  d’oclobre  de  l’annee  soivanle. 

1724.  Dom  Joseph  de  Fransure  de  Villers  , 
prieur  du  Wast , presente  a la  cure  de  Boursin. 
En  1729  il  fut  pourvu  du  prieure  d’Ardres,  dont 
il  prit  possession  le  1 9 novembre.  Bientot  il  per- 
muta  son  prieure  du  Wast  contre  celui  de  St-Jean 
de  Fontaines  , au  diocese  de  Lugon , avec  Dom 
Martin  Laillier , religieux  de  Clugny , abbe  de  St- 
Martin-de-Bois-Aubry , au  diocese  de  Tours. 

1729.  21  decembre.  Dom  Martin  Laillier,  prend 
possession  du  prieure  du  Wast , par  procuration. 
Il  avail  ete  deja  pourvu  d’un  prieure  du  diocese 
de  Boulogne , celui  de  Beussent , dont  il  avait 
pris  possession  le  29  septembre  1724,  mais  qu’il 
resigna  en  1725. 

1745.  A Dom  Martin  Laillier  succeda  un  prieur 
sur  lequel  nous  n’avons  aucun  renseignement ; 
c’est  M*  Delavigne. 

Nous  trouvons  ensuite  Dom  Nicolas-Aime  de 
St-Yincent  , dont  la  demission  pure  et  simple 
amfene  a la  jouissance  du  benefice  le  pretre  s^culier 
qui  va  suivre. 

1 788.  Rene- Louis-Joseph  Sannier  , cure  de  la 
paroisse  de  Gallion , diocese  de  Rouen , nomme 
au  prieure  du  Wast  par  le  cardinal  Dominique  de 
la  Rochefoucauld , Archev&que  de  Rouen , abbe 
commendataire  de  Clugny.  Le  visa  de  cette  nomi- 


— 27  — 

nation  a ete  delivre  par  I’eveque  de  Boulogne , 
(de  Partz  de  Pressy)  , le  1 8 avril. 

1789.  Jean -Alexandre  Baroche,  chanoinc  de 
Bouen , echangea  avec  le  precedent  son  prieure  de 
St-Nicolas  de  Cotte-Cotte , au  diocese  de  Rouen , 
contra  le  prieure  de  St-Michel  du  Wast , en  s’en- 
gageant  a payer  une  pension  annuelle  de  1200 
livres  tournois  h l’ancien  prieur.  Le  visa  de  M. 
de  Pressy  sur  la  bulle  de  la  Cour  de  Rome  qui 
fut  expediee  a ce  sujet , est  du  21  fevrier  (56). 

La  Revolution  Frangaise  consomma  les  iniquites  de 
la  commende.  Ne  nous  etonnons  point  ccpendant 
du  peu  de  regrets  que  laisserent  apres  eux  beau- 
coup  de  monasteres.  « Aucune  chose  ne  peut  vivre 
sans  les  conditions  de  son  existence;  et  e’est  une 
derision  amere  que  d’accuser  le  vent  de  la  tempete 
d’ avoir  jete  a terre  l’arbre  mutile  qui  n’avait  plus 
ni  racines  ni  feuillage.  II  n’etait  resl6  a Clugny 
que  des  biens , et  ces  biens  meines  ne  lui  appar- 
tenaient  plus.  Au  lieu  d’etre  consacres  a d’im- 
menses  misericordes , a de  grandes  entreprises 
catholiques  , a la  multiplication  des  maisons  et  des 
bonnes  coutumes  claustrales  , ils  n’etaient  plus  que 
le  patrimoine  de  I’ambition , la  dot  des  families 
de  cour , la  feuille  des  benefices  d’un  cardinal 
Dubois  ou  d’une  vile  favorite.  Prenons-y  garde  : 
lorsque  l’Assemblee  constituante  rendit  sou  decret 
celfebre,  le  13  fevrier  1790  , qui  detruisait  de 
fond  en  comble  redifice  nionastique,  elle  ne  fai- 


— 28  — 

sail  guere  que  proclamer  une  ruiae  deja  accomplie 
et  promulguer  un  decret  de  la  Providence  (57)  » 

11  se  trouvait  cependant  encore  des  ames  gene- 
reuses  pour  etablir  des  fondations  nouvelles  , des- 
tinees  au  bien  de  la  religion  et  au  soulagemeut 
des  classes  necessiteuses.  La  demoiselle  Jeanne- 
Marie  Guillard , fille  de  Christophe  Guiliard  et  de 
Marguerite  Marin,  nee  a Dunkerque  le  10  avril 
4693,  marchande  de  drap  dans  la  meme  ville, 
legua  a sa  mort  une  somme  considerable  pour  eta- 
blir au  Wast  plusieurs  ecoles  , ainsi  qu’on  va  le 
voir  par  la  leneur  de  son  testament , dont  nous 
devons  la  communication  a I’obligeance  de  notre 
savant  collegue,  M.  Louis  Cousin. 

« Jeanne-Marie  Guillard  donne  et  legue  k la  pa- 
roisse  du  Wast  8,000  livres  tournois,  pour  y 
fonder  une  ecole  publique  pour  les  pauvres  de  la 
dite  paroisse  et  des  paroisses  voisines ; laquelle 
somme  ses  executeurs  testamentaires  placeront  en 
rente  sur  un  lieu  tel  que  les  chefs  de  la  dite  pa- 
roisse du  Wast  trouveront  convenable  ; pour  aider 
a l’entretien  d’un  bon  maitre  d’ecole  qui  enseignera 
gratuitement  tous  les  pauvres  qui  se  presenleront 
lanl  de  la  dite  paroisse  que  de  celles  voisines  ; 
en  rapportant  audit  maitre  d’ecole  un  certilicat 
d’indigence  delivre  par  leur  cure ; lequel  maitre 
d’ecole  sera  pareillement  oblige  d’enseigner  gratui- 
tement le  plain-chant , au  parfait , a six  ganjons 
qui  scront  a cet  effet  choisis  de  parents  vertueux 


— 29  — 

et  de  bonnes  moeurs  par  MM.  les  cures  et  pre- 
ires,  desserviteurs  dans  l’eglise  et  prieure  du  dit 
lieu , afin  d’en  former  de  bons  maitres  d’ecole ; 
ajoutant  la  testatrice  qu’il  serait  meme  a souhaiter 
que  les  seigneurs  eveques  et  autres  superieurs  s'y 
donnassent  tant  de  soins  que  la  dite  paroisse  du 
Wast  devienne  comme  le  noviciat  des  bons  maitres 
d’ecole,  dont  les  pauvres  ga irons  et  filles  ont  tant 
besoin.  » 

« Elle  donne  ct  legue  en  outre  a la  meme  pa- 
roisse du  Wast,  pareille  somme  de  8,000  livres 
pour  y fonder  une  autre  ecole  pour  les  filles  sous 
la  direction  de  deux  soeurs  de  la  doctrine  chre- 
tienne , somme  a placer  en  rente  avec  les  memes 
precautions  que  ci-dessus;  lesquclles  religieuses 
seront  tenues  d’enseigner  gratuitement  aux  filles 
de  la  dite  paroisse  et  de  celles  voisines  , la  doc- 
trine chretienne , catholique , apostolique  et  ro- 
maine  , et  de  leur  apprendre  a lire  et  a ecrire 
jusqu’a  l’age  16  ans.  » 

« Elle  donne  et  legue  a la  dite  paroisse  du  Wast 
2,000  livres,  a placer  egalement  en  rente  comme 
les  autres , de  l’intervention  des  sieurs  cure  et 
margueilliers  de  la  meme  paroisse , a I’effet  d'y 
fonder  une  confrerie  du  St  Sacrement ; a condition 
que  sur  les  cent  livres  de  rente  qui  en  provien- 
dront , 50  livres  seront  employees  chaque  annee 
pour  l’entretien  de  cierges  de  cire  verte  qui  seront 
brules  sur  l’autel  pendant  l’office , et  que  les  autres 


— 30  — 


50  livres  seront  remises  chaque  annee  a titre  de 
retribution  au  pretre  desserviteur  du  prieure  de  la 
dite  eglise ; lequel  sera  oblige  , an  moyen  de  cette 
somme,  toute  modique  qu’elle  soil , de  chanter  le 
salut  du  St  Sacrement , tous  les  dimanches  et  fetes 
et  tous  les  jeudis  de  l’ann£e ; auquel  salut  le  maitre 
d’ecole  assistera  et  chantera  gratuitement , comine 
il  est  d’usage  es-paroisses  des  campagnes  ; re- 
tention de  la  testalrice  etant  que  tous  ceux  et  ceiles 
qui  voudront  etre  agreges  a la  dite  confrerie  , de 
telle  paroisse  qu’ils  puissent  etre , y soient  admis 
et  refus  en  payant  pour  leur  entree  3 livres  une 
fois  ; qui  serviront  pour  les  menus  entretiens  de 
l’autel  et  pour  une  messe  de  requiem  , au  deces 
de  chaque  confrere  ou  consoeur  de  la  dite  con- 
frerie ; et  qu’on  oblige  les  confreres  a avoir  chacun 
leur  flambeau  en  propriete  a leurs  depens , pour 
accompagner  le  St  Sacrement  aux  processions  et 
dans  les  occasions  convenables ; la  testatrice  espe- 
rant  que  les  charites  et  aumones  des  confreres  et 
consoeurs  seront  assez  abondantes  pour  former  et 
entretenir  la  retribution  d’une  messe  chaque  se- 
maine  , qui  scroit  chantee  solennellcment  tous  les 
jeudis  par  le  desserviteur  du  prieure  de  la  dite 
eglise ; ce  qui  le  mettroit  au  pair  du  cote  de  l’in- 
teret , avec  le  cure  de  la  meme  eglise  paroissiale; 
atlendu  que  le  desserviteur  ne  jouit,  comme  on  le 
8 tit  bien  sur  les  lieux  , que  d’unc  ires  petite  pen- 
sion de  l’abbe  commendatairc  du  dit  prieure.  » 


— 31 


Ce  testament  a ete  passe  dcvant  les  notaires  Six 
et  Jeaussoone  , le  23  mai  1753.  La  testatrice  mourut 
a Dunkerque , rue  et  paroisse  St-Eloi , munie  des 
sacrements , le  10  mars  1757,  et  fut  enierree  le 
lendtmain  dans  l’eglise  des  religicuses  Clarisses  de 
cetto  ville , auxquelles  el  le  avait  legu6  1,200  livres. 

Le  premier  legs , concernant  l'ecolc  des  gar^ons, 
a etc  reconnu  et  adoptc  par  les  administrateurs  de 
la  province  du  Boulonnais  le  22  avril  1777  (58). 
Un  pretre  habitue,  J.  Delerue,  portait  en  1765, 
le  titre  de  « chant  re  et  desservileur  de  la  fonda- 
tion  de  la  demoiselle  Guillard ; * et  nous  trouvons 
en  1 776  le  nom  du  premier  maitre  de  cette  ecole, 
M*  Pierre-Nicolas  Pagnerre  (59). 

La  difficulte  de  faire  des  recherches  suivies  dans 
les  archives  du  tribunal  civil  de  Boulogue , a cause 
de  la  reconstruction  du  palais  de  justice  de  cette 
ville , ne  nous  permet  pas  d'etre  aussi  complet 
que  nous  voudrions  l’etre , sur  1’epoque  precise  ou 
ces  fondations  ont  ete  definitivement  acceptees  et 
etablies.  Nous  dirons  seulement  que  , vers  1783  , 
nous  voyons  dans  la  paroisse  du  Wast,  trois  soeurs, 
(dont  la  superieure , soeur  Barbe , est  morteapres 
la  revolution),  donner  leurs  soins  a 1’instruclion 
des  pauvres  filles  (60). 

Un  autre  grand  bicnfaiteur  des  pauvres  dans  le 
diocese  de  Boulogne  , Jean-Baptiste-Olivier-PIacide 
de  Meric  dc  Montgazin  , originate  du  diocfese  de 
Toulouse,  abbe  de  Cellcfrouin , au  diocese  d’An- 


— n — 

gouleme , grand  vicaire  de  M.  de  Partz  de  Pressy, 
depute  du  clerge  a l’Assemblee  nationale,  placa 
aussi  sur  1’administration  du  Boulonnais  8,000  lt- 
vres , pour  etablir  au  Wast , une  ecole  destinee  a 
l’enseignement  gratuit  des  filles  pauvres.  Apres 
avoir  fait  mention  de  ce  bienfait  dans  son  testa- 
ment , il  ajoute  dans  un  codicille  , ecrit  le  28 
janvier  1789  : < Aiant  des  vues  particular es  que 
j’ai  communiquees  a Mgr.  l’Eveque , pour  faire  de 
l’etablissement  ou  sont  les  soeurs  de  la  charite 
au  Wast,  un  noviciat  de  mattresses  d'icole  pour 
tout  le  dioceze , en  y mettant  des  soeurs  qu’on  ap- 

pelle  , si  je  ne  me  trompe  de et  dont  la 

maison-mere  et  dans  la  ville  de  Rouen,  je  donne 
et  legue  a cet  effet  une  somme  de  douze  mil  li- 
vres , laquelle , au  cas  que  mon  projet  ne  put  avoir 
lieu  , servirait  a augmenter  le  bien  que  font  au 
Wast  les  trois  soeurs  de  la  charite  (61).  » 

Nous  avons  trouve  dans  les  registres  aux  insi- 
nuations des  donations  entrevifs,  pour  l’anl784, 
une  autre  liberalite  de  M.  de  Montgazin  en  faveur 
du  Wast.  Par  acte  passe  par  devant  Me  Dutertre, 
notaire  a Boulogne,  le  4 juin  1770  , autorise  par 
lettres-patentes  du  mois  de  decembre  1768,  re- 
gislrees  au  Parlement  le  3 aout  1771  , ce  vene- 
rable pretre  donnait  « aux  habitants  corps  el  com- 
munaute  du  bourg  et  paroisse  du  Wast  deux  mai- 
sons , pour  le  logement  du  maitre  et  de  la  mai- 
tresse  d’ecolc;  promettant  lc  donateur  et  s’enga- 


geant  de  faire  valoir  et  garantir  cette  donation  do 
tous  troubles  et  autres  empechements  generalement 
quelconques , et  meme  d’affranchir  les  dits  habi- 
tants du  bourg  et  paroisse  du  Wast,  de  tous  droits 
seigneuriaux,  d’indemnile,  d’amortissement , etc. ; 
les  dites  deux  maisons  estimees  par  experts  nom- 
ines d’office , en  vertu  de  l’arret  du  Parlement  du 
4 janvier  1770  , valoir  annuel  lenient,  la  premiere 
45  livres  et  la  seconde  90  livres....  En  capital,  sur 
l’etat  actuel  des  lieux,  1 ,050  livres  pour  la  maison 
du  maitre  d’ecole,  et  2,700  livres  pour  celle  de  la 
maitresse  ; pour  des  dittes  deux  maisons  jouir  per- 
petuellemeut  et  k toujours  par  les  maitre  et  mai- 
tresse d’ecole,  que  les  seigneurs  eveques  de  Boul- 
logne  voudront  bien  nommer  k cet  effet , et  qu’ils 
auront  la  liberte  de  destituer  toutes  et  quantes  fois 
ils  le  jugeront  k propos  (62).  » 

La  Revolution  ne  permit  pas  a cet  homme  de 
Dieu,  qui  avait  institue  les  pauvres  du  Diocese  de 
Boulogne  ses  legataires  universels , d’executer  tout 
le  bien  qu’il  meditait.  Les  chagrins  de  I’exil , les 
douleurs  de  l’Eglise  sa  mere  et  de  la  France  sa 
patrie,  joints  aux  infirmites  de  la  vieillesse,  mi- 
nerent  son  existence  et  le  conduisirent  au  lombeau, 
le  16  janvier  1793,  a Heinsberg,  dans  le  duclie 
de  Juliers  (63). 

Quant  au  Prieure , il  fut  vendu  avec  ses  de- 
pendances,  comme  bien  national.  L’eglise  seule 
retourna  a la  commune  apres  le  Concordat.  Le 


— 34  — 


cimetiere  fut  meme  retreci ; car,  en  4760,  on 
trouvc  ia  mention  d’une  inhumation  faite  * au  mi- 
lieu , derribre  I'bglise,  > et  aujourd’hui  ce  terrain 
est  en  culture  (64). 

Les  prieurs  du  Wasl  etaient  seigneurs  de  cette 
localite,  et  presentaient  a la  cure  de  Boursin, 
dont  le  Wast  etait  alors  le  secours.  L’eveque  dio- 
cesain  avait  le  droit  de  procuralion  dans  ce  prieu- 
re,  d’aprcs  le  pouille  de  Terouanne  du  moine  ber- 
tinien  Alard  Tassard  (65).  II  avait  encore,  aux 
termes  d’un  autre  pouille  de  ce  meme  diocese,  le 
droit  de  visiter  l’eau,  visilationem  aquce ; nous  ne 
savons  en  quoi  consistait  ce  droit  singulier.  L’ar- 
cbeveque  metropolitain  (de  Reims)  joignait  au  droit 
de  procuration  celui  de  visite  (66). 

Lors  de  la  redaction  des  coutumes  de  Boulogne, 
en  1 550 , le  Prieur  du  Wast  fut  appele  & coin- 
paraitre  en  la  Senechaussee,  comme  fai3ant  partie 
des  6tats  du  clerge ; mais  il  ne  se  pr^senta  point 
a la  premiere  convocation.  Nous  croyons  qu’il  com- 
parut  & la  seconde  seance , le  20  oclobre ; car  il 
n’y  est  plus  signale  comme  defaillant.  (67). 

Aux  Etats  du  Boulonnais,  convoques  en  4588, 
pour  faire  l’election  de  trois  deputes,  a l’assem- 
blee  de  Blois , nous  voyons  comparaitre , pour 
l’Elat  du  clerge,  au  nom  du  prieur  du  Wast,  Me 
Pierre  Dcsmaretz , procureur  en  la  Senechaussee  , 
et  Jehan  du  Crocq,  « fermier  general  dela  dicte 
prieure » et  pour  le  Tiers  au  nom  des  habitants  du 


— 35  — 

bourg  , « Jehan  du  Crocq  I’aisne  , 1’un  des  dictz 
habitans,  et  recepveur  de  )a  prieure  du  diet  lieu  (68)» 

II  nous  serait  difficile  d’etre  complet  sur  les 
prerogatives  seigneuriales  du  prieur  du  Wast. 
Voici  les  seuls  renseignements  que  nous  ayons 
jusqu'ici  trouv^s  sur  cet  article.  L’abbaye  de 
Notre-Dame  de  Licques  , k cause  du  fief  de 
Cateinbosq  , s£ant  a Bainghem  , Hocquinghem  et 
Surques  (qu’elle  tenait  du  prieur^  du  Wast,  pour 
la  rente  dont  nous  avons  deja  parle,)  s’engageait  en 
4 680,  k donner  < homme  vivant  et  mourant , au 
deceds  duquel  relief  6cheoira.  * De  plus  le 
17  janvier  1684  , elle  reconnut  « tenir  en  fief 
du  prieur  du  Wast,  une  seigneurie  , consistante  en 
droit  de  justice , haute , moyenne  cl  basse  , cen- 
sives  et  rentes  foncibres  seigneurialles  , reliefs,  droits 
de  lots  et  de  rente , et  tons  autres  droits  seignmi- 
riaux  (69). » En  vertu  de  1’axidme  : nemo  dat  quod 
non  habet , nous  sommes  en  droit  de  reconnaitre 
que  le  prieur  du  Wast  avail  toutes  ces  prerogatives.' 
C’est  ce  qui  resulte  encore  plus  clairement  dc  la 
declaration  que  I’un  d'eux , Dom  Joseph  de  Fran- 
sure  de  Villers , nous  a laissee  sur  les  revenus  de 
son  benefice. 

Le  12  mars  1729  , ce  prieur  envoya  a la  chambre 
ecclesiastique  du  diocese , un  relevd  des  revenus 
qu’il  percevait  cliaque  annee.  « Ces  revenus  con- 
sistent , dit-il  , en  dixmes , terres  labourables , 
droits  de  lots , de  rentes , rentes  en  bled , en 


— 36  — 

avoine , en  volaillcs , cens  , rentes  et  droits  de 
justice.  » (70) 

La  somme  des  revenus  du  prieure  a varie  selon 
les  temps.  Au  XV®  siecle , d’apres  le  pouille  de 
Tassard  , nous  le  trouvons  taxe  a 300  livres  pour 
declines , lorsque  l'abbaye  de  Notre  - Dame  de 
Boulogne  est  taxee  a 1500  livres  et  l’abbaye  de 
Samer  a 2000.  Au  XVIII®  siecle  , dans  le  « relevd  » 
que  nous  avons  cite,  le  prieur  accuse  1000  livres 
de  revenus,  provenant  des  dixmes,  rentes  et  droits 
dont  nous  avons  parle,  plus  « d’un  vieux  bail- 
ment et  un  jardin , tous  lesquels  revenus  en 
entier  etaient  affermes  moyennant  cette  somme , 
franc  et  net  argent  , et  toutes  charges  acquit- 
tees , excepte  celles  des  eglises  oil  sont  situees  les 
dixmes.  » Mais , continue-t-il , « il  y a sept  branches 
de  dixmes  dans  sept  diflerentes  Eglises.  » (Ces 
eglises  etaient  celles  de  Belle , Houllefort , Har- 
dinghem , Le  Wast , Boursin , Colembert , et  une 
autre  que  nous  n’avons  pu  trouver).  Le  prieur 
etant  oblige  de  contribuer  pour  sa  quote  part  aux 
reparations  de  ces  sept  eglises,  comme  a celles 
de  la  maison  prieurale,  il  estimait  a 200  livres 
au  moins,  chaque  annee,  les  charges  que  ces  re- 
parations faisaient  peser  stir  ses  revenus ; de  sorte 
que  le  produtt  net  de  son  benefice  ne  depassait 
pas  800  livres.  C’est  a ce  taux , en  eflfet , qu’il 
est  porte  dans  les  pouilles  du  diocese,  anterieurs 
a 1760. 


— 37  — 

A cclte  cpoque , les  revenus , sans  doute  mieux 
administres  , s'eleverent  a 1800  livres,  et  furent 
taxes  par  reduction  a 201  livres  10  sols,  pour 

les  impositions  pr61evees  sur  les  revenus  du  dio- 
cese. 

Lors  des  impositions  qui  suivirent , en  1 761  et 
1770,  le  prieure  du  Wast  ne  fut  plus  estimequ’k 
1 450  livres  , et  paya  la  meme  taxe ; en  1 781 , 
toujours  a la  meme  estimation,  il  paya  218  livres 
5 sols,  6 deniers;  eten  1787,  232  livres  1 7 sols. 

Le  Wast  6tait  annexe , pour  l’administration 
spirituelle,  k la  paroisse  de  Boursin.  Le  pouille 
de  Tassard,  au  XVI®  sifecle,  mentionne,  dans  le 
Doyenn6  de  Wissant,  Boussin  et  S.  Micael  de 
Wasco  , qui  6tait  taxe  pour  les  decimes  a vingt 
livres.  Le  cure  de  Boursin  y allait  « dire  la 
messe , les  jours  d’obligation , et  une  fois  ou  deux 
par  semaine,  et  administrer  les  sacrements  aux 
infirmes,  quand  il  6lait  besoin.  » En  1721 , 
Pierre  de  Langle,  6v6que  de  Boulogne,  aurait, 
si  nous  en  croyons  une  note  ecrite  sur  les  regisr 
tres  paroissiaux  de  cette  m6me  annke,  drige 
en  cure  l'eglise  du  Wast.  Nous  n’avons  pas  vu 
dans  les  registres  de  l’evecb^,  la  preuve  de  cette 
assertion.  En  1 724 , J.  Lorgnier  , pr&jedemment 
desserviteur  du  prieur6  (71),  fut  nomme  k la  cu- 
re de  Boursin  et  Le  Wast;  et,  les  choses  demeu- 
rercnt  dans  l’etat  ou  elles  etaient  dcpuis  longtemps. 
Lc  mauvais  vouloir  des  prieurs , la  pauvrete  du 


— 38 


bourg,  oil  il  n’y  avait  alors  que  30  feux,  out 
pu  contribuer  a faire  abandonner  ce  projet. 

L’eglise  prieurale  et  I’eglise  paroissiale  du  Wast, 
onfondues  dans  le  meme  edifice,  etusant  du  me- 
me  autel , n’avaient  point  le  meme  patron : la 
premiere  etait  sous  le  titre  de  St  Michel,  la  se- 
conde,  sous  celui  de  St  Cloi. 

Ce  monument  qui  subsiste  encore  tel  qu’il  etait 
au  XVIII*  siecle,  n'est  plus  qu’un  reste  mutile 
de  l’eglise  primitive.  Nous  ne  saurions  dire  a 
quelle  epoque  le  prieure  du  Wast  fut  mine.  II  y 
a grande  apparence  que  cette  destruction  eut  lieu 
pendant  le  XVI*  siecle,  alors  que  les  Anglais, 
maitres  de  Calais,  bataillaient  sans  cesse  avec 
nous,  pour  augmenter  l’etendue  de  leur  domination 
sur  notre  territoire , et  pour  repousser  les  attaques 
dont  ils  etaient  l’objet.  Les  batiments  claustraux 
de  ce  prieure  furent  assez  vastes;  car  ses  fonda- 
tions,  qui  ont  ete  remuees,  il  y a quelques  an- 
nees , par  les  possessors  du  sol  sur  lequel  il 
etait  bati , couvraient  un  assez  grand  espace  de 
terrain.  Il  en  reste  une  petite  maison  d’une  ap- 
parence peu  monumentale,  batie  a la  fin  du  XVII* 
siecle,  mais  dont  la  partie  basse  conserve  deux 
arcades  romanes,  qui  appartiennent  sans  contredit 
a la  construction  primitive.  Cette  maison  se  trou- 
ve  presque  en  face  de  l’eglise , et  porte  encore 
le  nogi  de  Priori. 


— 39  — 


L’eglise,  avait  autrefois  trois  nefs:  il  n’en  est 
reste  qu’une.  Les  arcades  en  maconnerie  sur  les- 
quelles  s’appuyaient  les  colonnes  qui  soutenaient 
la  voute,  ont  ete  bouchees;  mais  les  colonnes  sont 
reslees,  avec  leurs  chapitaux  coniques  sans  orne- 
ments.  Le  trace  des  arcades  se  distingue  encore 
facilement ; on  y peut  constater  que  le  plein-cintre 
se  brise,  et  tend  a se  transformer  en  ogive.  Le 
benitier  de  l’eglise,  pose  sur  des  treteaux  en  bois, 
affecte  la  forme  d’un  chapiteau  du  XII®  siecle.  Nous 
ne  pouvons  dire  si,  comme  cela  arrive  frequem- 
ment , on  s’est  servi  d’un  veritable  chapiteau , 
dont  on  aura  ainsi  change  la  destination ; ou  bien 
si  l'on  n’en  a adopte  que  la  forme : mais , sur  la 
partie  superieure  du  tailloir,  on  a grave  des  des- 
sins  qui  ont  I’air  d’appartenir  a la  meme  epoque. 
II  n’est  peut-etre  pas  impossible  que  le  benitier- 
chapiteau  ait  ete  autrefois  engage  dans  le  mur  de 
1’une  des  nefs , pour  i’usage  auquel  il  sert  actuel- 
lement,  et  qu’on  l’ait  rapporte  plus  tard  dans  la 
seule  partie  de  I’eglise  qu’on  a restauree , apres 
la  destruction  du  prieure. 

Les  fonts  baptismaux  n’ont  rien  de  remarqua- 
ble:  ils  sont  octogones,  et  paraissent  etre  de  la 
fin  du  XVI®  sifecle. 

La  cloche  de  l’eglise  date  de  l’an  de  grace  1 850  ; 
elle  a ete  fondue  k Tournehem.  Celle  qu’elle  a 
remplacee  portait  en  inscription : 


— 40  — 

f IE.  MAPPELLE.  ELISABETS.  POVR.  PARIN. 
LOVIS.  MARIE.  LE  PORCQ.  DSERLAN.  ET. 
MAREINE. 

f ELISABETS.  MVTINOT.  DIMBRETVN.  HV- 
BERT.  RENARD.  MA  FAICT.  A.  LILLE.  1667. 

Outre  cette  inscription,  (dans  laquelle  la  lettre 
H avait  ete,  par  I’inhabilete  du  fondeur,  remplacee 
par  un  S,  dans  les  mots  d’HERLEN  et  ELISA- 
BETH ,)  on  voyait  sur  cette  cloche  des  armes 
miries  d' argent  et  de  sable,  de  cinq  traits  , qui  ap- 
partiennent  a la  famille  du  prieur,  dom  Louis 
de  Pestinien  (ou  Pestivien)  de  Cuvillers,  qui  ha- 
bitait  le  Soissonnais. 

Le  morceau  d’architecture  le  plus  important  que 
cette  eglise  puisse  offrir  a l’histoire  de  l’art,  est 
le  beau  portail  romano-byzantin , dont  le  plan  a 
6te  public  dans  la  collection  des  Antiquites  depar- 
tementales,  avec  exactitude  pour  l’ensemble,  mais 
de  nombreuses  incorrections  de  detail.  Les  pie- 
droits  des  baies  sont  ornes  de  trois  colonnes  aux 
chapiteaux  divcrsement  sculptes,  assez  semblables 
a ceux  de  l’ancienne  cathedrale  de  Boulogne.  Ces 
colonnes  supportent  avec  elegance  et  legerete,  une 
triple  archivolte  en  retraite.  La  plate-bande  de 
l’archivolte  superieure , est  couverte  de  chevrons. 
Ces  trois  arcades  sout  couronnees  par  une  corni- 
che,  decoree  d’une  double  rangee  de  poinles  de 
diamants  , au-dessus  de  laquelle  s’eleve  un  fronton 
aigu,  plus  communement  appele  gable  ou  pignon. 


— 41  — 

Le  tympan  de  ce  pignon  a conserve  un  reste  de 
sculpture,  dont  il  ne  nous  a pas  et£  possible  de 
definir  l’intention  (72). 

Cinq  travkes  seulement  sont  rest6es  debout  de 
l’ancienne  nef  centralc;  elles  forment  la  nef  ac- 
tuelle  de  l’eglise  du  Wast.  Le  choeur  se  compose 
des  bases  m£connaissables  de  la  tour,  qui  dut  se 
trouver  au  centre  de  la  crois£e.  Le  mur  qui  fer- 
ine rectangulairement,  k Test,  l’dglise  actuelle,  est 
bati  dans  l’arcade , encore  visible , qui  ouvrait 
1’entree  de  l’ancien  choeur, 

C’est  lk,  au  chevet  de  l’eglise  actuelle,  k l’entrke  de 
l’ancien  choeur,  et  du  cdte  de  TEvangile,  que  reposa 
pendant  cinq  sikcles  et  demi , la  sainte  femme  qui 
porta  dans  son  sein  le  hkros  des  Croisades,  Go- 
defroy.de  Bouillon.  Ce  que  la  fureur  des  guerres 
laissa  subsister  de  l’6glise  du  Wast,  aprfes  la 
ruine  du  prieurk , n’abritait  plus  le  tombeau  de  la 
bienheureuse  comtesse.  On  construisit  en  conse- 
quence un  petit  Edifice , separe  de  l’eglise , oil  les 
fidfeles  purent  continuer  d’aller  venerer  la  bonne 
sainte  qui  les  guerissait  de  la  fikvre,  ce  mal  re- 
belle  que  la  science  ne  savait  point  combattre  en 
ces  temps  recul£s. 

Cependant , par  la  negligence  coupable  de  ceux 
qui  ktait  charges  d’entretenir  ce  pieux  sanctuaire, 
il  se  trouvait  en  4 669,  dans  un  6 tat  d’abandon  et 
de  ruine,  qui  fut  cause  de  1’ enlevement  des  saintes 
reliques.  Un  cordelier , nomine  le  pkre  Salure , 

6 


42  — 


y etant  alle  dire  ia  messe,  fut  indigne  du  pea 
de  soin  avec  lequel  on  conservait  ee  precieux  de- 
pot. On  en  parla  a Mme  la  duchesse  douairiere 
d’Orleans , Marguerite  de  Lorraine , qui  avait  avec 
la  sainte  comtesse  de  Boulogne  quelques  relations 
de  parent^.  Cette  princesse  obtint  un  ordre  de 
la  Cour,  pour  transporter  & Paris  le  corps  de 
sainte  Ide,  et  elle  envoya  a Boulogne  M.  Batail- 
ler , eveque  de  Bethleem  (73) , pour  s’entendre 
avec  Francois  de  Perrochel , a l’effet  d’operer  la 
translation  des  ossemens  veneres.  Le  pieux  ev6que 
de  Boulogne  ne  put  resister  aux  ordres  forruels 
qui  lui  etaient  intimes.  S'etant  rendu  au  Wast,  le 
28  septembre  de  cette  mime  an  nee  4669,  il  ap- 
porta  a Boulogne  les  restes  de  la  sainte , et  les 
remit  a I’envoye  de  la  duchesse  d’Orleans. . 

Les  reliques  de  sainte  Ide,  furent  deposees 
chez  les  religieuses  benediclines  de  l’Adoration 
perpetuelle  , rue  Cassette,  a Paris.  Soustraites  a la 
profanation  revolutionnaire , on  les  a depuis  trans- 
poses a Bayeux,  dans  un  couvent  du  meme  or- 
dre, ou  on  les  conserve  aujourd’hui  avec  le  res- 
pect qui  leur  est  du  (74). 

Bernard , dans  ses  Annales  de  Calais  (75)  , a 
parle  de  la  translation  de  4 669 , d'une  maniere 
fort  inexacte;  mais  nous  ne  pouvons  nous  arreter 
ii  le  refuter.  Notre  notice  servira  de  rectification  a 
ses  erreurs,  et  a bien  d’autres  encore  (76). 


— 43  — 

Nous  devous  dire,  pour  achever  l’histoire  de 
la  chapelle  oil  reposait  le  corps  de  sainte  Ide , 
au  chevet  de  l’eglise  du  Wast,  que,  inalgre  le 
soiu  qu’on  avait  eu  d’y  renvoyer  de  Paris  une 
cote  de  la  sainte , dans  un  petit  reliquaire  d’ebe- 
ne,  enrichi  de  rinceaux  d’argent,  ce  petit  edifice 
ne  fut  pas  mieux  lenu  qu’auparavant.  Les  arcbi- 
diacres  de  Boulogne,  dans  leur  visite  de  4715, 
la  trouverent  comme  abandonnie  , sans  autel , sans 
pavi , el,  le  plus  souvent , la  r e trail e des  bcstiaux 
pendant  I’dti,  ce  qui  decida  l’eveque  Pierre  de 
Langlc  a l’interdire.  Rien  n’y  fit , cependant ; car 
en  1725  le  cure  de  Boursin  la  signale,  dans  un 
rapport  sur  l’etat  de  sa  paroisse , comme  etant 
en  mauvais  ordre.  Cette  chapelle  est  detruite  depuis 
le  commencement  de  ce  siecle. 

Le  P.  Malbrancq  nous  dit  qu’Eustache  III  eleva 
a sa  mere  un  magnifique  tombeau.  La  supposition 
nous  parait  assez  naturelle;  on  voit  encore  d’ail- 
leurs,  prfes  de  l’eglise  du  Wast,  une  pierre  sculp- 
tee,  qui  a du  en  faire  partie.  Cette  pierre  pro- 
vient  de  la  chapelle ; d’oii  Ton  avait  otee , dans  no- 
tre  siecle  insouciant  et  prosai'que , pour  en  faire 
la  voute  d’un  pont.  Graces  a I’intervention  de 
quelques  amis  de  I’histoire  et  de  l’art , on  l’a 
dernierement  soustraite  a celte  indignite.  La  sainte 
y 6tait  representee  en  semi-relief,  presque  de 
grandeur  naturelle;  mais  le  ciseau  vandalc  dcs 
arcliitcctes  du  pont  du  Wast  a tellement  mutile 


— 44  — 

la  sculpture , qu’on  pent  & pone  reconnaitre  la 
destination  primitive  de  ce  monument , qui  appar- 
tient  k l^poque  romane.  La  fignre  4tait  dejk  fort 
degrades  au  milieu  du  siecle  dernier;  et  cette 
mutilation  est  d’autant  plus  regrettable  que  c’e- 
tait  lk  peut-etre  le  seul  portrait  un  peu  fidfele 
qu’on  eut  conserve  de  la  sainte  comtesse  (77). 

L’ emplacement  du  tombeau  de  sainte  Ide  , long- 
temps  respecte , recouvert  meme  il  y a quelques 
ann^es , par  une  dalle  de  Stinkal,  est  aujourd’hui 
profan6.  Aucun  indice  ne  le  signale  au  pelerin  qu’y 
conduit  la  pi6te  ou  l’bistoire ; et  cette  terre , sa- 
cr6e  a tant  de  titres,  est  maintenant  sillonn^e  par 

la  charrue! — N’avons-nous  pas  laisse 

d£truire  k Jerusalem  par  des  schismatiques , en- 
nemis  de  la  France,  le  tombeau  de  Godefroy  de 
Bouillon  ? Comment  aurions-nous  souci  du  tombeau 
de  sa  mfere? 


NOTES, 

SOURCES,  ET  ECLA1RCISSEMENTS. 


(1)  Henry,  Essai  bistorique,  p.  150.  Bertrand  Hist, 
de  Boulogne  t.  II  p.  221. 

(2)  Ou  au  pied  des  inonts  d’Alembon,  car  il  est  dif- 
cile  de  dire  quelle  est  la  tete  principale  de  cette  petite 
riviere. 

(3)  Dans  ses  M6m.  mss.  sur  l’Histoire  de  Boulogne , 
t.  I"  p.  27 , Philippe  Luto  dit  que  c’est  la  foire  de 
Bellebrune  qui  se  tient  au  bourg  du  Wast  le  28  sep- 
tembre.  11  y a la  une  meprise  evidente.  Notre  estima- 
ble collegue,  M.  Courtois,  nous  a communique  une  note 
tiree  des  Archives  de  Tournehem,  qui  pourrait  bien 
mettre  sur  la  trace  de  quelque  fait,  source  de  l’erreur 
de  Luto.  Dans  le  compte  de  la  chatellenie  de  Toume- 
hem  pour  1473,  extrait  des  registres  de  Guillaume 
Fasselin  par  Jehan  de  la  Caurie,  receveur  en  1543,  (piece 
71,  cotee  hhh),  on  lit:  « (Refu)  de  Antboine  de  le  Motte, 
seigneur  de  Bellebronne,  fils  et  h^ritier  de  feu  Messire 
Robert  de  le  Motte,  en  son  vivant  chevalier  seigneur 
dudit  Bellebronne , pour  le  relief  d’un  fief  tenu  dudit  Tour- 
nehem; et  se  comprend  ledit  fief,  la  nuit  et  le  jour 
sainct  Michiel,  chacun  an,  en  la  ville  du  Wast  en 
Boullonois,  durant  la  franche  feste  d’icelle,  en  et  sur 
tousles  tonlieulx,  foraiges,  droitures  et  aultrement , 
qui  durant  lesdits  deux  jours  peuvent  venir  et  escheoir 
audit  lieu  du  Wast , amendes  et  touttes  fourfaictures ; 
et  duquel  fief  est  deub  a mon  dit  seigneur,  quand  le 


— 46  — 

caa  y eschict , X livres  parisis  et  XX  sols  crisis  de 
cbambellage.  » 

En  1543,  ce  fief  appartenait  a Messire  Philippe  Blon- 
del , chevalier  et  seneschal  du  Ponthieu , baron  de 
Bellebronne. 

La  tradition  locale  a conserve  le  souvenir  de  ces  droits 
seigneuriaux ; et , de  plus , elle  attribue  au  curd  de 
Bellebrune  le  droit  d’avoir  cbaque  an  nee  , a la  foire  du 
Wast , un  chapea  i et  une  j aire  de  gants. 

(4)  Yit.  B.  ldae,ap.  Bolland.,  Act.  SS  aprilis,  tom.  II, 
Die  XIII,  p.  142,  n®  7. 

(5)  Ibid.  not.  e , p.  143. 

(6)  Rerum  gallicarum  et  francicarum  scriptores.  T.X1V, 
p.  114. 

(7)  Ph.  Luto , op.  jam  cit.  p.  369. 

(8)  Chartularium  Folcuini,  ( documents  inedits) , pp. 
148 , 150 , 153  et  pisef.  p.  47.  Luto,  jam  cit.  1.  pp. 
275  , 369. 

(9)  II  est  presque  impossible  de  determiner  quoi  que 
ce  soil,  sur  la  valeur  de  la  livre  de  deniers  en  954* 
Cs.  Ducange  et  les  monetaires. 

(10)  Chronicon  sithiense  S.  Bertini , ap.  Martenne , 
Tbes.  nov.  Anecdotor.  T.  III.  coll.  556  , 559. 

(11)  De  Morinis  . Lib.  VII , p.  569. 

(12)  Op.  cit.  loc.  sup.  cit. 

(13)  Act.  SS.  ord.  S.  Bened.  auct.  Mabillon.  Saec.  II , 
p.  552,  n®  13. 

(14)  Cf.  Boll.  Act.  SS.  Julii  T.  V. , p.  285  , col.  2. 

(15)  Op.  cit.  col.  556. 

(16)  Dans  son  edition  de  Folcuin  , M.  Guerard  a 
ecrit  une  fois  Wachimvillare.  Au  reste , bien  que  Fol- 
cuin derive  partout  Wachun-villare  , qui  se  trouve 
identique  avec  le  Wachone-ViUare  du  moine  de  Fonte- 
nelle , Iperius  orlbographie  d’une  autre  manicre.  Le  Ms. 


— 47  — 

sur  lequel  Dom  Martenne  a fait  son  Edition  portait 
Wascon-villare , (le?on  adoptee  par  Malbrancq)  et  Was- 
tavillare.  Trois  autres  manuscrits  , consultes  par  nous, 
nous  ont  donne  tantdt : Wasconvillare , WascuviUare , 
tant6t  WastoviUare , Wastuvillare , Wastonvillare  et 
Wastumvillare.  (Bibl.  Boulogne  s.-m.,  Ms  n°  147 ; Bibl.  de 
de  St-Omer,  Mss.  n®‘  739  et  740) 

(17)  Cf.  Ducange,  verbo  Vastum. 

(18)  II  y a ici  une  lacune  dans  le  Ms  qui  a servi  de 
teste  a Henscbenius.  Void  ce  texte:  « Ida....  locum 
quemdam  expetit ; cujus  assensum  et  auxilium  pia  mater 

promeruit II  y a la  un  cujus , qui , grammaticale- 

ment  ne  se  rapporte  a rien : il  faut  done  que  le  co- 
piste ait  oublid  ici  un  membre  de  phrase.  Henschenius 
nc  parait  pas  avoir  remarque  cette  particularite. 

(19)  Vit.  B.  ldae.  in  op  cit.  n°  7. 

(20)  Vit.  B.  ldae.  ibid. 

(21)  Biblioth.  Cluniac.,  Col.  1716.  Cf.  Luto , jam  cit. 
p.  370. 

(22)  Luto , toties  cit.  p.  361 , et  alibi.  Art  de  verifier 
les  dates  (des  comtes  de  Boulogne)  t.  n.  p.  762  col.  2. 

(23)  In  chronic.  Ghisnensi , cap.  31,  ap.  Boll.,  op.  quo 
sup.,  in  analect.  Henschenii , p.  148 , n°  7. 

(24)  In  chronic.  S.  Bertini , cap.  39 , § 2 , Ibidem. 

(23)  Lamb.  Ardensis,  qui  sup.,  ap.  Ludewig  , Reliq. 
Mssorum , T.  VIII  p.  508 , et  Luto  pp.  281,  370. 

(26)  Gulielmi  Abbatis  Andrensis  chronic.,  ap.  d’Achery 
spicilegium , edit,  in  f°,  t.  II,  p.  786,  col  2.  Cf.  Luto , 
pp.  345,  371. 

(27)  Vit.  B.  ldae  ubi  sup.  n®  9. 

(28)  P.  369. 


— 48  — 

' (19)  Godefroid  de  BouiUon,  lieu  de  sa  naissance. 
(Dissertation  imprimee  dans  la  derni&re  Edition  del’Hist. 
de  N.-D.  de  Boulogne  (1839),  pp.  244  et  245). 

(30)  Une  copie,  assez  ancienne,  du  Ms  de  Regnardse 
trouve  a la  Bibliotheque  de  P Arsenal,  a Paris  (Mss. 
fran$ais,  hist,  n*  251).  II  en  existe  une  autre  copie 
dans  les  Mss.  de  J.-F.  Henry , et  dans  la  Bibliotheque 
de  Boulogne. 

(31)  Vit,  B.  Ids.  ubi  sup.  n*  11. 

(32)  Ibid,  n”  12. 

(33)  Ibid.  n“  13  — 18. 

(34)  Hist.  litt.  de  France  t.  XI,  p.  134. 

(35)  LTustoire  de  ce  prieure  est  d’autant  plus  incon- 
nue , que  les  auteurs  qui  en  parlent  se  soot  tres  sou- 
vent  fourvoy£s  h Particle  du  Wast.  Ainsi,  par  exem- 
ple,  L’Art  de  verifier  les  dates,  cite  plus  haut,  le 
confond  avec  St-Vast  d’ Arras ; L’histoire  litt&raire  de 
France  Pappelle  Prieure  de  Sl-Wast , d’autres  Pont 
confondu  avec  la  Pr6v6M  de  Watten , etc.,  etc. 

(36)  Bibl.  cluniac.  sup.  eft.,  col.  555.  Gf.  Luto.  item 
cit.  p.  371. 

(37)  Chronic.  Andr.,  ubi  sup. , p.  788. , col.  2 , in 
fine. 

(38)  Chronic.  Andr. , ubi  sup. , p.  845.  col  2. 

(39)  Id.  Ibid.  pp.  840-841.  Gall.  Christ.  X.  col  1605. 

(40)  Godefroy,  Inventaire  des  ebartes  d’ Artois.  T.  I. 
n*  58. 

(41)  Histoire  des  dues  de  Normandie  et  des  rois 
(PAngleterre , public  par  Francisque  Michel,  p.  184— 
187.  (Communique  par  M.  A.  Hermand  , president  de.  la 
Societe). 


I 


— 49  — 


(42)  Cartulaire  do  l’abbaye  d’Auchy , p.  000. 

(43)  Godefroy , qui  sup.  n°  84. 

(44)  Charte  du  prieurd  du  Wast , cite  dans  un  factum 
ou  liste  des  abb&  de  Vabbaye  de  Merit , depute  Vannie 
1090  jusques  en  Vannie  1638  , pour  montrer  que  ladite 
abbaye  n’a  jamais  itt  unie.  (Petit  ms  in-t°). 

(45)  Etat  des  titres  et  papiers  de  Vabbaye  de  Licques, 
en  1776 , f®  6 v® , (Archives  de  Calais). 

(46)  Documents  inedits  sur  l’bistoire  de  France , pu- 
blics par  le  ministere.  Olim  , t.  l*r  p.  906. 

(47)  Olim , quae  sup.  t.  Ill  p.  1395. 

(48)  Inventaire  des  papiers  de  l’abbaye  de  N.-D.  de 
Licques  , dressd  en  1784  , par  Gamier  , notaire  a Ardres. 
Copie  notariee , biblioth.  de  Boulogne-s.-m.  f®  3223. 

(49)  Nous  devons  & Fobligeance  de  notre  collegue,  M. 
Dufaitelle,  les  renseignements  qui  concement  Thomas 
le  Barbier.] 

(50)  Etat  des  titres  de  l’abbaye  de  Licques  en  1776, 
sup.  cit.  f*  14  r®. 

(51)  Gall.  Christ.  Gosse , hist.  d’Arrouaise , p.  365. 

(52)  Fland.  illust.  Ill , p.  105. 

(53)  La  Notice  sur  Gerard  de  Cuynghem  nous  a ete 
communique  par  M.  Dufaitelle , a qui  nous  devons 
beaucoup  de  reconnaissance  pour  les  bons  et  utiles  ser- 
vices qu’il  nous  a rendus  dans  la  composition  de  notre 
travail. 

(54)  Inventaire  des  papiers  de  N.-D.  de  Licques , par 
Gamier , sup.  cit.  fol.  3224 — 25. 

(5b)  Ibid,  f®  3227— -28. 

(56)  Les  registres  du  secretariat  de  I'totcM  de  Bou- 
logne , (dans  la  bibliotheque  de  M.  l’abbe  Haffreingue), 

7 


et  les  registres  aux  insinuations  ecclisiastiques  da  mdme 
diocese , (dans  la  m£me  bibliotheque  et  aux  archives 
municipales) , nous  ont  mis  k m£me  de  dresser  la  lisle 
des  derniers  prieurs,  telle  que  nous  venons  de  la  donner. 

(57)  P.  Lorain , hist,  de  l’abbaye  de  Ctuni , p.  265. 

(58)  Une  copie  de  cet  acte , pour  premiere  grosse  & 
la  minute , demeurie  is  mains  de  M.  Le  Porcq , no- 
taire  a Boulogne , est  conservee  dans  la  bibliotheque  de 
M.  l’abbe  Haffreingue. 

(59)  Registre  de  la  paroisse  succursale  du  Wast.  (An 
1765  et  1776). 

(60)  Almanachs  de  Picardie , 1783  et  annees  suivantes. 

(61)  Papiers  divers,  concernant  Fadministration  et  l’his- 
toire  du  dioeese  de  Boulogne , pendant  le  XYlll*  S.  et 
la  Revolution  Franfaise , (bibliotheque  de  M.  l’abbd 
Haffreingue). 

(62)  Registre  aux  insinuations  des  donations  entre  vifs. 
Archives  du  tribunal  civil  de  Boulogne. 

(63)  Papiers  divers , dejA  cites  a la  note  61. 

(64)  Registres  de  la  paroisse  du  Wast.  Sup.  dt.  an.  tit. 

(65)  Ms.  n*  732 , (bibliotheque  communale  de  St-Omer). 
t.  1 f 202. 

(66)  Cart.  E.  du  chap,  de  Reims , ecrit  vers  1346. 
Cite  au  tome  II , V part. , p.  639 , des  Archives  ad- 
ministratives  de  la  ville  de  Reims , publiees  par  P. 
Yarin.  (Documents  inedits). 

(67)  Proces-verbal  de  la  coutume  de  Boulogne. 

(68)  Proces-verbal  Ms.  des  Etats  de  1588. 

(69)  Inventaire  des  papiers  de  N.-D.  de  Licques,  par 
Gamier , sup.  cit.  f°  3229 — 30. 

(70)  Releve  des  Revenus  du  diocese  de  Boulogne  en 
1729.  (Archives  municipales). 


— 51 


(74)  Void  la  liste  des  desserviteurs  ou  sous-prieurs  qui 
nous  sont  connus  : Pierre  Duhamel , 1662  ; — Parrel , 
1678;  — Antoine  de  Langaigne  , 1681; — Robert  Noel 
des  Carrieres  , 1689  ; — Dom  Francois  Drouhyn  , reli- 
gieux , prfitre , de  l’ordre  de  St-Benoit , 1706 ; mort 
l’annee  suivante  et  inhum4  dans  le  chaw  de  l’eglise 
(3  octobre  1707) ; — Jacques  Lorgnier  , 1707  ; — J.  Ben, 
1725  ; — Andr£  Le  Febvre  , 1732  ; — De  Maadinicr  de 
Varennes  , 1734 ; — Pierre  Raymond  Le  Sage  , 1742  ; 
— C.  Tassart , 1750  ; — A.  Hochart , 1768. 

(72)  On  peut  consnlter  les  dessins  de  M.  L.  Gaucherel, 
dans  la  Statistique  monumentale  du  Pas-de-Calais , et 
une  trop  breve  notice  de  M.  l’abbe  Parenty. 

(73)  Francois  de  Batailler , fut  nomine  a l’evccbe  de 
Betbleem  le  25  juin  1664.  Le  territoire  de  ce  singulier 
diocese  se  reduisait  au  faubourg  de  Panthenor-lez-Cla- 
mecy , ou  Bethleem  sur  la  rive  droite  de  l’Yonne , qui 
le  separait  de  Clamecy  dans  l’intendance  d’Orloans.  Ba- 
tailler etait  fort  lie  avec  Marguerite , soeur  de  Charles, 
due  de  Lorraine,  femme  de  Gaston,  due  d’Orl^ans  et 
frere  de  Louis  XIII , douairiere  d’Orleans , apres  le  ma- 
nage de  Philippe , frfere  unique  de  Louis  XIV , avec 
Henriette  d’Angleterre.  Cf.  Expilly,  Dictionn.  geog.  de 
la  France , t.  1 , p.  621 , au  mot  BethUem ; et  Walc- 
kenaer,  hist,  de  la  Fontaine , p.  151  et  sqq. 

(74)  On  trouve  des  details  6tendus  et  assez  exacts  sur 
cette  translation , dans  la  vie  de  Sainte  Ide , imprimee 
en  1692 , probabiement  a Paris , et  r&mpriinee  a Bou- 
logne chez  Charles  Battut,  au  milieu  du  XVIII*  siecle. 
Nous  en  avons  deja  fait  usage  dans  le  L<5gendaire  de  la 
Morinie  , lorsque  nous  pretions  a ce  recueil  notre  colla- 
boration. On  y trouvera  des  details  auxquels  nous  ren- 
voyons  le  lecteur , p.  Ill  et  112. 

(75)  PP.  103.  101.  11  y parle  de  gens  qui  vinrent  la 


— 52  — 

nuit  avec  des  memoires  qui  indiquaient  le  lieu  oil  re- 
jiosait  le  corps  de  la  saiute ; qui  fouillerent  au  milieu 
de  Veglise , etc.  Nous  ne  croyons  pas  que  l’eveque  de 
Boulogne  ait  agi  de  cette  maniere.  En  effel , la  notice 
de  1692  dit  que  d’apres  le  procis-verbal  de  la  transla- 
tion , Francois  de  Perrochel  se  rendit  au  Wast  accom- 
pagnd  de  Vevfque  de  BethMem , d’un  archuliacre  de 
son  e'glise , d’un  de  ses  grands  vicaires , d’un  pritre 
et  de  son  secretaire. 

(76)  Trompd  par  Malbrancq  et  par  Bernard,  M.  Har- 
baville , dans  l’article  le  Wast  de  son  Memorial  du  Pas- 
de-Calais  , accumule  au  snjet  de  ce  bourg  et  de  ce 
pricure  les  erreurs  les  plus  singulieres.  Vid.  t.  II  p.  44. 

(77)  Nous  ne  connaissons  d’autre  ancienne  representation 
de  la  comtesse  Ide , qu’un  sceau  du  Xle  siecle,  appendu 
a une  charte  de  donation  de  la  m&me  epoque.  Le  dessin 
de  ce  sceau  se  trouve  dans  un  Afflighemum  illustration, 
Ms.  de  la  bibliotheque  des  PP.  benedictins  d’Afflighem , 
pres  de  Termonde  , en  Belgique  , qui  nous  a ete  signale 
par  notre  savant  ami  le  Rev.  P.  Dom  Pitra , de  Fabbaye 
de  Solesmes. 

H est  aussi  tres  difficile  de  rencontrer  des  gravures , 
ou  des  images  populaires , qui  representeraient  notre 
sainte  d’apres  un  type  conventionnel.  Son  culte  ne  fut 
pas  tres  repandu  , hors  de  l’eglise  oil  reposait  son  corps. 
II  n’a  meme  commence  a elre  universel , dans  le  dio- 
cese de  Boulogne,  qu’en  1727  , sous  1’episcopat  deJ.-M. 
Henriau.  La  legende  generate  des  saints,  par  les  PP. 
Ribadeneira  et  Rosweide , (edition  in-f°,  Anvers , 1649), 
nous  offre , au  XIII  avril , une  image  de  Sainte  Ide , 
representee  debout  tenant  une  eglise.  (Guenebault , Icono- 
graphie , edit.  Migne , col.  283). 


PIECES  JlSTIFICiTIVES. 


Convention  de  1197. 

La  clironique  d’Andres , iinprimee  dans  le  Spicilege  ne 
donne  de  cet  acte  qu’une  analyse , et  ne  lui  assigne 
aucune  date.  Mais  comme  elle  place  ce  document  cntre 
plusieurs  autres  qui  furent  ecrits  en  1194  ou  1195, 
Malbrancq  (de  Morinis , lib.  XI , cap.  X , p.  388)  le  met 
resolument  a l’an  1194.  Les  auteurs  du  Gallia  Chris- 
tiana ont  soupfonne  une  erreur  , et  ont  propose  la  date 
1176  (t.  X , col.  1605).  Nous  avons  ete  assez  heureux 
pour  rencontrer  a Amiens  une  copie  integrate  de  cette 
convention  , datee  de  1197.  Elle  se  trouve  dans  le  Ms. 
n°  496 , a la  suite  du  texte  de  la  chronique  d’Andres. 
Nous  croyons  pouvoir  attribuer  a Hugues  de  Clermont, 
abbe  de  Clugny,  la  signature  de  cette  piece. 

En  voici  le  texte  : 

« Ego  Hugo , divina  misericordia  ecclesiae  Cluniacensis 
humilis  minister,  notum  facio  tarn  praesentibus  quam 
futuris  , quod  , de  voluntate  et  assensu  ecclesiae  Clunia- 
censis , cui , Deo  actore , deservio  , assensum  praebui 
conventioni  facta;  inter  J.  'abbatem  et  capitulum  Andrensis 
ecclesia;  et  priorem  et  capitulum  de  Wasto,  hoc  modo. 

Erant  itaque  Andrensi  ecclesiae , ex  antiqua  fidelium 
largitate , quaedam  bona  penes  ecclesiam  de  Wasto  et 
parrochium  de  Buxin  , nemus  videlicet  de  Clerbois , alne- 
tum  et  pratum  Ulier , quae  ab  Andrensi  ecclesia  longe 
erant  suscepta ; praedictus  prior  cum  capitulo  suo  , sub 


annuo  censu , pro  singulis  q'  iiij  raensuris  nemoris  de 
Cleirbois  cum  appenditus , persolvet  ecclesia  de  Wasto 
Andrensi  ecclesia;  V bustellos  frumenti  annuatim  ad 
mensuram  de  Ghinis;  pro  eo  quod  Andrensis  ecclesiae 
fuit  in  alneto  et  prato , persolvet  itidem , per  annos 
singulos , iiij  polkinos  et  dimidios  avenae , ad  mensuram 
Boloniae ; et,  quia  altera  ecclesia  ab  altera  distat , ne 
Andrensis  ecclesiae  nantii , prae  crebros  redilus , grava- 
men incurrant , terminum  persolvendi  census  annui  po- 
suerunt  infra  XII  dies  Natalis  Domini.  Quod  si  forte 
ecclesia  de  Wasto  Andrensi  ecclesiae  infra  hos  dies  non 
persolverit  censum  debitum , sequenti  die  vel  postmodum 
per  legem  et  emendationem  duorum  solidorum  sibi  per- 
solvet; et,  si  in  prioris  et  ecclesiae  suae  defectu  debita 
termini  pcrsolutio  steterit , Andrensis  ecclesiae  nuntiis , 
ut  in  sumptibus  et  nccessariis  providebit. 

Ut  autem  baec  conventio  flrma  et  inconcussa  perma- 
neat , cam  , per  chyrographum  divisum , ego  H.  abbas, 
et  abbas  Andrensis  ecclesiae , confirmavimus ; et  pars 
Andrensis  ecclesiae  sigillo  meo  et  sigillo  capituli  de  Wasto 
munita  est,  et  pars  ecclesiae  de  Wasto,  sigillo  abbatis 
et  capituli  Andrensis  roborata  est. 

Actum  est  hoc  anno  dominicae  incarnationis  M*  C*  no- 
nagesimo  septimo.  Hujus  rei  testes  sunt  : Henricus  , 
prior ; Galfridus  , prcepositus  ; Willelmus ; item  et  Wil- 
lelmus  , eleemosinarius  ; Henricus , cantor  ; Willelmus , 
vinarius;  Robertus,  ceUerarius  ; Willelmus,  notarius , 
Andrensis  ec clesioe  monachi ; Stephanus , Willelmus , 
Michael , Walterius  , monachi  de  Wasto  ; Petrus , de 
Andrensi ; Willelmus  , de  Buxin  , presbyteri  parochiales; 
Radulpbus , Witardus  , Egidius  , milites ; et  multi  alii. 


55  — 


Acres  DE  PRISE  DE  POSSESSION  DU  PRIEURE. 

Aujourdhuy  dix  sept*  jour  de  juin  XVI  cent  quatre* 
vingt  quatorze , avant  midy , en  la  presence  et  compa- 
gnie  de  Louis  Correnson , nottaire  royal  appostolicque , 
immatricuM  en  la  seneschaussee  et  6vesche  de  Boulogne 
sur  la  mer,  et  en  la  presence  des  temoins  cy-apres 
nommez  et  soussign£s , M*  Hugues  Le  Porcq  d’lmbretun, 
advocat  au  parlement  et  en  lad*  seneschaussee  de  Boul- 
lenois  demeurant  en  lad*  ville  de  Boulogne  sur  la  mer, 
au  nom  et  comme  portcur  de  procuration  passee  par 
devant  les  conseillers  du  Roy  et  nottaires  au  Chatelet 
de  Paris  le  24  may  dernier  de  Dom  Louis  de  Pestinien 
de  Cuvilly  , religieux  de  l’ordre  de  saint  Benoit,  pourvu 
en  Cour  de  Rome  du  pryeure  simple  non-requerant  resi- 
dence de  St  Michel  du  Wast , dud.  ordre , de  ced.  dio- 
ceze,  s’est  presente  au  devant  de  la  porte  et  princi- 
palle  entree  de  l’eglise  dud.  pryeure  de  St  Michel  dud. 
lieu  du  Wast , de  cedit  dioceze , ou  estant  entr6 , pre- 
nant  de  l’eau  benitte  , se  prosternant  k genoux  devant 
le  grand  autel , y faisant  sa  priere , baisant  iceluy , et 
gardant  les  autres  ceremonies  en  tel  cas  requises  et 
accoustumees ; pour , et  au  nom  de  Dom  Louis  de 
Pestinien  de  Cuvilly,  en  consequence  de  le  signature  et 
provision  par  luy  obtenue  en  cour  de  Rome , dudit 
pryeure  de  St  Michel  du  Wast , en  datte  du  25  de  de- 
cembre  dernier,  et  du  visa  de  monseigneur  l’iilustris- 
sime  et  reverendissime  evesque  de  Boulogne , en  datte 
du  28  dud.  mois  de  may  dernier , a prise  de  possession 
reelle,  corporelle  et  actuelle  en  personne  dud.  pryeure 
de  St  Michel  dud.  lieu  du  Wast , et  de  tous  les  droits, 
fruits , proffits , revenus  et  d^pendances  generallement 
quellesconques , laquelle  prise  de  possession  ainsi  faite, 
led.  Correnson , nottaire , auroit  publiquement  et  haut- 
tement  d^claree  aux  paroissiens  et  habitants  k ce  pre- 


— 56  — 


««nts , et  a laquelle  personne  ne  s’cst  oppose , dont  et 
de  tout  ce  que  dessus  led.  d’lmbretum , aud.  nom,  en 
a requis  actc  aud.  nottaire  et  a luy  octroye  le  present 
pour  servir  et  valloir  a qui  il  appartiendra  ce  que  de 
raison.  Ce  fut  fait  passd  en  lad*  eglise  du  pryeure  de 
St  Michel  du  Wast , lesd.  jour  et  an  que  dessus , en 
presence  de  Jacques  du  Crocq , greffier  dud.  lieu , et 
Pierre  Dandres , clercq  dud.  lieu , temoins  pris  et  ap- 
pel£s  au  deffaut  d'un  second  nottaire , qui  ont  signe 
avec  led.  sr  d’lmbretun  et  led.  nottaire  et  plusieurs 
autres  personnes  apres  lui  avoir  nottifle  l’edit  des  Insi- 
nuations , la  minute  des  presentes  demeuree  en  l’estude 
dud.  Correnson , nottaire  susdits  et  soussign£s ; laquelle 
a estA  deuement  controlle  par  Ballenet.  Ainsy  signe 
Correnson. 

(Insinuat.  Eccl£s.  du  diocese  de  Boulogne). 

Le  procureur  d'Antoine  Al.  Yaillant  prend  possession 
avec  les  ceremonies  suivantes  qui  competent  les  ren- 
seignements  de  la  piece  precedente  : 

« Michel  Leveque  , pretre  habituA  en  l’eglise  cathd- 
drale  Notre-Dame  de  Boulogne , » a pris  a au  nom  dud. 
s'  Yaillant  possession  corporelle  reelle  et  actuelle  dud. 
prieure,  par  l’entree  libre  qu’il  a faite  en  l’eglise  pa- 
roissiale  dud.  lieu  du  Vaast,  ouled.  prieure  est  desservy, 
par  le  moyen  de  l’eau  benilte  qu’il  a prise  et  dont  il  a 
aspergi  les  assistants , apres  avoir  a genoux  adore  le 
tres  St  Sacrement  de  l’autel , baize  l’autel , sonne  la 
cloche  , touche  le  livre  des  SS.  Evangilles , s’estre  trans- 
porte  aux  lieux  et  bastiments  dud.  prieure  , et  fait  toutes 
les  autres  ceremonies  ordinaires  et  accoutumees.  » Ibid. 
3 f£v.  1696. 

Jacques  Ben,  desserviteuc  du  prieur4 , charge  de 


prendre  possession  pour  Don  Martin  Lallier , sonne  la 
cloche , puis  fait  sa  priere  au  grand  autel , chante  le 
Veni  Creator , « Le  tout  revetu  de  surplis  et  orne  de 
tulle ; » apres  quoi  le  notaire , « en  presence  des  t£- 
moins  et  de  la  plus  saine  partie  des  peuples  dud.  lieu 
assemble  en  lad.  4glise  au  son  de  la  cloche  , fait  lec- 
ture a haute  voix  des  provisions  et  visa  dud.  prieure , 
et  declare  qu’il  met  et  installe  le  sr  Laillier  en  la  per- 
sonne  dud.  Ben  t en  la  possession  dud.  prieure.  » a Puis 
led.  notaire  a reitere  la  prise  de  possession  en  la  clia- 
pelle  de  Ste  Yde  attenante  k lad.  eglise  , une  des  depen- 
dances  du  chef  dud.  prieure.  » Ibid.  24  dec.  1729. 


Presentation  a la  cure  de  Boursin. 

Par  devant  les  notaires  royaux  residens  a Boulogne- 
sur-mer  soussignEs  , est  comparu  Dom  Joseph  de  Fran- 
sure  de  Villars  , prEtre  religieux  de  l’ordre  de  Ciugny , 
demeurant  ordinairement  a St-Cliristophe  pres  Senlis , 
diocese  de  Beauvais , prieur.  du  prieure  de  St  Michel  du 
Vuast  en  Boulonnais  , de  present  en  cette  ville , lequel 
en  la  dite  qualite  a nomine  et  nomine  par  ces  presentes 
pour  titulaire  et  cure  de  la  paroisse  de  Boursin , et  du 
bourg  du  Wast  son  secours,  la  personne  de  M*  Jean 
Lorgnier , prStre  et  cure  dud.  prieure  du  Wast  et  de 
la  paroisse  de  Boursin , pour  par  led.  sr  Lorgnier  ac- 
ceptant  en  personne  jouir  du  benefice  desd.  cures  de 
Boursin  et  du  Wast , vacans  par  la  mort  de  M*  Alexandre 
Bernard  , en  tous  fruits  , profflts  et  j revenus  ordinaires 
et  accoustumez , priant  et  requerant  M”  les  grands  vi- 
caires  de  ce  diocese  de  l’y  vouloir  recevoir  et  admettre 
aux  droits  et  profflts  cy-devant  dits , par  la  vacauce  du 

7 


— 58  — 


dioc&se , et  de  luy  en  debvrer  les  lettres  de  provisions 
a ce  n£cessaires.  En  foy  de  quoy  led.  s'  de  Yillers  a 
sign£  aud.  Boulogne  ce  17*  aoust  1724.  Ainsy  sign6 : 
D.  Josephe  de  Fransure  de  Villers , prieur  du  Wast , 
prieur  de  Loche , et  de  St  Christophe , J.  Lorgnier , 
prfitre , Brisset  et  Moguion  , avec  paraphe , et  en  marge 
est  6crit : Control^  & Boulogne  le  19*  aoust  1724.  Receu 
six  livres , signe  Lbeureux  avec  paraphe.  Lecouvreur. 
(Ibid.  19  aoOt  1724). 


RECHERCHES  HISTORIQUES 


SUR 


LA  LEULE^K. 


RECUERCHES  HIST0R1QRES 

SLR 

LA  LEULENE , 

( Voie  romaine  de  Tirouanne  d Sangate  et  d WittantJ. 


I. 

ORIGINS  DE  LA  LEULENE. 

Rome  et  Sangate  1 la  capitate  de  l’ancien  monde, 
la  ville  toute  puissante  et  eternelle  et  la  cbetive 
bourgade  des  dunes  de  la  Morinie  , Sand-gate  (1), 

(1)  « Sangate  , en  latin  S angata  , autrefois  secours  de  St-Martin  de 
» Sclives  dont  il  ne  reste  plus  aucuns  vestiges  tire  sa  denomination 
» et  signifie  en  bas  flamand  , langage  ordinaire  du  pais , trou  de 
» sables,  arenas  foramen ...  » 

(Petit  Pouille  du  diocese  de  Boulogne;  Lambert  d'Ardjres). 

II  est  Rut  plusieurs  fois  mention  de  St-Martin  de  Sclives  dans 
le  cartulaire  d'Andre.  Malbrancq  en  parle  aussi  comme  £tant  Tune 
des  locality  traverses  par  la  Leulene  et  cette  paroisse  est  indiqu^e 
sur  la  carte  de  Delisles. 

L'emplacement  de  l'^glise  appartient  aujourd’hui  h un  char- 
pentier.  G'est  prfcs  de  1&  qu’est  4tabli  le  telegraph©  de  Sangate*  sur 
la  ligna  de  Calais  & Boulogne. 


— Ga- 
le trou  ou  la  baie  des  sables , comme  Toot  appele 
ses  anciens  habitants ; ce  sont  Ik  sans  doute  deux 
extremes  bien  opposes ! Extremes  k tous  egards , 
en  effet , sous  le  rapport  de  la  distance  et  de  la 
position , comme  sous  celui  de  la  grandeur  de 
l’une  et  de  l’eclat  qui  s’attacbe  a son  nom , du 
neanl  de  l’autre  et  de  son  obscurite. 

Et  cependant , comme  si  ce  vieil  adage  let  ex- 
tremes se  touchent  devait  toujours  avoir  raison , 
ces  deux  extremes)  si  opposes  Rome  et  Sangate 
se  touchaient  en  realite.  11s  etaient  unis  par  une 
chaussee  la  plus  longue  peut-etre  de  l’Empire. 

Cette  chaussee  c’est  celle  qu’on  appelle  encore 
aujourd’hui  la  Chaxmie  de  Brunehaut  au-dela  de 
Terouanne  , et  la  Leulene,  a partir  de  cette  ancienne 
ville  jusqu’au  detroit.  (1).  Elle  partait  de  Rome, 
passait  a Milan , k Vienne  en  Dauphine , a Rlieims, 
a Cambrai,  a Arras  et  a Terouanne.  C’est  ainsi 
qu’elle  est  indiquee  sur  les  cartes  et  les  itinerai- 
res  de  1’Empire.  C’est  aussi  dans  cette  direction 
qu’on  la  retrouve  encore,  sinon  dans  son  inl6gri- 
te,  du  moins  par  tron$ons,  dans  ce  long  par- 
cours  a travers  la  France  et  le  nord  de  lltalie  (2). 

(1)  Leulene  , Leuline  , Leulingue , tel  est  le  nom  donee  a ce 
chemin  dans  tous  les  terriers  , dans  tous  les  titres,  dans  les  cou- 
tumes  du  comt£  de  Gulnes  et  celles  de  la  chatellenie  de  Tourne- 
hem  et  tel  est  encore  le  nom  qu’il  porte  dans  tout  son  parcours 
depuis  Terouanne  jusqu'a  Sangate. 

(2)  Cette  chaussee  est  ainsi  indiquee  dans  ritineraire  d 'Antonin  : 


Quant  au  prolongement  de  cello  chaussee  jus- 
qu’au  point  de  la  c6te  oil  est  aujourd’hui  Sangate, 
ii  n’est  pas  6galement  indique  sur  les  cartes  et 
les  itineraires  , specialement  destines,  comme  l’on 
sait,  a servir  de  guide  et  a faire  connaitre  les 
principaux  centres  d’occupation  oil  les  Romains 
enlretenaient  des  postes  et  des  garnisons  dans 
chaque  contree.  Or,  comme  les  cdtes  de  la  Morinie 
avaient  pour  chef-lieu  Gessoriacum , appele  depuis 
Boulogne , c’est  la  chaussee  qui  conduisait  de 
T6rouanne  'a  J cette  ville  qui  est  indiquee  , du 
moins  dans  Fitin^raire  d’Antonin  , comme  etant  le 


Iter  a portu  Gessoriacensi... 

Tarvennam  M.  P.  XVIII... 

A Ter venn a Durocortorhi  (Rheims) : 

« Nemetacum  (Arras)  ; 

« Cameracum  ( Garabrai)  ; 

« August.  Viromandorum  (St-Quentin)  \ etc. 

Suit  la  nomenclature  des  lieux  par  ou  passe  la  chaussee  depuis 
Rheims  jusqu’i  Mediolanum , Milan  et  de  cette  derni&re  ville  k 
Rome. 

Quant  k la  carte  de  Peutinger  ou  il  n’y  a aucune  proportion  gar- 
d4e , les  lignes  indiquant  les  chemins  et  les  tours  indiquant  les 
villes  y sont  si  singuli&rement  placees  , qu'on  ne  saurait  dire  si 
pour  alter  de  Gessoriac  a Tdrouanne  il  faut  passer  par  Cassel , ou 
si  pour  alter  k Cassel  il  faut  passer  par  Tdrouaune. 

Quoijqu'il  en  soit , si  sousj  Tempire  Romain  la  voie  de  Terouan- 
ne  k Boulogne  dtait  le  principal  prolongement  de  la  chaussee  Bru- 
nehaut , on  verra  que  dans  le  moyen-Age  il  n’en  £tait  plus  ainsi ; 
que  cette  chaussee,  au  rapport  dlperius,  confirmd  par  une  foule 
de  documents,  se  continuait  par  la  Leulene  jusqu^  la  mcr  et  k 
Wisstnt. 


— 64  — 


prolongement  ou,  si  l’on  veut , la  continuation  et 
I”extr6mit6  du  cbemin  de  Rome  au  detroit  de  la 
Gaule. 

Cette  absence  d’indication  sur  les  cartes  et  Ies 
itineraires  m’avait  d’abord  porte  k me  poser  cette 
question : Le  chemin  de  T6rouanne  a Sangate  , la 
Leulene  , comme  on  l’appelle  depuis  les  temps 
les  plus  recules,  est-elle  la  continuation  primiti- 
ve du  chemin  de  Rome , ou  bien  est-elle  d’une 
origine  plus  recenle  et  posterieure  k l’epoque 
Gallo-romaine  ? 

Cette  question  je  l’ai  examinee  autant  qu’on 
peut  le  faire,  en  l’absence  de  tous  documents  con- 
temporains  et  precis,  et  je  crois  pouvoir  en  con- 
clure  que,  si  cette  section  du  chemin  de  Rome 
^tait,  par  rapport  k celle  de  Terouanne  a Boulo- 
gne, une  voie  secondaire,  elle  est  neanmoins  de  la 
meme  epoque  que  cette  branche  principale  et  le 
reste  de  la  chaussee. 

Void  sur  quels  indices  je  base  k cet  6gard 
mon  opinion. 

II  existe  a quelque  distance  de  St-Omer,  sur 
laLeulene,  un  hameau  appeld  Eiirihcm.  Ce  ha- 
roeau  est  mentionne  dans  une  cbarte  du  cartulaire 
de  St-Bertin  a la  date  de  723  sous  le  noro  de 
Stbato.  Ces  deux  localit^s  sont  bien  identiques , 
car  il  s’agit  dans  cette  charte  de  la  donation  de 
Setque,  Sethiaco  avec  ses  adjacences,  cum  adja - 


eeneiit  Kelmiat  et  Strato , c’est-k-dire  Quelme  et 
Estr6hem  qui  sont  en  effet  voisins  de  Setques. 

Or  Strato,  qui  dans  la  langue  vulgaire  de  cette 
epoque  devait  se  prononcer  et  s’lcrire  Straet , est 
6videmment  le  mot  latin  Strata  employ^  seul , dans 
l’usage  , pour  Strata  via , chemin  pave , chaus- 
s6e  (1). 

11  s’ensuit  done  qu’en  723  la  chaussee  de  Leu- 
lene,  que  nous  verrons  6tre  encore  au  douzikme 
siecle  une  route  royale  trks  fr£quent£e , existait 
deja  depuis  assez  longtemps  puisqu’elle  donnait  son 
nom  k une  localile  qui  pouvait  fetre  deja  tres-an- 
cienne  et  remonter  , comme  semble  l’indiquer  ce 
mot  latin  , au  milieu  des  autres  noms  de  lieux 
qui  sont  tudesques , k l’epoque  gallo-romaine.  Du 
reste,  ce  n’est  pas  basarder  beaucoup  que  de  le 
supposer  ainsi , puisqu’il  suffit  pour  cela  d’en  re- 
porter l’existence  k trois  ou  qua  Ire  cents  ans  au- 
dela  de  cette  epoque  723. 

Ajoutons  qu’Estr£hem  n’est  pas  la  seule  locality 
qui  ait  emprunte  son  nom  k cette  ebaussee.  Depuis 


(1)  Dans  les  chartes  on  omettait  quelquefois  le  mot  hem  Equivalent 
au  mot  latin  villa.  C’est  ainsi  que  nous  trourons  Tatinga  villa , Hoc - 
kinga  pour  Tatinghem  et  Hockinghem . De  mEme  ici  Strato  est  pour 
Strathem . Cette  derni&re  orthographe  Etoit  encore  celle  d ’Estrthcm  au 
douziEme  siEcle.  Et  en  effet  dans  un  aecord  passE  en  1260  entre 
Iterius , abbE  d'Andre , et  Guillaume  , eh&telain  de  St-Omer , nous 
voyons  flgurer  au  nombre  des  francs  tchevins  ou  hommes  de  fief  de 
la  ch&tellenie  de  St-Omor>  Walters  b*  Stkatum. 

8 


ce  hameau  jusqu’a  Sangate , on  compte  deux  Leu- 
linghem  et  quatre  Leuline , Leulene  ou  Leulin- 
gue  (1).  Ce  noin  nous  apparait  dans  les  premieres 
chartes  de  l’abbaye  d’Andre  en  1084  et  dansl’his*- 
toire  ou  les  vies  de  saints , selon  Malbrancq  , ce 
que  je  n’ai  pu  verifier , des  Tan  668. 

Voilk  une  premiere  presomption  en  faveur  de 
1’origine  romaine  de  la  Leulene ; en  voici  une  se- 
conde : 

Cette  cbaussee  aboulissait  a Sangate.  Or , il  y 
a quelques  annees  , on  a trouv6  dans  ce  village 
des  medailles  a 1’effigie  de  1’empereur  Tibere  et 
l’on  pense  generalement  qu’au  temps  des  Romains 
Sangate  etait  l’un  des  ports  de  la  Morinie. 


(1)  Voici  quelles  sont  les  localitts  que  traverse  la  Leulene  depuis 
Sangate  jnsqu'&  Terouanne  : 

Peuplingue  , I’extremitc  ouest  de  Coquelle  et  dc  Frethuiv  , les  deux 
hameaux  de  Basse  et  Haute  Leulikgue  , sur  St-Tricat  , Boucre?  , 
hameau  de  Haees  , l’extremihS  de  Guines  ou  elle  forme  aqjourd’hui 
une  partie  du  grand  chemin  de  cc  tt j ville  & Ardres  ; elle  se  separe 
dc  ce  chcmin  entre  Campagne  et  Balixghem  , puis  elle  traverse  le 
territoire  de  Ferlixghem  , hameau  dc  Br&me  , Lostebarne,  Autingces, 
Louches  , Zouafqves  , Leclese  , hameau  de  Tourkeheh  , la  ligne  se- 
parative du  territoire  de  cette  commune  d’avec  celui  de  Nordausque, 
le  territoire  de  Nord-Leulinghem  ; elle  laisse  & droite  le  hameau  de 
Culhem  et  Lifques,  traverse  l’extr^rait^  ouest  de  Cormette  et  Lec- 
line  , hameaux  de  Zudausque  , Estrehem,  Wisque,  Esquerde,  Crehem, 
Bientque  , Herbelle  ct  au  Mont  St-Jean  elle  se  confond  avec  la 
chaussee  de  Boulogne  k Terouanne. 

Je  dois  faire  observer  que  Nordausque  , jusqu’au  XVI®  sifccle  , 
*'est  ecrit  Acsque,  Elske  , au  XIV®,  Eisseque  , Aubseque  ; ad  XII*, 
El^ekk  , en  latin  Elceka.  C’est  de  ce  mot  Elceka  que  Malbrancq  a 
forge  celui  dEiCA.N. 


— G7  — 

La  tradition  rapportee  par  Lambert  d'Ardres  a* 
douzieme  sikcle  vient  k l’appui  de  cette  opinion. 
Car , an  dire  de  cet  historien  , a une  kpoque  re- 
culee  qu’il  ne  precise  pas , la  mer  a fait  irruption 
k travers  les  dunes.  Ses  eaux  en  se  repandant 
dans  l’interieur  des  terres , comrae  un  lac , y for- 
mkrent  un  pottqui  offrait  une  station  sure  et  com- 
mode aux  vaisseaux.  Mais  dans  la  suite , les  sables 
en  s’accumulant  fermerent  peu  a pcu  l'entree  de 
ce  bassin  qui , etant  ainsi  isole  de  la  mer , regut 
des  anciens  habitants  de  cette  contree  un  nom  quo 
Lambert  rend  en  latin  par  celui  de  puteus  (1).  C’est 
sans  doute  le  mot  put  qui  en  flamand  signitie  tout 
a la  fois  un  puits , une  fosse , un  lac , une  mare. 

La  direction  de  la  voie  de  Leulene  sur  ce  point 
de  la  cdte  ajoute  un  nouveau  degre  de  vraisem* 
blance  a l’existence  de  ce  port.  Ou  plutot  ce  sonl 
la  deux  choses  en  quelque  sorte  correlatives.  L’exis- 
tence de  la  chaussee  suppose  l’existeuce  du  port 
a priori , comme  Torigine  romaine  du  port,  appuyee 
sur  les  medailles  qu’on  y a trouvees  et  sur  une  tra- 
dition du  douzieme  siecle  , fait  presumer  l’origine 
romaine  de  la  chaussee. 

Mais  k ces  donnees  que  nous  fournissent  l’his- 
toire  , la  tradition  et  1’archeologie  , vient  sc  joindre 
une  autre  presomption  qui  en  est  comme  le 
complement  et  qui  leur  prete  une  force  prcsque 


(l)  Duchesne;  Mnmn  de  Gaud  et  de  G nines , pteuves,  p.  113  et  1 1 H . 


— 68 


Equivalent®  a une  certitude  ; c’est  |e  trace  meme 
de  cette  ancienne  voie  en  ligne  droite  et  k trovers 
champs.  C’est  k ce  signe  Eminemment  caractEris- 
tique  qu’on  a toujours  distingue  les  voies  romaines 
d’avec  les  autres  grands  chemins  allant  d’une  bonne 
ville  k une  autre , mais  en  cotoyant  ou  en  tra- 
versant  toutes  les  petites  villes , les  bourgs  et  les 
villages  qui  se  rencontrent  dans  leur  parcours. 
C’Etait  k ce  signe  aussi  que  le  celebre  Beaumanoir, 
qui  redigeait  sa  coutume  du  Beauvaisis  sous  le 
regne  de  Louis  IX  , reconnaissait  ces  chaussees 
qu’il  mettait  en  premiere  ligne  dans  la  division 
qu’il  etablissait  entre  les  differentes  classes  de 
chemins. 

« La  quinte  maniere  de  quemins  qui  furent  faits, 
» dit  ce  savant  bailli  de  Clermont,  ce  furent  li 
» cemin  que  Julien-CEsar  fit  fere ; et  cil  quemin 
» furent  fet  k droite  lingne  es  Hex  ou  ligne  se 
» pooit  porter  sans  empecquement  de  tres  grant 
« montaignes,  de  rivikres  ou  de  mares  et  de 
> soixante-quatre  pieds  de  largue.  » 

A ces  soixante-quatre  pieds  de  largeur  prks,  la 
Leulene  reunissait  en  sa  faveur  toutes  ces  condi- 
tions. II  s’en  fallait  bien  du  reste  que  les  chaussees 
romaines  fussent  parvenues  jusqu’au  temps  de  Beau- 
manoir dans  ces  magnifiques  proportions  qu’i!  in- 
dique.  « Noz  avonz  parie  de  la  division  des  que- 
» mins,  ajoute-t-il  quelques  lignes  plus  bas,  por 
» ce  que  noz  regardons  qu’ils  sont>  ne  s’en  faut 


» gaires  , tout  corrumpu  par  le  couvoitise  do  cix 
■ qui  y marcissent  (qui  en  sont  les  riverains)  et 
a par  l’ignorance  des  sovrains  qui  les  deussent  fert 
a garder  en  leur  larguece.  » 

J’ai  suivi  la  Leulene  dans  une  grande  partie  de 
son  parcours  et  j’y  ai  remarque  deux  clioses  qui 
se  represented  constamment  daus  les  m£mes  cir- 
constances.  G’est  d’abord  que  dans  les  villages  et 
les  hameaux , oil  elle  est  protegee  par  d’anciennes 
haies , elle  est  beaucoup  plus  large  qu’en  plein 
champ.  Elle  a meme  conserve  en  plusieurs  endroits, 
comme  h Estrehem  et  a Louches  , ses  soixante- 
quatre  pieds.  G’est  en  second  lieu  que  dans  ces 
liameaux  et  ces  villages  elle  a pour  fond  un  em- 
pierrement  de  silex  tellement  compacte  et  solide, 
qu’on  le  croirait  forme  d’un  seul  caillou. 

Entre  Sangate  et  Nord-Leulinghem , la  Leulene 
ne  presente  que  deux  solutions  de  continuity  : la 
premiere , a Guines , oil  elle  se  confond  avec  le 
chemin  de  cette  ville  a Ardres , jusqu’a  la  hauteur 
de  Balinghem ; la  seconde , au-dessus  de  Welle 
oil,  suivant  l’expression  des  anciens  terriers,  « le 
» chemin  de  St-Omer  a Tournehem  vient  entrer 
» dans  la  Leulene  » et  se  confond  avec  elle  jus- 
qu’a l’extremite  du  bois  de  le  Lo,  Mais  arrive  a 
la  hauteur  de  Nord-Leulinghem  , on  rencontre 
d’abord  une  nouvelle  lacune,  et  it  parlir  de  ce 
village  non  seulement  la  chaussee  est  encore  en 
plusieurs  endroits  supprimee,  mais  elle  ne  pre- 


— 70  — 

sente  plus  jusqu’k  Cormette  qu’un  chemin  vert 
ayant  tout  au  plus  la  largeur  d’une  voie  et  reduit 
meme  , en  beaucoup  d’endroits , k l’etat  de  simple 
sender. 

J’ai  suivi  cette  partie  de  la  Leulenne  avec  notre 
collegue , M.  Edmond  Liot  de  Norbecourt , qui 
connait  parfaitement  le  pays  et  qui  a bien  voulu 
m’accompagner.  Nous  avons  cboisi , pour  faire 
cette  excursion , une  belle  journce  de  janvier. 
Dans  cette  saisou  oil  les  champs  sont  entierement 
nus , il  nous  a ete  facile , en  nous  pla^ant  sur  la 
bauteur  de  Mentque  et  sur  celle  qui  separe  le 
val  de  Difques  du  val  d’Inglenghem , d’embrasser 
le  parcours  de  la  Leulene  dans  un  espace  d’en- 
viron  douze  kilometres , depuis  l’extremile  du  bois 
de  le  Lo  sur  le  mont  de  Tournehem  jusqu’a  Cor- 
mette.  Cette  chaussee  se  dessine  a travers  champs 
comme  une  etroite  ligne  verte  gravissant  toutes  les 
cotes  et  disparaissant  dans  les  vallees.  Elle  forme 
differentes  courbes  qui  toutes  neanmoins  se  meu- 
vent , pour  ainsi  dire,  sur  un  axe  commun,  sur  la 
ligne  droite  qui  separe  ces  deux  extremiles,  Cor- 
mette et  le  bois  de  le  Lo. 

Yoici  ce  que  nous  avons  principalement  remarque 
dans  cette  excursion: 

Sur  la  pente  meridionale  d’u  mont  de  Mentque , 
au  sortir  des  riez  de  cette  commune  , le  cote  ouest 
de  la  Leulene  est  sillonne  par  une  large  rigole 
qui  laisse  a decouvert  une  couche  epaisse  et  com- 


— 71  — 

pacte  de  marne  entrcmelee  de  silex.  Un  peu  plus 
loin , le  chcmin  tombe  dans  un  ravin  profond  qui 
part  de  Culhem  et  se  dirige  vers  Eperlecques. 
Nous  nous  ttions  dit , en  apercevant  ce  ravin  qui 
forme  une  tranches  profonde  dans  la  Leulenne, 
que  nous  devions  trouver  sur  ses  bords  les  traces 
de  l'empierrement  de  la  chaussee.  Notre  espoir 
n’a  pas  ete  trompe. 

Le  cote  meridional  de  la  tranchde , form4e 
par  le  ravin  , presente , a deux  ou  trois  pieds  au- 
dessous  de  la  terre  vegetale , une  epaisse  couche 
de  silex  entierement  semblable  a cede  qui  recouvre 
nos  grands  chemins.  Nous  en  avons  mesure  la 
largeur  et  nous  avons  trouve  qu’elle  etait  d’environ 
soixante  pieds.  Nous  avons  constate  que  cet  empier- 
rement  ne  ressemble  en  rien  au  tuf  qu'on  ren- 
contre sous  l’argile  et  la  terre  glaise. 

Plus  loin  , sur  le  versant  nord  de  la  colline 
septentrionale  qui  domine  le  val  d’Inglinghem , le 
chemin  est  presqu’entierement  laboure.  La  terre 
retournee  presente  dans  cet  endroit  une  zdne  de 
marne  d’environ  soixante  pieds  de  large  au  milieu 
de  laquelle  passe  l’ancienne  chaussee.  La  Leulene 
descend  de  la  dans  le  val  d’Inglinghem  oil  elle 
traverse  le  nouveau  chemin  vicinal  de  Nordbecourt 
k la  grande  route  et  elle  se  continue  sans  inter- 
ruption jusqu’a  Gormette  en  passant  a Test  de 
Difques. 

Toutefois  arriv£e  sur  la  hauteur  qui  est  au  nord 


— n — 

de  ce  dernier  village , la  Leulene  se  confond  avec 
un  chemin  de  traverse  allant  de  l’ouest  au  sud-est, 
l’espace  d’environ  cent  metres , et  & I’endroit  ou 
ce  chemin  s’en  s£pare,  elle  opere  aa  jonction  avec 
un  autre  chemin  vert  venant  en  ligne  directe  de 
Bayenghem.  Ce  chemin,  qui  est  designe  dans  les 
terriers  du  seizieme , du  dix-septieme  et  du  dix- 
huitieme  sifccles  et  qai  est  encore  connu  dans  le 
pays  sous  le  nom  de  Petite  Leulene  , est  aussi, 
selon  nous , une  voie  d’origine  romaine  qui  avait 
pour  but  d’etablir  une  communication  per  com- 
pendium entre  Terouanne  et  le  poste  militaire  de 
Watten,  en  ratlachant  la  Leulene  a la  voie  de  Bou- 
logne a Cassel , laquelle  passait  a Bayenghem-lcs- 
Eperlecques. 

Pour  ceux  qui  ne  connaissent  pas  le  pays , la 
Petite  Leulene  semble  etre  la  continuation  de  la 
grande  parce  que  celle-ci , a l’endroit  meme  oil 
l’autre  vient  y tomber  en  ligne  droite , forme  un 
coude  tres  prononce  en  meme  temps  qu’elle  se 
confond  avec  le  chemin  de  traverse  dont  je  viens 
de  parler , de  maniere  a faire  croire  que  cette 
section  de  la  chaussee  est  la  continuation  du  che> 
min  de  traverse.  Aussi  les  ingenieurs  qui  ont 
dresse  la  grande  carte  de  l’Etat-major  s’y  sont-ils 
laisse  tromper.  11s  ont  donne  la  petite  Leulene 
comme  etant  la  continuation  de  la  grande  qui 
semble  ainsi  aller  aboutir  k Bayenghem.  II  en  re- 
sulte  que,  sur  cette  carte,  la  Leulene  pr^sente , 


— 73  — 

entre  le  fond  de  Difques  et  Nord-Leulinghem  , 
sinon  une  solution  complete  de  continuity , du 
moins  plusieurs  lacunes ; elle  y est  confondue  avec 
tous  les  petits  chemins  ruraux  qui  la  traversent  ou 
s'y  ramifient.  A moins  d’en  bien  savoir  a l’avance 
la  direction , il  est  impossible  de  la  reconnaitre  sur 
cette  carte  et  de  l’y  demSIer  au  milieu  du  laby- 
rinthe  que  forment  avec  elle  tous  ces  petits  che- 
mins de  traverse. 

Tel  est  l’ensemble  des  presomptions , pour  ne 
pas  dire  des  preuves,  qui  etablissent  suflisamment 
a mes  yeux  l’origine  romaine  de  l’ancienne  voie 
de  Sangate  k Terouanne.  J’ajouterai  que  cette  ori- 
gine  est  generalement  admise  par  les  ingenieurs 
et  les  geographes , comme  par  les  historiens , et 
que  personne  encore , que  je  sache , ne  l’a  con- 
testee. 

Je  laisse  de  cdte  toutes  les  hypotheses  plus  ou 
moins  ingenieuses  qu’ont  baties  au  gr£  de  leur 
imagination  la  plupart  de  ceux  qui  ont  £crit  sur 
l’histoire  de  cette  con  tree.  On  sait  que  tous  les 
ports  du  littoral  depuis  Dieppe  jusqu’k  Gand  ont 
dispute  k Wissant  1’insigne  honneur  d’avoir  ete  le 
Portut  Itius  oil  s’est  cmbarque  Cesar  pour  la 
Grande-Bretagne.  Dans  cette  dispute  plus  litteraire 
qu’archeologique  et  oti  l’esprit  de  locality  et  I’affec- 
tion  pour  la  terre  natale  ont  bien  plus  contribue 
k decider  la  question  que  la  situation  des  Iieux , 
la  logique  des  faits  et  rintkgr*  impartiality  de 

9 


— 74  — 

l’historien , le  port  de  Sangate  ne  pouvait  etre 
oublic.  A l’avantage  de  la  position  sur  tous  ses 
rivaux  il  a a joule  celui  d’avoir  pour  lui  l’opinion 
de  Malbrancq.  Mais  malbeureusement  cette  opinion, 
<|ui  ne  repose  d’ailleurs  que  sur  de  pures  hypo- 
theses , doit  perdre  beaucoup  de  son  autorite  au- 
pres  des  hommes  serieux  quand  on  voit  cet  bis— 
torien , abusant  d'une  presque  analogie  de  nom , 
placer  Gessonuc  dans  un  hameau  de  Blendecques 
a Sorieque  , au  fond  de  ce  pretendu  Sinus  Itius , 
invention  toute  moderne  dont  Fetvmologie  de  l’an- 
cien  nom  de  St-Omer , Silhiu , commentee  it  la 
facon  de  ces  historiens  du  moyen-age  qui  voulaient 
voir  parlout  du  Troyen , du  Grec  ou  du  Romain, 
a fait  seule  tous  les  frais. 

Dans  ce  systeme  topographique  , la  Leulene  qui 
aboutissait  a Sangate,  son  port  Itius,  a lui 
Malbrancq , devait  necessairement  jouer  un  role 
cn  rapport  avec  la  celebrite  de  ce  port,  repute 
le  plus  frequcnte  de  la  Morinie  et  le  principal  lieu 
de  passage  entrc  les  Gaules  et  les  lies  Britan- 
niques.  Aussi  1’auteur  de  Morinis  appelle-t-il  la 
Leulene  la  Voie  Itienne  , Vi  i Itiana , ou  la  Voie 
des  Saints  , Via  Sanctorum , par  allusion  aux 
saints  personnages  qui  l’auraient  suivie  pour  passer 
dans  la  Bretagne , mais  un  peu  sans  doute  aussi 
par  une  interpretation  a sa  manicre  de  ce  nom  de 
Sangate  qui,  independamment  de  son  veritable  sens, 
pouvait  se  preter  a plusieurs  autres  significations 


— T6  — 

telles  que  San-Agathe  , Sainte  Agatlie  (1 ) , ou 
San- Gate , ce  dernier  mot  dans  le  sens  de  I’allc- 
mand  gasxe,  rue  des  Saints. 

Mais  sans  me  jeler  dans  cc  monde  ideal  et  ima- 
ginairc  , j’ai  pense  qu'il  ne  serait  pas  sans  interct 
de  faire  connaitre  quelles  ont  ete , si  je  puis  m’ex- 
primer  ainsi , les  destinees  de  cette  anciennc  voie, 
pendant  la  premiere  periode  du  moyen-age , les 
laits  qui  etablissenl  la  preuve  de  son  declassement 
eomme  route  rovale  et  son  remplaccment  par  1’an- 
cien  chemin  d’Ardres,  vers  la  fin  du  douziemc 
siecle,  et  enfin  les  causes  qui  ont  amend  ce  chan- 
gement. 

Ces  details  m’ont  semble  moins  indiffV“renls 
qu’au  premier  abord  on  pourrait  le  croire.  Car 
un  deplacemeut  dans  la  circulation  est  toujours  la 
consequence  naturelle  d’un  deplacement  analogue 
dans  les  centres  de  populations  ou  dans  le  com~ 
merce  ou  dans  la  prosperity  des  divers  cantons 
d’une  meme  conlree  ou  enfin  le  resultat  d’une 
amelioration  et  d’un  progres.  Cette  observation 
paraitra  d’autant  plus  juste , en  ce  qui  concerne 
la  Leulene  , que  ce  n’etait  pas , comme  on  le  verra, 
meme  dans  le  haut  moyen-age  , un  chemin  ordi- 
naire, mais  une  route  internationale  , dans  le  sens 
propre  de  ce  mot , entre  1’Jtalie  , la  France  et 
1’Angleterre. 


(1)  Et  en  effet  , d’a^res  Malbrancq  , Sangttte  se  serait  appele  tns?i 
Sainte  Aynthc, 


76  — 


II. 

LA  LEULENE  JUSQU’a  LA  FIN  DU  DOUZl^ME  SI^CLE. 

Le  plus  ancien  historien  qui  fasse  mention  d’une 
manifere  un  peu  precise  du  chemin  de  Leulene , 
c’est  celui  que  j'ai  d6ja  cit4 , Lambert  d’Ardres , 
qui , suivaut  les  indications  qu’il  nous  fourait 
lui-m£me , a commence  en  1160  a ecrire  son  his- 
toire  des  comtes  de  Gaines  , qu’il  a laissee  ina- 
chevee  vers  1209.  Yoici  comment  s’ exprime  cet 
auteur  & l’endroit  oil  il  raconte  la  construction  d’une 
maladrerie  avec  une  chapel le  par  Arnould  de 
Markene  (1)  , autrement  appele  Arnould  de  Cole- 
wide, seigneur  d’Ardres  (vers  1157),  a Lostbarne, 
hameau  de  Loucbes  , que  traverse  cette  ancienne 
voie. 

(1)  Mark  eke  , en  latin  Markinium  , que  Duchesne  et  tons  les  his- 
toriens  ont  confondu  avec  Marck  qui  s’ecrivait  au  contraire  Merck  , 
Mercuritium  , 4tait,  d’apres  les  pouilles  deg  dioceses  de  Terouanne 
et  de  Boulogne,  le  lieu  ou  est  actuellement  l’eglise  de  Homes.  Cette 
derniere  locality  etait  alors  environ  deux  kilometres  plus  has,  a 
l’endroit  appele  aujourd’bui  rue  d* Homes , ou  etait  le  chateau  de  ce 
nom. 

Suivant  notre  col  leg ue  , M.  Dufaitelie , Markene  etait  St-Tricat  , 
et  l’eglise  actuelle  de  Hames  , Tancien  village  appele  Fontaines * 
Mais  cette  opinion  de  M.  Dufaitelie  ne  s’accorde  pas  avec  les  anciens 
pouilles  citls  ci-dessus  ou  St-Tricat  est  ainsi  dt  s:gne  : Ecclesia  sancti 
Nicasii  in  Fontenes , D’ou  il  suit  que  Saint-Nicas  ou  Nicaise , aujour- 
d’hui encore  le  patron  de  l’eglise  , etait  le  nom  de  la  paroisse  de 
Fontenes  et  non  pcs  de  Markene.  — Quant  k Colewide , dont  le  nom 
se  retrouve  dans  Its  terriers,  e'etait  un  cbitoau-fort , situd  au-dessus 
de  Rodeliugliem. 


— 77  — 

■ Voyant  quc  tout  lui  avail  prospere  selon  ses 
» voeux,  Arnould,  qui  etait  riche , n’oublia  pas  le 
» riche  de  l’Evangile ; il  voulut  plaire  a Dieu 

» comme  il  avail  plu  en  tout  au  monde  et  aux 
» enfants  du  siecle.  A la  sollicitatiou  de  sa  ver- 

» tueuse  epouse  Adeline  dout  il  tenait  la  seigneurie 
> d’Ardres , il  fonda , dans  le  voisinage  de  cette 
» ville , une  maladrerie , c’est-a-dire  un  hdpital 

» pour  les  infirmes  avec  une  chapelle,  sur  la 

» Leodberne  (1)  qui  etait  k cette  epoque  une 
» route  royale  frequentee  par  une  populeuse 
» multitude  de  passants.  11  dota  cet  etablissement 
» de  reveuus  pour  y sustenter  les  malades  ou  le- 
» preux  et  la  pourvut  d’un  aumonier  pour  en 
» desservir  la  chapelle.  » 

Cette  route  royale,  qui  etait  si  frequence  du 
temps  d’ Arnould  de  Markene  et  que  Lambert  ap- 
pelle  la  Leodberne,  est  incontestablement  la  Leu- 
lene  qui , ainsi  que  je  viens  de  le  dire , traverse 
Autingues  et  Lostbarne , a un  kilometre  au  plus 
des  reroparts  d’Ardres.  La  chapelle  fondee  par  Ar- 
nould existait  encore  au  seizieme  siecle.  Elle  est 
designee  dans  les  titres  sous  le  nom  de  chapelle 
de  Locdebarne  (2).  Sur  son  emplacement  s’eleve 

(1)  Supra  viam  , tunc  temporis  regalem  et  populosd  transeun - 

tium  multitudine  frequentatam , Leodeberk am....  (Lambert.  Ardens. 
mM  cap.  68). 

(2)  Les  denombrements  des  seigneurs  de  Rodelinghem , de  Ferlin- 
ghem  et  de  Landrethun , font  souvent  mention  des  terres  appartenant 
a la  chapelle  de  Locdebarne.  Ges  denombrements  sont  insert ts  tout 


aujourd’bui  one  habitation  a usage  de  ferine  et 
de  brasserie  appartenant  a M.  Bremart , maire  de 
Loocbes.  Le  cimetiere  des  ladres,  qui  porte  encore 
ee  nom  mais  qui  est  depuis  longtemps  a usage 
de  pature , etait  presqu’eo  face , de  i’autre  cole 
du  cbemin  en  tirant  vers  Ardres  ; il  est  presqu’at- 
tenant  aux  glacis  de  cette  ville. 

Joint  a d’autres,  ce  renseignement  eehappe  par 
hasard  a la  plume  de  * I’bistorien  est  comme  un 
trait  de  lumiere  qui  nous  revele  tout  a la  fois  I’im- 
portance  et  la  prosperity  de  la  voie  de  Leulene 
anlerieurement  au  treizieme  siecle , sa  decadence 
et  son  declassement , a partir  de  cette  meme  epoque. 

Et  en  effet , il  resuite  positivement  de  ee  recit 
de  Lambert  d’ Ardres  que,  vers  la  moitie  du  dou- 
zieme  siecle , la  Leulene  etait  une  route  royale , 


an  long  dans  le  registre  des  fiefs  de  la  cbitellenie  de  Toqrnehem, 
dresse  par  le  procureur  fiscal  , Jehan  de  la  Caurye  , en  1543.  — 
(Archives  de  Toumehem  , registre  n°  71  # eottt  hhh.  Voir  ce  que 
j'en  ai  dit  dans  la  deuxicme  livraison  du  Bulletin  historique).  Ce 
registre  est  trfeg  precieux  pour  determiner  la  veritable  position  de  la 
Leulene.  Car  il  comprend  tons  les  villages  , les  seigneuries  et  les 
fiefs  que  parcourt  ce  chemin , dans  une  etendue  d’environ  six  lieues, 
depuis  les  possessions  anglaiscs , au  nord  de  Rodelingbem  et  Fer- 
lingbeui , jusqu'au-dela  de  Cormette.  La  Leulene  remplit  dans  les 
titres  un  double  rile,  d'abord  comme  tenant  et  aboutissant  et  en- 
suite  pour  la  fixation  des  droits  de  relief  qui,  aux  termes  de  Particle 
22  de  la  coutume  de  la  ch&tellenie  de  Tournehem,  sc  payaient  a 
raison  de  XU  sous  pour  ebaque  mesure  de  terre  situee  a Test  de  la 
Leulene , et  dc  VIII  sous  seulcmeut , pour  ebaque  mesure  situee  a 
iouest. 


— 79  — 

el  une  route  royale  frequentee , suivant  l’expres- 
sion  de  cet  historien  , par  une  populeuse  multitude 
de  passants , populosd  transeuntium  mulliludine  ; 
que  ce  fut  meme  la  uo  des  motifs  qui  porterent 
Arnould  de  Markene  dans  un  esprit  de  charitd 
chretienne  a elever  sur  ee  cliemin  une  mala'drerie, 
en  meme  temps  que  son  suzerain  immediat , Ar- 
nould de  Gand  , en  fondait  une  autre  a deux  lieues 
de  la  a Espelleke,  l’un  des  faubourgs  de  Guines  (1). 
Or , quelle  etait  la  cause  de  ce  grand  mouve- 
ment  qu’on  remarquait  a cette  epoque  sur  le  che- 
min  de  Leulene?  C'est  ce  qu’il  n’est  pas  indifferent 
de  recliercher.  Ce  n’etait  pas  assurement  le  port 
de  Sangate  qui  n’existait  plus  depuis  longlemps 
et  qui  etait  a cette  epoque,  suivant  l’expression 
de  Lambert  lui-meme  , un  lieu  obscur  et  ignore, 
sine  nomine  locus.  Ce  n’etait  pas  non  plus  la  pe- 
tite ville  de  Guines  qui  n’avait  rien  qui  put  attirer 
un  aussi  grand  nombre  de  voyageurs. 

La  cause  de  ce  grand  mouvement  c’ etait  le  port 
de  Wissant , le  Portus  Itius  de  Cesar , le  port 
britannique , comme  l'appelle  Lambert.  Wissant , 
ou  plulot  kPisan , dont  Cesar  n’a  fait  que  defigurer 
le  nom  gallo-belge  (2) , avait  toujours  conserve 

(1)  Arnould  de  Gand , neveu  et  successeur  de  Mauasses , etait  ie 
7*  comte  de  Guines.  — « Sub  eodem  autem  temporis  cursu  , Amoldus 

» comes  instauravit  et  ipse  pauperum  xenodochium  et  lepro - 

» sorum  extrd  Ghisnas  apud  Spellekas....  » (Lamb.  Ardens  , ibid, 
cap.  69). 

(2)  Wisan  dont  Ctsar  ria  fait  que  defigurer  le  nom  gallo-belge  ; 


le  monopole  da  passage  en  Angleterre  que  lui 
donnait  naturellement  sa  position  sur  le  point  le 


ceci  a besoin  d'une  explication.  — Au  dixifeme  sifccle , Flodoard  et 
Richer  (voir  le  t.  V du  monument . collect.  Allemand.  , p.  385  et 
589)  eppellent  Wissant  Portus  Guisus.  Ce  dernier  mot  est  6videm- 
ment  employe  poor  Wisus  et  la  termination  latinc  us  a ete  substitute 
par  ce#  chroniqueurs  k la  terminaison  teutonique  an  que  remplace 
aujourd’hui  en  allemand  et  en  flamand  la  terminaison  en.  Aussi , 
M.  Guizot  a-t-ii  traduit  ce  mot  Guisus  par  W isan . II  suit  done  de 
la  qu’il  faut  considerer  le  mot  Wissant  corame  ttant  formt  du  ra- 
dical Wit  et  de  la  terminaison  an  qui  ttait  muette  dans  la  pronon- 
ciatiou  , comme  la  terminaison  en  dans  Wat  ten  , Bergen  , etc , qu’on 
prononce  , malgrt  cette  orthographe , Watte  , Bergue , etc.  — Or  si 
Wissant  devait  s’ecrire  W isan  et  se  pronongait  primitivement  Wise  , 
il  est  facile  de  s’expliqner  que  Cesar  , peu  familier  avee  le  W teuton 
et  gallo-belge  qui  etait  etranger  a sa  langue,  ait  neglige  cette  lettre, 
comme  le  suppose  le  savant  Ducange  , dans  sa  dissertation  manus- 
crite  sur  le  Port  Itius  , et  que,  latinisant  ce  nom  comme  s’il  s’etait 
6crit  simplement  Iss  en  y ajoutant  la  terminaison  ius , il  en  ait  fait 
Itius  ou  Iccius.  C’est  ainsi  qu'en  frangais  nous  avons  fait  Odin  de 
Woden  , Eustache  de  Wistasse  , Eussy  de  Wilciacus,  etc.  Mais  dans 
la  suite , les  Romains , plus  familiers  avec  l'ididme  de  nos  aieux , 
rendirent  le  plus  ordinairement  le  W par  un  G ; e’est  ce  que  con- 
tinuerent  k faire  non  seulement  les  chroniqueurs  qui  se  piquaient 
d'une  bonne  latinitd , mais  les  romanciers  eux-mtmes  , et  par  ce  mol, 
j’entends  les  auteurs  qui  tcrivirent  dans  la  langue  romane , origine 
premiere  de  notre  langue  frangaise.  C’est  ainsi  que  dans  le  manuscrit 
anglais  de  la  chronique  des  dues  de  Normandie  , ecrite  vers  117# 
par  le  trouv&re  anglo-normand  Benoit , nous  trouvons  ce  vers  : 

A Dovre  passa  de  WisgANT. 

Mais  dans  le  manuscrit  frangais  de  la  biblioth&que  de  Tours,  le 
W est  rcmplact  par  un  G et  VS  par  un  N: 

A Dovre  passa  de  GuiNgANT. 

La  charte  de  Guillaume  Cliton  , en  1127  , conserve  encore  k ce 
nom  son  ancienne  terminaison  , apud  Wits  ah.  En  patois  on  prononce 
Wissein  , en  faisant  sonner  la  derniere  syllabe  comme  dans  le  mot 
dessein.  Si  Ton  me  demandait  pourquoi  cette  terminaison  s’est  main- 


plus  rapproche  des  c6tes  britanniques.  Sa  celebrity 
sous  ce  rapport,  pendant  la  premiere  periods  du 


tfcnue  , tandis  <|ae  celle  des  notns  de  Desvrene , Wellerte , Yeuzene* 
etc.  , qu’on  prononce  et  qu'on  4crit  mjourd’hui  Desvres , Welle  * 
Yeuze , a disparu  , je  r^pondrais  avec  Horace , ainsi  Va  voulu  l’ usage ; 

a «...  Si  volet  usus 

» Quem  penes  arbitrium  est , et  jus  et  norma  loquendi.  » 

C'est  ainsi  que  nous  pronongons  la  termaison  ent  dans  les  mote 
eon  fluent , Evident , excellent , etc, , tandis  que  nous  ne  la  pronon^ont 
pas  dans  les  verbes  ils  confluent , ils  evident , ils  excellent . 

Quant  k l’etymologie  du  mot  Wisan  y suivant  moi,  elle  est  fort 
simple.  G’est  notre  mot  huis  que  Beaumanoir  ^crivait  encore  par  un 
\\  au  douzi^me  sifccle , Wis , en  italien  uscio  et  en  latin  ostium  * 
signiflant,  comme  ce  dernier,  porte  et  embouchure  d9une  rivitre,  Havre* 
baie , Les  mots  flamands  wyck,  inwyck  ont  encore  cette  demure 
signification.  De  Ce  mot  on  a fait  en  fran$ais  guichet , issir  et  issue* 
en  italien  uscire , uscita  j ce  qui  prouve  l’identitl  du  radical  et  rient 
confirmer  ce  que  j'ai  dit  plus  haut  sur  la  formation  du  mot  ltius 
que  G6sar  a Ccrit  ainsi  au  lieu  de  Wissius  , comme  nous  avons  fait 
issir  , issue , au  lieu  de  w issir  9 w issue*  Wisan  plac4  k i'embouchure 
du  riu  de  Sombre  signifiait  done  le  lieu,  la  bourgade  du  Havre • 
C’est  ainsi  qu’on  disait  autrefois  1'ww  ou  Vhuy  de  Waldam,  pour 
designer  le  petit  port  que  formait  en  cet  endroit  un  ruisseau  sa 
jetant  dans  la  mer. 

Le  po&te  Le  Nort  a m£me  era  voir  dans  cet  wis  de  Waldam  le 
Portus  ltius  et  dans  le  nom  d'Oye  une  alteration  du  mot  voie , in* 
diquant  que  c’6tait  par  ce  Tillage  dont  dlpendait  le  petit  port  de 
Waldam  , qu’avait  lieu  le  passage*  Voici  en  effet  comment  il  g’e*» 
prime  s 

<c  Le  village , encor  aut  de  Waldam  nomm4  Oye 
» Se  dCpouillant  <Tun  V pour  ne  plus  dire  voie-..  » 

11  est  a remarquer  du  reste  que  sur  toute  la  cdte  du  d£trOit  il 
n’y  a pas  une  embouchure  de  rivifere  ok  l’on  ne  trouve  un  nom  de 
lieu  en  wis  , ghis  ou  wick.  Wis-an  k l’embouchure  du  riu  de  Sombre* 
W is-mille , Wis-mereux , k I'embouchure  de  cette  riviere,  Ghis-oriakon 
( dans  Ptollmle ) i l’erobouchure  de  la  Liane  > Quant-wick  , k I'ern- 

10 


moyen-age,  est  un  fait  trop  connu  pour  avoir  besoin 
d’etre  demontr£. 

Or , la  Leulene  qui , en  se  continuant  par  la 
chaussee  de  Brunehaut,  traversait  la  France  et 
conduisait  en  AUetnagne  aussi  bien  qu’en  Italie , 
aboutissait  a Wissant  par  deux  embranchements 
dont  1’un , qui  est  aussi  & mes  yeux  d’origine 
romaine,  prend  naissance  un  peu  au-dessous  de 
Landrethun  et  l’autre  , d’une  creation  beaucoup 
poster ieu re  , a Guines  (4).  Iperius  , qui  attribue 


bouctaure  de  la  Ganche  et  de  l’autre  cdte  du  ddtroit  Sand-wick  qu’on 
prononee  Sand-ouiche.  Nous  avons  vu  quelle  4tait  la  signification  de 
Wisan.  Les  autres  noms  peuveut  se  traduire  ainsi  : le  moulin  , le 
he  du  havre  ou  de  la  baie  , le  chef-lieu  dee  havres , le  hdvre  ou 
la  baie  de  la  Canche  , le  havre  des  sables . 

Je  ferai  remarquer  encore  que  les  autres  ports  du  littoral  ont  une 
signification  analogue  , tels  que  Sand-gate  , la  baie  des  sables  , Ca- 
lais et  Escalles  des  mots  cale  et  escalle  qui  en  terme  de  marine 
s’emploient  encore  dans  le  sens  de  crique  , anse.  Ambleteuse  , au- 
trefois Amfleat  du  verbe  anb-leiten  , conduire  dedans  , signifie  em- 
bouchure. Les  endroits  de  la  cote  ou  se  jettent  les  ruisseaux  de  moindre 
importance  , prennent  en  general  le  nom  de  cren  y synonime  de 
ms  et  de  gate  , mais  indiquant  une  plus  petite  ouverture . a Le  littoral  , 
» dit  M.  Harbaville , est  coupd  de  dix-sept  ruisseaux  ou  ravines  qui 
» se  font  jour  & tracers  les  dunes  et  les  falaises  et  qui  sont  appeles 
» ru  , riu  et  even . » J’ajouterai  que  de  Calais  i Audresselle , dans 
un  espace  d’environ  cinq  lieues,  on  compte  huit  points  de  la  cdte 
$ui  portent  ce  nom  de  Cren . 

(1)  La  premiere  de  ces  voies  conduisant , per  compendium  , de  la 
Leulene  et  de  Landrethun  k Wissant , ressemble  , sous  tous  les 
rapports  , a la  Leulene  : m&me  direction  en  ligne  droite  h travers 
champs  et  sans  deviation  vers  les  villages  voisins ; m£me  largeur 


— 83  — 

la  construction  de  la  Leulene  et  celle  de  la  voie 
de  Terouanne  a Cambrai  a la  reine  Brunehaut, 
nous  dit  en  effet  que  cette  chaussee  conduisait  a 
la  mer  ( c’est-a-dire  b Sangate  ) et  It  Wissant  : 
« Stratam  publican  de  C&meraco  ad  Atrebatum , 


dans  les  lieux  habites  el  mime  empierrement  qui  se  rcmarquc  encore 
a la  descente  du  mont  de  Fiennes. 

Quant  a la  seconde  qui  ne  presente  pas  les  memes  caracteres  , 
elle  a d&  ctre  creee  pqr  les  comtes  de  Guincs , dans  un  double  but  : 
afin  d’avoir  pour  eux-memes  une  voie  directe  de  Guines  k Wissairt, 
et  ensuite  pour  centraliser  en  quelque  sorte  le  droit  de  travers  , 
qu'ils  faisaient  payer,  dans  leur  ville.  La  premiere  voie  n’etant  plus 
entreteuue  , on  dut  done  passer  par  Guines. 

A ce  premier  tribut , les  comtes  de  Guines , dans  lc  principc  , 
en  avaient  ajoute  un  autre , le  droit  de  sauf-conduit  , que  devaient 
payer  les  voyageurs  qui  voulaient  etre  preserves  des  attaques  d’une 
bande  de  brigands  qui  , ayant  etabli  leur  repaire  dans  la  foret  dc 
St-Inglevert  que  traversait  le  chemin  dc  Guincs  A Wissant  , deva- 
lisaient  les  passants  et  quelquerois  les  assassinaient.  In  illo  etenim 
loco  , dit  Lambert  d’Ardres , si  quid  vero  creditur  , inspiliatores , 

( PROPTER  QUOS  APUD  GhISNAS  TRIDUTLM  , UT  AlUNT  , PR1MO  COXSTITL’M 
f.st  et  solltum  ) , olim  in  concavis  terree  locis  et  in  abscond  it  is 
latitantes  et  transeuntibus  quibuslibet  insidiantes  aliis  onus  decu- 
tiunt , aliis  gestatoria  deripiunt  , aliis  mortem  comminantur  , non- 
null is  etiam  , ablatis  rebus  , rumphoeis  et  oceultis  spatulis  vel  cani- 
pulis  sicut  siccarii , imb  verb  siccarii  , mortem  ingarunt. — Quelques 
lignes  plus  haut , Lambert  d'Ardres  appellc  St-Inglevert  , dont  le 
veritable  nom  Itait  Santinghevelt , un  lieu  couvert  de  b.ois  , locus 
nemorosus . 

GvS  brigands  furent  expulses,  vers  le  milieu  du  onzieme  siecle  , 
par  Oylard  de  WimiUe  qui  etablit  un  hopital  pour . les  voyageurs  sur 
les  bords  memes  du  chemin  , inter  Ghisnas  et  Witsand.  — Si  ces 
faits  sont  exacts  , ils  font  naturellement  suppose  r que , si  les  comtes 
de  Guines  n’etaient  pas  d’intelligeiice  avec  les  voleurs,  ils  les  tole- 
raient  du  moins  dans  l’interet  de  limpet  qui  leur  cn  reveuait. 


— 84  — 

> hint  ad  Morinum  et  usque  in  mare,  usque  ad 

• With-sandum  fecit,  que  Calceia  Bruneehildis 

• nominalur  usque  in  hodtermm  diem.  » De  son 
cdte , Guillaume  d’Andre  qui  ecrivait  sa  chrooique 
environ  un  siecle  et  demi  avant  Iperius , appelait 
le  chemin  de  Leulene  qui  passait  a deux  kilome- 
tres au  plus  k l’ouest  de  ce  monastere , « la  chaus- 

» SEE  PUBL1QUE  ALLANT  DE  FnANCE  EN  AnGLETERRE  , 

• stratum  publicum  d F rancid  tendentem  in  Angliam.  » 
Ailleurs  lorsqu’il  parle  de  la  construction  d’une 
aumdnerie  dans  le  monastere  d’Andre , par  Gille- 
bert , son  premier  abbe  , il  dit  que  cet  hospice 
etait  specialement  destine  * aux  pauvres  pelerins 
» qui  passaient  d’un  royaume  a l’autre  et  d’une 

• nation  cbez  un  autre  peuple  : ad  opus  paupe- 
» rum  peregrinorum  et  de  regno  in  regnum  et  de 
» gente  ad  populum  alter um  Iranseuntium.  » II  ap- 
pelle  plus  loin  l’embranckement  de  la  Leulene. qui 
conduisait  a Wissant;  « le  chemin  de  la  Mer  > 
via  Maris. 

J’avais  done  raison  de  dire  que  la  Leulene  etait 
une  route  inter-nationale  dans  le  sens  propre  de 
ce  mot. 

De  lk  cette  populeuse  multitude  de  passanls , sur- 
tout  pendant  le  douzifeme  siecle  qui , il  ne  faut 
pas  l’oublier , fut  celui  des  croisades  et  des  pele- 
rinages. 

Cette  expression  de  1’historien  des  comtes  de 
Guines  n’a  rien  d’exagere  , mcme  pour  les  temps 


— 85  — 

qui  lui  sont  anterieurs.  Car  avant  son  epoque , 
surtout  pendant  les  deux  siecles  qui  ont  suivi  le 
regne  de  Charlemagne , alors  qu’il  n’y  avait  au- 
cune  police  sur  les  chemins , infestes  d’ailleurs  par 
les  Normands,  les  voyages  de  long  cours  ne  se 
faisaient  que  par  caravanes.  Les  particuliers  qui 
n’avaient  pas  de  suite  , attendaient  sur  la  route  le 
passage  de  ces  societes  de  voyageurs  auxquelles  ils 
se  joignaient.  Souvent  meme  une  caravane  s’unis- 
sait  a une  autre , lorsqu’elles  se  rencontraient,  et 
elles  cheminaient  toutes  deux  de  compagnie  jusqu'k 
l’endroit  ou  chacune  d’elle  devait  changer  de  di- 
rection. C’est  ainsi  que  dans  une  histoire  des  mi- 
racles de  St-Bertin , ecrite  vers  900 , nous  voyons 
un  jeune  novice  du  monastere  de  Sithiu,  qui  vou- 
lait  aller  a Rome  , attendre  le  passage  d’une  ca- 
ravane d’Anglais  ou  Saxons  d‘ outre-mer , comme 
les  appelle  l’hagiographe , et  se  joindre  k elle.  Ces 
Anglais  suivaient  le  chemin  de  Leulene  qui  etait 
d’ailleurs  le  plus  direct  vers  1’Italie,  car  ils  pas- 
serent  a Langres  qui  se  trouve  en  effet  dans  le 
parcours  de  celte  ancienne  voie.  Arrives  au-dela 
de  cette  ville  , ils  rencontrerent  une  autre  cara- 
vane composee  de  marchands  de  Verdun  qui  se 
rendaient  en  Espagne  pour  leur  negoce.  Ces  deux 
societes  de  voyageurs  se  reunirent  et  firent  route 
ensemble  jusqu’a  l’endroit  ou  le  chemin  de  1’Es- 
pagne  se  s^parait  de  celui  de  l’ltalie  (1). 


(1)  « At  non  Ion  go  post  toedere  ccepit , professusque  est  cordi  sibi 


— 86 


Les  bourgeois  de  St-Omer  en  particulier  fre- 
queutaient  beaucoup  le  port  de  Wissant , com  me 
le  prouve  la  charle  qui  leur  fut  octroyee  par  Guil- 
laume Clitou  en  4127.  < Si  je  me  reconcile  avec 
» Etienne,  comte  des  Boulonnais , porte  l’art.  47 
» de  cette  charte , je  ferai  inserer  dans  1’accord 
» qui  interviendra  entre  nous  l’exemption  a votre 
» profit  du  tonlieu  et  du  sewerp  ( rejet  de  mer , 
• c’est-a-dire  le  droit  d’epave)  a Witsan  et  dans 
» toute  sa  terre.  » II  est  evident  que  si  les  Au- 
domarois  n’avaient  pas  frete  des  vaisseaux  a Wis- 
sant en  destination  pour  l’Angleterre , Guillaume 
Cliton  ne  leur  aurait  pas  fait  cette  promesse.  Et 
en  effet , dans  la  vie  de  St-Bernard  le  Penitent, 
ecrite  au  douzieme  siecle  , nous  voyons  des  mar- 
chands  de  St-Omer  parcourir  les  cdtes  d’Angle- 
terre  sur  leurs  vaisseaux  pour  y faire  des  echanges 
ou  debiter  leurs  marchandises  et  aller  de  la  dans 
les  ports  de  l’Ecosse  exercer  le  meme  trafic  (1). 

II  est  h croire  que  les  cites  industrielles  d’Arras, 


» fore  Romam  pretendi.  Acceptdque  licentid  , junxit  se  Saxonibus  ultrb 
» marinis  Romam  pergentibus.  Cumque  und  cum  illis  pervenisset  ultrd 
» Lingonum  civitaicm  consociaver  unt  se  eis  Viridunenses  negoiiatores 
» eamdem  viam  tendenies  usqub  ad  diverticationem  vice  ducentis 
» Hispaniam.  n (Vit.  Su-Bert.  cap.  3S  ). 

(1)  Lc  livrs  des  coustumes  de  la  contd  de  Guisnes , que  la  Societe 
des  Antiquaircs  de  la  Morinie  fait  imprimer  en  ce  moment,  nous 
donnc  une  idee  des  marchandises  qu'on  importait  d’Angleterre  et  qu’on 
en  exportait.  Ce  sont  des  laines , des  draps  de  St-Omer  , de  Douai, 
du  Brabant , de  Flandres , des  couvre-chiefs  , des  peaux  de  mouton, 
des  chcvcux  , etc. 


— 87  — 

de  Verdun  , de  Reims  et  une  foule  d’autres  fai- 
saient  un  commerce  du  meme  genre  avec  la  Grande 
Bretagne.  Ce  commerce  donnait  nlcessairement 
beaucoup  de  vie  et  d’activite  a la  Leulene  , k la 
route  royale  qui  conduisait  de  toutes  ces  villes , 
suivant  l’expression  de  Lambert,  au  port  britan- 
nique  , britannicum  apud  portum  , c’est-k-dire  Wie- 
sant. 

Parmi  les  personnages  les  plus  celkbres  qui  ont 
suivi  cette  chauss6e  soit  pour  vcnir  en  France, 
soit  pour  passer  en  Angleterre , l'histoire  fait  men- 
tion de  St-Dunstan , St-Anselme,  St-Thomas  et 
Richard  , tous  quatre  archeveques  de  Canterbury, 
Alfred  Afire  , fils  d’Etbelred , roi  des  Anglo-Saxons 
lequel  , 

a A Dovre  passa  de  Wisfant,  » 

Louis  Vll  et  Louis  Vlll , rois  de  France. 

Au  rctour  de  son  exil  en  1169,  St-Thomas  de 
Canterbury  prit  cette  voie  pour  aller  a Guines  et 
s’embarquer  ensuite  a Wissant.  Sur  Tinvitation  du 
comte  Bauduin  II , Pierre  , abbe  d’Andre , 6tait 
alle  processionnellement  avec  toute  sa  communaut6, 
k la  rencontre  de  cet  illustre  pr6lat  jusqu’k  St- 
Omer.  Arriv6  k la  hauteur  de  l’abbaye  d’Andre, 
ce  saint  archevgque  , a la  prifere  de  l’abb6 , se 
tourna  vers  le  monastere  et , levant  la  main  vers 
le  ciel , il  le  benit.  Depuis  ce  jour , dit  Andre  de 
Marehiennes,  Dieu  entoura  ce  lieu  de  ses  graces 
et  de  ses  benedictions  : Ad  petitionem  m item  ab» 


— 88  — 

batit , dum  a parte  oeeidentali  hujus  loci  per  stra- 
tum publicam  iter  faceret  , elevatd  dexter d 

locum  hunc  benedixit , etc. 

Aussi  la  Leulene  6tait-elle  d’un  grand  revenu 
pour  Ies  comtes  de  Guines  , a cause  des  droits 
de  tonlieu  et  de  travers  qu’ils  percevaient  sur  tous 
les  voyageurs  et  les  marchandises.  Ces  droits  do* 
vaient  6tre  assez  onereux  , car  nous  yoyons  Ar- 
nould  1er,  aulreraent  appele  Arnould  de  Gand, 
en  exempter  , comme  une  grande  faveur  , par  une 
cbarte  de  1 451  , les  abbes  de  St-Bertin  pour  eux 
et  pour  tous  ceux  qu’ils  jugeraient  a propos  d’en- 
voyer  en  Angleterre.  Ce  comte  accorda  une  pareille 
exemption  aux  abbes  de  Clairvaux  et  de  Clair- 
marais  pour  tous  les  droits , est-il  dit  dans  la  charte, 
qu’on  exigeait  de  ceux  qui  passaient  en  Angleterre 
ou  qui  en  revenaient  : qua  d Iranseunlibut  in 
Angliam , site  redcuntibus  exigitur.  Le  cbemin  de 
Leulene  et  le  port  de  Wissant  devaient  etre  aussi 
tres-frequentes  par  les  Anglais  eux-memes , car  en 
1213,  lorsque  Fernand,  comte  de  Flandre , en- 
vahissant  le  comte  de  Guines,  se  fut  empare  de 
cette  ville , les  Anglais  de  son  armee , au  rapport 
de  la  chronique  d’Andre  et  de  St-Bertin  , brute- 
rent  le  chateau  de  Guines  , par  ressentiment , k 
cause  du  droit  de  passage  qu'ils  y avaient  long- 
temps  paye. 

Ainsi  c’etait  Wissant , le  port  breton , le  Portus 
ltius  de  Cesar  qui  faisait  la  fortune  de  la  Leulene, 


cette  vieille  cbaussee  construite , suivant  toutes  les 
apparences , par  les  empereurs  romains.  Mais  a 
la  fin  du  douzieme  siecle  les  choses  avaient  d6ja 
bien  change  de  face  , et  cela  par  des  causes  qui 
sont  faciles  a deduire. 

D’abord  la  fondation  d’Ardres,  vers  1069,  avait  du 
naturellement  creer  une  voie  de  communication  plus 
directe  entre  celie  ville  et  Guinea,  comme  aussi  entre 
eette  meme  ville  et  St-Omer. 

En  meme  temps  que  la  fondation  d’Ardres  plagait 
ainsi , en  dehors  de  la  ligne  traversee  par  la  Leu- 
lene , un  nouveau  centre  de  population , Calais 
qui , au  onzieme  sifecle , n’etait  encore  qu’un  petit 
port  dependant  de  Petresse  (St-Pierre)  avait  pris, 
vers  la  fm  du  douzifeme  , un  developpement  qui 
devait  bientot  en  faire  le  principal  port  du  detroit 
et  la  clef  de  la  France  (1). 


(1)  Rien  n’est  plus  authentiquement  constatd  que  le  prodigieuz  d^relop- 
pement  que  prit  Calais  dans  l’espaee  d'un  demi-si&cle. 

D’apr&s  une  charte  de  Manass&s,  comte  de  Guinea,  Calais,  en  1124,  se 
confondait  encore  avee  Peterse  (St-Pierre). 

En  1181,  les  Calaisiens  obtinrent  une  quore  ou  Ichevinage  k part  et  la 
banlieue  de  eette  tille  est  limitde  au  eimetiire  de  St-Pierre. 

En  1190,  ils  obtiennent  la  permission  difaire  un  port  dans  lbur  ville; 
en  1196,  cello  de  se  eonstruire  une  Guildhalle,  mi  h6tel-de-ville. 

En  1200,  leur  echevinage  est  enfln  s^pare  de  eclui  de  la  terre  de  M&rch 
qui  comprenait  quatre  villages. 

En  1228,  leur  ville  est  fortifies  par  leur  seigneur,  Philippe  le  Hurepel, 
frfere  de  Philippe-Auguste  et  comte  de  Boulogne. 

Get  accroissement  ai  rapide  couta  cber  k Calais,  car  nouO  voyons,  d'apr&l 

12 


— 90  — 


A cote  de  Calais , Thierry  d’Alsace  venait  de 
creuser  le  port  de  Gravelines  et  de  canaliser  FAa 
qui  mettait  ce  port  k la  portee  de  St-Omer. 

Quant  a cette  derniere  ville  , qui  s’6tait  aussi 
considerablement  developpee  depuis  deux  siecles  , 
a tel  point  qu’elle  6clipsait  deja  depuis  longtemps 
la  vieille  capitate  des  Morins , tout  k la  fois  comme 
place  de  guerre  et  comme  cit£  marchande,  elle 
se  trouvait  , par  rapport  k la  voie  de  Leulene , 
dans  une  position  analogue  et  tout-k-fait  corres- 
pondante  a celle  d’Ardres  et  de  Calais.  II  en  etait 
de  m£me , plus  avant  dans  l’interieur , des  villes 
egalement  modernes  d’Aire , Lillers  et  Bethune 
qui  s’eloignaient  encore  davantage  de  l’ancienne 
chaussee.  Celle-ci , qui  avait  ete  particulierement 
construite  dans  cette  direction  pour  relier  entr’elles 
la  cite  des  Atrebates  et  celle  des  Morins  et  pour 
eommuniquer  avcc  un  port  qui  n’existait  plus,  de- 
vait  perdre  de  son  mouvement  et  devenir  moins 
frequence  au  fur  et  a mesure  que  les  nouvelles 
villes  de  l'Artois  et  de  1’ancienne  Morinie  s’ele- 
vaient  et  acqueraient  de  (’importance. 

Toutefois  1’avantage  qu’avait  la  Leulene  par  son 
embcanchement  avec  Wissant  de  relier  I’Angleterre 
avcc  l’ltalie  et  I’Allemagne  par  plusieurs  autres 


les  archives  d ’Artois,  oil  se  trouvent  tous  leg  actes  dont  je  viens  de  parlcr, 
quc  le  magislrat  de  eette  ville  dut  emprunter  frequemracnt,  dang  le  courg 
du  XIII*  siecle , des  sommcg  d’argent  assrz  iruportantes  a des  bourgeois 
d’Arras.  (V’.  i invent  ni  re  des  chart  as  d’ Artois,  par  de  Godefroy ). 


— 91 


embrancbemeuts  et  de  traverser  toule  la  France; 
joint  a cela  que  ce  cbemin  etail  parfaitement  entretenu 
par  les  comtes  de  Guines  qui  avaient  interet  a le 
faire  et  que  d’ailleurs  les  habitudes  une  fois  prises, 
surtout  quand  elles  sont  aussi  anciennes,  ne  se 
perdent  pas  facilement , toutes  ces  circonstances 
avaient  seules  preserve  la  Leulene  de  l'abandon 
qui  la  menagait. 

Mais  quand  Wissant  eut  ete  depossede  de  ce 
jponopole  du  passage  dont  il  jouissait  depuis  tant 
de  siecles  ; quand  Calais  et  Gravelines,'  parlageant 
avec  lui  ce  privilege,  eurent  attire  a eux  le  trans- 
port exclusif  des  marchandises  dans  toute  la  con- 
tree  situee  & Test  de  la  Leulene  , contree  qui  etait 
sans  contredit  la  plus  commergante ; quand  une 
voie  de  communication  plus  directe , l’Aa  pour 
Gravelines  et  le  cbemin  d’Ardres  pour  Calais , 
eurent  mis  ces  deux  ports  en  relation  avec  les 
villes  de  I’interieur  ; quand  Paris , d’autre  part , 
fut  devenu  le  centre  de  toutes  les  routes  royales 
tant  pour  l’interieur  de  la  France  que  pour  l'elran- 
ger  ; que  Philippe-Auguste  , revendiquant  la  pro- 
priete  des  grands  cbemins  du  royaume  et  se  char- 
geant  de  leur  entretien , eut  investi  des  commis- 
saires  royanx  ( missi  dominici ) du  droit  de  regler 
tout  ce  qui  interessait  la  stabilite  et  la  surele  des 
routes  (4 ) ; quand  enfin , a la  meme  epoque , des 


(1)  Cotelle,  droit  admi nisi  rati f}  t.  l9r,  p.  224. 


— 9*  — 

corporations  religieuses  s’&ant  form£es  sous  le 
nom  do  Frbe s pontifex , c’est-i-dire  faiseurs  de 
ponts  , eurent  pris  a charge  d’etablir  des  ponts 
ou  des  bacs  aux  points  de  passage  les  plus  fre- 
quents des  fleuves  (1)  et  qu’ainsi  de  nouvelles 
voies  de  communications  allant  d’une  province  a 
une  autre  eurent  avantageusement  remplace  les 
chaussees  romaines  considerablement  deteriorees  sur 
plusieurs  points , faute  d’entretien,  et  ne  repondant 
plus  d’ailleurs  aux  besoins . de  l’epoque , & eaus( 
de  leur  direction  a travers  champs  et  loin  des 
villes  populeuses  qui  depuis  s’etaient  parlout  6le- 
vees ; — e’en  fut  fait  de  la  voie  de  Leulene.  Wis- 
sant,  par  suite  de  cette  force  des  habitudes  dont 
j’ai  deja  parle  , lui  survecut  encore  pendant  en  - 
viron  un  siecle  el  derni,  comme  port  de  traversee, 
pour  les  Anglais  qui  venaient  en  France  et  les 
voyageurs  qui  passaient  de  France  en  Angleterre. 
Mais  ce  port  n’etait  plus  que  l’ombre  de  lui-meme. 
Deja,  des  le  commencement  du  quatorzieme  siecle, 
Calais  etait  en  possession  de  fournir  a l’Artois  ses 
vins  et  les  autres  denrees  qui  venaient  par  mer 
et  se  consommaient  dans  cette  province.  C’est  ce 
que  prouvenl  les  comptes  des  baillis  de  St-Omer 
a cette  epoque  (2).  Les  chartes  par  lesquelles 

(1)  Cotclle  ibid. 

(S)  Miscs  etcommuns  despeng  (1332). 

« Pour  111  tonnes  dc  vin  blanc  accatdes  a Calais  par  le  bailly,  XVIII 1. 
» la  tonne  et  pour  une  tonne  de  vin  vermeil  accatde  ft  memo  par  le  dit 
» bailly,  XLl  liv.  Xu.... 


— 93  — 

Richard  Coeur-de-Lion,  Jean-sans-Terre  ct  Henri  III, 
accorderent  aux  Calaisiens  le  privilege  d’etre  trails 
dans  tous  les  pays  de  leur  domination,  com  me 
leurs  propres  sujets  , prouvent  m6me  qu’il  y avait 
deja  plus  d’un  siecle  que  les  marchands  de  Calais 
etaient  en  relation  de  commerce , pent-tore  moins 
encore  avec  l’Angleterre  qu’avec  le  Bordelais , 
province  qu’Eleonore  de  Guyenne  avait  apport£  en 
dot  a Henri  II  (1). 

II  me  resle  main  tenant  k parler  de  1’ancien  che- 
min  d’Ardre3  qui , dans  cette  contree , a succede 
a la  Leulene,  et  a exposer  en  peu  de  mots  les 
faits  qui  toablissent  ce  deplacement  dans  la  circu- 
lation , du  vivant  meme  de  Lambert  d’Ardres. 

» 1311.  — Pierre  de  la  Mallifcre,  baillj  de  St-Omer  pour  VI  tonnes  de 
» tin  vermeil  accatees  k Calais  pour  lui  k Willaume  Renaud  IX  lib.  la 
» piece,  dont  II  des  tonnes  furent  mises  k Tournehem , II  tonnes  k la 

» Montoire  et  II  autres  tonnes  au  eastel  de  Ruhout etc.  a 

(Registrc  original  appartenant  k M.  L*  de  Givenchy). 

(1)  Les  Calaisiens  se  livr&ient  deji  au  commerce  des  vins  d&s  le  com- 
mencement du  XIII*  siecle.  Car  en  1229  ils  rachet&rent  leur  ville  des 
mains  de  Fernand,  comte  de  Flandre,  qui  menac&it  de  la  bruler,  moyen- 
nant  mille  cinq  cents  livres  et  20  tonnes  de  tin  , pretio  mille  quingen - 
tarum  librarum  et  viginti  doliohum  vini.  Mais  il  ne  devait  pas  en  etre 
ainsi  au  siecle  precedent , car  les  moincs  d'Andre,  si  voisins  de  Calais,  al- 
laient  faire  leurs  provisions  de  vin  k St-Omer,  oft  ces  liquides  arrivaient 
sans  doute  par  Gravelines.  Ces  vins  etaient  transports  dans  des  outres  o& 
tonneau x ferres  que  les  moines  envoyaient  k qet  effet  k St-Omer  : litres 
vel  cadi  fert'ati  mittebantur.  (Chronic.  Andrens.  Spicii  Achery , t.  9). 


— 94  — 


III. 

ANCIEN  CHEMIN  D’ARDRES  QUI  A REMPLACE  LA 

LEIILENE  COMME  ROUTE  ROTALE. — ETYMOLOGIE 

des  mots  Leuleingue  et  Bruneh  ut. 

On  a du  remarquer  dans  le  passage  que  j’ai 
cite  plus  haul  que,  quand  il  fait  mention  de  la 
Leulene  ou  Leodberne  comme  etant  une  route 
royale  tres  frequeritec  , Lambert  d’Ardres  parle  an 
passe.  11  fait  allusion  & un  etat  de  chose  qui  exis- 
tait  du  temps  d’Arnould  de  Markene  tunc  temporis, 
et  qui  par  consequent  avail  deja  cesse  a l’epoque 
oil  il  ecrivait.  Iperius  s’ exprime  egalement  au  passe 
quand  il  raconte  qu’en  1213  les  Anglais  de  l’armee 
de  Fernand  brulerent  le  chateau  de  Guines  pour 
se  venger  de  ce  qu’ils  avaient  ete  forces  longtemps, 
lonrjo  tempore,  d’y  payer  le  droit  de  travers(l). 

Les  faits  qui  suivent  viennent  prouver  que  deja 
k cette  epoque , Uancien  chemin  d’Ardres  avait 
remplace  la  Leulene. 


(1)  Anglici  illius  exerctius  castellum  Ghisnense  c ombusserunt  in  ultio- 
nem , quia  ibidem-iongo  tempore  passagium  solvere  cogebantur,  (Cbro- 
nicon  Sithicnse  ad  ana.  1213). 

Oppidum  Ginensc,  cum  castello  et  mansionibus  comitis  evertit  et  com- 
bussit  et  ad  hoc  faciendum  omnes  Anglicos  in  exercitu  commorantes  p 
pro  eo  quod  tarn  ipsi  quam  eorum  compatriota:  in  eodem  castro  peda - 
gium  scepius  persolverant , quasi  in  ultionem  sui  crudeliter  as  civ  it  et 
gvocavit,  (Cbronicon  Andreuse  ad  ana.  1214). 


Vers  4174,  Pierre,  abbe  d’Andre,  que  ses  af- 
faires appelaient  souvent  a Terouanne  et  k St-Omer, 
traversait  frequemment  le  Tillage  de  Nordausque 
( Elceka ) , en  suivant  la  voie  publiqoe  qu’inondait , 
pour  la  plupart  du  temps,  les  eaux  de  la  riviere 
de  Tournehem  sortant  de  sou  lit  (1).  Les  habi- 
tants de  Nordausque , il  est  vrai , etaient  toujours 
disposes  k passer  les  voyageurs  en  voiture  ou  en 
bateau , mais  ce  n’etait  que  moyennaut  une  retri- 
bution , ce  qui  elait  un  grand  obstacle  pour  les 
pelerins  et  les  indigents.  Pour  parer  a cet  incon- 
venient , l’abbe  Pierre  fit  venir  sur  les  lieux 
maitre  Aimon  , son  architecte , qui  venait  de  re- 
construire  l’eglise  de  1’abbaye  d’Andre  et  lui  donna 
l’ordre  de  faire  un  pont,  ce  qui  fut  execute.  On 
employs  a cet  effet  des  pierres  de  taille  qu’on 
avail  fait  venir , k grands  frais , de  lointaines  car- 


(!)  Eodem  tempore  Petrus  abbas  ad  castrum  S.  Audomari  et  ad  ur- 
bem  Morintnsem  frequenter  transitum  ptv  negotiis  domesticis  faciens  et 
sub  villd  Elcekd  in  strata  publica  flvvium  de  Tomehem  serpius  inundan - 
tem  et  naturalem  alveum  frequenter  egredientem  prospiciens  ac  per  hoc 
advenas  et  peregrines  pauperes  et  debites  et  omnes  prcecipue  pedites 
moras  et  pericula  pati  compatiens,  magistrum  Aimonem  qui  ecclesiam 
preesentem  construxerat , qui  de  novo  domum  eleemosynariam  consum - 
marat , cum  quibusdam  ccementariis  et  aliis  operariis  ibidem  trans - 
missit  et  dei  fultus  auxilio,  nultius  tamen  fretus  adminiculo,  de  bonis 
hujus  eclesice  eteganti  opere  pontem  incepit  et  ad  multorum  subsidium  in 
brevi  tempore  consummavit,  tapidibus  duns  et  quadtatis  de  remotis 
tapidicinis  ad  opus  sumptuosce  structures,  etc ...  Ipsius  villa  homines 
cicm  pons  inibi  non  esset  nunc  vehiculo,  nunc  navigio,  non  tamen  gratis, 
vkitores  asportabant..i . (Chronieoo  Andr*nse,  tpitilegium  Acberj). 


— 96  — 

riferaa , et  le  pout  qui  en  fut  coustruit  reunit  l’ele- 
gance  a la  soliditk. 

C’etait  au  passage  de  ce  pont  qu’on  payait  les 
droits  de  travers  k l’entree  du  comte  de  Guines. 
Les  mayeur  et  echevins  de  St-Omer  eurent , rela- 
tivement  a cet  impfit  qu’on  percevait  au  pout  de 
Nordausque  , un  proces  qui  donna  lieu  k une 
transaction  pass4e  entre  eux  et  Marguerite , com- 
tesse  d’Artois  en  1367  (1). 

Ces  faits  nous  prouvent  6videmment  que  dejk 
dans  les  dernieres  annees  du  douzieme  siecle , on 
avait  abandonne  la  Leulene,  qui  traversait  la  ri- 
viere au-dessous  de  Zouafque  ( Suaveca ),  pour 
suivre  le  chemin  de  Nordausque. 

Vers  la  fin  du  sifecle  suivant , Robert  d'Artois  , 
qui  peril  si  malheureusement  a la  bataille  de  Cour- 
trai,  avait  consacrd  une  soirnne  de  mille  livres 
tournois  k la  reparation  des  chemins  dans  le  bail- 
liage  de  St-Omer.  Dans  le  compte  que  rendit  le 
bailli  en  1311  de  l’emploi  de  cette  soirnne,  figu* 
rent  au  nombre  des  chemins  Spares  : « le  pas 
» entre  Houlle  et  Aske  ( alias  Ausseque , Nor- 
t dausque ) ; . le  malvais  pas  qui  estoit  depuis  le 
» moot  de  Bauinghem  (Bayenghem-lez-Eperlecque), 
> au  quemin  qui  va  de  St-Omer  a Arde....  le  pas 
» qui  estoit  en  cel  meme  quemin  entre  Auske  et 
» Zuavesque  (Nordausque  et  Zouafque).  »,Des 


(1)  \,\t  8*  Tohnae,  p.  $ V7;  des  Mtmmres  de*  Antiq.  de  la  Morinie. 


— 97  — 

reparations  sont  $galement  faites  aux  chemins  qui 
se  trouvent  dans  la  chatellenie  et  l’^chevinage 
de  Tournehem  et  dans  tout  cela  il  n’y  a pas  un 
sou  depense  pour  le  chemin  de  Leulene. 

II  s’ensuit  done  qu’fc  cette  epoque  la  revolution 
etait  accomplie ; le  chemin  d’Ardres  avait  defini- 
tivement  remplace  la  voie  romaine. 

Ce  fut  le  premier  et  non  le  second  de  ces  che- 
mins que  suivit  Philippe-  le-Valois  quand  , en  1346, 
il  partit  de  St-Omer  pour  aller  au  secours  de 
Calais  assiege  par  Edouard  III.  Il  alia  coucher  4 
Ausque  avec  son  oit , pour  arriver  le  lendemain 
a Guines. 

En  rapprochant  ces  faits  du  recit  de  Lambert 
d’Ardres  qu’ils  viennent  confirmer , il  en  resuite 
que  e’est  dans  la  derniere  moitie  du  douzifeme  siecle, 
sous  le  regne  de  Philippe-Auguste  , que  ce  de- 
placement dans  la  circulation , dont  nous  connais- 
sons  d’ailleurs  les  causes , s’est  accompli.  Depuis 
lors , la  Leulene  dechue  de  son  titre  de  route 
royale  n’a  plus  gufere  6t6  que  ce  qu’on  appelle 
commun6ment  un  chemin  de  pays. 

Bignon , intendant  de  la  province  d’Artois  sous 
Louis  XIV , signalait  ainsi , en  1 698 , le  mauvais 
etat  oil  cette  chaussee  etait  deja  depuis  longtemps : 
« Les  autres  chemins  moins  frequentes  sont  ceux 
» d'Arras  k Calais  par  la  chaussee  de  Brunehaut 
» qu’on  dit  avoir  ete.  faite  par  Brunehaut  ou  Bru- 


— 98  — 

» nebilde , reine  do  France.  Quelqu'es  autros  sont 

> encore  attributes  a celte  meroe  princesse , comme 
» celle  d’Amiens  a Montreuil.  Ces  cbaussees  ont 

> ete  elevees  au  milieu  des  campagnes.  . On  peut 

> dire  en  general  que  ces  chemins , entre  lesqnels 

> il  y en  a d’impraticables , sont  en  tres  -mauvais 

> etat.  > 

11  n’est  peut-etre  pas  sans  interet  de  faire  re- 
marquer  que  l’ancien  cbemin  d’Ardres  (1)  qui  a, 

(1)  L'&neien  chemin  d’Ardres,  au  lieu  de  gravir  les  hauteurs,  comme  la 
grande  route  actnelle,  en  suivait  le  pied,  a peu  de  distance  de  celle  ci. 
1!  traversal!  les  villages  de  Tilques  et  de  Houlle  et  p*  **it  sur  le  roont  de 
Bavcnghem  pres  du  moulin  de  Monnecove,  d*ou  il  descendait  dans  Nor- 
daisque. 

Ce  chemin  4tait  lui-meme  tris-ancien.  C’est  celui  que  suirirent  les 
Normands,  aprfcs  avoir  deva&te  le  monastere  de  St-Bertin  et  le  bourg  de 
Sithiu  en  861.  Parmi  les  eaptifs  que  ces  barbares  trainaient  apres  eux  , 
etait  Regenard , l’un  des  quatre  moines  qui  etaient  restes  seuls  dans  le 
monastere.  On  conn  ait  ce  touchant  episode  racontd  par  un  hagiographe 
presque  contemporain  et  re  pete,  un  siecle  apres,  par  le  chroniqueur  Fol- 
quin.  Arrive  a Monnecove  qui  etait  le  lieu  de  naissance  de  Regenard,  ad 
villam  proprice  humanitiis  de  moire  profuiionis , distantem  d monasterio 
itrtio  miliario  ad  aquilonem  plagam . dictam  Mnrcio  , ce  jeune  moine 
s’etant  jete  la  lace  contre  terre  en  secriant  qu  il  voulait mourir  la  pour  le 
Christ,  et  s'etant  refuse  a les  suivre  quelque  effort  qu’ils  pussent  fiure 
pour  l’y  forcer,  les  barbares  le  perce rent  de  leurs  traits. 

L*uidication  si  precise  du  lieu  on  ce  fait  s’est  passe  se  rapporte  on  ue 
peut  plus  eiactement  1 Monnecove  qui  est  sur  I’ancien  chemin  d’Ardres, 
a trois  lienes  an  nonl  de  St-Omer  et  dont  le  nom  se  compose  des  deux 
mots  Moniek  ou  Month  et  hove,  la  metairie  ou  le  hameau  du  moine. 

Au  mot  Murtnio  qui  se  trouve  dans  lliagiographe , Folquin  a substitae 
celui  de  Munninio.  Cette  variante  s'explique.  En  fUmand,  le  mot  moine 
s’ecrit  de  trois  maniercs  : moninci,  moniek p month,  et  le  bifin  rua- 
(ique  qu’otr  parlait  alors  dans  les  monasteres,  ce  meme  mot  s’eerivait 


— 99  — 

pour  ainsi  dire  , supplante  la  Leulene  , il  y a pres 
de  sept  socles  , a ete  supplante  a son  tour , il 
n'y  a pas  encore  cent  ans , par  la  grande  route 
actuelle  de  St-Omer  a Calais  et  que  cette  der- 
niere  vient  de  subir  a peu  pres  le  memo  sort 
depuis  Petablissement  du  chemin  de  fer.  Quelle 
sera  la  nouvelle  voie  qui  supplantera  le  rail  way, 
c’est  ce  qu’il  serait  difficile  de  prevoir. 

La  Leulene  etait  autrefois  une  ligne  de  demar- 
cation qui  etablissait  une  difference  dans  la  quo- 
tite  des  droits  seigneuriaux.  Aux  termes  de  Part. 
40  de  la  coutume  de  Guines , les  fiefs  situes  a 
Test  de  cette  chaussee  ne  payaient  que  buit  sous 
de  relief,  tandis  que  les  fiefs  situes  a l’ouest  en 
payaient  douze.  Dans  la  chatellenie  de  Tournehem 
c’etait  Pinverse.  Pourquoi  cette  difference?  Je  n’ai 
pu  jusqu’ici  en  trouver  une  raison  qui  me  paraisse 
satisfaisante. 

— Mais  quelle  est  la  signification  de  ce  mot 
Leulene  , Leuline  et  plus  anciennement  Leuleingue  ? 
Telle  est  sans  doute  la  question  que  le  lecteur 
s’est  depuis  longtemps  posee. 

Je  ferai  d’abord  remarquer  que  dans  le  bail— 
liage  de  St-Omer , le  Calaisis  et  le  nord  du  Bou- 


munnes , mones.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  le  mot  ladmones  qui  re- 
vient  si  frequemment  dans  le  breviarium  de  850,  pour  designer  les  robes 
des  moines  (de  lead,  klead  vStemeni).  Ges  variantes  nous  expliquent  celle 
de  Folquin.  Quant  au  root  hove,  il  en  £tait  comrae  du  mot  hem ; on  le 
laissait  souvent  de  cOte,  ainsi  quo  je  l’ai  demontre  plus  haul. 


— <00  — 


lonnais , ce  mot  parait  avoir  ete  un  nom  commua 
qui  s’appliquait  autrefois  aux  routes  royales  et  en 
general  a tous  les  grands  chemins. 

On  trouve  en  effet  dans  les  terriers , indepen- 
damment  de  la  Leulene  proprement  dite , une 
Leulene  qui  mene  a St-Omer  , une  Leulene  qui 
mfene  de  Tournehem  a Mentque  (<)  , la  Petite- 
Leulene  de  Bayenghem  k Difques  dont  j’ai  deja 
parle  (2)  , une  autre  Petite-Leulene  autrement  ap- 
pelee  le  Pottrewegh  et  le  Wattrewegh  allant  de 
Tournehem  au  moot  de  Bayenghem  en  passant  au- 
dessus  de  Welle  et  de  Nordausque  , dans  la  di- 
rection de  Watten  (3).  Dans  le  Boulonuais,  il  y 
a la  Leuleingue  ou  chemin  vert  partant  de  Wis- 
sant  et  passant  sur  le  terxitoire  de  Leulinghem 


(1 — 2)  « Pour  une  mesure  au  Vierberq  (au-dessus  de  Tournehem) 

» abou tan t west  au  chemin  de  Loeullyne  qui  maine  de  Tournehem  & 
» Menteque .... 

» Item  ung  enclos  contenant  six  quartiers  audit  lieu  de  Belleverdure 
» (hameau  de  Tournehem)...  listant  nort  au  chemin  de  Loeullyne  qui 
» maisne  h St-Omer,,, . 

» De  Maryne  de  Zeghers....  pour  trois  mesures  de  terre  seant  au  ter- 
» roir  de  Bayenghem,.,,  aboutant  west  a la  Petite  Loeullyne.  » (Archives 
de  Tournehem>  registre  d’Adolphe  Delehelle,  n°  64  cote  hhh  bis,  1578). 

(3)  c Guy  et  ses  dits  heritiers  pour  une  autre  pieche  contenant  six  quar- 
» terons....  gisans  au  Poitrehout,  listant  west  4 la  Petite  Leulinne  ou  che- 
» min  du  Poitrehout  (sur  le  territoire  de  Tournehem).  » — « Jean  Bue, 
» fils  et  heritier  de  Lievin....  pour  cinq  quartiers  de  terre  gisans  au  Poi> 
» trehout,  alias  Petite  Leulinne.  » (Ibid,  regist.  Monsigny,  1673).  — Le 
Poitrehout  s'ecrit  ailleurs  et  notamment  dans  le  rapport  du  seigneur  de 
Welle  de  1317  Pottrewech, 


— toi  — 


auquel  cette  aneienne  voie  a donne  son  nom  (1), 
la  Petite-Lealene  qui  passait  entre  Bainghem , 
Surques  et  Rebergues  (2)  et  la  Leulene  ou  che- 
min  vert  entre  Belle  et  Colemberf  (3). 

Dans  leur  traversee  dans  les  villages  ou  ils  for- 
maient  une  rue,  les  grands  chemins  prenaient 
aussi  assez  generalement  le  nom  do  Lostrat.  Delk 
les  deux  hameaux  de  Lostrat  situSs,  1’un  sur  la 
Leulene  , k l’entree  d’Esquerdes  , Pautre  sur  Pan- 
cien  chemin  d’Ardres , entre  Nielles  et  Louches. 
Cette  dernifere  grande  route  portait  encore  le 
nom  de  Lostrat  a Nordausque  et  k Bayenghem- 
lez-Eperlecques  (4).  11  y a en  outre  une  rue  dite 


(1)  « Leulinghero,  — Ce  village  est  situ6  prfcs  de  la  voie  romaine  de  . 
j>  Therouanne  k Wissant,  dont  l’extremite  porte  encore  le  nom  de  chemin 

» vert  ou  de  Leuleingue.  » (M.  Harbaville,  Memorial  historique ). 

(2)  Ce  chemin  qui  parait  etre  la  continuation  de  la  chauss^e  de  Wissant 
k Terouanne,  s’appelait  par  corruption  la  Petite  Welinde.  « Item  le  se- 
» cond  fief  que  je  tiengs  de  Mgr.  se  comprend  et  estend  en  quatre  me- 
» aures  de  terre  k labour  gisans  k Bainghem.  ..  aboutant  west  au  chemin 
de  la  Petite  Welinde,.*.  » (Rapport  du  seigneur  de  Westrehove  , an- 
cien  hameau  compris  entre  les  trois  Tillages  de  Surques,  Bainghem  et 
Rebergues  1547). 

(3)  « On  se  trouvait  alors  dans  un  chemin  vert , parfaitement  droit , 

» qu’on  nommait  dans  le  pays  Leveline  et  qui  mene  (de  Belle)  jusqu’4 
» Cotembert.  » (Puits  Art^sien  , 1841 , p.  208  ).  — Ce  chemin  que  M. 
Dilly,  dans  ses  chevauchtes  au  XIV ® sitcle , a 4erit  Leveline  au  lieu  de 
Leueline,  sans  doute  par  suite  d’une  mauvaise  lecture , porte  encore , 
m’a-t-on  dit,  le  nom  de  Leulene. 

(4)  « Item,  trois  quartrons  de  terre  a labour  s£ant  audit  dismage  de 
» Nordausque....  aboutant  de  nord  k la  rue  de  Leostraet..,.  (Rapport  du 


— 102  — 

Lostrat  4 Bilques  , une  autre  a Journy.  La  pre- 
miere qui  porte  encore  ce  nom , est  l’ancien  grand 
chemin  de  St-Omer  k Terouanne , la  seconde  celui 
de  St-Omer  k Boulogne  (1). 

Dans  le  voisinage  de  ces  grands  cbemins , de 
ces  Leulenes  et  de  ces  Lostrats  , on  rencontre  sur 
les  anciens  terriers  d’autres  cbemins  designes  sous 
le  nom  de  Boerwegh  , c’est-a-dire  chemin  de  poi- 
sons ou  de  cullivateurs  (2).  On  en  trouve  plu- 
sieurs  notamment  aux  environs  de  Surques  et  de 
Bainghem  (3)  ou  passaient  les  anciens  chemins 
de  Terouanne  b Wissant , et  de  Guines  a Mon- 
treal dont  Lambert  d’Ardres  fait  mention  (4). 

seigneur  du  Ploitz,  1543).  — « Guillaume  le  Walle  doibt  XI  s.  p.  et  II 
* chapons  dont  l'eglise  dudit  lieu  (Bayenghem-lez-Eperlecques)  prend  et 
» rescript  les  dits  XII  s.  pour  eertains  obiis  assigoez  sur  sou  manoir  ma- 
» nable....  aboutant  west  k Lehostraet...  » (Rapport  du  Sr  de  Bayenghem 
1543). 

(1)  « Le  premier  Ref  consiste  dans  le  lieu  et  enelos  ou  est  construit  et 
» IdifGee  ladite  6glise  (de  Journy)  tenant....  vers  Occident  k la  rue  dite 
n Lostrat  qui  conduit  de  St-Omer  et  de  la  Grande  Eclitre  k Boulogne.  » 
(Rapport  du  Sr  de  Journy,  1773). 

(2)  Des  deux  mots  boer , paisan,  cultivateur,  en  allemand  batter  et  weg 
ou  wechy  chemin. 

(3)  a Et  primes,  Simon  Lips  en  tient  de  mon  dit  fief  une  mesure  de 
» terre  k labour  gesant  entre  Bainghem  et  Westrehove,  listant  zut  a Jac- 
» ques  de  Bersacque  et  aultres,  nort  & Jehan  Lips  et  aboutant  oest  & de> 
» moiselle  Claire  d’Audenfort  ct  west  au  chemin  nommd  Boerwech. 

» Henin  Zeghers  en  tient  aussy  cincq  quartiers  huit  vergues , gesans 
» audict  lieu....  aboutant  oest  et  west  a deux  chemins  nommez  Boerwe- 
» gues.v  (Rapport  du  Seigneur  de  Westrehove,  1547). 

(4)  Voir  le  8e  volume  des  Memoires  des  Antiquaires  de  la  Morinie , 
p.  543. 


— 103  — 

11  y avail  aussi  dans  le  voisinage  de  1’ancien  che- 
min  d’Ardres  un  boerwech  & Bayenghem  , un  k 
Eperlecques  et  un  autre  k Moulle  qui  a donne 
son  nom  a un  hameau  de  cette  commune  (1). 

De  ces  observations  il  resulte  : 1°  que  ces  mots 
Leulene  et  Lostrat  avaient , dans  i’ancienne  langue 
vulgaire  du  pays,  une  signification  analogue  k cello 
de  grand  chemin  , grande  rue ; 2°  que  cette  langue 
vulgaire  ctait  un  dialecte  tudesque , semblable  au 
flamand  auquel  appartiennent  les  mots  straet  et 
boerwech  ; 3®  que  ces  memes  noms  Leulene , Los - 
traet  et  LeoJbertie  ont  un  premier  radical  com- 
mun.  C’est,  suivant  moi  , le  mot  saxon  leod,  dans 
l’allemand  moderne , leute  , signifianl  peuple  , pu- 
blic. Quelques  auteurs,  dil  Brodeau , dans  sacou- 
tume  de  Paris  , sous  le  mot  aleu , tirent  cette  ex- 
pression < du  saxon  leod  qni  signifie  le  peuple  , 
» ou  une  chose  populaire , k l’usage  commun  du 
» peuple , » et  il  cite  l’autorite  de  Spelman  k 
l’appui  de  cette  interpretation  (2).  En  admettant 
cette  etymologic  , le  nom  Lostraet , contracts  de 

(1)  « Item,  huit  mcsures  de  terre.  sans  y comprendre  les  chemins  ge- 
» sant  zut  dudit  lieu  (de  Northout  k Bayenghem-lez-Eperlecques)  et  abou- 
» tant  west  au  Borwech....  » (Rapport  et  denoinbrement  de  Jehan  da 
Northout,  1543). 

Le  Boumwech  d’Eperlecques  porte  encore  ee  nom  sur  le  plan  cadastral. 
Il  est  contigu  k la  grande  route. 

« Les  hamcaux  de  Moulle  sont  : Boisque , Borweque  , etc.  » (Piers, 
Peiites  histoires  des  communes  de  I'arrondiss.  de  St-Omer,  p.  17). 

(2)  Coutumes  de  Bt'Odtauy  t.  !•%  p,  48  4>  6dit.  dc  1689. 


— 404  — 

Leoditraet , signifie  done  chaustie  publique  et  sera 
la  traduction  parfaitement  exacte  des  mots  latins 
$trata  publica , dont  se  sert  Guillaume  d’Andre 
pour  designer  la  Leulene.  Cette  £tymologie  ne  peut 
plus  paraitre  douteuse , lorsque  nous  voyons  que, 
dans  les  contrees  voisines  oil  le  flamand  a ete  usite 
presque  jusqu’a  nos  jours , la  syllabe  lo  a ete  rem- 
place  par  le  flamand  plus  moderne  lien,  contrac- 
tion de  lieden  qui  est  identiquement  le  meme  mot 
que  l’allemand  leute  et  l’ancien  saxon  leod  (1). 
Ainsi  , sans  aller  si  loin  , il  existe,  sur  la  com- 
mune d’Audruicq,  un  petit  hameau  , situe  sur  le 
chemin  de  cette  ville  a Ardres,  qui  js’appelle  Lien- 
Straete.  Le  principal  cbemin  qui  conduit  k Mar- 
dick  porte  aussi  ce  nom , qu’on  a traduit  par 
chemin  de  Liene  ou  Liane  (2).  Par  une  trans- 
formation semblable  mais  en  sens  inverse  , dans 
le  haut  Calaisis  oil  le  roman  wallon  s’est  mele 
beaucoup  plus  tot  au  tudesque  que  dans  les  con- 
trees  plus  rapprochees  de  la  Flandre , on  a rem- 
place  le  mot  leu , leod  par  son  equivalent  wallon 
peupel  et  l’on  a dit  peupel-leingue  peupleingue  : 
e’est  le  nom  qu’a  pris  et  que  porte  encore  le  pre- 
mier village  que  traverse  la  Leulene , au  sorlir  de 
Sangate. 


(1)  V.  dans  le  dictionnaire  de  Darsy,  6dit.  de  1682,  les  mots  lien  et 
lieden , et  dans  le  dictionnaire  ollemand  de  Schuster,  ddit.  de  1845,  le 
mot  leute,  en  gothique  lauths, 

(2)  M.  de  Bertrand,  hietoire  de  Mar  dick,  p.  14. 


— 105  — 

fteste  maintenant  & rechercher  le  radical  du  mot 
leingue  et  le  rapport  de  synonimie  qu’il  peut  avoir 
avec  le  mot  straet. 

Je  laisse  d’abord  de  c6te  la  finale  ingue  qui  n’est 
qu’une  terminaison.  Ce  qu’il  faut  rechercher  c’est 
la  signification  du  radical  qui  doit  6tre  le  ou  it* 

Or,  suivant  le  dictionnaire  du  vieux  langage  {ran- 
fois  de  Lacombe , lie  signifiait  « un  chemin  large 
• dans  un  bois  (1). » Ce  mot  est  reste  dans  notre 
langue  avec  Cette  signification , mais  il  s’ecrit  au- 
jourd’hui  laie ; ce  qui  est  beaucoup  plus  conform© 
& son  6tymologie. 

Dans  le  grand  dictionnaire  flamand-franfoit  de 
Darsy  , edition  de  4 682 , publiee  par  Thomas  La- 
grue  (2)  , le  ye , leyde , veut  dire  conduit , du 
verbe  leyen , leyden  conduire , dans  le  sens  du 
mot  watter-leyd , conduit  d’eau. 

Ce  mot  est  essentiellement  germanique , car  il 
se  trouve  dans  toutes  les  langues  derivees  du  teuton, 
dans  l’allemand  leiten  , Tanglais  lead , le  danois 
lede , et  le  su£dois  leda. 

Dans  le  dialecte  tudesco-wallon  ou  bas  flamand 
qu’on  parlait  encore  dans  l’ancien  comt6  de  Guinea 


(1)  Dictionnaire  du  vieuto  langage  frangm  enrtchi  de  passages  tirts 
des  manuscrits  en  vers  et  en  prose  , des  actes  publics , des  ordonnances 
de  nos  rois , etc.,  etc*,  par  M,  Lacombe  , Paris  , 1766,  chez  Paockoucke, 
V.  le  mot  Ue. 

(2)  Imprlml  h Amsterdam,  chef  la' veuve  J.-J.  Scbipper,  anno  1663, 

44 


au  seizieme  siecle  (1),  qu’ona  parl6  presque  jus- 
qu’a  nos  jours  dans  les  villages  voisins  de  la  rive 
gauche  de  l’Aa  et  que  1’ou  parlc  encore  aujour- 


(1)  L’art.  6 cl c la  coutume  d’Ardre,  r6digce  en  1507,  cst  ainsi  codqu  : 
« Item,  pceuent  lesdis  bailly  ct  eschevins,  renouvcler  leur  loy,  lenir  leurg 
» plais,  faire  leurs  jugemens  bn  flamencq  , cn  la  m&nidre  accoustume  , 
» etc.  » 

Au  XIV6  sifccle,  Ipdrius  donnant  Implication  du  mot  colvekerli,  noms 
qu’on  donnait  k ceux  qui  e talent  soumis  k la  capitation,  dans  lc  comtd  de 
Gulncs,  ajoute  : nam  eorum  vulgar*  eolve  clavaqi . et  kcrli  I'usticum  so - 
» na*,  » ce  qui  veut  dire : « car  dans  lcvr  ididme  eolve  signifle  massue 
» et  kerle  paisan.  » Ces  deux  mots  ont  en  effet  ce  sens  en  flamand.  — - 
Vers  1214,.  Guillaume,  &bb£  d’Andre,  avait  M depute  par  son  monastfere 
a la  moison-m&re  de  Charroux,  pour  obtenir  le  droit  de  choisir  un  abbd 
dans  lc  monast&re  memo  d’Andre,  au  lieu  d’etre  tenu,  comme  les  moines 
de  cette  abbaye  I’avaicnt  M jusquc-U,  de  nommer  un  moine  de  Ctarroux. 
La  principalc  raison  qu’en  donne  Guillaume,  e’est  que  dans  le  comtd  de 
Guines  les  affaires  sc  discutaicnt  et  se  jugeaient  en  flamand  : qua;  omnia 
non  nisi  Flandrensi  idiomate  discut i debent  et  tei'minari.  Je  pourrais 
citcr  une  foule  d' autre 8 preuves  k l'appui  de  ce  fait. 

A St-Omer,  la  plus  grande  partie  des  rues  portaient  encore,  au  XV® 
siecle,  dcs  noms  terminds  en  straet : Arkestraet , Tccnstraet , Potstraet, 
Wakestract,  etc.  — Dans  un  procfcs-verbal  dressd  en  1324  par  le  doyen 
et  le  chapitre  de  l’eglisc  collegiale  de  St-Omer , constatant  la  reconnais- 
sancc  et  l'ostention  faites  par  eux,  du  corps  de  St-Omer,  il  est  dit  que  les 
authentiques  trouvdes  dans  la  chftsse  du  saint  ont  lues  au  pcuple  et 
affichees  dans  le  chocur  ct  sur  le  doxal  en  francais  et  en  flamand  : quae 
eciam  dido  populo  legi  et  publicari  fecimus  et  easdem  erponi  in  idioma- 
tibus  GALLICO  ET  flamingo,  tam  infrd  chorum  cliche  ecclesice  quam  super 
dossale . (V.  le  4*  vol.  des  M4moires  des  Antiq.  de  la  Morinie,  pieces 
justificatives,  p.  xxxi  de  YEssai  sur  les  chartes  confirmatives  des  institu- 
tions communales  de  la  ville  de  St-Omer , par  M.  L*  de  Givenchy.  — 
L’art.  7 de  la  coutume  de  St-Omcr,  rddigee  en  1509,  porte  que  les  dche- 
vins  de  ccttc  ville  « ont  accoustume  faire  randigier  leurs  dictes  sentences 
o criminellcs  en  langaige  flamang.  » 

Malgre  ces  preuves  ct  une  foule  d’autros,  qu’il  scrait  trop  long  de  pro- 


— <07  — 

d’hui  dans  les  faubourg^  de  St-Omer  , lay  lei, 
let  qu’on  prononce  comme  si  ce  mot  s’ccrivait  U 
par  un  e ferine  , avait  une  signification  identique 
au  mot  flamand  water-leyd.  C’6tait  I’ expression 
usuelle  et  vulgaire  qui.  servait  a designer  les  prin- 
cipals voies  d'eau  et  plus  particulierement  les  ri- 
viferes  que  la  main  de  l’homme  avait  enfermees 
dans  un  lit. 

Ainsi  en  remontaut  de  la  cote  du  detroit  dans 
l’interieur  des  ter  res , nous  avons  le  Nieu-lay  qui 
est  l’egout  des  marais  de  Guines , la  Leda  ou  ri- 
viere de  Guines  & Calais  , la  Houd-leda  (le  IIou- 
let)  , la  Nieuer-leda  aujourd’hui  le  Tirlet  qui  a 
donne  son  nom  a l’ancienne  cense  de  Muncq- 
Nieurlet,  la  Nieuer-leda  designee  dans  les  ebartes 
du  onzi&me  siecle  d’abord  sous  le  nom  de  Simonis- 
led  , puis  par  le  mot  latin  novum  fossalum  (e’est 
le  canal  du  Haut-Pont  a Nicurlet)  , YHcndringc- 
led  autrement  appele  Boninghem-suab , aujourd’hui 


duire>  on  n'en  persistera  pas  moins  dans  l’opinion  que  les  habitants  des 
faubourgs  de  SUOmcr,  parcc  qu’ils  sont  restds  fideles  a l'idiome  aussi  bien 
qu’&  la  simplicity  de  Icufs  ancetrcs , sont  issus  d’une  population  etran-i 
g£re,  d'unc  colonie  de  Saxons  , transplants  sous  nos  murs  par  Charle- 
magne, bien  que  cctte  opinion  n’ait  de  fondement  que  dans  l’imagination 
des  drudits  qui  <mt  inventc  ou  aide  k propager  cette  fable.  On  ne  rdfle- 
chit  pas  que  cctte  difference  dc  langage  entre  les  habitants  dc  la  villc  et 
cellc  dc  nos  faubourgs  n’est  pas  speciale  a St-Omcr  , mais  qu’ellc  cxistc 
partout,  non  seulement  dans  les  villcs  et  les  bourgs  de  la  Flandrc  flamin- 
gantc  fran$aise,  mais  encore  dans  cclles  de  la  Belgique  ; que  la  aussi  la 
population  aisee  parle  fran^ais,  taiulis  que  la  population  pauvre  et  outriere 
continue  a parler  flamand. 


— 408  — 

It  rm&rp  de  Boninghem , et  enftn  la  Leia , eo 
flamand  Leye  et  en  franeais  la  lap. 

Mais  eu  mfime  temps  qu’il  signifiait  vote  d’eau , 
aquedue , ce  mot  signifiait  aussi  vote  de  terre  , 
viadue , car  en  patois  late  s’emploie , comme  en 
frangais , pour  designer  une  route  coupee  dans  un 
bois , et  en  flamand,  d’apr&s  le  dictionnaire  cite  plus 
haul , laen  veut  dire  ruelle.  Lane  en  anglais  a 
la  mSme  signification. 

On  peut  done  logiquement  en  conclure  que  le 
mot  flamand  leydingue  qui  n’est  plus  guere  usit6 
dans  cette  langue  que  dans  le  sens  moral  de  di- 
rection, conduite , etait  employe  dans  le  dialecte 
de  la  Morinie  sous  une  forme  analogue  a sa  pro- 
nonciation  , celle  de  Li-ingue , Leingue , dans  le 
sens  physique  et  materiel  de  vote , chemin  (1). 

11  est  facile  de  s’expliquer  comment  ce  mot, 
en  passant  du  tudesque  dans  le  patois  wallon , 
s’est  prononce  lene  ou  line.  Au  surplus  l’ortho- 
graphe  n’en  a jamais  ete  bien  fixee  que  parmi  lea 
gens  de  la  campagne  qui  prononcent  generalement 
Leulene  (2). 

Ce  mot  par  opposition  k celui  de  boerweeh  qu’on 


(1)  D’ailleurs  le  verbe  leyen  plus  usltd  encore  vulgairement  que  leyden 
devait  avoir  aussi  son  substantif,  le  mot  leyingue  qui  devait  se  prononcer, 
par  contraction,  leingue • 

(2)  GraveLptES  se  prononce  en  patois  Graveum? , et  s'ecrivait  autrefois 
(JraveLiNGUE,  primitivement  GraveniHGUi, 


— 4 09  ~ 

donnaii  aux.  divers  cliemins  qui  n’etaient  qu’k 
l’usage  des  cultivateurs  et  des  gens  du  pays , 
n’etait  done  qne  la  traduction  en  langue  vulgaire 
du  mot  latin  via  publica ; il  indiquait  une  voie  a 
l’usage  de  tout  le  monde  indifferemment.  II  y.  avait 
cette  difference  entre  les  mots  Leulene  et  Lostraet 
que  le  premier  signifiait  grand  chemin  et  le  second, 
grande  rue.  C’est  en  effet  ainsi  qu’on  les  tradui- 
sait  dans  les  titres. 

Quant  au  mot  bernc  ou  barne , il  signifiait  levee 
de  terre , chaussee  et  par  consequent  Icodberne 
etait  synonime  de  Leulene  et  Lostral  (1). 

Ces  recherclies  elymologiques  m’ont  conduit  na- 
turellement  & en  faire  de  semblables  sur  le  mot 
chaustdes  Brunehault , que  portent  la  plupart  des 
grandes  voies  romaines  et  qu’on  donne  aussi  dans 
l’usage  a la  Leulene , bien  qu’elle  ne  soit  desi- 
gnee ainsi  dans  aucun  litre. 

Je  laisse  de  cote  1’histoire  de  ce  devin  troyen 
nomine  Bavo  et  oncle  du  roi  Priam  qui , suivant 
un  pofete  du  treizieme  siecle , Nicolas  Reucleri , 
aurait  construit  tous  les  grands  chemins  de  la 
Gaule-Belgique , aprfes  avoir  d’abord  fonde  la  ville 
de  Bavai.  Je  garderai  la  m6me  reserve  sur  la 


(1)  Ge  mot  est,  suivant  moi,  une  alteration  soit  du  mot  benn,  lcv4e  dc 
terre,  chaussee,  soit  du  mot  baen,  chemin  large  et  applani.  Dans  cette 
derni&re  hypo  these,  on  aurait  prononc4  heme  et  barne  commc  nous  pro- 
non^ons  en  fran^ais  borne  ct  homer , au  lieu  dc  bonne  et  bonner  qui  etait 
encore  au  treizieme  siecle  l'orthographc  usitee  dc  ces  monies  mots, 


munificence  du  roi  Brunehaldus  qui , s’il  fallait 
en  croire  Lucius  de  Tongres  et  1e  pere  de  Guise, 
aurait  donn6  son  nom  & ces  anciennes  cliaussees. 
Ce*  sont  la  des  fictions  poetiques  en  dehors  de 
toute  discussion  CO- 

Quant  & l’opinion  generalement  admise  par  nos 
historiens  que  ce  serait  la  reine  Brunichilde  qui 
aurait,  sinon  construit , du  moins  repare  ces  memos 
cliaussees,  je  la  regarde  comme  n’etant  ni  plus 
vraisemblable  ni  mieux  fondee.  Comme  le  fait  ju- 
dicieusement  observer  le  savant  Bergier,  les  his- 
toriens contemporains , ni  ceux  des  siecles  suivants 
ne  disent  pas  un  mot  de  ces  pretendus  travaux 
fails  aux  chemins  par  Brunichilde  (2) . Iperius  est 
le  premier  qui  se  soit  avise  d’attribuer  a cette 
princesse  la  construction  , non  pas  de  toutes  les 
cliaussees  Brunehault,  mais  seulemeut  de  la  chaussee 
qui  conduit  de  Cambrai  par  Arras  et  Terouanne  a 
Wissant  (3). 

A cette  premiere  observation , j’en  ajouterai  une 


(1)  V.  lc  r6cit  de  ces  auteurs  dans  Bergier,  Histoir t des  gr and  che- 
mins de  Vempire. 

(2)  Bergier,  ibidem. 

(3)  Voycz  plus  haut  cc  passage  d’lperius.  — « Jc  nc  scay  pas  sur  quel 
» auteur,  (lit  Bergier , loco  citato , ceiut  qui  a basti  cette  chronique  se 
» peut  estre  fonde,  veu  que  St-Gregoire  de  Tours  qui  viYoit  du  temps  de 
» Brunehaut,  Aimon,  le  moine  Sigebert  ny  aucuns  des  historiens  fran<;ois 
a ne  luy  attribuent  I'invcntion  de  tels  ouvrages  , quoiqn'ils  n’nient  pas 
a oublie  a rjntarqucr  quYlle  airnait  a bastir.  » 


— m 


autre  qul  roe  parait  p£remptoire.  Brunichilde  6tait 
reine  d’Austrasie  , c’est-i-dire  de  la  partie  des 
Gaules  comprises  entre  la  Meuse  ct  )e  Rhin,  aug- 
mentee  des  vastes  contrties  que  Thierry  et  Th6o- 
debert  son  fils  avaient  conquises  au-delk  de  ce 
fleuve , sur  toute  la  lisifere  de  la  Germanic.  Quant 
a la  Belgique , la  Flandre , l’Artois  et  la  Picardiet 
oil  sont  les  chaussees  Brunehault , ces  provinces 
faisaient  partie  de  la  Neustrie  qui  comprenait  la 
Neustrie  proprement  dite  et  le  royaume  de  Pois- 
sons (!}.  Dans  cette  partie  de  la  France  r£gnaient 
Chilperic  et  Fr6degonde , la  celebre  rivale  et  l’tm- 
placable  ennemie  de  Brunichilde.  Cette  dernifere , 
il  est  vrai , exerga  pendant  quelque  temps  son  au- 
torite dans  le  royaume  de  Bourgogne , commc  tu- 
trice  et  regente  sous  son  petit-fils , mais  elle  n’en 
eut  jamais  aucune  dans  le  royaume  de  Soissons 
avec  lequel  elle  fut  en  guerre  presque  toute  sa 
vie  et  dont  le  roi  Clotaire  II , le  fils  de  Fred6- 
gonde , la  fit  perir  du  supplies  le  plus  cruel  et 
le  plus  ignominieux. 


(3)  Void  en  effet  ce  que  dit  Eginard  dans  sa  vie  de  Charlemagne,  chap. 
XV  : lllnm  regionem  qua  septentrionem  versus  inter  Mosam  et  Rhenum 
jKtrrigitur  , Austrian,  *7 lam  quee  A MosA  ad  Ligerim  prootenditur , 
Nkustriam  vocitarunt,  — Qu’on  lise  d’ailleurs , dans  la  collection  de  Dom 
Bouquet  les  gest.  reg . franc . au  chap.  82,  on  y verra  que  Sigebert,  roi 
d’Austrasic,  ayant  declare  la  guerro  h Chilperic  , alia  Tassidgcr  & Tournai 
et  que  s’etant  avance  jusqu’d,  Vitry,  entre  Arras  ct  Douai,  pour  y rccevoir 
les  serments  des  habitants  qu'il  venait  de  soumettre,  il  y fut  assassind  par 
les  cmissaires  de  Fredcgonde.  — Done  Tournai  ct  la  Gaule-Belgique  fai 
saient  partie  du  royaume  de  Chilperic. 


— 41*  — 

Or , en  presence  de  ce  fait,  supposer  qne  la 
reine  d’Austrasie  soit  venue  dans  la  Gaule-Bel- 
gique  , dans  un  royaume  ennemi , faire  aux  che- 
mins  des  travaux  qu’elle  ne  parait  mdme  pas  avoir 
fails  dans  ses  Etats , et  supposer  en  outre  que  les 
habitants  de  ce  royaume  ennemi , oh  on  l’a  fait 
mourir  du  dernier  supplice  , aient  accorde  h cette 
meme  princesse , en  donnant  son  nom  a toutes 
leurs  grandes  chaussles,  un  honneur  qu’etle  n’a 
pas  re?u  de  ses  propres  sujets  , c’est  evidemment 
supposer , je  ne  dirai  pas  une  chose  invraisem- 
blable , mais  une  absurd ite.  On  pourrait  s’etonner 
que  des  historiens , meme  du  premier  merite  , 
soient  tomb6s  dans  cette  grossiere  erreur,  si  Ton 
ne  savait  quel  est  (’empire  des  idees  accreditees 
et  revues. 

Aussi  ceux  qui  se  sont  serieusement  occupes  de 
l origine  des  cbaussees  Brunehault  ont-ils  rejete 
celle-la , comme  la  precedente  , et  ont-ils  eu  re- 
cours , pour  l’expliquer  , a l’etymologie. 

Parmi  les  diverses  significations  qu’on  a donnees 
a ce  mot  Brmehaull  , je  n’en  citerai  que  deux. 
Les  uns  Font  traduit  par  cailloux  hauls , les  autres 
par  borne  haute.  D’ou  il  suit  que  chaussees  Bru- 
neliaull  signifieraient  chaussdes  des  cailloux  hauts  ou 
de  la  borne  haute. 

Ces  etymologies  ne  me  paraissent  pas  acceptables. 
Car  d’une  part  je  ne  comprends  pas  comment 
toutes  les  populations  d’un  grand  pays  comme  la 


— 113  — 


Gaule-Belgique  se  seraient  accordees  partout  a 
donner  a leurs  grands  chemins  un  noin  aussi  peu 
significatif  et  d’un  sens  aussi  detourne  que  celui- 
la  et , d’autre  part , dans  le  vieux  frangais  com  me 
dans  toutes  les  langues  du  nord , le  qualificatif , 
surtout  lorsqu'il  consiste  en  un  monosyllabe  comme 
l’adjectif  haut,  precede  toujours  et  ne  suit  jamais 
le  substantif..  Ainsi  nous  avons  dans  nos  alentours 
plusieurs  hameaux  qui  s’appellent  le  Haut~Mont  et 
non  pas  le  Mont-Haut.  En  allemand  et  en  flamand 
on  dit  de  meme  hoch-weg  , hoch-straetc  , le  haut 
chemin.  Weg-hoch  et  siraet-hoch  seraient  dans  ces 
langues  une  inversion  aussi  peu  harmonieuse,  aussi 
cboquante  que  le  serait  en  fran^ais  le  chemin  grand, 
la  route  grande. 

J’ajouterai  que  notre  mot  borne  ne  s’est  jamais 
ecrit  burne.  L’orthographe  primitive  de  ce  mot  est 
bien  connue , c’est  bon n.  Beaumanoir  l’a  ecrit  par- 
tout  bonne , comme  il  a ecrit  partout  aussi  bonner 
pour  borner. 

Je  crois , pour  ma  part , que  ce  mot  Brunehault 
ou , comme  on  le  prononce  en  bien  des  en  droits, 
Burnehault , devait  exprimer  un  caractere  g^nerique 
et  specialement  propre  a toutes  les  grandes  voies 
romaines.  Sans  quoi  on  aurait  peine  a s’expliquer 
comment  cette  denomination  se  serait  generalises 
dans  toute  la  Gaule-Belgique.  Beste  k savoir  quel 
etait  ce  caractere  generique. 

19 


— 114  — 


Je  n’ai  pas  bcsoin  dc  le  faire  observer , ricn 
n’est  si  rare  qu’une  bonne  6tymologie.  C'est  sur- 
tout  en  pareillc  matiere  qu’un  champ  libre  est  ou- 
vert  a l’imagination  el  qu’il  serait  vrai  de  dire  , 
avec  l’auteur  des  Meditations  Poeliques  : 

a Le  reel  est  elroit,  le  possible  est  immense ! *> 

Je  ne  me  flatte  done  pas  , il  s’en  faut  bien , de 
rencontrer  juste  ; ma  seule  pretention  est  d’arriver 
& une  etymologie  raisonnable  et  satisfaisante. 

Ce  que  les  voies  romaines  avaient  de  plus  re- 
marquable,  e’etait  non-seulement  leur  largeur  que 
la  convoitise  des  riverains , comme  le  fait  observer 
Beaumanoir,  avail  deja  considerablement  amoindrie 
de  son  temps , mais  e’etait  surtout  le  lien  de 
communication  qu’elles  etablissaient  entre  les  prin- 
cipales  villes  et  les  forteresses.  « Et  la  cause  por- 
» quoi,  ajoute  le  baiili  de  Clermont  au  passage 
» que  j’ai  rite  plus  haul , ils  furent  fet  si  large 
» ( les  cliemins  qu’il  attribue  & Jules-Cesar)  doit 
» estre  entendue  que  loutes  cozes  terriennes  et 

* vivans  dont  lions  et  feme  (homines  et  femmes) 
» doivent  vivre  , y puissent  estre  menees  et  por- 
» tees  et  cascuns  aler  et  venir  et  soi  porveoir  de 
» toz  ses  aisements  en  le  larguece  du  quemin  et 

• aler  par  chites  et  par  chastiax  porcacier  ses 
» besongnes  (1).  > 


(1)  Les  Coutumes  du  Bectuvoisis , par  Philippe  de  Beaumanoir,  nouvelle 
edition,  par  le  comte  Beugnot,  t.  ler,  p.  358  -359. 


— 115  — 

Ce  lien  de  communication  entre  les  cites  ct  les 
chateaux  etait  aussi , suivant  le  memc  auteur , le 
caractere  dislinctif  des  quemins  royal  qui  furent 
crees  par  la  suite  et  par  mi  lesquels  les  chauss£es 
Brunehault  tinrent  longtemps  encore  le  premier 
rang ; < Et  par  cele  voie  , dit-il  encore  en  parlant 
» des  routes  royales,  poent  aler  careles , et  bestes 
» y poent  paistre  et  arester  et  repozer  sans  melfet 
» et  totes  marqueandises  corre , car  elles  vont 

» PAR  LES  CITES  ET  PAR  LES  CAST1AX  ..  » 

L’ancienne  coutume  du  bailliage  de  St-Omer  , 
dans  son  art.  29 , definissait  de  memo  les  routes 
royales  : « les  grands  chemins  Allans  de  bonnes 
» villes  a autres  , « qu’elles  distinguaient  des 
chemins  vicomtiers  « eslans  es  villages  et  allans 
» de  l’uu  a 1’autre.  » A cette  definition  la  cou- 
tume d’Hesdin  , art.  43  , subslitue  celle-ci : « un 

» CHEMIN  ROYAL  QUE  L’ON  D1T  LES  CUAUSSEES  DE 

» Brunehault.  « 

Ainsi  pour  les  habitants  de  nos  campagnes,  un 
grand  chemiti  allant  par  les  cites  et  les  chateaux 
ou  de  bonnes  villes  a autres  et  les  chaussees  de 
Brunehault  etaient  une  seule  et  meme  chose. 

C’est  d’abord  une  premiere  presomption  que  le 
mot  Brunehault  ou  Burnehault  pourrait  bien  ex- 
primer ce  caractere  dislinctif  et  commun  qu’avaicnt 
les  voics  romaincs  et  les  routes  royales. 

A cette  observation  j’en  ajouterai  une  autre.  Le 


— 416  — 


mot  Leulene  s’employait  generalement  seul  et  en 
outre  ce  nom  est  deveuu  celui  de  plusieurs  villages 
et  hameaux  situes  sur  cette  voie. 

Le  mot  Brunehault  au  contraire  ne  s’emploie 
jamais  que  precede  du  mot  chauss^es  et  si , parmi 
les  nombreux  villages  et  hameaux  situes  sur  ces 
anciennes  voies , il  y en  a plusieurs  dont  les  noms 
expriment  I’idee  de  grand  chemin,  il  n’en  est  pas  un 
seul'  dans  la  denomination  duquel  entre  le  mot 
Brunehault. 

C’est  It  mes  yeux  une  preuve  tres  concluante 
qu’il  n’en  est  pas  de  ce  mot  comme  de  celui  de 
Leulene  , que  rien  n’y  rappelle  l’idle  de  chemin. 

C’est  done  ou  un  nom  propre  ou  un  qualiOcatif. 
J’ai  donne  les  raisons  qui  repoussent  l’opinion  qui 
en  fait  un  nom  propre.  Ajoutons  y ce  fait  que 
chaussies  de  Brunehault  etait  synonyme  de  chemin 
royal.  Il  faut  done  en  conclure  que  Brunehault  on 
Burnehau.lt  est  un  qualificatif  equivalent  au  mot 
royal.  J’ai  indique  d’ailleurs  le  sens  presume  de 
ce  qualificatif,  sens  que  nous  trouvons  dans  la 
definition  meme  du  chemin  royal  dont  le  caractere 
distinctif  etait  de  conduire  par  les  cites  et  cha- 
teaux ou  de  bonnes  villes  a autres.  Reste  a savoir 
si  le  mot  Brunehault  ou  Burnehault  est  suscep- 
tible de  cette  interpretation. 

Chez  les  Francs  , comme  chez  tous  les  autres 
peuples  d’origine  germanique , il  n’y  avait  qu’un 


mot  pour  designer  une  ville  forte  et  uu  chateau  : 
c’Gtait  le  mot  burg  qui  fait  au  pluriel  burgen.  11 
n’en  existait  meme  pas  d’autre  pour  exprimer  une 
viJle  du  premier  ordre , une  cite.  C’est  ainsi  que 
les  Allemands  disent  encore  par  habitude  le  bourg 
imperial  de  Vienne , pour  designer  la  capitale  de 
l’Autriche  (1). 

Or  burgen  se  prononce  en  allemand  a peu  prfes 
comme  on  prononcerait  en  fran^ais  le  mot  bur- 
ghne  (2).  Mais  chez  nous,  le  g suivi  d’un  n se 
mouille  , en  patois  il  se  supprime  (3).  Burgen, 
surtout  dans  un  mot  compose  , devait  done  , en 
passant  du  tudesque  dans  le  roman-wallon , se 
prononcer  comme  s’il  s’etait  ecril  burne. 

Ge  premier  radical  trouve  et  admis  , du  moins 
par  hypothfese  , reste  le  mot  hault  qui  peut  venir 
tout  a la  fois  de  hild , hald  ou  halt.  Car  les  noms 
propres  de  femme  Brunichilde  , Mathechilde  , ont 
fait  en  roman-wallon,  Brunehault,  Mahault,  comme 
les  noms  propres  d’homme  Archembald  , Clarem- 

(1)  Die  kaiserliche  burg  in  Vieme.,  — Ge  mot  a consent  longtemps 
cctte  signification,  ra£me  dans  nos  contrees.  Ainsi  pour  n’en  citer  qu’un 
exemple,  Lambert  d’Ardres  appclait  Lille  cash llum  sive  burgum  insulas 
dictum , et  St-Omcr  burgum  Sancti  Audomari . 

(2)  C’est  ainsi  que  les  noms  de  lieux  Markenes , Ferkenes , s’forivaient 
aussi  Marcnes , Fercnes.  Mais,  lorsque  la  prononciation  wallone  qui  n’ad- 
mettait  pas  des  sons  aussi  durs  eut  entidrement  rcmplacc  la  prononciation 
tudesque,  on  supprima  Vn  ct  Ton  pronou^a  Marc,  Ferques. 

(3)  Boulogne,  campagne,  montagne,  etc.,  se  prononcent  en  patois  Bou- 
lonne,  campanile,  montanne. 


— U 8 — 

bald , etc. , ont  fait  Archembault , Clarembault. 
I Hide  ou  child  e signifiait  belle  enfant , gracieuse 
jeune  fille  , et  hald  correspondait  a notre  adjeclif 
rapide  et  par  consequent  ni  l’un  ni  l’autre  ne 
peuvent  s’allier  a Burgen.  Le  second  d’ailleurs  est 
un  adjectif  et  comme  c’est  une  regie  constante  dans 
les  langues  du  Nord  de  tou jours  placer  le  quali- 
ficatif  et  meme  le  mot  regime  avant  le  substantif, 
sous  ce  second  rapport  encore  nous  devons  le  re- 
jeter. 

Quant  au  mot  halt  il  s’est  conserve  dans  notre 
langue  comme  le  mot  burg.  II  s’emploie  encore , 
surtout  dans  le  langage  militaire  pour  indiquer  : 
1®  le  temps  d’arret , la  pause  que  font  les  gens 
de  guerre  dans  une  marche ; ii  s’emploie  en  alle- 
mand  dans  le  meme  sens;  2°  le  lieu  oil  se  fait 
celte  pause,  la  halte,  la  station.  C’est  dans  ce 
sens  qu’on  dit  faire  preparer  une  bonne  halte, 
arriver  a la  halte  avant  la  nuit.  On  se  servait 
aussi  autrefois  du  verbe  halter , dans  le  sens  de 
s’arreter.  En  aliemand  le  verbe  halten  qui  veut 
dire  a proprement  parler  tenir , se  tenir , s’emploie 
aussi  avec  cette  signification. 

Le  mot  halt  peut  done  tres  bien  s’allier  avec  le 
mot  burgen.  Car  place  au  singulier  apres  ce  mot 
pluriel , il  signifie  litteralement  la  halte  ou  la 
station  des  villes , des  places  fortes  ou  des  cha- 
teaux et,  le  faisant  preceder  du  mot  chaussecs , 
nous  aurons  : les  chaussecs  de  la  station  des  villes. 


119  — 


ou  ce  qui  revient  au  meme , les  chauss6es  qui 
aboutissent  aux  villas  ou  aux  chateaux. 

Si  cette  6tymologie  n’est  pas  physiquement  cer- 
taine , elle  reunit  du  moins  en  sa  faveur  la  plus 
grande  somme  possible  des  probability. 

Sous  le  rapport  du  sens  , il  est  parfaitement 
connu  , car  les  deux  mots  dont  elle  se  compose, 
bien  que  la  signification  en  ait  ete  legeremeut  mo- 
difiee , sont  encore  frangais. 

Sous  le  rapport  grammatical , elle  ne  laisse  rien 
a desirer.  Le  mot  regime  precede  le  mot  regisseur, 
ce  qui  est  parfaitement  conforme  a la  syntaxe  des 
langues  du  nord  et  meme  du  vieux  frangais  dans 
les  noms  composes.  C’est  ainsi  qu’on  dit  Abbeville, 
Ruisseauville , au  lieu  de  Ville  de  l’Abbe , du 
Ruisseau. 

Sous  le  rapport  de  la  prononciation , elle  est 
6galement  irreprochable.  Je  pourrais  citer  une  foule 
de  mots  analogues  qui  ont  exactement  subi  la  meme 
modification  en  passant  du  ludesque  en  frangais. 
Ainsi , par  exemple , nous  ecrivons  aujourd’hui  Re- 
naud  et  Renard  les  noms  propres  d’homme  qu’on 
6crivait  autrefois  Regnault  et  Regnard , en  latin 
Regenaldus  et  Regenardus , d’apres  l’orthographe 
tudesque  Regenald  et  Regenard. 

Si  Ton  m’objectait  qu’il  n’est  pas  bien  demontre 
que  la  prononciation  Burnehault  ait  jamais  et6  en 
usage  , j'invoquerais  un  cartulaire  de  Valoires  ou 


— 420  — 

le  mot  chaussie  Burne  haulle  cat  employe  plusieurs 
fois  pour  designer  la  voie  romaine  de  Boulogne 
a Reims  (4).  Tout  porte  k croire  que  cette  or- 
thographe  reproduit  exactement  la  prononciation 
primitive  et  que  si  dans  la  suite  celle  de  Brune- 
hault  a prevalu,  c’est  a cause  de  l’analogie  que 
presen tait  ce  mot  avec  le  nom  de  la  reine  d’Aus- 
trasie.  Au  cas  particulier  , comme  dans  une  infinite 
d’autres  , 1’erudition  loin  d’eclairer , a , (’imagi- 
nation aidant,  induit  en  erreur. 

Et  cela  s’explique.  Dans  l’Europe  moderne 
comme  dans  le  monde  ancien , l’bistoire  a com- 
mence par  le  roman  et  l’epopee.  Aussi  voyons- 
lious  la  plupart  de  nos  premiers  liistoriens , l’ima- 
gination  pleine  des  fictions  de  la  Grece  et  de  Rome, 
crcer  tout  un  essaim  de  h^ros  inconnus  soi-disant 
echappes  du  siege  de  Troie  h 1’instar  du  bon  Enee 
ou  egares  sur  les  flots  par  la  temp&te , comme  le 
prudent  Ulysse , ou  pris  parmi  les  lieutenants  de 
Cesar , pour  en  faire  des  fondateurs  de  royaume 
ou  de  villes  et  cette  manic  des  noms  propres  alter 
si  loin  qu’il  n’y  eut  plus  de  bourgade  si  obscure 
qui  ne  put  se  glorifier  d’avoir  eu  pour  fondateur 
ou  un  roi  ou  un  saint,  ou  un  lieutenant  de  C6sar 
ou  un  beros  troyeu.  Cette  6cole  historique  qui  date 
surtout  de  la  Renaissance  et  qui  a marque  la 
transition  du  roman  a l’bistoirea  ete  fort  en  honneur 
dans  les  provinces  et  principalement dans  noscon- 


(1)  Voir  lc  t.  1U  des  Memoircs  des  Antiquaires  de  Picardie,  p.  17. 


tr6es.  Elle  s’y  est  en  quelque  sor.te  personnifiee 
dans  le  pfere  Malbraneq  , homme  d’une  profonde 
Erudition , mais  dont  l’esprit  etait  naturellement 
epclin  au  mys%isme  et  au  merveilleux.  Son  De 
Morinis,  qui  fait  encore  autorite  et  a et6  le  point 
de  depart  de  la  plupart  de  nos  histoires  locales , 
peut  etre  considere  coqime  une  4popee  oil  toutes 
les  legendes , touies  les  fables,  toutes  les  tradi- 
tions fausses  ou  r£elles  > en  un  mot  tout  ce  que 
l’imagination  de  ses  devanciers  avait  cr4e  et  in- 
venti  avant  lui  a ete  religieusement  recueilli , 
qommente , amplifie  meme , 6lev6  k la  dignite  de 
l’bistoire  et  a pris  place  a cote  des  documents 
authentiques  qu’il  avait  puises  dans  les  archives 
et  les  cartulaires  des  anciennes  abbayes. 

C’est  bien  certainement  sous  1’empire  de  cette 
ecole  qui  tendait  en  quelque  sorte  k illustrer  et 
k po^tiser  les  denomination?  mkme  les  plus  vul- 
gaires,  et:  que  le  livre  de  Malbraneq,  cit6  par 
tous  les  Mstoriensde 'cette  con  tree  comme  l’evan- 
gile  mfemede  l’histoire,  a singulikrement  popularises, 
qu’est  »6e  l’idee  d'attribuer  k Brunichilde  la  cons- 
truction'de- toutes  les  chaussees  qui  portaient,  un 
•noin  analogue  a eelui  de  cette  princesse.  Sans 
douto  cette  opinion  itait  r^pandue  longtemps  avant 
Malbraneq  , mais  cet  historien  n’a  pas  peu  centcibue 
k.la  propager  et  k la  faire  prendre  au  serieux. 
Bergier , son  contemporain  , mais  dont  Yhistoire 
des  grands  chemins  de  l' Empire  a precede  la  pu- 

16 


— m — 

blication  du  De  Morinit , s’exprime  ainsi  : « Da 
» bruit  tout  commun  des  batiments  de  Brunehault 
» peut  bien  estre  venu  que  quelques  esprits  des 
> sifecles  suivants  se  soient  laisstz  persuader  que 

• ces  chaussees  , estant  de  son  nom , soient  aussi 
» de  sa  fa?on.  Je  n’en  at  toutefois  jamais  bien 
» veu  par  escrit  , sinon  dans  la  chronique  de  la 
» grande  et  riche  abbaye  de  St-Bertin  au  Pais- 
» Bas,  chronique  non  encore  imprimee  et  de  la- 
» quelle  j’ay  une  copie....  » Apres  avoir  cite  le 
passage  d’lperius  que  j’ai  reproduit  plus  haul , 
Bergier  ajoute : « Je  ne  s$ay  pas  sur  quel  auteur 
» celui  qui  a basti  cette  chronique  se  peut  estre 
» fonde , veu  que  St-Gregoire  de  Tours , qui  vivoit 
» du  temps  de  Brunehault , Aimon  , le  mmne 
» Sigebert  ni  aucuns  des  historiens  frangois  ne 
» luy  attribuent  1’invention  de  tels  ouvrages , 
» quoyqu’ils  n'ayent  pas  oublie  a remarquer  qu’elle 
» aimoit  & bastir.  En  tout  cas , la  chronique  de 

• St-Bertin  ne  lui  donne  qu’une  bien  petite  partie 
» de  ces  grands  chemins  : et  faudroit  que  1’appel- 
» lation  de  chaussee  de  Brunehault  donnee  h cette 
» partie  (celle  de  Carobrai  A San  gate  et  k Wis- 

• sant  par  Terouanne ) , se  fut , par  erreur , 
» estendue  sur  le  tout;  joint  1’opinion  commune 
» de  ses  hautes  et  admirable*  entreprises.  * 

11  est  k remarquer  que  ni  la  chronique  d’ Andre 
qui  fait  plusieurs  fois  mention  de  la  Leulene,  ni 
Lambert  d’Ardres  qui  lui  donne  le  nom  de  Leod- 


— 423  — 

berne  qu’elle  portait  auprfes  d’Ardres , ne  disent 
pas  un  mot  de  cette  prktendue  origine.  Beauraa- 
noir  lui-meme,  qui  a fait  un  chapitre  entier  sur 
les  chemins  et  qui  met  les  voies  romaines  au  pre- 
mier rang  parmi  les  routes  royales  * en  attribue 
la  construction  k Jules-Cesar  et  non  k la  reine 
Brunichilde  qu’il  ne  nomme  meme  pas.  C’est  a 
mea  yeux  une  preuve  frappante  et  decisive  quedu 
temps  de  Beaumanoir  on  ne  s’ltait  pas  encore  avise  de 
lire  le  nom  de  cette  princesse  dans  le  nom  vul- 
gaire  que  portaient  les  chaussees  romaines  et  que 
cette  fable,  mise  en  avant  pour  la  premiere  fois , 
envirqn  ub  siecle  aprfes  par  Ip6rius , mais  quant  a 
la  voif  de  Cambrai  k Terouanne  seulement,  n’a 
pris  qours  et  ne  s’est  propagee  qu’k  la  longue, 
qu’a  flprce  d’avoir  6t6  r6pet6e  par  les  krudits. 

II  f»ut  done  regarder  le  mot  Bumehault  ou  Bru- 
nehau\t , non  pas  comme  un  nom  propre  , mais 
comme  un  qualificatif  qui  6tait  le  corr^latif  de 
viconfier.  Comme  le  fait  remarquer  Nicolas  Gosson 
dans  son  commentaire  de  I’art.  V de  la  coutume 
d’Aptois , ce  mot  viconte , vicontier  n’a  aucun 
rapport  avec  son  homonyme  vicomte  employk  dans 
le  sens  de  lieutenant  du  comte  , gerens  vicem  co- 
milis.  C’est  un  terme  coutumier  derivk  du  latin 
vims,  village,  comme  son  equipollent , le  mot  vicinal 
qui  etait  employ^  dans  d’autres  coutumes  et  que 
la  loi  du  21  mai  1836  a definitivement  consacrk  (1). 

(t)  Cette  etymologic  qui  cst  conforme  du  rcste  t la  defluitw  n que  donne 


— 124  — 

Ainsi  de  mSme  que  chemins  vicomtiers  signifiaient, 
suivant  la  coutume  de  St-Omer  et  d’Artois , • les 

> chemins  estans  fes  villages  et  allans  de  l’un  h 

> l’autre ; » de  m6me  aussi  chaussies  de  Brune- 
Hault , synonime  de  chemins  royaux , designaient , 
suivant  les  m6mes  coutumes,  a les  grands  chemins 

> allant  de  bonnes  villes  h autres,  » ou  ce  qui 
revient  au  mgme , ayant  leur  halte , leur  point 
d’arr&t , leur  issue  dans  les  villes. 

Nous  avons  vu  que  le  mot  Leulene  , voie  pu- 
blique  ou  du  peuple , avait  aussi  son  correlalif 
dans  le  mot  boerwech , chemin  de  paysan. 

A quelle  6poque  remontent  ces  denominations  , 
je  l’ignore.  Mais  ce  qu'il  y a de  certain  , c’est 
qu*elles  ne  semblent  £tre  qu’une  traduction  des 
denominations  romaines.  En  effet  le  Digeste  divise 
les  chemins  de  l’empire  en  trois  classes : les  votes 
publiques , le  votes  privies  et  les  voies  vicinales  (I)* 
« Nous  appelons  voies  publiques , dit  Ulpien,  celles 


la  coutume,  a 4t£  admise  par  Maillard  et  tous  les  jurisconsultes  art&iens. 
Mais  peut-£tre  serait-il  plus  exact  encore  de  faire  driver  cette  expression 
du  droit  coulumier  des  deux  mots  tudesques  wickenstier,  du  verbe  stieren 
metier,  conduire  ou  gouxerner , ce  qui  rendrait  parfaitement  compte  du 
double  empioi  du  root  vicontier : applique  au  seigneur,  il  signifterait  celui 
qui  qouverne  les  villages,  et  au  mot  chemin,  qui  conduit  au  village. 

(1)  Viarum  queedam  publicce  sunt f queedam  privates , queedam  vici- 
nales. Publicas  vias  dicimus  quas  Grceci  basilicas  id  est  regia$t%  nostri 
preetorias,  alii  consulares  vias  appellant . Privates  sunt  quas  agrarias 
qnidam  dicunt.  Vicinales  sunt  vice  quee  in  vicis  sunt,  vel  qui  in  vicos  du - 
runt.  (D.  lib.  43,  t.  8,  1.  22  ct  Sqq). 


— 125  — 


» que  les  Grecs  appellent  voies  royalex  et  qui  sont 
» aussi  connues  chez  nous  sous  les  noms  de  voies 
» pritoriennes , voies  consulaires  ou  militaires.  Les 
» voies  privies  sont  celles  qu’on  appelle  aussi  voies 
» agraires.  Et  quant  aux  voies  vicinales , ce  sont 
» cellesgqui  sont  dans  les  villages  ou  qui  y con- 
# duisent.  > 

Dans  nos  contr£es  les  chemins  se  divisaient  aussi 
en  trois  grandes  classes  qui  Itaient  : les  Leulene, 
Lostraet  ou  Lienstraet,  les  Boerwech  et  les  che~ 
mins  vicomtiers.  Ces  trois  denominations  corres- 
pondent parfaitement , com  me  on  l’a  vu  d'apres 
leur  etymologic,  aux  trois  denominations  romaines 
vice  public a , via  agrarice , vice  vicinales. 

Ges  trois  classes  de  cbemins,  considerees  sous  le 
rapport  des  lieux  ou  ceux-ci  allaient  aboutir  , se 
reduisaient  & deux  : les  chemins  de  campagne  et 
leschemins  de  ville  : vice  ruslicce , vice  urbicae  (1). 
Cette  derniere  classe  comprenait  les  voies  publiques 
proprement  dites , c’est-i-dire  les  voies  pritoriennes 
ou  consulaires  ou  militaires  qui  avaient  leur  issue, 
leur  point  d’arret , soit  dans  les  ports  de  mer  ou 
de  riviere , soit  dans  les  villes  ou  les  voies  mili- 
taires qui  y conduisaient  (2).  C’etait  Ik  ce  qui  les 


(1)  Hoc  interdictum  tantum  ad  yiAfl  rusticas  pertinet , ad  urbicas  veri 
non.  (D.  ibid.  1.  34). 

(2)  Vue  vicinales  qum  ex  agris  privatorum  collatis  fact  re  sunt  quorum 


— 126  — 


distinguait  specialement  des  voies  vicinales  et 
agraires  dont  quelques-  unes  settlement  avaient  leur 
issue  dans  les  voies  militaires  et  dont  la  plupart 
expiraient  sans  aucune  issue  dans  les  champs  (1). 

Cette  division  correspond  parfaitement  a celle 
qui  a existe  dans  nos  campagnes  ou  Ton  distin- 
guait  particulierement  les  chemins  de  traverse 
ou  de  pays  et  les  grands  chemins  ou  routes 
royales , primitivement  les  ehaussies  Bumehault. 
On  reroarquera  le  rapport  frappant  qui  existe  entre 
cette  denomination  tudesque  (2)  , interprets  comme 
je  1’ai  fait  ci-dessus , et  celle  de  via  urbica  que 


memoria  non  extat , publicarum  viarum  numero  sunt.  Bed  inter  eas  et 
cceteras  vias  militares  hoc  interest  qudd  vice  militares  exitum  ad  mare 
out  in  urbes,aut  in  flumina  publica,  aut  ad  aliamviam  militarem  habent. 
Harum  autern  vicinal  turn  viarum  dissimilis  conditio  esi.  Nam  pars  earum 
in  militares  vias  exitum  habent,  pars  sine  ullo  exitu  intermoriuntur . 
(II  iJ.  tit  7, 1.  a). 

(1)  Ibid. 

(2)  Cert  an  faitpoar  rooi  demontre  que  la  Gaule-Belgique,  k partir  de 
la  Seine,  parlait  primitivement  un  dialecte  tudesque.  Mats  cet  ididme  ne 
tarda  pas  k s’alterer  au  contact  du  latin  qui  fut  pendant  plus  de  quatre 
siecles  la  langue  officielle  dans  tontcs  les  Ganles.  De  ce  melange  du  tu- 
desque et  du  latin  naquit  une  troisifcme  langue  qu’on  appela  le  dialecte 
bas-tudesque,  has  thiois  (S)prekard  on  (S)peeckard  , en  frangais  le  pa- 
tois picard.  De  14,  dans  la  suite,  cette  division  de  la  France,  sous  le  rap- 
port dcs  langues,  en  pays  de  langue  d’ocq  (le  midi),  pays  de  langue  (Toil 
(la  France  du  centre),  pays  de  patois  picard , ou  Picardie  (toute  la  Gaule- 
Bclgique  , moins  la  Flandre  maritime),  pays  de  langue  thioise  ou  pays 
thiois  (la  Flandre  tudesque  ou  maritime  et  les  provinces  rb£nanes).  Les 
Flamands  tudesques  donnuieut  k leurs  voisins  de  langue  picarde  le  nom  de 
Wallons . 


— m — 

le  Digeste  definit : les  votes  qui  ont  leur  issue, 
ieur  point  d’arrSt  dans  les  villes  , vice  qua  exitum 
in  urbes  habent, 

Quoi  qu’il  en  soit , je  ne  pretends  pas  , je  le 
repfele , donner  cette  etyraologie  com  me  certaine 
mais  seulement  comme  vraisemblable  et  satisfai- 
sante. 

J’avais  d’abord  eu  la  pensee  d'ajouter,  comme 
appendice  , k ces  recberches  sur  la  Leulene  un 
apercu:  4*  sur  un  cbemin  direct  de  Terouanne  k 
Wissant,  cbemin  qu’une  foule  d'indices  me  por- 
tent I regarder  comme  une  voie  romaine  destinee 
a ouvrir  la  contree  montueuse  et  trks  accidence 
qu’elle  traverse;  2°  sur  un  cbemin  de  Terouanne 
a Cassel  qui  est  k mes  yeux  une  section  de  la 
voie  romaine  de  Boulogne  k Bavai , indiquee  dans 
l’itineraire  d’Antonin  comme  suivant  cette  direction; 
3°  sur  la  voie  de  Boulogne  k Cassel , pour  en  in- 
diquer  le  parcours  , d’apres  quelques  documents 
que  j’ai  recueillis  , depuis  Watten  jusqu’k  la  Tour 
d’Orde ; 4*  enfin  sur  une  voie  de  Cassel , non 
pas  k Mardick  qui , k mes  yeux , n’existait  pas 
encore  meme  au  neuvieme  siecle  (4)  , mais  aux 

(1)  Inddpendamment  de*  preuves  negative*  qui  resultant  de  ia  direction 
de  la  chaussde  de  Cassel  en  ligne  droite  sur  Synthe  et  faisant  angle  avec 
la  branche  de  rapport  qui  la  relie  avec  Mardick;  de  l’absence  de  tout  ves- 
tige d’antiquitd  et  de  toute  espece  de  document  qui  fasse  mention  de  cette 
prdtendue  ville  gallo-romaine  antdrieurementau  douzi&me  siecle;  de  l'obs- 
Curite  profonde  qui  l’enveloppait  encore  k une  epoque  ou  Marck,  dont  on 
pretend  usurper  le  nom  k son  profit , etait  le  chef-lieu  d’un  ministerium 


— 128  — 

Santenes  , aujourd’hui  les  deux  Synthes  , oil  tout 
me  porte  a croire  qu'il  y avait  du  temps  des 
Romains  des  marais  salans,  Arenarii  salinarum  que 
je  retrouve  au  onzifeme  siecle  possedees  ab  initio 
pafr  les  comtes  de  Flandre,  eh  ni&me  temps  qu’il  y 


ou  vicomte  qui  s’etcndait  sur  tout  le  littoral  entre  Sangate  ct  TAa  et  com- 
prenait  ciuq  ou  six  paroisses,  parmi  lesquclles  ^taient  Calais  et  St-Pierre, 
tandis  quc  Mardick  qui  depeodoit  de  Beurbourg  Detail  mime  pas  erigd  en 
commune  ct  dtait  encore  si  peu  connu  , merae  a la  fin  du  douzienie 
siecle,  qu’un  chroniqueur  contemporain,  Tun  des  continuateurs  de  Siinon, 
faisant  remuneration  de  toutes  les  populations  maritimes  qui  occupaient 
Ic  littoral  depuis  Sangate  jusqu'4  Dunkerque  > mentionne  nomm^ment 
celles  de  Calais,  de  St-Picrre  et  de  Gravelincs,  illos  de  Calesio  et  Petressa , 
illos  de  Gravelingis  ct  ne  daigne  metne  point  parler  de  la  population  de 
Mardick  qu'il  confond  avec  les  autres  habitants  de  cette  c6te  dans  cette 
expression  collective  t et  omnes  maritimos  de  Broburgenti  castelktrid,  •— 
indlpendamment  enfin  du  d4faut  absolu  de  toute  donnee  s4rieuse  qui 
puisse,  en  dehors  de  cette  transformation  pudrile , arbitraire  et  inadmis- 
sible des  mots  Marcis,  Merki  ou  Merkisa  en  celui  de  Mardick  , justifier 
d'une  maniere  telle  quelle  Popinidn  qui  fait  de  cette  petite  ville  du 
moyen*&ge  un  port  florissaot  au  temps  des  Domains , neus:  trouvons 
dons  une  charte  de  Charles-le-Chauve  de  877  aux  moines  de  St-Bertin, 
une  preuve  positive,  et,  a mes  yeux,  peremptoire  de  sa  non-existence  au 
neuvieme  siecle.  Cette  charte  indique  expressement  le  village  de  Look 
comma  dtant  sitad  4 cote  de  Synthe;  et  Loom  ad  Sentina?.  Or,  lesderri- 
toires  de  Loon  et  de  Synthe  sont  se  pares  dans  toute  leur  etendue  par  celui 
de 'Mardick.  II  s’ensuit  done  de  deux  choses  Tune  : ou  qu'&  cette  epoque 
Mardick  n’cxist&it  pas  encore  et  que  son  territoire,  cornrne  semble  Tindi- 
quer  du  reste  sa  configuration  , a dtd  pris  et  ddcoupd  depuis  lors 
entre  ceux  de  Loon  et  de  Synthe^  ou  bien  que  S’il  existait  ce  n’etait  en- 
core qu'une  bourgade  obscure  et  innommee,  inferieure  an  village  de 
Synthe  puisque  e’est  le  nom  de  celui-ci  qui,  maigre  la  plus  graude  proxi- 
mity et  la  eontiguitd  mime  4e  Mardick,  est  designe  dans  la  charte  de 
Charles-le-Chauve  pour  indiquer  la  position  deLqon.  Je  defie  gu’ou  puisse 
repondre  4 cette  objection , quon  puisse  passer  entre  les  deux  proposi- 
tions de  ce  dilemme..  . 


— 129  — 

avait  a la  mkme  epoque  ties  salines  k Bourbourg. 
Mats  j'ai  refleclii  ensuite  que  quelques  reslreints 
que  pussent  fetre  les  d6veloppements  que  j’aurais 
a donner  a ce  travail  accessoire  il  aurait  toujours 
trop  detendue , eu  4gard  k la  place  qu’il  occu- 
perait,  <et  qu’il  serait  peu  logique  de  greffer  ainsi 
sur  l’histoire  d’une  seule  voie  romaine  une  notice 
qui  en  embrasserait  k la  fois  plusieurs  autres.  J’ai 
done  cru  devoir  y renoncer. 

Nous  avons  tout  lieu  d’esperer  que  le  temps 
•n’est  pas  loin  oil  la  question  des  voies  romaines 
qui  ont  existe  dans  nos  contrees  sera  resolue  aussi 
complktememt  qu’elle  est  susceptible  de  l’etre. 

Dejk  en  1840,  la  Society  des  Antiquaires  de 
Picardic  avait  congu  l’excellent  projet  de  faire 
dresser  une  carte  de  toutes  les  voies  romaines  qui 
sillonnent  cette  ancienne  province  , y compris  I’Ar- 
tois.  Elle  a nomme  k cet  effet  une  commission 
prise  parmi  ses  membres.  Dans  deux  rapports 
pleins  d’interkts  dans  lesquels  il  rend  compte  des 
travaux  de  cette  commission , M.  J.  Gamier  a 
pr6sente  un  r4sum6  succinct  de  toutes  les  recher- 
ches  , de  toutes  les  opinions , en  un  mot  do  tout 
ce  qui  avait  etk  ecrit  ou  public  soit  sur  I’ensemble 
de  ces  anciennes  chaussees , soit  sur  quelques- 
unes  d’elles  en  particulier.  Plusieurs  de  nos  col- 
legues , k qui  la  commission  presides  par  M.  Gar- 
nier  a fait  appel , ont  pay£  leur  utile  tribut  k ces 
reeherches  , en  ce  qui  concerns  les  voies  romaines 

17 


— 130  — 


ties  arrondissements  de  St-Omer  ei  de  Boulogne. 
Tels  sont  nommement  MM.  Alex.  Hermand,  Du- 
faitelle  et  Cousin. 

Le  premier  a fixe  d’nne  manure  definitive  le 
trace  de  la  voie  romainc  de  Casset  k Boulogne 
par  Watten.  Je  partage  entierement  son  opinion 
et  j’ai  recueilli  dans  les  aneiens  terriers,  les  re- 
gistres  de  comptes  et  autres  documents , joints  a 
une  connaissance  particuliere  des  lieux  , des  indices 
qui  me  semblent  de  nature  a determiner  le  par- 
cours  de  cette  chaussee  dans  le  trajet  quo  je  viens 
d’indiquer , en  m&me  temps  qu’ils  nous  font  con- 
naitre  qu’elle  a continue  d'etre  trfes  frequence 
pendant  tout  le  moyen-age.  De  Cassel  k Watten , 
il  n’y  a pas  de  difficulty  , car  cette  chaussee  existe 
encore.  Je  la  trouve  indiquee  dans  une  charte  de 
Charles-le-Bon  de  1124  sous  cette  denomination 
tres*  remarquable  : via  publica  qua , steen  strata 
dicta  , Casletum  respicit.  Je  regrette  que  M.  Her- 
mand , en  rejetant  avec  raison , comme  il  l’a  fait, 
une  pretendue  voie  romaine  de  Boulogne  par  St- 
Omer  a Cassel , n’ait  pas  song6  a la  chaussee  de 
Terouanne  a cette  derniere  ville  par  Renescure. 
Cette  chaussee , l’une  des  mieux  conservee  que 
je  connaisse , va  de  Terouanne  a Clarque , donne 
son  nom  k la  Cauchie  d’Ecque  et  a Quiestkde, 
traverse  le  grand  chemin  de  St-Omer  k Aire  a la 
Belle-Croix,  Wardrecque  , le  Neuf-Fosse  sur  le 
Pont-Asquin,  Renescure,  l'extremite  d’Ebblinghem 


- 131  — 


et  arrivee  a peu  prfes  a la  hauteur  de  Staple , elle 
se  confond  avec  le  grand  cliemin  de  St-Omer  a 
Cassel  jusqu’a,  cette  viUe.  C’est  sans  doute  cette 
dermere  circonstance  qui  a induit  en  erreur  dom 
Grenier  ou  celui  sur  la  foi  duquel  ce  savant  be- 
nedictin  a admis  une  voie  romaine  de  Boulogne  a 
Cassel  par  St-Omer  (t). 


(1)  On  a beaucoup  discubi  snr  la  question  de  savoir  s'il  y avait  deux 
voies  romaines  de  Boulogne  k Cassel.  M.  Gamier,  dans  ron  second  rap- 
port, conclutpour  la  negative.  Je  ne  partage  pas  son  opinion.  La  difficulte 
consiste  k concilier  la  carte  de  Peutinger  et  l’itineraire  d’Antonin  qui  ne 
se  contredisent  pas.  La  carte  de  Peutinger  indiqueune  voie  directe  de  Bou- 
logne k Cassel;  cette  voie,  on  la  connait,  e'est  eelie  qui  passe  par  le  Waast, 
Tournehem  et  Wattes.  De  son  cdte  l’itineraire  d’Antonin  qui,  suivant 
1’opinion  generalement  admise,  n’dtait  qu’un  livre  de  poste,  tragant  l’iti- 
neraire  que  suivaient  les  postes  romaines  pour  allcr  de  Boulogue  k Bavai , 
indique  ainsi  les  prineipaux  points  que  ces  postes  desservaient  et  ou  etaieut 
leurs  prineipaux  relais : 


« Iter  a portu  Gessorucensi  Bagacijm  usque  : 


» Tarvennam 
» Castellum 
» Viroviacum 
» Pontem  scald* 
» Bagacum 


M.  P.  XVII. 
M.  P.  IX. 

M.  P.  XVI. 
M.  P.  XII. 
M.  P.  XII.  » 


Bien  que  cet  itin^raire  ne  suive  pas  la  voie  dirccte  de  Boulogne  k Cassel, 
il  est  loin  cependant  de  l’exclure,  On  con$oit  en  effet  que  Terouanne  etant 
une  station  centrale  et  intermldiaire  par  laquelle  devait  necessairement 
passer  la  poste  de  Boulogne  pour  aller  k Arras  et  de  la  soit  a Cambrai  ct 
St-Quentin,  soit  k Tournai,  on  se  soit  servi  de  cette  meme  poste , par 
correspondance , entre  Terouanne  et  Bavai  par  Cassel , afin  d’eviter  lo 
double  emploi  qu’aurait  fait  une  seconde  poste  sur  la  voie  directe  de 
cette  demi&re  ville  k Boulogne. 


La  difficult^  pourrait  done,  suivant  moi,  se  resoudre  ainsi : la  carte  de 
Peutinger  indique  la  voie  la  plus  directe  a suivre  pour  allcr  de  Boulogne 
k Cassel,  et  l’itinlraire  d’Antonin,  la  voie  que  suivait  la  poste. 


— 132  — 

M.  Cousin , de  son  cdte , a jete  un  nouveau 
jour  sur  les  trots  grandes  voies  qui  rayonuaient 
de  Boulogne  dans  les  trois  directions  de  Terouanne, 
d'Ctaples  et  d’Amiens.  11  est  a regretter  aussi  qu’il 
n’ait  pas  era  devoir  diriger  Igalement  ses  recher- 
cbes  sur  le  chemin  direct  de  Wissant  a T6rouanne, 
ni  sur  la  ligne  que  suivait,  a pariir  de  la  Tour 
d’Orde , la  voie  de  Cassel  dont  je  viens  de 
parler  (1).  $ 


D’oilleurs,  eoncevra-t-on  qu’il  n’j  aurait  paa  eu  de  vole  directe  entre 
deux  points  aussi  importants  et  aussi  rapproebes  que  Terouanne  et  Cassel  ? 
La  direction  de  ce  cbemin  en  ligne  droite > sa  largeur  qui , par  endroits  , 
depassc  soixante  pieds , surtout  dans  Benescure  ou  il  est  connu  et 
d&igne  dans  les  litres  sous  le  nom  de  rue  de  Tirouanne  ou  rue  menant 
de  Cassel  & Ttrouanne , le  rapport  de  son  parcours  quant  k la  distance, 
avee  celle  indiquee  dans  l’itin^raire , son  anciennetd  constatee  non-settle- 
ment par  des  noms  de  lieux  mais  encore  par  ce  fait  que  e’est  par  la  qu’en 
lest  l’empereur  Otbon  Tenant  d’Arras  avec  une  nombreuse  armee,  ferine 
usque  ad  Arkam , s’est  prdsentd  pour  entrer  en  Flandre  lorsqn’il  en  tronva 
le  passage  ferm£  par  le  Neuf-Fossd  que  venait  de  construire  Banduin  de 
Lille,  les  denominations  mdme  de  W ardrecques  et  A’Asquin  qui  signifient 
cn  flamand  le  passage  du  boulevard  et  pont  de  sortie , tous  ces  indices  et 
une  foule  d’autres  qu’il  serait  trop  long  d’dnumlrerme  semblent  pins  que 
suflisants  pour  admettre  la  rue  de  Tdrouanne  au  nombre  des  voies  romai- 
ues.  Get  honneur  lui  est  d’autant  plus  llgitimement  dft,  qu'avec  tous  ccs 
carac  teres  elle  est  la  seule  voie  qui  puisse  rlpondre  k la  section  de  U 
chaussee  de  Boulogne  k Bavai  entre  Tdrouanne  et  Cassel,  indiquee  dans 
I’itinlraire. 

(1)  II  eut  4te  bon  aussi , ce  me  semble,  de  dire  an  mot  foseptemvium 
qui,  suivant  moi,  a donne  son  nom  au  village  les  Zoteux^l#  Seheedew(eg)9 
le  carrefour).  Plusieurs  indices  me  portent  k croire  que  le  Septemvium , 
situe  comme  ii  Test , sur  Tun  des  points  les  plus  eleves  de  la  Morinie, 
etait  lc  centre  non  sculemcnt  d’un  reseau  de  voics  romaincs , mais  encore 
de  plusieurs  li^ues  de  signaux  de  feu. 


— 133  — 

Quant  a M.  Dufaitelle , l’homme  qui  possede  le 
mieux  l’hisloire  du  Calaisis , il  a judicieusement 
rectifie  plusieurs  erreurs  de  Dom  Grenier,  et  in- 
dique , preuves  en  main , le  veritable  trace  de 
l’extremite  de  la  lieulene  et  d’une  autre  chaussbe 
moins  connue  de  Wissant  b Sangate  et  de  lb  b 
Marck. 

La  Society  des  Antiquaires  de  la  Morinie  a done 
dbjb  fait  un  grand  pas  dans  1'btude  des  voies  ro- 
maines  de  sa  circonscription.  Ce  qui  lui  reste  b 
faire  , e’est  beaucoup  moins  encore  d’aller  b la  re- 
cberche  de  nouvelles  decouvertes  que  de  s’efforcer 
d’apporter  de  nouvelles  lumiferes  sur  ce  qui  est 
dejb  connu.  C’est  lb  pour  ma  part  ce  que  j’ai 
voulu  faire.  Comme  dit  un  vieil  adage  qui,  ainsi 
que  les  autres,  est  devenu  trivial  b force  de  vb- 
rite , tl  nest  si  peu  qui  naide.  Aussi  j’ose  es- 
perer  que  ce  faible  tribut  que  je  viens  joindre  b 
celui  que  les  savants  collegues , dont  je  viens  de 
parler,  ont  dejb  si  largement  payd,  ne  sera  pas 
tout-a-fait  stbrile  et  qu’il  ne  laissera  pas  de  con- 
tribuer  tant  soit  peu  a la  construction  de  l’edifice 
qu’une  societe  voisine , sceur  de  la  ndtre , et , je 
le  crois  du  moins  , sa  plus  intime  allibe , a en- 
trepris  d’elever , a frais  communs ; a I’cxdcution 
de  cette  carte  des  voies  romaines  que  nous  desi- 
rons  voir  bientot  s’acbever  si  toutefois , ce  que 
j’ignore , elle  ne  Test  pas  dbjb  depuis  longtemps. 


LA 

imnme  Mnu 

ATAWP  IX  nWBAJTT 


Li  DOMINATION  ROHAINE. 


LA 


FLANDRE  MARITIME 


AVANT  ET  PENDANT 

LA  DOMINATION  DOMAIN  , 


par  M.  Louis  De  BAECKER,  Membre  correspondant. 


I. 


La  Flandre  maritime  francaise,  ancienne  contree 
que  bornaient  k Test  lcs  Pays-Bas , au  midi  la 
Lys , a l’ouest  la  riviere  d’Aa , au  nord  l’Ocean , 
est  enclavee  de  nos  jours  dans  les  arrondissements 
administratifs  de  Dunkerque  et  d’Hazebrouck.  Elle 
est  situee  entre  le  1 0me  — 25me  degre  longitude  et 
le  51 me  — 35°  et  a treize  lieues  de  longueur  sur 
six  de  largeur. 

La  surface  de  ce  pays  est  g£n6ralement  plane; 
cependant  dans  sa  partie  centrale,  elle  est  parse- 
mee  de  diverses  Eminences  jalonnees  sur  une  ligne 
qui  va  de  l'occident  a l’orient.  Ces  Eminences  sont 

18 


— 438  — 


les  coteaux  de  Watten , St-Momelin , Ravensberg  , 
Bonsberg  , Cassel  , Uwenberg  , Boeschepberg  , 
Catsberg , Kemmelberg , le  Mont-Noir  et  le  moot 
de  Lille.  Son  territoire  est  arrose,  4°  de  sept  ri- 
vieres ou  ruisseaux  qui  sont : la  Lys  qui  suit  en 
partie  les  contours  du  departement  du  Pas-de-Calais 
et  de  l’arrondissement  de  Lille ; l'Aa  qui  prend  sa 
source  dans  le  Pas-de-Calais  ; 1’Yser  qui  prend  la 
sienne  a Rubrouck ; la  Peene  qui  nait  dans  les 
coteaux  de  Cassel  et  se  jette  dans  l'Yser  pres 
Wylder ; la  Colme  qui  passe  k Bergues ; la  Lawe 
qui  vient  du  Pas-de-Calais  et  se  jette  dans  la  Lys 
au-dessous  de  Lagorgue  ; la  Bourre  qui  nait  au 
village  de  Borre  et  deverse  ses  eaux  dans  le  canal 
d’Hazebrouck ; 2°  de  onze  canaux  de  navigation , 
le  Neuf-Fosse , la  Nieppe  , le  Preavin , le  canal 
d’Hazebrouck,  celui  de  Bergues  a Fumes  ou  Basse- 
Colme , celui  de  Bourbourg , celui  des  Moeres , 
de  la  Cunette , de  Dunkerque  a Bergues , de  Mar- 
dyck  et  celui  de  Dunkerque  k Fumes ; 3*  de  sept 
canaux  de  communication  vicinale  qui  sont  la  becque 
de  Vieux-Berkin  , la  Metterbeke , le  ruisseau  de 
Steenwerck , la  becque  de  Nieppe , la  vieille  riviere 
et  deux  becques  qui  se  jettent  dans  l’Yser ; 4°  de 
deux-cent  quarante-trois  canaux  de  dessechement 
dits  Wattergans ; et  5°  de  trente-cinq  petits  cou- 
rants  d’eau  qui  filtrent  a travers  les  champs  etvont 
grossir  les  rivikres.  • 

, Si  nous  ajoutons  a cette  quantite  de  ruisseaux 


— <39  — 


la  quantity  tie  inarais  qui  couvraient  la  Flandre 
maritime , nous  serons  autorise  a dire  que  cette 
region , comme  tout  le  littoral  du  nord  de  la  France, 
a ete,  durant  de  longs  siecles,  occupee  par  1’element 
liquide. 

Elie  de  Beaumont  nous  apprend  en  effet  qu’a 
cette  epoque  de  la  creation  , que  la  science  geo- 
logique  appelle  tertiaire , un  immense  lac  couvrait 
les  lieux  oil  dcpuis  s’eleverent  Paris , Bruxelles  et 
Londres  , et  qu’ils  ne  furefat  exondh  que  par  un 
soulevement  du  sol.  Ce  fut  dans  cette  p£riode  de 
retraite  progressive  des  eaux,  qu’apparurent  les  terres 
nouvellea  du  continent.  Enfin,  un  temps  arriva  oil  la 
mer  fut  d peu  prh  releguee  dans  le  bassin  qui  la 
renferme  aujourd’hui ; nous  disons  d peu  prh , 
car  il  parait  qu’avant  de  se  tracer  ses  limites  ac- 
tuelles  , elle  baigna  encore  pendant  des  siecles  , 
la  chaine  des  col  aes  que  nous  avons  plus  haut 
enumerees  el  qui  ne  sont  autres  que  d’anciennes 
dunes.  • L’on  volt  partout , dit  1’abbe  Mann , que 
» cette  elevation  de  terrain  n’est  pas  comme  les 
» montagnes  ordinaires , dont  la  declivite  s’etend 
» communement  a quelques  licues  dans  le  pays; 

» ici  le  changement  est  subit  et  l’ascente  commence 
» tout  d’un  coup,  comme  on  le  voit  presque  par- 
» tout  aux  bords  de  la  mer.  Ce  qui  peut  encore 
» servir  a faire  connaitre  i’ancienne  cdte  elevee  , 
» c’est  la  grande  difference  qui  se  trouve  entre  le 
» terrain  qui  est  dans  l’interieur  de  cette  cote  et 


— 140  — 


» celui  qui  est  entre  clle  et  la  c6te  nouvelle , l’un 

> 6tant  ou  sablonneux  ou  mar6cageux ; l’autre 
» 61ev6,  pierreux  et  in£gal  (1).  » Suivant  l’opi- 
nion  du  meme  auteur , adoptee  par  MM.  Belpair  (2) 
et  Schayes  (3),  « l’ancienne  c6te  de  la  Belgique 
» commencait  entre  Calais  et  Boulogne  , passait 
» sur  la  droite  de  Guinea  et  d’Ardres  par  le  mont 
» de  Ruminghem  jusqu’k  Watten , oil  du  temps 
» de  C6sar  et  jusqu’au  Xme  sikcle,  il  y avail  un 

> golphe  qui  s’6tendait  jusqu’k  Saint-Omer,  Blan- 
» decques  et  Wizernes.  De  Watten  , la  cdte  se 
» dirigeait  sur  Cassel  par  Ravensberg , Balemberg , 
» Domberg  ; ensuite  elle  passait  par  Eecke , Cats- 
» berg , Cainberg , Locre  , Swartsberg , Mont- 
» Kemele  , Witsecatte  , Messine , Rosenberg , La 
» Hutte  jusques  vers  Warneton.  De  lk,  cotoyant 
» la  gauche  de  la  Lys , elle  s’etendait  par  Houthem 
» jusqu’a  Yilvorde , oh  il  doit  y avoir  eu  un  golphe , 
• et  jusqu’k  Bruxelles  par  l’allee  verte  (4). 

Ce  n’est  pas  tout , Malbrancq  rapporte  qu’a 
Guisnes , Ardres , Ste-Marie-Kerke , Watten  , etc., 
on  ne  rencontre,  k la  profondeur  de  sept  ou  huit 


(1)  M^moire  sur  l'oncien  6 tat  dc  la  Flandre  maritime,  page  74. 

(2)  Mlmoire  sur  les  changements  de  la  cote  depuis  Boulogne  jusqu’i 
Anvers , ins6r4  dans  les  nouveaux  memoires  de  Tacademie  de  Bruxelles. 

(3)  Les  Pays-Bas  avant  et  durant  la  domination  romaine,  Tom.  I€r 
pag.  323, 


(4)  Schaycs , ibid. 


— U1  — 


pieds,  que  du  sable  de  mer  rempli  de  coquillages 
et  autres  substances  marines.  On  a trouvk  des 
ancres  et  des  debris  de  navires  dans  plusieurs 
endroits  de  la  Flandre,  trfes  eloignes  de  la  mer , a 
Glairmarais , Blandecques , Wizernes  et  meme  sur 
le  mont  Cassel.  La  plaine  entre  Hame  et  Ardres 
6tait , dil-on  , autrefois  une  montagne ; mais  au- 
jourd’hui  elle  est  k peine  une  faible  colline , tant 
les  terres  environnantes  se  sont  exhaussees  par 
les  alluvions  de  la  mer  (1). 

11  y a quelques  ann6es , des  ouvriers  en  creusant 
Ie  sol  pres  l’hotel-de-ville  de  Bergues,  ont  exhumk 
un  humerus  de  baleine  (2)  ; d’autres  ont  extrait 
d’une  carriere  de  graviers  k Wormhout  une  niolaire 
d’Hippopotame  petrifi^e  (3).  A Cassel  et  au  mont 
des  Cattes  ou  Catsberg , on  trouve  encore  tous  les 
jours  des  coquillages  petrifies ; le  terrain  de  ces 
monticules  est  un  terrain  d’alluvion , et  selon 
M.  I’ing4nieur  Poirier  de  St-Brice , il  se  compose 
cn  majeure  partie  d’un  sable  quarlzeux  dont  les 
couches  horizontales  sont  de  diverses  couleurs  ct 
renferment  assez  frequemment  des  cailloux  routes. 

Ces  faits  demontrent  de  la  manikre  la  plus 


(1)  Malb.  de  Mor.  et  reb . Morin . tom.  1.  pag.  54. — Dom  Grenier. 
— Introduction  & l’hisloire  de  Picardie  , p.  57. 

(2)  Consent  dans  le  cabinet  d’kistoire  naturcllc  dc  M.  Dcmcezcmaker, 
ancicn  maire  dc  Bergues. 


(3)  Id.  id. 


irrecusable  que  la  partie  septentrionale  de  la  Flandre 
fut , dans  I’antiquite  la  plus  reculee , le  domaine 
de  l’Ocean.  11  est  impossible  de  dire  quand  ses 
Dots  se  retirerent  de  cette  contrde ; cet  6venement 
se  perd  dans  la  nuit  des  temps.  Des  auteurs  1’at- 
tribuent  au  deluge  cimbrique ; le  savant  Schayes 
rejette  bien  loin  cette  opinion , par  le  motif  que 
ce  deluge  n’arriva  qu’environ  cent-cinquante  ans 
avant  l’ere  vulgaire , et  qu’alors  les  Gaules  etaient 
dejk  habitees  depuis  un  temps  immemorial.  L’hy- 
pothese  la  plus  vraisemblable  selon  lui , l'abbe 
Mann  et  Belpair  , est  celle  qui  explique  cette  re- 
traite  de  la  mer  par  la  rupture  de  l’lsthme  qui 
unissait  jadis  la  France  & l'Angleterre  (1). 

Cette  plaine  sablonneuse  , surgie  du  sein  des 
flots , ii  faudra  encore  des  sifecles  avant  que  Thomme 
puisse  l’habiter;  il  faudra  que  sa  surface  se  consolide  , 


(1)  M£moire  deji  cit4.  — L’eldvation  des  mages  de  France  et 
d'Angleterre  , la  nature  des  terres  , la  correspondance  mutuelle  de 
leurs  couches,  leur  coupure  perpendiculaire  contre  l'ordre  qu’on 
remarque  dans  les  montognes  et  les  hauteurs  situ^es  sur  les  autres 
cotes  , qui  sont  presque  en  pente  vers  les  vallees  , tons  ces  rap- 
ports frappants  ont  porte  M.  Buache  ( M&n.  de  l’acad.  des  sciences, 
de  1752  , pag.  412 ) & dire  que  la  montagne  qui  est  coupee  a 
Wissant  par  le  ddtroit , et  qui  au  deli  s’etend  assez  avant  en  An- 
gleterre  , en  suivant  la  mfone  direction  , n’est  que  la  continuation 
d'une  branche  de  montagnes  qui  traverse  les  provinces  du  centre 
de  la  France.  M.  Guettard  (Mem.  de  l’acad.  de  sciences  1746  , 
p.  362)  a observe  la  memo  interruption  par  rapport  aux  mines  dont 
les  bandes  «chisteu>es  et  mameuses  pa?saient  dc  meme  de  Picardic 
en  Angleterre.  — Dom  Grenier.  — Introd.  k l'bisi.  dc  Picardie. 


se  durcisse ; que  des  vbgetaux  la  couvreut , quo 
des  forets  l’ombragent;  que  l’atraosphbre  qui  l’en- 
toure  se  purifie.  Alors  des  pas  humains  se  ha- 
sarderont  sur  ce  sol  tremblant  et  marecageux , oil 
l’Ocban  conservera  deux  lits  pour  y penbtrer  & 
son  gre  et  submerger , quand  il  lui  plaira , la 
terre  conquise  par  la  vbgbtation.  Des  hommes 
partis , on  ne  sait  d’ou , peut-etre  du  cdte  du 
fleuve  Tanais , viendront  cinq  ou  six  cents  ans 
avant  1’ere  chretienne , visiter  ces  cdtes  inconnues 
et  s’y  fixeront.  Ces  hommes  seront  de  la  race 
Celtique  ou  Gallique.  Nous  n’avons  pas  h nous  en 
occuper , car  il  n’en  est  rest6  sur  notre  sol  aucune 
trace  historique.  Les  premiers  habitants  dont  l’his- 
toire  a garde  souvenir , sont  les  Menapieus,  d’origine 
ludesque. 


II. 

Nos  c6tes  ne  furent  v6ritablement  peupl^es  que 
lorsque  les  Teuclitres  et  les  Usipbtes  chassbrent 
les  Menapiens  des  rives  du  Rhin  (4).  Alors,  cette 
peuplade  germanique,  poussant  plus  avant  vers 
l’occident , prit  possession  de  ce  pays , auquel  on 
peut , avec  M.  Schayes,  assigner  les  homes  sui- 
vantes : au  nord , 1’Escaut  et  la  Meuse  qui  la 
separaient  des  Bataves ; b Test  l’Escaut  la  sbparant 


(1)  Cmar , Bell.  gall.  lib.  -/F.  cap . 4. 


— 1 44  — 


des  Nerviens  et  des  Toxandres;  k Vouest,  l’Ocean 
el  les  Morins  delimites  par  la  riviere  d’Aa  ; au 
midi , la  Scarpe , la  Deule , la  Lys  et  la  Marne , 
qui  paraissent  lui  avoir  servi  de  limites , du  cdte 
des  Morins  et  des  Atrebates.  Ces  homes  ont  etc , 
au  moins  pendant  une  certaine  partie  du  moyen- 
age,  celles  du  pagus  mempitcut  ou  menapiseut  (4). 

En  effet , on  lit  dans  une  cbarte  de  Charles- 
le-Chauve  , de  l’an  847,  donnee  en  faveur  de 
l’abbaye  de  St-Bavon,  que  ce  monastfere  est  situd 
in  territorio  Menapiorum  quod  nunc  Mempiscum 
appellant.  Enschenius , dans  ses  notes  sur  la  vie 
de  Saint  Amand , assure  que  Tournay  s’y  trouvait. 
Scion  le  biographe  de  Saint  Anschaire  et  de  Saint 
Rembert,  Torhout  y etait  aussi.  Roulers  y est 
place  par  un  diplbme  de  l’empereur  Louis,  de  Van 
822  : in  pago  qui  dicitur  Mempitcut,  in  loco 
nuncupante  Rostelar.  Une  cbarte  de  Cliarles-le- 
Chauve  de  877 , y met  Poperinghe ; une  autre 
du  meme  prince,  de  Van  864,  fait  mention  de  Helsoca 
in  pago  Mempitco  , que  Von  croit  etre  un  village 
aux  environs  de  Cassel.  Yperius  dans  sa  chronique 
de  Van  860  , constate  dans  le  Mempiscus,  VY terce 
portut  qui  fut  Nieuport.  Une  charte  datee  del 085, 
par  laquelle  Robert-le-Frison  fait  une  donation  k 
St-Pierre  de  Cassel,  coroprenait  cette  ville  dans 

(2)  Schayes , les  Pay$-Ba$  avant  et  durant  la  domination  romaine. 
T.  1.  p.  425. 


— 145  — 


le  pagus  Menapitcus.  Meyer,  dans  ses  Tomi  X,  cite 
un  Rigobert  de  Lederzeele , et  dans  ses  Annales , 
nomine  Wormhout , deux  villages  qu’il  dit  enclaves 
dans  le  Mempiecut  (1).  Si  nous  r6capitulons  les 
noms  des  lieux  relates  dans  ces  actes  authentiques 
comme  faisant  partie  du  pays  des  Menapiens , nous 
verrons  que  ce  peuple  occupait  encore , vers  le 
IXe  sifecle,  toute  la  contr£e  qui  s’etend  de  Lederzeele 
k Gand , c’est-k-dire , de  la  rivifere  d’Aa  (Lederzeele 
y touche)  jusqu’k  l’Escaut.  II  y a plus , un  auteur 
du  XIe  siecle , cite  par  M.  Alex.  Hermand,  Ebrard  , 
moine  qui  a dcrit  vers  l’an  \ 080,  la  cbronique  du 
monastfere  de  Watten , aprfes  avoir  qualifie  cette 
ville  de  tres  antique  demeure  des  Menapiens  , dit 
de  la  manifere  la  plus  precise  et  la  plus  claire  que 
Ieur  limite  k l’occident  etait  la  riviere  d’Aa.  Est 
ergb  inter  Legiam  fluvium  et  jlandrinenses  maritimos 
Men apia  cognominatut,  cujus  incolce  generali  vocabulo 

ab  historiographis  Menapi  denominantur Pagi 

autem  ipsius  longitudo  ab  oriente  extenditur  atque 
ab  occidente  Enula  videlicet  fluvio  finem  exdpiente 
terminator . Ce  fleuve  Enula  n’est  autre  quel’Aa  (2). 

Nous  pouvons  done  dire  que  si  les  Morins  et 
les  Menapiens  6taient  voisins  et  situds  sur  les  bords 
de  la  mer,  ainsi  que  nous  l’enseigne  Strabon  (3), 

(1)  Ad  arm.  DW.  VI. 

(2)  Sanderus  ( Fland . illustr.).  et  Malbr . De  Morin. 

(S)  Strab.  tom.  1 pag.  296.  Edit.  Amst. 


19 


— UG  — 


Is  etaient  separes  par  ce  golphe  qui  pcnetrait 
encore  au  XII*  siecle  jusqu’au  pied  de  la  colline 
de  Sitbiu  (1).  Les  Meuapiens  en  occupaient  le 
cdt6  oriental , les  Morins  celui  vers  l’occident.  C’est 
pour  cette  raison  que  Virgile  appelle  ceux-ci  : 
Exlremi  hotmnum , et  Pomp.  Mela : Ullimi  galli- 
carum  gentium  (lib.  3.  cb.  2). 

Ce  golphe  est  un  de  ces  deux  lits  que  la  mer 
s’etait  conserves  et  dont  j’ai  par  16  plus  haut. 
Lorsque  celle-ci  s'en  fut  retiree,  l’Aa  s’en  saisit 
et  l’approfondit  en  s'y  precipitant ; le  second  lit 
auquel  j’ai  fait  allusion , est  cet  autre  golphe , 
dont  les  eaux  baignaient  le  Groembeg  et  que  rem- 
plaga  un  canal  qui  descend  de  cette  Elevation 
perpendicul  rement  a la  cote  dans  le  bassin  de 
Dunkerque. 

Maintenant  que  nous  avons  determine  avec  quelque 
exactitude  l’em placement  des  Menapiens,  examinons- 
les  sous  le  rapport  des  moeurs , car  c’est-la  qu’est 
la  vie  des  peuples.  Cesar , Dion-Cassius  et  Strabon 
ont  laisse  sur  ce  point  historique  des  details  pleins 
d’interet. 

Leur  pays  etait  couvert  d’immenses  forets  et  de 

(1)  Ce  golphe  est  citd  dans  un  diplome  que  Vredius  a extrait 
des  archives  de  rancien  eveche  de  Thlrouanne  , co nservees  autrefois 
dans  celles  de  la  cathedrale  d'Ypres.  Co  mute  Mirseus  et  son  conti- 
nuateur  ne  Tont  point  connu  , ce  diplome^  nous  croyons  devoir 
renvoyer  le  lecteur  a VHistoire  ancienne  des  Pays-Bas  autrichiens , 
par  Des  Roches  9 p.  107  9 ou  cette  charte  est  reprpduite. 


— \ 47  — 


mar^cages  inaccessibles  (1).  Les  bois  de  Nieppe , 
de  Catsberg , d’Uwenberg,  avec  ceux  situes  entre 
Casscl , Wormhout  et  Steenvoorde , et  les  marais 
connus  sous  le  nom  de  Moeres  entre  Bergues  et 
Fumes  , sont  des  vestiges  des  forets  et  des  ma- 
recages  primitifs.  Les  aulres  ont  disparu  devant 
les  progrfes  de  l’agriculture,  et  des  noms  de  villages 
rappellent  seuls  les  lieux  couverts  autrefois  de  leur 
ombrage  touffu  et  de  leurs  eaux  croupissantes  (2). 

Les  arbres  6taient  de  peu  de  hauteur ; on  en 
entrelagait  les  tiges  flexibles  pour  se  defendre  contre 
les  invasions  armies.  Les  marais  formaient  de  petites 
iles  ^parses  , du  moins  dans  la  partie  voisine  de 
la  mer ; c’est  Ik  que  les  M6napiens  se  retiraient 
avec  toutes  leurs  families  au  moment  du  danger. 
Lorsque  le  temps  etait  humide , its  pouvaient 
aisement  s’y  assurer  un  refuge;  mais  la  secheresse 
survenant , il  6tait  facile  de  les  atteindre  (3).  Les 
forets  renfermaient  de  vastes  plaines  et  de  fertiles 
paturages.  Les  Menapiens  s’appliquaient  principa- 
Iement  a la  culture  des  champs ; ce  qui  le  prouve, 
c’est  que  les  lieutenants  de  Cesar  les  devasterent 
et  coupkrent  leurs  bles  (4).  11s  entretenaieut  de 

(1)  Continentesque  silvas  ac  paludes  habebant ; Goes.  lib.  8.  ch.  28. 
— Perpetuis  paludibus  silvisque  muniti ; id.  lib.  6.  ch.  5. 

(2)  Voy.  Les  Flamands  de  France.  Etudes  sur  leur  langue  , leur 
literature  et  leurs  monuments. 

(3)  Strabon.  Tom.  Ier. 

(h)  Omnibus  earum  agris  vast  at  is , frumentis  succisis  axtificusquc 
insert  vis.  — C*vs.  lib.  h i\  38. 


— U8  — 


si  grands  troupeaux  de  brebis  et  dc  pores  qu’ils 
fournissaient  k Rome  quantity  de  viandes  salees  et  de 
laines  fagonnees  (4).  Martial  chante,  dans  ses  vers, 
les  jambons  de  la  Menapie  (2).  Gruler  dit  qu’il 
existe  k Rimini  une  inscription  dddiee  k Vespasien 
par  le  corps  des  sauniers  Mdnapiens : Salinatoret 
civitati*  Menapiorum  (3).  II  peut  se  faire  que  ce 
peuple  ait  eu  des  salines  sur  les  bords  de  la  mer, 
aux  environs  de  Dunkerque ; car , non  loin  de  cette 
ville  , il  y a un  village  qui  a nom  Zudcote  et 
que  d’anciennes  chartes  nomment  Soutcota , nom 
flamand  qui  correspond , selon  nous , k cette  ex- 
pression : Cabane  au  Sel.  Au  surplus  / des  actes 
du  XI*  siecle,  font  mention  de  marais  salans  qui 
existaient  alors  le  long  de  la  cdte  entre  Mardyck 
et  Gravelines  (4). 

Les  Menapiens  n’avaient  point  de  villes , ils 
n’habitaient  que  des  chaumikres  ^parses , construites 
de  planches  et  de  branches  (5).  Cassel , quoique 
designe  par  la  carte  de  Peutinger , sous  la  deno- 
mination de  Castellum  Menapiorum,  ne  fut  pas  une 


(1)  Tam  copiosi  sunt  iis  pecudum  et  suum  greges , ut  sagorum 
et  salsamentorum  copiam  non  Roma  tantum  suppeditent , sed  et 
plerisque  Italics  partibus.  Strab.  t.  Ier  p.  301, 

(2)  Mart.  lib.  13.  Xcn.  50. 

(3)  Edit,  de  Groevius',  pag.  1096. 

(4)  Annuaire  du  departement  du  Nord,  1835. 

(5)  Non  in  urbibus  sed  in  tuguris  habitabant.  — Dio  Cass,  lib,  39* 


— 149  — 


forteresse  batie  par  les  M6napiens  , mais  par  les 
Romains  sur  le  territoire  m6napien.  Ces  derniers 
l’appelferent  ainsi  pour  la  distinguer  du  Castellum 
Morinorum  , qui  devint  la  ville  d’Aire  au  dela  de 
la  Lys  (1).  Aussi , C6sar  do  dit-il  pas  que  les 
Menapiens  , fuyant  devant  lui , se  re  tirerent  dans 
des  chateaux-forts , mais  qu’ils  se  cache  rent  au 
fond  de  leurs  forgts  et  s’enfoncferent  dans  leurs 
marais  (2). 

« Leur  vetement  est  le  Sagum , dit  Strabon ; 

> ils  laissent  croitre  leur  chevelpre.  Ils  ont  des 
» habits  ouverts  et  & manches  , qui  descendent 
» jusqu’a  la  cuisse.  Leur  laine  est  rude  leurs 

> armes  se  composent  d’un  long  glaive  suspeudu 
» h droite , d’un  grand  bouclier , d’une  lance  et 
» de  la  mdris , espece  de  pique;  quelques-uns  se 
» servent  d’arcs  et  de  frondes.  Ils  ont  aussi  des 
» pieces  de  bois  en  forme  de  javelots  qu’ils  ne  lancent 

• pas  avec  une  courroie  , mais  avec  la  main  et 
» qu’ils  emploient  principalement  a la  chasse  des 
» oiseaux.  Ils  couchent  k ter  re,...  leur  nourriture 
» consiste  en  laitage  et  en  diverses  especes  de 
» viandes,  surtout  en  chair  de  pore  fraiche  ou  salee. 

• Le  peuple  elit  chaque  annee  un  prince  et  un 
» chef  de  guerre. 

(1)  Voy.  Schaycs.  M4m.  de  la  socidtd  des  Antiquaires  de  la  Morinie 
tom.  2.  — Flandria  Ethnica  de  Vredius. 

(2)  Omnes  se  in  densissimas  silvas  abdiderant..,.  ac  paludes  ha - 
bebant , eo  se  suaque  omnia  contulcrunt. 


— 450  — 


» Sous  le  climat  des  Menapiens , il  regne  le 
» plus  souvent  quelque  brume , de  sorte  qu’il 
» n’y  a que  trois  ou  quatre  lieures , vers  le  midi , 

* pendant  lesquelles  on  puisse  apercevoir  le  so- 

• leil  (1).  » 

Quant  k la  religion  et  aux  institutions  civiles 
et  politiques  des  Menapiens , elles  sont  les  mftnes 
que  celles  des  anciens  Germains;  nous  renvoyons 
done  aux  anciens  auteurs  qui  ont  6crit  sur  la 
Germanie  et  surtout  au  profond  ouvrage  de  M. 
Schayes , intitule  : Les  Pays-Bas  avant  et  durant 
la  domination  romaine,  ainsi  qu’&  ceux  de  J.  Grimm, 
Deutsche  Mythologie , et  de  Mone , Geschicte  des 
Heidenthums  m Nordlichen  Europa. 


III. 

Les  Menapiens,  dit  M.  Dewez , qui  se  croyaient 
inaccessibles  aux  entreprises  des  Romains,  par  les 
avantages  que  Ieuroffraient  leurs  immenses  forSts, 
etaient  le  seul  peuple  de  la  Belgique  qui  n’eut 
pas  demande  la  paix  (2).  Ils  avaient  pris  le  parti 
d’Ambiorix , roi  des  Eburons , et  lui  avaient  offert 
un  asyle  dans  leur  pays.  Cesar  marcha  en  per- 

(1)  Strabon , geo.  lit.  IV.  ~ ■ Keroyn  de  Lettenhore ; hist,  de  la 
Fiandre , tom.  1.  pag.  13. 

(2)  Cjbs.  lib.  3.  c.  2S  ; et  lib.  4.  cli.  38.  — Cjbs.  lib.  6.  c.  3 et  6 


sonne  contre  les  M6napiens.  Les  ponts  qu’il  pra- 
tiqua  sur  l’Escaut,  lui  facilitferent  Pen  tree  dans  le 
pays  avcc  d’autant  moms  d’embarras  et  de  resistance, 
que  les  Mdnapiens , n’ayant  pas  eu  le  temps 
d'assembler  des  troupes , ne  purent  emp£cher  les 
Romains  de  les  poursuivre  dans  leurs  for6ts. 

L’arm4e  romaine,  divis^e  en  trois  corps,  marquait 
tous  ses  pas  par  l’incendie  et  la  devastation ; et  la 
lueur  de  l’embrasement  qui  consumait  un  village, 
annongait  au  village  voisin  l’approche  de  l’ennemi. 
Les  malheureux  qui  fuyaient  ne  pouvaient  echapper 
aux  vives  poursuites  des  troupes  legferes , qui , dfes 
qu’elles  les  atteignaient , ne  leur  offraient  que  la 
desesperante  alternative  de  la  captivite  ou  de  la 
mort.  Ceux  que  n’avaient  point  atteints  le  fer  des- 
tructeur  ou  la  flamme  devorante,  n’eurent  quo  la 
ressource  de  se  soumettre  au  joug.  (1). 

Mais  les  dissensions  civiles  qui  suivirent  la  mort 
de  Cesar , ne  permirent  pas  aux  Romains  de 
s’occuper  immediatement  de  leurs  nouvelles  con- 
quetes ; leur  domination  ne  so  consolida  dans  les 
Gaules  que  sous  l’empereur  Auguste.  Par  ses 
ordres , des  citadelles  furent  elevees  sur  le  sommet 
des  montagnes  de  Cassel  et  de  Watten,  le  port 
de  Mardyck  se  creusa  , des  voies  militaires 
traversfcrent  le  territoire  menapien , et  pour  Sparer 


(1)  Diet.  gdog.  ?.  Mdnapiens  pagi  807* 


— 152  — 


les  vides  pratiques  par  les  armees  des  legions  de 
Cesar , il  y fit  transporter  un  grand  nombre  de 
prisonniers  de  guerre  que  Drusus  et  Tibere  avaient 
faits  sur  le  Rbin.  Des  Bataves  furent  6tablis  a 
Walten  (1)  en  qualite  de  letes  ou  serfs,  et  des 
Caltes  au  Castberg  ( Mont  Caltorum ) entre  Steen- 
woorde  et  Bailleul,  et  peut-etre  aussi  aux  environs 
de  Bourbourg  & un  endroit , nomm6  Kattfliet  par 
Malbrancq.  La  forteresse  de  Watten  correspondait 
avec  celles  de  Cassel , d’Eperlecques , de  Sithiu , 
de  Tournehem , de  la  Montoire  et  de  Rihoult , et 
devint  le  centre  de  quelques  habitations.  Deux 
grandes  routes  venaient  y aboutir.  La  premiere, 
suivant  parallel ement  le  rivage  de  la  mer,  arrivait 
de  Loo;  la  seconde  allait  vers  l’occident  a Bou- 
logne ( Getsoriacum)  (2). 

Nous  avons  fix6  le  r&gne  d’ Auguste,  comme 
l’epoque  a laquelle  fut  batie  la  forteresse  de  Cassel, 
parce  qu’on  y a trouve,  b la  place  qu’elle  occupait, 
des  medailles  b l’effigie  de  cet  empereur  et  qu’on 
n’en  a pas  vu  de  Jules-C6sar  (3).  11  y a quel- 
ques ann6es  on  remarquait  encore  la  cl6ture  antique 

(1)  Miscere  enim  vetutmirm  Bataves  cum  guatinensibus. — Ebrard 
Not.  de  M.  Heim  and  sur  Watten. 

(2)  Notice  sur  Watten,  de  M.  Heratand. 

(3)  Scrikius  rapporte , orig.  rerumq,  celt . lib.  7 n°  23  , que  Floris 
de  Staples  , grand  bailli  de  Cassel  en  1600  , possedait  une  medaille 
d* Auguste  avec  cette  inscription  : diyus  august,  et  a l’exergne  , un 
temple  ferine  et  ces  lettres,  S.  C. 


— 153  — 

de  ce  chateau-fort ; la  durete  du  mortier , l’ar- 
rangement  des  pierrea,  la  profondeur  des  fondements, 
tout  indiqnait  qu’elle  4tait  de  construction  ro- 
maine  (1).  Un  buste  de  Galba  en  bronze , une 
statuette  de  V6nus , un  dien  Lare , une  petite 
louve  et  un  tr6pied  de  Bacchus  de  m£me  m4tal , 
d^couverts  k Cassel  en  1827  et  1841  (2)  , joints 
k la  quantity  de  m£dailles  que  le  sein  de  la  terre 
recelait , m£dailles  frappees  du  temps  d'Auguste 
k Arcadius , prouvent  k Evidence  le  s6jour  et  la 
duree  du  s4jour  des  Romains  sur  cette  colline  (3). 

Ils  eurent  encore  une  station  sur  les  bords  de 
la  Lys , k Minariacum  qui  fut  dans  la  suite  Es- 
taires.  11  est  fait  mention  de  ce  lieu  sur  la  carte 
Th£odosienne , et  Scrikius  , qui  en  a 6t6  grand- 
bailli  en  1600 , affirme  y avoir  vu  nombre  de 
poteries  et  de  m4dailles  romaines  > entre  autres 
quelques-unes  en  bronze  k la  face  4’Antonin,  et 
d’autres  portant  cette  inscription  : Diva  Faustina 
Pia , et  LueUla  aug.  (4).  La  dtaouverte  de  sem- 
blables  debris  k Estaires  est  une  refutation  com- 
plete de  1’opinion  de  M.  de  Valois  qui  pla$ait 


(1)  M.  Deimytter , qui  est  de  Cassel , adit  aussi : le  d^partement 
du  Nord  poss&de  k Cassel  une  antiquitd  pr4cieuse  qui  devrait  6tre 
restaurde.  Top.  de  Cass.,  p.  71. 

(2)  Topog.  de  Cassel ; Mdm.  de  If.  Vdnem  , de  la  Soci4td  des 
Antiq.  de  la  Morinie , 1841. 

(8)  Ibid. 

(4)  Scrik. , orig.  rer.  celt.  lib.  XII , n°  89-40* 

SO 


— <51  — 


Minariacum  a Merville,  et  de  celle  de  Desroehes , 
qui  le  mettait  a Zudberquin  (1).  D'apres  Meyer, 
la  ville  de  Bailleul  fut  fondee  sous  la  domination 
romaine  (2)  ; la  Flandre  maritime  fut  aussi  , a 
cette  epoque  , percee  de  quatre  voies  militaires  dont 
il  est  facile  de  suivre  les  traces. 

Une  partait  d’Aire  et  aboutissait  a Mardyck,  en 
traversant  Thiennes  , Stenbeke  , Sercus , Wallon- 
cappel , Oxelaere,  Cassel , Zermezelle,  Ledririghem, 
Zegerscappel,  Ekelsbeke , Crocbte  , Steeoe  et  Spyc- 
ker. — Une  deuxieme,  commen?ant  h Arras,  se  pro- 
longeait  par  Pont-d’Estaires , Zudberquin  , Nord- 
berquin  , Strazelle  , Castre  , St-Sylvestrecappel , 
Ste-Mariecappel  Cassel  , Hardifort , Herzelle  , 
Wylder  , Westcappel , Hoymille  , Teteghem  et  Lef- 
frinckouke.  — Une  troisieme  venant  .de  Therouanne 
et  une  quatrieme  de  Gessoriacum  ou  Boulogne,  se 
rencontraient  k Watten  oil  elles  se  separaienl  de 
nouveau  en.  deux  branches , dont  l’une  sous  le 
nom  de  chemin  de  Loo , confinait  a cet  endroit  en 
touchant  & Millam , Looberghe , Drincham,  Crochte, 

(1)  Remarques  sur  la  carte  de  l’ancienne'  Belgique  ; hist,  ancienne 
ties  Pays^ Bas , par  Desroches  , p.  181. 

(2)  .Suivant  Meyer } des  Beiges  jeterent  les  premiers  fondem^Dts  de 
la  ville  de  Bailleul : Habeo  authores  qui  hos  progenium  fuisse  con- 
fident eorum  Bel g a mm  , qui  ex  Nemiis  ab  Romanis  olim  pressis 
in  sylvas  et  Astuaria  dimittebantur , eosque  ad  odoacri  usque  adven - 
turn  littora  Morinorum  , ubi  nunc  Flandria  est  , incoluisse  ac  Rel- 
qiolum  pro  montibus  condidisse , id  quod  nunc  Baliolum  dicimus 
(tom.  X). 


155 


Sox , Quaedypre  , Warhem , Hondschoote,  Leyse’e, 
Giverinchove  et  Polincbove  , et  I’autre  s’etendait  par 
Busscheure , Nordpeene  , Wemarscappel  , Cassel 
Steenvoorde  jusqu’au  delk  de  Poperioghe  a Wervick. 

11  est  a remarquer  que  toutes  ces  lignes , a 
1’ exception  de  celle  du  chemin  de  Loo  , conver- 
geaient  a Cassel , ce  qui  demontre  I’importance 
que  les  Romains  attachaient  a cette  position.  De 
cette  forteresse , ils  dominaient  la  mer , I’Aa  et 
la  Lys , surveillaient  les  Menapiens , et  dans  une 
journee  de  marclie , ils  pouvaient , en  cas  d’insur- 
rection  des  Morins  , porter  secours  k leurs  frires 
d'arroes  etablis  dans  la  Morinie. 

Au  reste , il  ne  semble  pas  que  les  Romains 
aienl  exerce  une  grande  influence  sur  les  desti- 
nies de  la  Minapie.  Aucune  de  leurs  lois , aucun 
de  leurs  usages  ne  leur  a survecu.  Les  Menapiens 
quoique  vaincus  , n’avaient  pas  ete  soumis  et  ils 
etaient  demeures  fldeles  a lours  coutumes. 

A entendre  les  auteurs  de  Rome,  vanter  le  genie 
de  cette  reine  du  monde , on  s’imaginc  facilement 
que  la  civilisation  devait  eclore  partout  ou  ses 
enfants  portaient  leurs  pas  vainqueurs , que  les  arts 
et Tindustrie  devaient  y produire  des  cliefs-d’ceuvre. 
Illusion ! Dans  la  Menapie  , on  ne  connut  Rome 
que  par  l’odieux  de  son  gouvernement  despotique. 
Quant  a ses  bienfaits  , ils  furent  nuls.  Les  Mena- 
piens restirent  ensevelis  au  milieu  dc  leurs  bois 


— 15G  — 

et  de  leurs  marais  insalubres.  La  deboisement  de 
leur  pays  ei  le  dessfechement  de  leurs  eaarais  ne 
s’opererent  que  par  la  vertu  du  ehristianisme. 

D’apres  un  ancieo  6crivain,  cite  par  Aug.  Thierry, 
des  hommes  partis  de  cette  contree  qu’on  nomine 
aujourd’liui  la  Flandre , obliges  d'abandoDDer  sans 
retour  leur  pays  natal , & cause  d’une  grande  inon- 
dation , vinrent , sur  des  vaisseaux  sans  voiles , 
aborder  dans  la  petite  lie  de  Wight  et  sur  la  cote 
voisine , premiferement  comme  bdtes  de  bonnes 
graces  et  ensuite  comme  envahisseurs  (t).  Aug. 
Thierry  place  eet  evenement  immMiatement  avant 
l’invasion  de  la  Bretagne  par  les  legions  de  Cesar. 
Nous  avons  des  raisons  de  croire  qu’il  n’eut  lieu 
qu’apres  l’envahissement , et  ces  raisons  , les  void : 
La  Flandre  maritime  garde  encore  des  traces  d’une 
inondation  considerable.  La  mer  un  jour  a du 
deborder  avee  un  fracas  6pouvantable  et  lancer  ses 
flots  sur  les  terres  menapiennes,  avec  une  force 
k laquelle  rien  n’a  pu  resister.  L’onde  entraina 
des  bois  entiers  dans  sa  course , et  quand  elle  se 
fut  retiree , la  vase  coiivrit  les  mines  dont  la  mer 
furieuse  avait  jonch6  le  sol.  Nous  attribuons  a 
cette  cause  la  formation  des  vastes  et  nombreuses 
tourbiferes  que  notre  littoral  cache  dans  son  sein. 
Les  ouvriers  preposes  k 1’extraction  des  matikres 
qu’elles  renferment , trouvent  de  temps  a autre , 

(!)  Trioedd  , n°  6 , Belgae.  — Aug.  Thierry , his!,  de  la  conquele 
d ’Angle terre  par  les  Normands.  Paris,  4*  edition,  p.  33  el  34. 


— 457  — 


sous  la  tourbe , des  bronzes , des  vases  cineraires , 
des  poteries  d’origine  romaine  (1),  De  cette  cir- 
constance  ne  faut-il  pas  induire  que  l’inondation 
de  la  Flandre,  dont  parle  l’illustre  historien  , a 6te 
post6rieure  au  sejour  des  Romains  dsns  ce  pays? 
Si  elle  avait  6t6  antdrieure,  comment  expliquer  la 
presence  de  ces  objets  au  fond  des  tourbiferes , qui 
sont,  elles , le  resultat  de  ce  cataclisme  ? 

Ce  deplorable  dvenement  tdmoigne  de  la  profonde 
indifference,  de  la  coupable  incurie  des  dominateurs 
du  monde  pour  les  Menapiens  qu’ils  traitaient  de 
barbares.  Dans  leur  egoisme , ces  fiers  conqudrants 
n’ont  rien  fait  pour  les  tirer  de  cette  barbarie 
qu’ils  leur  reprochaient.  Ils  se  sont  ainsi  vengds 
de  l’hdroique  resistance  que  leur  avaient  opposde 
ces  hommes  des  marais,  Ce  qui  survecut  it  ceux-li 
fut  un  souvenir  de  tyrannie ; c’est  aussi  le  seul 
que  les  Bretons  aient  garde  des  soldats  venus  des 
bords  du  Tibre,  souvenir  tristement  rappele  dans 
de  vieilles  chroniques  bretonnes.  « Aprds  avoir 
» opprime  Tile  pendant  quatre  cents  ans  , disent- 
» elles , et  en  avoir  exige  par  annee  le  tribut  de 
» trois  mille  livres  d’argent,  ils  repartirent  pour 
» la  terre  de  Rome , afin  de  repousser  1’invasion 
* de  la  horde  noire  (*)• 

(1)  Le  cabinet  de  M.  de  Meezemaker,  ancien  maire  k Bergues,  ren ferine 
des  poteries  romaines  cztraites  des  tourbi&res  des  Moeres. 

(3)  Trieodd-ynys  Prydairin0  8,  citd  par  Aug.  Thierry  dans  l histoirc  da 
la  conqu6te  d’Angleterre,  peg.  85. 


ESSAY 

SUR  L’ARTDES  CONSTRUCTIONS 

A SAZNT-OMER 


A LA  FIN  DO  15*  FT  AC  COMMENCEMENT  DC  16*  SIECLE. 


ESSAl 


SDR  L’ART  DES  CONSTRUCTIONS 


A SAINT-OMER  9 

A LA  FIN  DU  15'  ET  AU  COMMENCEMENT  DU  16'  SlfeCLE, 

• PAR 

M.  Louis  DESCHAMPS  DE  PAS,  membre  titclaire. 


XiA  TOUR  dm  m-OATBiOBAU  M SAIHT-CMER. 

■■  O • H 


L’histoire  des  constructions  religieuses  au  moyen* 
age,  nous  montre  souvent  une  s£rie  de  ta tonne* 
ments,  provenant,  sans  doute,  dans  la  plupart 
des  cas , de  l’absence  d’un  plan  arret6  d’avance , 
mais  resultant  surtout  de  ce  quo,  les  grands  mo* 
numents  de  cette  6poque  n’ont  pu  fetre  faits , it 
quelques  exceptions  prfes , d’un  seul  jet  } les  fonds 
necessaires  6tant  rarement  suffisants  pour  permettre 
d’executer  le  travail  sans  interruption.  Les  coll6- 
giales  qui  avaient  g6n4ralement  moins  de  ressources 
que  les  abbayes , etaient  obligees  de  ne  pousser 

21 


— 162  — 


leurs  constructions  qu’en  proportion  de  leurs  re- 
venus  ; les  dons  etaient  presque  nuls , et  dans  les 
temps  de  guerres  et  de  troubles  qui  agitaient  le 
pays , ces  revenus  etaient  souvent  tres-faibles  , de 
sorte  que  Ton  6tait  force  d’interrompre  les  tra- 
vaux  commences  jusqu’a  des  temps  meilleurs.  Aussi 
arrivait-il  que , Iorsqu’on  pouvait  reprendre  Poeuvre, 
les  gouts  etaient  changes,  d’autres  besoins  s’etaient 
fail  sentir  qui  necessitaient  la  modification  du  plan 
primitif.  On  se  trouvait  ainsi  enlraine  a des  de- 
molitions et  reconstructions  d’anciennes  parties 
pour  les  faire  cadrer  avec  le  nouveau  projet.  Tou- 
tefois , il  est  juste  de  dire  k la  louange  des  cons- 
tructeurs  de  cette  6poque , qu’ils  ne  negligeaient 
aucune  precaution  pour  assurer  la  stabilite  de 
leur  oeuvre , et  que  les  chapitres  et  abbayes  cher- 
cbaient  k s’6clairer  sur  le  merite  du  projet  pre- 
sente , en  le  soumettant  aux  lumieres  d’une  foule 
de  maitre$-bi-muvre$  qu’ils  faisaient  venir  souvent 
de  fort  loin  a leurs  frais.  Ce  fait  nous  explique 
comment  les  monuments  du  moyen-age , paraissent 
avoir  encore  aujourd’bui  un  si  grand  air  de  jeu- 
nesse , que  n’ont  pas  beaucoup  de  monuments 
modernes.  Je  ne  veux  pas  dire  ntanmoins , que 
les  constructeurs  d’alnrs  ne  faisaient  aucune  faute; 
loin  de  lk , ils  en  commettaient  souvent  de  tres- 
grossieres , qu’on  ne  ferait  plus  aujourd’kui ; mais 
on  avail  soin  de  faire  disparaitre  toutes  les  mal- 
fa^ons , en  recommencant  au  besoin  k plusieurs 


fois , de  sorte  que  1’ceuvre , telle  qu’elle  est  ar- 
rivee  jusqu’k  nous  ,_  est  sans  vice  de  construction, 
bien  que  d’un  gout  plus  ou  moms  pur.  Ce  que 
je  viens  de  dire  en  g6n6ral  s’est  reproduit  pour 
I’eglise  col!6giale  de  StrOmer.  Je  ne  m’occuperai 
dans  cet  essai , que  de  la  construction  de  la  tour 
de  cette  £glise  , d’aprfes  les  documents  authentiques 
extraits  des  archives  du  chapitre  (*). 

L’eglise  de  St-Omer  Itait  presque  completement 
terminee  vers  la  fin  du  XV*  siecle ; on  venait 
d’achever  les  portions  du  transsept  nord  attenant 
au  cloitre , lorsque  I’idee  vint  aux  chanoines  de 
modifier  l'ancien  clocher  situ6  k l’extrdmitS  ouest 
de  la  nef.  Jusqu’alors , celui-ci  se  composait  d une 
tour  basse  surmontee  d’une  aiguille  en  charpente. 
Le  soubassement  £tait  accompagn6  de  clochetons  , 
peut-6tre  comme  a Chartres  et  autres  endroits  (1 ) (**) . 
Le  clocher  de,  l’eglise  ressemblait  done,  par  sa 
forme , a toutes  ]es  filches  adoptees  a cette  epo- 
que  (***).  On  ne  s’explique  pas  bien  les  motifs 
qui  ont  porte  k changer  ce  clocher  en  une  tour 
carree.  Peut-etre  avait-on  1’intention  d&s-lors , 
d’Stablir  une  nouvelle  sonnerie , et  l’espace  dont 

(*)  Les  comptcs  de  la  fabrique  renferment  une  foule  de  renseignements 
sur  la  construction  de  1’cglisc;  ce  sont  eux  principalemcnt  qui  m’ont  fourni 
les  matdriaux  de  cet  essai. 

(**)  Les  chiflfrcs  servent  de  renvoi  aux  notes  placdes  it  la  fin  aprfcs  les 
pieces  justificatives. 

("•)  II  6tait  surmonte  d’un  coq  comme  le  constatcnt  diverses  depenses 
faites  pour  dcsccndre,  dorer  et  remontcr  ledit  coq.  Aunee  1463-1464. 


on  disposait , ne  pouvant  suffire , pour  meltrc  le 
nombre  des  cloches  qu’on  desirait  avoir , on  pensa 
a faire  une  construction  plus  spacieuse  et  plus 
solide.  Mais  les.  documents  que  nous  analyserons 
plus  loin  , nous  demontrent  que  les  nouvelles  clo- 
ches ne  furent  faites  qu’en  1474  et  1475,  et  que 
dfes  1471,  il  etait  dejk  question  de  la  reedification 
de  la  tour.  II  n’est  done  pas  probable  que  l’on 
ait  pens6  si  longtemps  d’avance  k cela  , et  nous 
sommes  oblige  de  chercher  une  autre  hypothkse  , 
de  laquelle  il  r^sulterait  que  loin  de  voir  dans  la 
nouvelle  construction , une  consequence  de  (’aug- 
mentation du  nombre  de  cloches,  ce  serait  au 
contraire  cette  derniere  qui  aurait  6t6  inspiree  par 
l’erection  de  la  tour.  Nous  croyons  avoir  trouve 
cette  explication  dans  la  rivalite  qui  a existe  de- 
puis  l’origine  entre  la  collegiale  et  l’abbaye  de 
St-Bertin  ou  monastere  d’en  has.  Au  moment  dont 
nous  nous  occupons , Feglise  de  cette  dernikre 
etait  en  pleine  construction.  La  tour  restait  seule 
a elever , et  le  plan  en  etait  arrete.  Tout  le  monde 
connait  par  l’admirable  fragment  qui  reste  de  cette 
eglise  , avec  quelle  unite  son  plan  fut  suivi  presque 
sans  alteration , malgre  le  long  espace  de  temps 
qu’il  fallut  pour  l’executer.  Qu’y  aurait-il  d’eton- 
nant  que  les  chanoines , ayant  eu  connaissance  des 
projets  de  ceux  de  St-Bertin , n’aient  pas  voulu , 
par  esprit  de  jalousie , rester  en  arriere , et  voir 
un  monastere  dont  ils  contcstaicnt  l’antcriorite , so 


— 165  — 

signaler  aux  ycux  des  Strangers  arrivant  a &l-Omer, 
d’une  maniere  plus  apparente  que  leur  eglise,  et 
qu’ils  se  soient  efforces  .d’imiter  la  construction 
rivale , on  substiluant  une  tour  carr&e  a leur  clocher 
primitif-  La  comparaison  qu’on  peut  faire  de  ces 
deux  monuments , suffit  au  reste  pour  cbnvaincre 
que  le  second  n’est  qu’une  pale  imitation  du  pre- 
mier, et  que  dans  tous  les  cas,  il  a ete  inspire 
par  lui. 

Quelque  soit , au  reste , le  motif  du  change- 
ment  qu'on  desirait  effectuer  , le  chapitre  ne  ne- 
gligea  rien  pour  assurer  la  stability  de  son  oeuvre. 
Dans  le  cours  de  l’ann^e  1471-1472,  un  conseil 
de  maitres  magons  fut  convoque  pour  donner  son 
avis  sur  ce  qu’il  y avait  de  micux  a faire.  Ce 
conseil  compost  de  Jehan  Sterbecque  , Jehan  Pin- 
chon  , Raoul  Pesiere , Jehan  de  Meldre , auxquels 
fut  adjoint  Jehan  Hughes,  maitre  charpentier  , re- 
digea  une  instruction  assez  detaill&e , indiquant  la 
marche  a suivre,  et  les  travaux  a effectuer,  pour 
etre  certain  de  la  reussite  (*).  Les  principals  mo- 
difications a apporter  a l’ouvrage  existant,  consis- 
tent , d’apres  cet  avis , a construire , sur  chacune 
des  faces  du  soubassement  de  l’ancien  clocher , au 
nord , a l’ouest  et  au  midi , une  seule  arche  en 
pierre  dure  reposant  sur  les  gros  piliers  places 


(*)  Voir  les  pieces  justificatives  a la  letlre  A,  cet  avis  auquol  jc  rcnvoic, 
pour  le  rictiil  complet,  n’en  donnaut  ici  que  le  resume. 


— 166  — 


aux  angles  de  la  tour.  Ces  arches  qui  existent  en 
effet , quoique  non  apparentes  a l’exterieur , ont 
pour  resultat  de  reporter  tout  le  poids  superieur 
sur  les  angles,  sans  charger  le  pilier  interme- 
diaire.  Cependant  le  cdte  sud  paraissait  en  mau- 
vais  etat , les  maitres  masons  pensent , qu'il  y a 
lieu  de  le  consolider  en  reconstruisant  a neuf  le 
pilier,  ainsi  que  le  contre-fort  et  l’arc-boutant  et 
cela , pource  que  le  pierre  ett  fort  uiie  laid  dure 
comtne  blanee.  Moyennant  ces  reparations  conforta- 
tives , ils  sont  d’avis  qu’on  pourra  monter  la  nou- 
velle  magonnerie  sur  les  vieux  murs  de  la  tour , 
aussi  haut  qu’on  le  voudra  (*). 

Cet  avis  etait  parfaitement  etudie , et  nous  ver- 
rons  qu’il  fut  suivi  en  tous  points.  Quelques-uns 
des  travaux  indiquls  ne  furent  point,  il  est  vrai, 
executes  de  suite , on  ne  sait  s’il  faut  l’altribuer 
a des  vues  d’economies  faites  mal  a propos,  puisque 
plus  tard  on  se  trouva  oblige  d’y  revenir.  Peut- 
etre  aussi  ces  economies  etaient-elles  imp6rieuse- 
ment  necessitees , par  l’etat  d’hostilites  regnant  entre 
la  France  et  la  Flandre ; les  troupes  des  deux  com- 
petiteurs  qui  ruinaient  tour  a tour  le  pays,  pri- 
vaient  souvent  les  chanoines  de  la  collegiale  de 
St-Omer  d’une  forte  partie  de  leur  revenu.  D’un 

(*)  L'on  verra  par  la  suite  que  le  c6te  sud  a et6  toujours  celul  qui  a 
donn£  le  plus  d’inqutetude,  soil  qu’il  ait  ei£  mal  fonde,  soit  que,  se  trou- 
vant  expos4  aux  vents  dominants,  la  pierre  d’asscz  mediocre  qualite  qui  y 
etait  employee,  se  soit  deterioree  plus  vite. 


167  — 


autre  co(6  il  fallait  achever  les  parties  commencees, 
de  sorte  que  la  construction  de  la  tour  ne  pouvait 
avancer  que  tres-lentement ; ce  qui  se  presentait 
du  reste , dans  toutes  les  constructions  un  peii 
importantes. 

Les  maitres  masons  conseillaient  de  renforcerle 
pilier  d’angle  de  la  tour  et  le  pilier  intermediate 
du  cote  du  midi.  On  commen^a  ces  travaux  l'annee 
suivante  (1473)  (2).41  n’est  pas  possible  de  savoir 
s’ils  furent  acheves  dans  le  cours  de  cette  ann£e ; 
le  compte  de  1474  manquant.  Pour  les  executer, 
on  n’avait  pas  eu  besoin  de  s’inquteter  de  la  flfeche 
en  charpente , aussi  n’est-on  pas  6tonn6  de  voir 
seulement  que  dans  le  cours  de  l’annee  1474,  on 
s’apprSte  4 demonter  l’ancien  clocher , pour  per- 
inettre  d’&eVer  les  nouvelles  magonneries.  La  fin 
de  l’entreprise  que  Ton  commen$ait  4tait  si  loin 
de  pbtivoir  fetrb  pr6vue , que  dans  l’avis  dont  nous 
allons  parler  , il  est  dit  que  le  nouvel  ouvrage 
se  fera  au  plaist  de  Dieu.  Cet  avis  concernant  4 
la  fois  le  d6montage  de  l’ancien  clocher , et  la 
charpente  necessaire  4 la  reconstruction  du  nou- 
veau , fut  redig£  de  concert  par  Jehan  de  La- 
vesne , maitre  charpentier  du  due  de  Bourgogne, 
4 Hesdin ; Guillaume  Boidin , maitre  charpentier  de 
StrBertin ; Jehan  Cornehotte , maitre  charpentier 
de  la  ville  de  St-Omer ; Jehan  Blommart  et  Guil- 
laume Hughes  , maitres  charpentiers  de  l’eglise  de 


— 468  — 

St-Omer  ; et  enfin  Jacques  Blommart , maitre  char- 
pentier  de  l’abbayc  de  Watten  (*). 

Suivant  les  conseils  contenus  dans  l’avis  ci-dessus, 
le  beffroi , de  monte  piece  k pifcce , fut  remonte  a 
terrc , afin  de  pouvoir  y suspendre  les  cloches , en 
attendant  que  la  tour  fut  pr£te  k les  recevoir. 
Mai3  , l’enclos  du  chapiire  se  trouvaut  trop  petit, 
eu  egard  k l’encombrement  produit  par  1’approvi- 
sionnement  des  materiaux , n^cessaires  a ladite 
construction  , les  chanoines  s’&aient  adresses  au 
bailli  de  St-Omer , pour  obtenir  de  lui  l’autorisa- 
tion  d’etablir  le  beffroi  provisoire , sur  la  motte 
chatelaine , appartenant  au  due  de  Bourgogne , ce 
qui  leur  avait  eti  accord^  moyennant  le  paiement 
de  deux  ebapons  de  rente  pour  tout  droit  et  re- 
connaissance. Cependant  il  parait  que  le  chapitre 
ne  se  pressait  pas  d’acquitter  cette  dette,  quelque 
faible  qu’elle  fut ; peut-^tre  esp4rait-il  qu’on  ne 
viendrait  rien  leur  rlclamer.  Mats  il  n’en  fut  pas 
ainsi , car  le  26  avril  4476,  le  lieutenant  du 
bailli  leur  fait  signifier  on  exploit , k l'effet  de 
faire  cesser  immediatement  les  travaux  jusqu’k  ce 
que  le  paiement  du  droit  convenu  ait  6te  assure, 
et  le  terrain  occupe , d£limit6  (**).  Cette  signi- 


(*)  Voir  piece  B. 

(’*)  Voir  piece  C. 

Cette  piece  scmblcrait  prouver  que  la  construction  de  la  nouTelle  tour 
dlait  ndeessit^e  parce  qu’on  n’aurait  pu  asscoir  sur  Pancien  beffroi  tout  uu 
accord  dc  cloches  que  le  chapitre  avait  fait  faire.  Ge  motif  pouvait  alors 


— 169  — 


fication  eut  son  effet  immediat ; le  compte  do 
1'annee  1 475-1 476  renferme  la  mention  suivante : 

« A Rolant  Godreboeur,  lieutenant  du  bour- 
» grave , pour  l’ottroy  de  ia  place  ou  est  assis 
« ledit  beffroy , lequelle  place  est  prise  a rente 
» & Messr*  les  officiers  du  prince  pour  le  pris  de 
» deux  cappons  au  terme  de  Noel , chacun  an 
» vaillichans  1111*  par  lead.  deux  cappons  ensemble 
» tant  qu’il  plaira  au  prince , fut  donnd  audit 
» Rollant XX11I1*  » 

11  resulte  de  cette  mention  qu’il  n’y  avait  pas 
de  terme  fixe  pour  la  fin  de  la  redevance,  aussi 
voit-on  le  chapitre  la  payer  longtemps  apres  1’en- 
levement  du  beffroi  et  I’erection  de  la  tour  (*). 
Pour  achever  de  remplir  les  engagements  qu’ils 
avaient  pris  , les  chanoines  firent  planter  une  haie 
pour  delimiter  l’emplacement  occupy  par  eux  (4). 

Les  cloches  £tant  descendues , le  chapitre  Youlut 


Mre  lc  v6ritabie,  puisque  qu&tre  cloches  avaient  6t6  fondues  dans  Tannde 
1475  (3),  et  que  la  plus  grosse  avait  dtd  donnde  l’annde  prfo^dente  par 
M*  Baughois  le  Beghin.  Mais  cela  ne  detruit  pas  la  supposition  d'imita- 
tion  pr6m6ditee  de  la  tour  de  St- Berlin;  que  j’ai  assignee  dans  le  commen- 
cement pour  veritable  cause  de  l’drection  des  nouvelles  constructions. 

(*)  Le  paiement  de  cette  redevance  est  indiqud  ainsi  dans  les  comptes 
subsequent  : 

« Au  rechepveur  de  Sainct-Aumer  pour  deux  eappons  doubz  chacun  an 
a h Monsr  l’archiduc  de  Bourgongne  pour  ad  cause  du  lieu  du  beflroy  ou 
» pendent  les  grosses  eloeques , au  terme  de  Noel  chacun  capon  IIs  va- 
» lent  1111*  » 

L’on  gtablit  ensuite  sur  cet  emplacement;  pour  l’utiliser,  une  maison- 
nette; pour  le  valet  de  la  fabrique. 


22 


— no  — 


de  nouveau  s’assurer  de  l’etat  des  magonneries.  A 
cet  effet , dans  le  cours  de  l’annee  4 477-1 478  , 
une  visile  fut  ordonn6e , el  elle  fut  faite  par  les 
maitres  magons  et  charpentiers  de  St-Omer,  St- 
Bertin , Wallen  et  Clairmarais  (5).  Nous  n’en  con- 
naissons  pas  le  resultat , rien  n’ayant  ete  retrouve 
dans  les  archives.  Neanmoins  il  est  perniis  de 
penser  , que  s’il  avail  eu  quelque  importance , on 
l’eut  signals  au  moins  sommairement  dans  les 
comptes  de  la  fabrique. 

A partir  de  ce  moment , la  construction  de  la 
nouvelle  tour  parait  etre  res  16  en  suspens  jusques 
vers  l’annee  1493-1494  (6).  Diverses  causes  em- 
pecherent  probablement  de  donner  une  suite  imme- 
diate a cette  entreprise.  Ind6pendamment  des  tra- 
vaux  commences  qu’on  voulait  achever , et  d’autres 
depenses  urgentes  et  inattendues , le  principal  motif 
de  ce  retard  6tait  l’etat  permanent  de  guerre  ou 
se  trouvait  alors  le  pays.  La  ville  subit  plusieurs 
sieges ; prise  par  les  Frangais , reprise  par  les 
Bourguignons , Ton  congoit  que  cet  etat  de  cboses 
devait  mettre  en  souffrance  toutes  les  ressources 
dont  disposait  le  chapitre.  Ces  ressources  6taient 
devenues  tellement  minimes , que  Ton  ne  pouvait 
trouver  moyen  d’achever  le  petit  clocher  place  au 
centre  de  la  croisee  de  la  nef  et  des  transsepts , 
lequel  se  faisait  avec  une  partie  des  vieux  bois 
provenant  de  la  demolition  du  grand  clocher.  Dans 
ces  conjonctures , on  fut  heureux  de  trouver  un 


— 171  — 

chanoine , mailre  Wallerao  Peppin , qui  donna 
coinplant  k la  fabrique  , la  somme  de  trois  cents 
livres , monnaie  de  Flandre , pour  Otre  employee  a 
poursuivre  le  travail  commence  , a la  seule  con- 
dition que  le  chapitre  acquitterait  quelques  fon- 
dations  pieuses , enoncees  dans  1’acte  de  dona- 
tion (7).  11  etait  bien  entendu  que  lorsque  la 
fabrique  pourrait  restituer  cetle  somme  , elle  devait 
l’employer  en  acquisition  de  rentes  pour  servir  a 
l’exccution  complete  du  veeu  du  donateur  , ce  qui 
fut  fait  en  l’annee  1490. 

Ce  n’est  done  qu’a  partir  de  l’annee  1 493  qu’on 
voit  reprendre  les  travaux  d’achevement  de  I’eglise 
avec  quelque  activity.  11  est  bien  question  dans 
les  comptes  de  cette  annee , de  la  construction 
d’arcs-boutants  du  cote  nord  , mais  rien  n’indique 
si  cela  regarde  la  tour , ou  simplement  le  trans- 
sept nord , non  encore  complement  acheve.  Mais 
ce  qui  a rapport  incontestablement  au  sujet  qui 
nous  occupe , e’est  l’achat  des  gros  sommiers  des- 
tines a recevoir  les  planchers  des  divers  etages  de 
la  lour.  Un  devis  detaille  du  bois  necessaire  a ces 
ouvrages  avait  ete  dr  esse  (*)  , et  conformement  a 
ces  provisions  un  marche  fut  passe  avec  Jehan 
Maillard  et  Colard  Brunei , marebands  de  bois  k 
Mons , pour  la  fourniture  de  dix-huit  sommiers  de 
chOne  (8)  , qui  ne  fut  achevee  completement  que 


(*)  Voir  piece  D. 


— 172 

vers  Fannie  1 499,  c’est-a-dire  au  moment  de  leur 
emploi. 

II  y avail  pou  riant  un  travail  preliminaire , in- 
dispensable & faire  avant  d’exhauSser  la  vieille  ma- 
gonnerie , c’etait  de  la  consolider  de  manifere  k la 
rendre  capable  de  supporter  le  poids  de  la  nou- 
velle.  Le  premier  avis  donne  par  les  maitres  ma- 
sons , dont  j’ai  parle  en  commen^ant  en  indiquait 
une  partie.  Mais  cela  ne  suffisait  pas  au  chapitre  • 
qui  parait  avoir  eu  pour  principe  qu’il  fallait  de- 
mander  conseil  a plusieurs  architectes  renommes , 
afin  de  controler  les  divers  avis  Fun  par  l’autre. 

A cet  effet  il  fit  venir  d’abord  les  maitres  masons 
de  Doullens  , Aire  et  Tournehem  ; puis  un  nomme 
Pierre  Tarisel , maitre  ma^on  de  l’eglise  d’ Amiens; 
et  enfin  Gerard  Ledrut , maitre  ma^on  k Lille. 
Cette  reunion  d'hommes  du  metier  , fait  voir  assez 
Fimportancc  que  l’on  mettait  k avoir  des  rensei- 
gnements  precis  sur  ce  qu’il  y avait  de  mieu*  k 
faire.  11  est  probable  que  chacun  des  maitres  ainsi 
convoques  avait  une  connaissance  suffisante  de  son 
art , pour  Itre  a meme  de  donner  un  avis  par- 
faitement  etudie ; mais  il  paraitrait  que  Me  Gerard 
Ledrut  Femportait  sur  les  autres  en  talents ; car 
non  contents  de  lui  rlclamer  le  sien  par  ecrit , 
les  chanoines  le  font  venir  pour  de  plus  amples 
renseignements  , et  se  decident  a executer  ce  qu’il 
recommande  (*)  (9).  S’appuyant  sur  ce  que  la 


(*}  Voir  pioct'  E. 


— 173  — 

base  du  clocher  , sur  laquelle  on  devait  monter  la 
nouvelle  lour , n’avait  pas  6te  constrliite  en  force 
suffisante  pour  cela , il  fait  observer  que  les  mon- 
tees  a vis  , qui  foment  conlre-fort  a l’exterieur , 
ne  peuvent  etre  exhaussees  dans  leur  etat  actuel ; 
qu’il  faudrait  en  augmenter  l'epaisseur  des  murs; 
et  comme  on  ne  pouvait  les  demolir  en  entier 
pour  les  reconslruire  a neuf , sans  danger  pour 
l’ouvrage  existant , il  propose  de  les  reprendre  en 
sous-oeuvre , par  parties , en  augmentant  l’epaisseur 
de  trois  pieds  , de  manure  a former  en  avant  un 
pilier  carre  sur  lequel  regneraient  les  memes  mou- 
lures  que  sur  l’ouvrage  primitif  (*).  Il  prescrit 
aussi  de  faire  dans  l’interieur  desdites  mouses  a 
. vis , des  portions  d’arches , s’appuyant  d’un  c6t6 
sur  le  noyau , et  de  l'autre  sur  les  murs  de  la 
tourelle.  Ces  arches  dirigees  suivant  l’alignement 
des  piliers  de  l’eglise  , existent  et  sont  surmontees 
de  magonnerie  jusqu'a  la  rencontre  des  marches  : 
elles  sont  destinees  a augmenter  la  resistance  & la 
poussee , tout  en  laissant  libre  l’espace  necessaire 
pour  arriver  au  sommet  de  l’edifice.  Revenant  en- 
suite  a 1‘idee  des  premiers  maitres  masons  consultes 
en  1471,  M®  Gerard  recommande  de  faire  sur 
chacun  des  trois  cotes  de  la  tour , une  arche  a 
pointe , reposant  sur  les  gros  piliers  , afin  que  le 

(*)  Le  portail  ayant  6te  fait  po8t4rieurement,  et  les  piliers  au  devant  des 
tourelles  encore  rallong^s  de  nouveau  , il  n’est  pas  possible  de  savoir  si  le 
travail  prescrit  par  M®  Gerard  Lcdrut  a etc  execute,  e’est  cepcndaut  pro- 
bable. 


— 174  — 

poids  de  la  maeonnerie  superieure  fut  reportee 
sur  ceux-ci. 

La  concordance  de  cet  avis  avec  le  premier  que 
le  chapitre  avail  demands,  etait  de  nature  k lui 
inspirer  toute  confiance  dans  le  rksultat  auquel 
devaient  conduire  les  travaux  4 entreprendre.  Aussi 
voit-on  des  cette  annee  (1 493-1 494)  reprendre  les 
months  4 vis  en  sous-ceuvre  et  fonder  les  piliers 
qui  devaient  leur  etre  accolks.  L'approvisionne- 
ment  de  pierres  dures  pour  les  grandes  arches  fut 
commence,  et  bien  qu'on  ne  trouve  dans  les  an- 
nkes  suivantes  aucune  mention  particulifere  k ce 
sujet  il  est  hors  de  doute  que  tout  ce  travail  de 
consolidation  fut  termini  pour  1’aunee  1498  (*)  (10). 
Alors  les  chanoines  se  mettent  en  mesure  d’ex- 
hausser  la  tour , pour  laquelle  ils  avaient  jusques 
ici  approvisionnk  des  pierres  et  des  matkriaux  de 
toute  espece  , depuis  plusieurs  annees.  Mais  au- 
paravant  ils  voulurent  s’assurer  encore  si  le  sou- 
bassement , apres  les  travaux  qu’on  y avait  exe- 
cutes , etait  capable  de  soutenir , sans  danger , le 
poids  superieur.  Ils  s’adresserent  k cet  effet  k 
Jehan , maitre  magon  d’Hesdin , et  k un  nomine 
Colart  de  Haudrechies,  qui  donnkrent  chacun  se- 

(*)  Les  grandes  arches  dont  il  est  question  dans  1’aris  de  M°  Gdrard 
Lcdrut,  ne  sont  apparentes  qu'i  l’interieur  de  la  tour,  au-dessos  de  la 
voute  de  la  nef.  Je  fais  abstraction  d’une  arche  tr&s-surt  :e,  qui  se  wit 
k l'exterieur  sur  le  cdtd  sud,  k pen  pr&s  au-dessous  des  galeries : ellc  pro- 
vient  d'une  reparation  dont  jc  n’ai  pu  trouver  la  trace.  Les  premieres  sont 
au  contraire  a pointe  ct  Torment  ce  qu'on  est  convenu  d’appelcr  arc  ogival. 


— 475  — 

parement  leur  avis  par  6crit  (41).  Bien  que  nous 
n’ayons  pu  retrouver  ces  avis  dans  les  archives , 
il  est  probable  qu’ils  etaieut  de  nature  k dissiper 
les  inquietudes  qu’on  pouvait  avoir , puisque  I’annee 
suivante  ( 4 495-4  499)  la  premiere  pierre  du  nouvel 
ouvrage  fut  posee  en  grande  ceremonie  par  les 
abbes  de  St-Bertin  et  de  Glairmarais.  Les  magons 
regurent  k cette  occasion  un  demi-ecu  d’or  de  gra- 
tification (12).  Alors  seulement  on  fit  les  engins 
pour  monter  les  materiaux.  La  grue  dont  on  se 
servit , etait  muc  par  le  poids  des  hommes  agissant 
sur  une  grande  roue , dite  roue  k chevilles.  Les 
details  fournis  par  les  comptes  ne  laissent  aucun 
doute  k ce.sujet.  Cette  machine  fut  souvent  em- 
ployee an  moyen-kge  k cause  de  la  facility  aveo 
laquelle  on  la  mettait  en  mouvement ; on  la  voit 
representee  sur  des  gravures  etdes  miniatures  de 
1’epoque. 

La  precaution  prise  par  le  chapitre  de  ne  laisser 
commencer  les  nouveaux  ouvrages  que  lorsque  les 
approvisionnements  seraient  complets , devait  pro- 
duire  un  trks  bon  resultat  sous  le  rapport  de  la 
rapidite  de  l’execution , mais . aux  depens  de  la 
solidite  du  travail , ainsi  que  nous  le  verrons  plus 
loin.  Apres  avoir  use  de  tous  les  moyens  possibles 
pour  se  procurer  les  sommes  necessaires , par  voie 
d’emprunt  tant  aux  diverses  bourses  du  chapitre 
qu’aux  particuliers  (*)  , on  se  mit  activement  a 

(*)  On  fit  des  emprunts  a'tix  bourses  dn  chapitre  (bourse  commune,  des 


— 176  — 


I ’oeuvre , et  le  travail  fut  termine  cette  memo 
annee  ou  au  plus  tard  dans  le  commencement  de 
l’autre , du  rooms  en  ce  qui  regarde  la  cage  en 
ma$onnerie.  Quoiqu’il  en  soit , la  tour  porte  la 
date  de  1499  repetee  sur  trois  cdles , accompa- 
gnee  des  armoiries  du  chapitre.  Le  compte  de  cette 
annee , special  k cet  ouvrage  , mentionne  cette  cir- 
coustance  en  ces  termes : 

• A Jehan  Berken  paintre  pour  avoir  paint  sur 

• trois  pierres  les  armes  de  Mons T Sainct  Aumer . 

• et  sur  trois  autres  pierres  escript  Van  et  datte  de 

• Vouvraige  de  la  tour  par  mar  chid  fait,  etc.  I*  (*). 

Cette  rapidity  d’ex£cution  n'est  peut-etre  pas  aussi 
gtonnante  qu’on  pourrait  le  croire ; car  la  quantite 
de  maconnerie  k faire  n’etait  pas  6norme , puisqu’on 
n’avait  k elever  que  la  parlie  de  la  tour  corres- 
pondant  k la  chambre  des  cloches , et  k celle  au- 
dessous ; l’ancienne  construction  devant  s’elever  au 
moins  jusqu’au  faite  de  la  nef.  II  faut  encore 
ajouter  qu’a  la  chambre  des  cloches  devaient  se 
trouver  huit  grandes  fenetres , dont  on  ne  fit  les 
meneaux  que  les  annees  suivantes. 

L’on  con<joit  du  reste  quelle  hate  devaient  avoir 

anniversaires  et  des  foranites),  an  ebapitre  de  Thdrouanne  eCk  des  parti- 
culars. Ccs  emprunts  devaient  6tre  amortis  par  dea  rentes.  On  y ajouta 
les  sommes  proven  ant  de  dons  divers,  et  on  parvint  k r^nnirj  nne  soznme 
de  11“  XLW  XVI*  IX*. 

(*)  II  est  probable  que  dans  ce  prix  se  trouve  compris  celui  do  la  gra- 
▼ure  de  la  pierre;  aucune  autre  mention  n'y  a rapport. 


les  chanoines , de  pouvoir  replacer  dans  Jeur  nou- 
velle  tour  les  cloches  qui  etaient  rest£es  jusqu’alors 
dans  leur  emplacement  provisoire.  On  doit  toutefois 
leur  rend  re  cette  justice  , qu’ils  ne  negligent  rien 
de  ce  qu’ils  crurent  possible  pour  assurer  la  duree 
de  leur  oeuvre  , et  il  est  probable  que  les  degra- 
dations qui  survinrent  presque  aussitdt  aprfcs  la 
construction  , provinrent  de  ce  que  Ton  n’avait  pas 
suffisamment  consolide  la.  vieille  ma^onnerie,  et 
aussi  peut-etre  de  quelques  fraudes  dans  l’ex4cu- 
tion,  chose  qu’il  a ete  de  tout  temps  trfes-difti- 
ciTte  d’empecher.  II  est  curieux  de  suivre  sur  le 
compte  de  cette  an  nee  le  detail  des  travaux  fails ; 
nous  en  donnons  dans  les  notes  les  extraits  qui 
nous  ont  para  les  plus  curieux  (13). 

Suivant  le  desir  du  chapitre , tout  fut  pret  pour 
la  fin  de  l’annee  1 499 , et  Ton  put  demonter  le 
beffroi  provisoire , pour  le  remonter  dans  son  em- 
placement definitif  et  y suspendre  les  cloches  (1 4), 
Cependant  prealableraent  k cette  grave  operation , 
les  chanoines  voulurent  s’assurer  de  nouveau  si 
l’ouvrage  etait  bien  fait.  11s  firent , en  consequence, 
venir  de  Lille , maitre  Gerard  Led  rat , qui  leur 
avait  donne  de  si  bons  conseils  pour  la  consoli- 
dation de  l’ancienne  tour , et  convoqukrent  en  rndme 
temps  deux  maitres  masons  de  Montreuil.  Cette 
visile  eut  lieu  le  5 aoftt.  Une  autre  visite  cut  en- 
core lieu  posterieurement  le  4er  octobre  de  la 
rnkme  annee , par  deux  maitres  magons  de  Mon- 

23 


— 178  — 

treuil  et  de  St-Josse , accompagnes  de  ceux  de 
St-Bcrtin  et  de  la  ville  de  St~Omer  (15).  11  m'a 
kte  impossible  de  connaitre  le  resultat  de  celte 
reunion  d’hommes  experimentes  dans  l’art  des  cons- 
tructions, et  si  ce  fut  par  leur  avis,  ou  malgre 
leur  conseil , que  les  cloches  furent  mises  en  place. 
Au  reste  on  esperait  sans  doute  que  les  travaux 
de  consolidation  effectues  au  soubassement  primitif 
sufficient  pour  mettre  k l’abri  de  toute  crainte  sur 
la  soliditk  de  1'ouvrage. 

A parlir  de  cette  annee , la  tour  etait  done 
terminee,  car  il  ne  restait  plus  qu’a  effectuer  les 
remplissages  des  fenetres , a couvrir  definitivement 
la  partie  superieure , et  peut-ktre  k achever  le 
couronnement  des  monies  k vis.  Mais  k peine 
acheve , on  s’apergut  que  1’ouvrage  menagait  mine 
sur  plusieurs  points  surtout  dans  la  vieille  ma$on- 
nerie.  Tel  fut  du  moins  l’avis  de  Jehan  le  prevost, 
ma$on  , demeurant  k Amiens , Jeban  Duquesnoy , 
de  Cassel , et  Pierre  Brisset , de  St-Josse-sui^Mer. 
Une  visile  faite  par  eux , aux  fetes  de  Pentecote 
1501  , constate  que  les  degradations  existaient 
toutes  dans  le  soubassement.  11s  conseillent  pour 
y remddier , de  refaire  k neuf  touto  la  partie  de 
l’ancienne  tour  qui  etait  restee.  Dans  ce  systeme 
on  aurait  substituk  deux  verrikres  accolees  a l’ex- 
tremitk  de  la  nef,  au  lieu  de  la  rosace  qui  g’y 
trouvait. 

D’apres  ces  dispositions  , tout  ce  qui  ktait  ancien 


— m 


disparaissait  pour  faire  place  a de  nouvelles  cons- 
tructions ; mais  cela  exigeait  qu’on  descendit  de 
nouveau  les  cloches,  qu’on  enlevat  les  orgues , et 
que  Ton  fit  d’autres  travaux;  en  un  mot,  1’on 
remettait  les  choses  au  point  ou  elles  etaient , 
lorsqu’on  comments  la  nouvelle  tour. 

II  est  probable  que  celte  perspective,  qui  eloi- 
gnait  encore  l’epoque  oil  ils  pourraient  jouir  du 
fruit  de  leurs  depenses,  effraya  les  chanoines,  et 
qu’ils  ne  donnkrent  aucune  suite  a l’avis  precedent 
Du  moins,  rien  ne  fait  prosumer , dans  les  comptes 
de  la  fabrique , qu’on  ait  execute  des  travaux  dans 
ce  but.  Pendant  quelques  annees , lesdits  comptes 
ne  mentionnent  que  quelques  ouvrages  accessoires 
pour  l’achkvement  du  nouveau  travail , tels  que  la 
pose  des  meneaux  aux  fenfires  de  la  tour , et  des 
ameliorations  apportees  aux  autres  parties  de  l’eglise, 
dont  nous  n’avons  pas  ici  k nous  occuper.  Mais  il 
parait  qu’en  I’ann6e  1505-4506,  les  inquietudes 
que  causaient  les  degradations  toujours  croissantes 
furent  assez  fortes  pour  que  le  chapitre  fit  venir , 
k deux  reprises  differentes , M*  Jacques  Derond  , 
maitre  ma$on  de  Dieppe,  qui  leur  conseilla  de 
remplir  les  deux  montkes  de  ladite  tour  du  cote 
de  la  maison  du  doyen,  travail  qui  fut  execute  (16). 

11  est  assez  difficile  d’accorder  ce  fait  avec  ce 
qui  existe  : l’une  des  deux  montees  seulement , 
celle  du  cdte  sud  est  remplie  a peu  pres  jusqu’au 
niveau  de  la  voute  de  la  grande  nef.  L’autrc  est 


— 180  — 

completement  libre.  Peut-etre  le  reraplissage  de 
celle-ci  ne  fut-ii  que  provisoire , et  fail  sans  mor- 
tier  , pour  augmenter  l'epaisseur  da  pilier  contre- 
butant  !’ effort  de  la  poussee  lateral e , en  atten- 
dant que  Ton  eut  oper6  les  consolidations  defini- 
tives ; et  qu’ensuite  on  enleva  cette  espece  de  ma- 
connerie  a pierres  sfeches.  11  est  impossible  de  dc- 
viner  la  verity  & cet  6gard.  Je  cite  simplement  le 
fait  que  j’ai  rencontre. 

Independamment  du  travail  precedent , il  s’en 
faisait  un  autre  qui  certainement  dtait  definitif ; 
on  construisait  un  pilier  ou  contre-fort  du  cote 
de  la  maison  du  doyen  , ainsi  que  le  constate  la 
mention  suivante : 

» Mises  pour  avoir  parmonU  le  pilier  envert  la 
» maison  de  Mons*  le  doyen  pour  fortification  de 
» la  grande  tour  de  Viglise.  » 

La  construction  de  ce  pilier  & neuf  avait  ete 
prevue  dans  l’avis  des  premiers  maitres  masons 
en  1471.  On  commen^ait  a s’apercevoir  qu’on  avait 
eu  tort  de  ne  pas  executer  ce  qu’ils  avaient  re- 
commande  , ce  qui  aurait  peut-^tre  prevenu  les  de- 
gradations auxquelles  il  fallait  maintenant  porter 
remede.  Cependant  comme  ce  n’etait  point  la  une 
raison  pour  laisser  degrader  les  nouveaux  ouvrages 
on  acheva  les  fenetres  commences  precedemment 
ainsi  que  le  plancher  de  dessous  les  cloches  (17). 

L’annee  suivante  (1506-1507)  vit  s’ouvrir  la 


— 181  — 

serie  des  consolidations  qui  devaieut  permettre 
I’aehevement  de  la  tour.  Daos  l’espace  de  trois 
annees  consecuuves , le  cliapilre  fit  repreudre  en 
sous  oeuvre  les  piliers  iptermediaires  de  la  tour 
pour  les  construire  en  gr£s,  ainsi  que  les  demi- 
piliers  places  coutre  Jei  murs  de  reglise , et  les 
ares  doubleaux  reposant  sur  leurs  cbapiteaux,  In* 
dependamment  de  ces  travaux , il  fit  reroplir 
complement  1’arc-boutant  correspondant  au  pilier 
intermediate  du  cote  sud.  Ces  restaurations  etaient 
tres-delicates  et  offraient  beaucoup  de  difficultes. 
II  est  vrai  que  les  grandes  arches  pratiquees  dans 
les  nouveaux  ouvrages  reportaient  le  poids  de  la 
partie  superieure  sur  les  piliers  des  angles.  Mais 
comme  ces  arches  etaient  etablies  au-dessus  du 
niveau  des  verrieres  regnant  dans  le  haut  de  la 
nef,  on  avait  encore  toute  la  partie  inferieure 
correspondant  auxdites  verrieres  et  aux  galeries 
au-dessous , qui  venait  presser  sur  le  pilier  qu’on 
voulait  rgparer , et  sur  les  arcades  qui  le  reliaient 
k ceux  des  angles.  C’etait  ce  dernier  poids . qu’il 
s’agissait  de  soutenir  pendant  la  reprise  en  sous 
oeuvre.  A cet  effet  on  remplit  l’ouverture  des 
deux  dernieres  arcades , de  grosse  magonnerie 
montant  du  sol  au-dessous  des  arches.  On  formait 
ainsi  un  soutien  artificiel  de  la  majeure  partie  du 
poids  superieur  , et  Ton  n’avait  plus  qu’a  placer 
des  etais  solidement  etablis , pour  contrebuter  la 
portion  correspondant  a 1’intervalle  entre  ces  deux 
murs  auxiliaires  , oil  se  trouvait  le  pilier  a re- 


• le  prouffit  de  lad.  eglise  que  les  ordures  fussent 

> emmy  dans  les  champs , vous  en  ferez  votre 
» devoir  de  les  faire  oster , si  vous  voulez  le  bien 

• et  le  prouffit  de  lad.  eglise ; je  vous  en  diz  ce 
» ce  qu’il  m’en  semble , et  que  j’en  ay  ouy  les 
» opinions  des  maistres  du  meatier  en  l’art  de 

> machonnerie.  • 

Les  degradations  les  phis  importantes  cxistaient 
aux  pitiers  des  angles  interieurs  de  la  tout* , soil 
que  la  ma^onnerie  se  fut  trouvee  ebranlee  par  fa 
reconstruction  & neuf  des  piliers  intermediaires , 
soit  que  n’ayaqt  pas  ete  augment's  en  epaisseur , 
ils  aient  ete  trop  faibles  pour  supporter  le  poids 
suppleroentaire  de  ma$onnerie  ajoutee  an-dessus  de 
1’ancienne.  II  parait  que  ces  piliers  faisaient  l£ge- 
rement  le  ventre  a l'interieur , ce  qui.  prouvait 
que  les  reins  eta  ent  trop  charges.  Pierre  Le  Melel 
propose  pour  y remedier , de  construire  une  nou- 
velle  arche  en  pierres  dures , partant  du  larmier 
qui  regne  immediatement  au-dessous.  des  galeries , 
e n ayant  soin  de  faire  un  arc  suffisamment  surbaisse 
pour  augmenter  la  poussee , et  par  suite  le  con- 
trebutement  des  piliers.  Le  dessus  de  cette  arche 
devait  etre  rempli  h claire  voye  , afin  de  ne . pas 
oter  la  lumiere  venant  de  la  verriere  a rextremite 
de  la  neif.  II  aurait  bien  propose  de  mettre  des 
entraves  de  bois , mais  il  dit  avec  raison  que  ce 
n’est  point  ici  le  cas.  Un  autre  moyen  est  aussi 
presente  par  lui , ce  serait  d’ancrer  la  tour  au 


— <86  — 


tnoyen  d’un  tirant  passant  & travers  les  gros  piliers 
au-dessus  des  basses  voutes ; n&nmoins  il  prSfbre 
le  premier  mode  de  consolidation  (*).  Cependant 
II  paralt  qu’on  se  d£cida  k suivrS  le  dernier  moyen , 
d’autant  plus  qu’une  autre  visite  ayant  6t6  faite 
cette  m&me  annde  par  Jean  Yah  der  Poele , celui- 
ci  conseilla  prtcisement  cette  ta&me  operation.  II 
est  pourtant  probable  que  le  travail  n’4tait  pas 
aussi  urgent  qu’on  le  diaait , puisqu’il  se  passa 
encore  quelques  annkes  avant  qu’on  le  fit,  ainsi 
que  nous  le  verrons  plus  loin. 

Les  seuls  ouvrages  qui  furent jug£s  indispensables 
qu’on  ne  pouvait  retarder,  et  qui  se  trouvfcrent 
ex6cut6s  dans  le  cours  de  cette  annde,  sont : le 
remplissage  de  la  moitid  des  verrikres  des  c6tes 
nord  et  sud , et  des  allies  au-dessous  de  ces  fe- 
n&tres  (**);  k I’ext^rieur  on  boucha  la  communication 
existant  k travers  les  eontreforts , et  qui  permettait 
de  faire  le  tour  des  verriferes  (19).  II  est  possible 
que  les  divers  menus  travaux  portes  dans  le  procfes- 
verbal  de  Pierre  Le  M61el , ont  6t6  executes  en 
mkme  temps ; je  n’ai  pu  m’en  assurer  et  je  n’ai 
indiqu6  ci-dessus  que  ceux  apparents  pour  tous 
aujourdMiui.  Ail  reste  fi  est  encore  beaucoup  de 
reparations  dont  parle  ce  procfes-verbal  et  auxquelles 

(*)  Voir  pifcce  F. 

(*•)  Ce  travail  n'est  pas  indiqud  dans  1c  proc^s-verbal  de  visite  prdcitd  j 
il  4tait  probablement  la  consequence  da  la'reprise  en  tous  oeuvre  des  piftfem 
intennddiaires. 

*4 


jl  parait  qu’on  ne  jugea  pas  a yropos  de  donner 
suite.  Quelques<-unes  soot  indiquees  dans  l’extrait 
que  nous  donoons;  j’ai  cru  convenable  d’en  agir 
ainsi , pour  donner  une  id6e  de  l’etatde  la  tour 
a cette  epoque. 

II  resultait  de  ces  diverses  visites , que  le  pa- 
rement  ouest  de  la  tour  depuis  le  sol  jusqu’au 
dessous  de  )a  grande  voute , £lait  en  fort  mauvais 
6lat;  la  grande  verrifere  rompue  en  divers  points  , 
et  d'autres  degradations  non  moins  importantes  s'y 
faisant  remarquer.  D’un  autre  cdte  les  chanoines 
voulaient  cojppl&er  le  travail  commence  d’une 
maniere  convenable.  L'lgKse  de  Tabbaye  de  St- 
Bertin , leur  rivals  en  tout , qui  achevait  de  se 
const rui re , les  excitait  encore  k poursuivre  leur 
entreprise.  Bien  souvent,  les  maitres  masons  qui 
avaient  vjsite  les  travaux  leur  avaient  dit,  qu’ils 
devaient  mettle  a l’extrpn  ie  de  leur  eglise , on 
beau  portai) ; mats  aucun  ne  s’etait  prononce  sur 
le  mo(lele  qu’il  6tait  bon  de  suivre.  11  est  vrai 
de  dire  qup  la  chose  qe  leur  etait  pan  demandee. 
JSnfin  on  se  df^eidn  a s’adresser  k Jean  Van  der 
Poele , maitre  ma$on  a Bruges,  afin  d’avoir  un 
devis  pour  l’edification  du  nouveau  portail.  Pour 
raider  dene  ce  travail , on  lui  envoya  le  dessin  de 
1’etat  des  lieux  (*).  Le  devis  Ires  details  qu’il 

. (")  Un  patron  pour  le  portail  exi&te  dans  les  archives  du  chapitre,  maia 
il  m'est  impossible  dire  s’il  represente  r4eUemeut  I’etat  des  Ueux  ei  si 
c’est  celui  qu’on  a envoye  a larcliitecte. 


— 48 1 — 

adrfessa , rOunit  ^approbation  da  cbftpitre  et  Vow 
dtjcida  qu’on  lui  confierait  la  construction.  Utf 
marche  fat  passe  par  devanrt  les  mayenr  et  eche-i 
vins  de  St-Omer  , par  lequel  fe  cAapitrfe  s’en'gagea! 
a payer  audit  architecte  la1  sonamte  totalg  <te  deux 
cent  livres  de  gros  valant  dettze  Cenfts'  liVres  mon- 
naie  courante  en  Artois  (*).  Dans'  le  travail  qu’on 
allait  entreprendriey  lWaitre  Jean  VaiidOr  Poele  avait 
fait  preuve  de  tact  df  d’originalitd ; ayant  a cons- 
truire  un  portail  a une  tour  6tablie  sur  le  module 
de  celle  de  St-Bertin , il  a su  eviter  l’imitation 
servile , tout  en  conservanf  avec  celle-ci  un  air 
de  ressemblance  qui  devait  satisfaire  mSrtie  les 
chanoines  les  plus  jaloux  de  ta  dupdrioritO  pre- 
tendue  de  leur  * egttse  sur  1’abbaye.  L’aspecl  des 
deux  oovrages  suffil  pour  convaidere  de  Ce  fait. 

D’aprOs  la  convention  dont  il  vient  d’etre  ques- 
tion , le  portail  devait  etre  achevd  et  livre  dans  le 
delai  d’un  an , se  terminant  a la  $t-Michel  1542. 
Il  est  probable  que  divers  empechements'  retarderent 
cette  epoque ; il  est  possible  aussi  que  devant  des 
obstacles  materials  , imprevus  , et’  en  presence  de 
la  bonne  volonte  de  I’entrepreneiir  ,•  on  fut  plus 
tolerant  sur  les  retards  apport&s  , ce  qui  arrive 
encore  ; frequemment  de  nos1  jours.  Ces  obstacles 


r (*)  Voir  aux  pifeees  jostUkatives  G et  H Ids  devfe  et  le  marcK4  dont  ilest 
parle*  Les*  tfavaux  furent  exeeut£s?  a peu  de  chose  pres , conformemeut 
au  devis  qui , lu  avec  attention , donne  une  idee  exacte  du  portail  , et 
indique  ce  qui  manque  pour  le  computer. 


— 488  — 

etaient  de  plus  d’une  oatiht  et  pouvaient  provenir 
de  l’approvisionnement  dee  materia  ax.  On  itiit  con- 
venu  en  effet  d’employer  pour  l’ext£rieur  de  la 
pierre  dure  de  Brabant , b provenir  dec  earriires 
de  Dielghem  , Affelgbem  et  Dielbesse , qu’on  devait 
transporter  en  bateau  jnsqu’aa  Haut-Pont , d’oii 
le  chapitre  les  faisait  transporter  jusqu  a l’eglise. 
Ce  dernier  s’btait  en  eutre  cbargi  de  fonrnir  lea 
moelions , le  sable  et  d’6tanconner  1’ouvrage.  Ce 
melange  de  travaux  ex£cut£s  par  des  individus  dif- 
ferent s , pour  le  mfeme  ouvrage , devait  necessai- 
rement  fetre  une  cause  d’entraves  : on  sait  en  effet 
que  c’est  lb  un  faux  system e dent  on  s’est  toujours 
trfes-mal  trouvb , sinbn  en  ce  qui  regarde  la  soli- 
dite  des  ouvrages , dn  moins  en  ce  qui  concerne 
la  promptitude  de  l’ex&cution  et  la  responsabilite,. 
Cependant , je  dois  dire  qu’il  ne  parait  pas  que 
dans  ce  cas , il  y ait  eu  d’autre  inconvenient  qu’uu 
peu  de  retard  ; au  reste , 1’examen  des  comptes 
de  la  fabrique , que  nous  allons  reprendre , nous 
montrera  ce  qui  a et£  fait  successivement. 

La  premiere  annee  (4  54  4 ) fut  consacree  aux  de- 
marches necessaires  pour  la  eonclusion  du  marche 
avec  le  maitre  macon  (£0),  mais  il  ne  parait  pas 
que  l’on  ait  commence  b approvisionner  les  pierres; 
peut-etre  s’occupa-t-on  de  les  extraire,  car  on  voit 
que  Jean  Vander  Poele  revolt  deux  cents  livres , 
qui  ne  Ini  auraient  probablement  pas  et6  dtfivrees, 
s’il  n’avait  pas  reellcment  fait  quelque  chose. 


— <89  — 

La  second?  annee  (ISIS) , on  ne-fit  gueresque 
des  apprOvisionnemenis  de  mat&riaux  et  do  boia 
pour  6tau$onner  la  tour  (81).  Mais  ee  fut  Fannie 
suivante  quo  I’on  mit  riellement  et  activement  la 
main  a l’oeuvre  (22).  Lea  comptesde  la  fabrique 
nous  montrent  qu’on  donna  aux  ouvriers  quatre 
lots  de  vin , lorsqu’on  comments  les  fondations  , 
it  autant  lorsque  les  ma?onneries  sortirent  hors  de 
terre.  Le  retard  apporte  & l’epoque  fixee  dans  la 
convention  pass£e  devant  les  mayeur  et  4chevins 
de  St-Omer , fut  profitable  a l’ouvrage , puisque 
tous  les  materiaux  etant  approvisionnes , du  rooins 
en  grande  partie,  la  construction  du  portail  marcha 
rapidemcnt  et  fut  achevee  en  entier  dans  le  cours 
de  l’annee  4 54 4 (*).  Le  travail  fut  re<;u  aprfes 
examen  de  trois  maitres  masons , savoir  : Ansel 
Dedricq , maitre  ma<jon  de  la  ville  de  St-Omer  ; 
Antoine  Leroy , maitre  ma$on  de  St-Bertin  , et 
maitre  Jean  Gosset  (23).  L’ouvrage  commence  par 
M®  Jean  Yander  Poele , fut  termine  par  son  ills , 

(’)  Les  statues  qui  devaient  flgurcr  au  portail  n'y  furcnt  placces  quc 
beaucoup  postlrteurement  dans  le  cours  de  I'ami&o  1584-1585  , ,ainsi  que 
le  constatent  les  deux  mentious  ci-jointes ; 

A Obert  le  Baccrc,  pour  XXI  piet  de  pierre  de  Avcnes  qu’il  a livre  pour 
faire  les  trois  ymagcs  au  pillcr  du  grand  portail IX1  X* 

A George,  tatllcur,  pour  avoir  taillid  trois  ymages , ossavoir : Nostre- 
Dame , Sainct-Oxner  et  Saioct-Herquembaude  et  assis  au  piller  du  grand 
portail  x . XY1  X* 

Dc  ccs  trois  statues,  deux  n’existcnt  plus , ct  celle  qui  sc  trouvo  sur  le 
tncneaii  central,  qiioiquc  mutilco  et  privec  de  sa  tete,  n’est  certcs  pas  cclle 
dc  la  Vicrge. 


— 490  — 

Josse  Vender  Poele , man  ce  ne  fut  pas  satis  con- 
testation de  la  part  de  ee  dernier;  au  snjet  des 
pierrts  appartenant  k Pdglise  qu’on  l’afait  fired  de 
rep  rend  re,  Le  differend  flit  vidd  par  M*  Ansel 
Dedricq , et  M*  Jean  Gosset , qui  re$urent  chacun 
IIP  pduT  leu  re  peines  (*). 

Par  la  construction  du  portail  a l’extremite  de 
la  nef , la  tour  se  trouvait  terminee  k peu  de  chose 
pres  ; restaient  k achever  les  consolidations  qu’on 
avait  negligees  pour  s’occuper  des  travaux  neufs, 
II  est  probable  que  la  chose  fut  jugee  plus  ur- 
gente  depuis  qu’on  ayait  rapporte  aux  chanoines 
que  la  tour  to  fendoit  fort  du  c6U  zut , a la  suite 
duquel  avertissement  une  visite  avait  eld  ordonnee 
d’etre  faite  par  Bl*  Ansel  Dedricq , . accompagne  de 
M*  Jean  Hermel'  et  Jean  de  le  Venne , maitres 
macon  et  charpentier  de  l’eglise.  Je  n’ai  pas 
trouve  I’avis  qui  en  results ; mais  il  est  assez  vrai- 
serablable  que  ce  fut  alors  qu’on  se  decida  a ancrer 
les  deux  gros  piliers  interieurs  , ainsi  que  les  arc- 
boutants  qui  y correspondaient , moyen  que  pous 
avons  vu  plus  haut  avoir  ete  conseiUe  par  Me  Jean 
Vander  Poele.  On  se  mit  en  consequence  a 1’oeuvre 

(*)  La  grande  verriere  ui-dessus  du  portail  ne  fut  achcvcc  que  Tonnce 
suivantc,  ainsi  qnc  le  constate  lit  mention*  des  ferrures  pour  Cette  verriere. 
fl  est  probable  qti’elle  fli{  vitrde  pen’  apres  , car  elle  porte  nu  centre  les 
armoirics  de  Francois  de  Mtfun  ,*  alors  prdvftt  dc  1’eglise  > et  qui*  eessa  de 
TOtreen  1521. 

Meiitiotiiioris  ici , en  passant,  que  celte  verriere  flit  rmnpue  par  les 
grands  vents,  I'annec  1513  et  que  Toil  fut  oblige  d’v  reraetlrc  une.  pierre. 


— 191  — 


pendant  l’anp^e  1315  a percer  ies  piiiejrs  et  les 
arcs-boutants , mais  1’ancre  qui  avail  6te  faite  par 
un  serrurier  de  Bruges  > ne  fut  posee  que  l’annde 
suivante  (*).  Elle  pesait  5142  livres  et  devait  £tre 
payee  a raison  de  dix-huit  deniers  la  livre ; soil 
une  somme.  tetale  de  U)c  1111“  V1  XIII*  monnaie 
courante.  Elle  portait  aux  deux  extr^mites  une 
t&te  de  dragon  en  plomb  et  une  boule  au  milieu 
le  tout  dor6.  On  paya  pour  droit  de  tonlieu  a 
Bruges  une  somme  de  V1  XYIII*.  L’ancre  fut  ap- 
port4e  par  bateau  4 St-Omer , moyennant  le  prix 
de  IIII1  XIIII*  IIIId  y compris  un  pot  de  vin  de 
VI*.  Le  serrurier  vint  la  poser  lui-m£me  avec  un 
de  ses  ouvriers.  Une  visile  fut  faite  pour  la  recep- 
tion de  l’ouvrage  par  deux  maitres  serruriers  de 
la  ville , Jean  Tonnoille  et  Jean  Orloge  (24). 

II  ne  restait  plus  que  tres-peu  de  chose  a faire, 
pour  achever  d^finitiveraent  l’ouvrage  commence. 
Le  sommet  de  la  tour  et  les  tourelles  de  couron- 
neipeot  n'avaient  point  encore  de  plancher  defi- 
ning ; le  tou{  etait  couvert  provisoirement  d’estrain. 
Qn  s’occupa  en  consequence  de  faire  ces  ouvrages 
dans  le  cours  des  deux  annees  1 529  et  1521.  On 
termina  en  meme  temps  les  grandes  fenStres, 


(*)  Pendant  l’opdration  du  perccment,  iL  parai  trait  que  Ton  aurait  conga 
de  nouvclle?  craintps,  car  deux  visiles  furent  faites  du  froa  pilicr  cdtd  sud; 
la  premiere  le  17  dtaerobre  1515  par  M*  Ansel  Dedricq  et  Jean  Vander 
Poole;  ct  la  sccondo  le  28  du  m£mc  mois,  par  Jean  Rebus,  magon,  et  Jean 
de  le  Yonae. 


— 1 92  — 

probablement  cel  les  donnant  jour  dans  la  chambre 
des  cloches.  Nous  renvoyons  aux  notes  pour  le 
detail  des  divers  travaux  qui  furcnt  executes  a 
cette  occasion  et  dont  les  plus  importants  furent 
certainement  I’achfevement  de  1’ancrage  de  la  tour, 
decide  peut-klre  a la  suite  de  la  visite  qu’en  fit 
en  1819  Jean  Gousset,  mattre  ma^on  (25). 


Je  n’ai  pas  l’intention  de  pousser  plus  loin  1’exa- 
men  des  travaux  faits  h la  tour  de  notre  ex-ca- 
thedrale.  Sans  doute  il  y a 6t6  fait  ulterieurement 
bien  des  modifications , mais  dies  n’ont  jamais 
alters  l’aspect  de  1’ouvrage  qui  se  trouvait  com- 
plfetement  achev6  en  1521.  kNous  avons  parcouru 
toutes  les  phases  de  la  construction  depuis  le  mo- 
ment oil  les  chanoines  songferent  h modifier  le  clo- 
cher  existant  primitivement  h l’extr^mite  de  leur 
6glise.  Nous  avons  vu  que  les  Economies  mal  en- 
tendues , qu’on  voulut  faire  dans  Torigine , fail- 
lirent  compromettre  gravement  la  solidite  de  1’oeuvre. 
Nous  avons  assist^  k toutes  les  visites  qui  ont  ete 
faites  par  les  archilectes  en  renom  k cette  epoque, 
daus  le  pays,  et  6coute  avec  intdrkt  les  conseils 
qu’ils  donnaient  pour  la  consolidation , conseils 
auxquels  on  fut  oblige  de  revenir  aprfes  avoir  re- 
fuse dans  le  commencement  de  les  suivre.  Nous 
avons  enfin  remarque  les  moyens  employes  par  les 


architcctes  et  maitres-es-ceuvres , pour  opercr  cette 
consolidation,  et  les  reprises  en  sous  oeuvre  ne~ 
cessaires.  Au  moment  ou  Ton  s’occupe  plus  que 
jamais  de  la  reparation  de  nos  anciens  monuments  , 
j'ai  pense  qu’il  pouvait  n’fetre  pas  denu6  d’interet 
de  mettre  sous  les  yeux  du  public , l’histoire  d'une 
construction  du  moyen-age  encore  existante  denos 
jours.  C’est  le  meme  motif  qui  m’a  porte  a accom- 
pagner  cette  notice  de  nombreux  extraits  des  comptes 
de  la  fabrique  qui  m’ont  servi  dans  mon  travail. 
Tout  mon  desir  est  d’avoir,  en  publiant  ces  notes, 
et£  de  quel  que  Utilite  aux  architectes  de  nos  jours 
charges  des  restaurations  d’anciens  edifices,  et  pour 
vous.  Messieurs,  d’avoir  attird  votre  attention sur 
les  divers  comptes  provenant  des  archives  du  chapitre, 
qui  peuvent  fournir  de  si  int6ressants  renseigne- 
ments  sur  I’histoird  de  l’4glise.  Puisse-je  avoir 
reussi  l 


PIECES  JUSTIFICATIVE^ 


PiicE  A. 

Cy  apres  s’ensieut  l’advis  de  Jehan  Sterbccque , Jeban 
Pinchon , Raoul  Pesiere , Jehan  de  Meldre , maistres 
machons  et  Jehan  Hughes  maistre  carpentier  sur  le  fail 
de  le  perfection  de  le  tour  de  l’6glise  de  Saint  Aumer 
ou  les  cloques  sont  pour  le  present. 

Et  preincrement  au  les  devers  midy  contre  le  maison 
Mons'  le  doyen  de  capitle , faut  refonder  tout  de  nouvel 
et  ralongier  le  col  du  piller  qui  respont  & l’encontre 
de  ledite  tour  de  II1I  pCs  ou  environ  de  col  et  de 
largheur  qqe  ledit  pijler  est  de  present,  et  le  monter 
d’autel  haulteur  que  pour  recepvoir  son  arboutant  et 
araortir  ainsi  comme  il  appartient. 

Item  au  grant  pingnon  qui  est  devers  maistre  Anthonie 
de  Wissoc,  il  convient  sans  rompre  l’O  et  le'.fourmoirie 
qui  est  pour  le  present  avec  l’arque,  et  le  gambes  de 
ledite  fourme,  faire  une  nouvelle  arche  de  dure  pierre 
deseure  ledit  0 Et  sya  ledite  pierre  dure  taillid  quarre 

Item  audit  16s  devers  midi  fault  faire  une  arche  de 
dur  semblable  k celle  de  deseure  l’O,  sans  restouper 
les  III  huisseries  des  pillers  par  ou  se  font  les  allies 
pour  aller  contre  les  verrieres , et  demouront  comme  elles 
sont  de  present  et  les  Iyer  ensamble  bien  et  souffi- 
samment.  Et  sy  convient  renforchier  le  piller  qui  est  en 
la  moyenne  de  le  tour  et  y faire  un  archboutbant  contre 
ledite  tour  pour  ce  que  le  pierre  est  fort  usee  tant 
dure  comme  blance 


Item  l’autre  costd  vers  mer,' fault  faire  tout  pareil- 
lement  comine  cellui  devers  mydi  sauf  qu’il  n’y  fault 
point  refonder  ne  ralongier  nul  piller,  mais  il  convien  t 
faire  une  arcbe  par  deseure  comme  au  piller  vers  midi' 

Item  sur  les  viez  murs  de  ladicte  tour  , se  peut  eligier 
sur  les  II1I  pans , sur  chascun  pan , I mur  de  telle 
haulteur  que  bon  semblera  a nosseigneurs  de  l’eglise 
et  monter  les  II  monies  & vis  qui  y sont  h tel  haul* 
teur  que  ledite  tour  se  raontera , avec  les  deux  pillers 
des  deux  aultres  comiers  tours. 

Et  par  ainsi  semble  aux  dis  ouvriers  que  ladite  tour 
et  ouvraige  et  tout  ce  que  on  y voulra  faire , se  porra 
faire  bien  et  soufflssamment. 


piece  B. 

AVIS  POUR  LA  CHARPENTE  DU  BEFFROY. 

Aujourduy  VII*  jour  de  juillet  l’an  mil  III1C  et  LXXIIU 
Jelian  de  Lavesne , maistre  carpentier  de  mon  tres  re- 
double seigneur  Monsr  le  due  de  Bourg®  en  sa  ville  et 
chasteau  de  Hesdin , Guillaume  Boidin  maistre  carpen- 
tier de  l’eglise  et  abbaye  de  Saint-Bertin , Jehan  Come- 
hotte  maistre  carpenthier  de  la  ville  de  Saint-Aumer , 
Jehan  Blommart , Guillaume  Hughes  maistre  carpenthier 
de  i’£glise  de  Saint-Aumer , et  Jaques  Blommart  maistre 
carpenthier  de  l’^glise  et  abbaye  de  Wattenes.  Ont  tous 
ensamble  par  la  cberge  et  commandement  de  mess”  de 
Cappitle  de  1’eglise  de  Saint-Aumer , fait  visitacion  bien 
et  au  long  en  et  sur  le  belfroy , aguille  et  eloequier , 
ou  pendent  de  present  les  grandes  doeques  d’icelle 
eglise. 


Friinos  d’un  coinmun  accord  toot  d’oppiniou  et  advis 
a la  distinccion  correccion  et  moderacion  de  mesdits 
seigneurs  , que  tout  ledit  belfroy  et  docquier , ave uc 
1’aguille  sera  descoindt  au  moindre  frait  que  faire  se 
porra. 

Item  le  bois  de  l’aguille  sera  ostey , mis  jus  a terre 
d’un  lez  a parlui  en  lieu  convenable  pour  en  faire  le 
prouffit  d’icelle  Iglise. 

Item  , le  belfroy  atnsi  qu’il  est  sera  aussi  mis  jus  a 
terre  aveue  aussi  les  clpcques  et  tout  le  bois  y servant, 
au  moindre  frait  que  faire  se  porra , lequel  belfroy  ainsi 
mis  jus  et  k terre  l’en  reffera  ung  belfroy  assis  a terre 
du  meisme  bois , ouquel  belfroy , ainsi  reffait  on  y 
mettra  et  pendera  telles  eloeques , qu’il  plaira  4 mes- 
dils  s". 

Item , en  mettant  jus  k terre  ledit  belfroy , Ten  laira 
les  sommiers  et  poutres  de  bois , qui  sont  de  present 
sur  lequel  ledit  belfroy  est  assis  pour  les  bauchier  selon 
l’ouvraige  de  machonnerie  pour  les  ancrer  ou  machon* 
nement  nouvel  de  la  tour , qui  se  fera  au  plaist  de 
Dieu.  Et  sc  y conviendra  avoir  trois  aultres  nouveaulx 
sommiers  et  poutres  holtez  et  croisi4z  sur  les  vieux 
sommiers  de  X pauch  d’esquarure  ou  environ , de  le 
longueur  de  l’ouvraige. 

Item  , desseure  lesdits  sommiers  qui  sera  le  IF  estaige 
cn  ladite  nouvelle  tour  de  pierre , l’cn  y conviendra 
mettre  deux  nouvclles  poutres  de  bois  de  XV  a XVI 
pauchz  d’esquarure  ou  environ , les  ancrer  ou  macbon- 
nement  nouvel  et  sur  iceulx , y conviendra  avoir  qnatre 
inoyennes  |>outres  de  Xll  a XII11  pauch  d’esquarure  de 
le  longueur  de  l’ouvraige  revestus  dc  solleaulx  et  d’ais- 
selin. 

Et  ou  III"  estaige  sur  lequel  le  belfroy  sera  assis , it 


— 197  — 


conviendra  avoir  irois  bons  grans  sommiers  et  poullrca 
de  XVIII  a XX  pauchz , d’esquaruro  ou  environ  de  le 
longeur  de  l’ouvraige  ancrez  eq  ladite  nouvelle  machon- 
neric.  Et  V aultres  sommiers  et  poutres.  de  XVI  a XVIII 
pauchz  d’esquarure  de  le  longeur  de  l’ouvraige  qui 
seront  croisiez  sur.  lpsdits  trois,  grans  sommiers  brac- 
quonnez  rechupt  de  quientea  et  de  bracquons , revestus 
de  solleaulx  et  de  gros  plancquaige. 

Tesmoing  las  saingz  manuels  des  dessus  nommez , 
ouvriers  et  carpentiers  mis  k cest  advis  et  escript,  fait 
en  l’eglise  de  Saint-Aumer  le  jour  et  an  dessusdit. 

Suivent  les  signatures  de  J,  de  Eavenne  , de  J.  Blom- 
mart,  et  les  croix  faites  [*ar  les  autres  ouvricrs. 


PIECE  c. 

SIGNIFICATION  FAITE  AUX  DOYEN  ET  CHAPITRB  DE  L’EGLISE  DE 
B‘-OMER  AU  SUJET  DU  BEFFROY  PROVISOIRE  , PAR  LE 
LIEUTENANT  DU  BAILLI  DE  Sl-0*ER  , LB  26 
AYRIL  1476  aprRs  PAQUES. 

Donne  par  coppie  le  XXVII*  jour  d’apvril  l’an  mil 
UIIc  LXXVI , par  moy  Clay  le  Feure  sergant  a cheval 
du  bailli  de  Saint-Omer , ce  qui  s’ensieut.  Rolland  Gou- 
gebur  lieutenant  du  bailli  et  chastellain  de  le  bourg  de 
Saint-Omer  pour  mon  Ires  redoubts  et  souverain  sei- 
gneur , Mods'  le  due  de  Bourg"*,  Au  premier  sergant 
de  ladicte  chastelenie  sur  ce  requis  salut ; Com  me  les 
doyen  et  capitle  de  l’^glise  collegial  de  Saint-Omer  en 
la  ville  d’illec , se  soient  nagaires  traiz  devers  nous  et 
les  gens  du  conseil  de  mondit  s'  le  due  en  ccstc  dictc 
ville , et  nous  aient  remonstre  qu’ilz  avoient  marchandc 
faire  ung  bcflroy , pour  y collocquicr  certain  acord  de 


clocqnes  nagaires  fait  pour  raugmeotacion  du  service 
divin , lequel  beffroy  chergie  deed,  clocqnes , ne  se 
pooit  lore  asseir  sur  le  clocquier  d’icelle  eglise , parce 
qu’il  a est6  trouve  la  foudacion  d’iceluy , n’est  pas  assez 
soufQsant  pour  soupporter  sy  grans  fals , en  nous  re* 
que  rant  que  jusques  ad  ce  qu’ilz  auroient  fait  fortiffler 
ledit  clocquier  en  estat  pour  soupporter  ledit  beffroy  et 
clocques , nousleur  vaulsissons  acorder  certaine  porciou 
de  heritage  ou  pourprins  de  lad*  bourg  pour  assir  ledit 
beffroy , et  clocques  laquelle  portion  de  heritage  il? 
seroient  tenus  se  mesurer  et  mectre  le  mesurage  en 
noz  mains,  pour. sur  ce faire lettres  faisans  mencion  de 
deux  cappons  qu’ilz  en  devoient  pater  au  proufBt  de 
mondit  s'  de  recongnoissance  et  d’autres  droix  et  devoir? 
a ce  appartenans;  et  combien  que  de  raison,  lesdita 
doyen  et  capitle , ne  deussent  faire  picquier , fouyr  et 
ne  aucunement  touchier  audit  heritage , sans  avoir  fumy 
aux  cboses  dessusdites , neantmoins  ilz  ont  fait  mectre 
toute  ladite  porcion  de  heritage  h longny,  et  y fait 
drecbier  ledit  beffroy , a intencion  de  y eslever  lesdites 
clocques,  sans  avoir  fait  la  seurete  des  choses  dessusdites 
et  les  deppendences , qui  est  et  plus  porroit  estre  au 
grant  interest  et  dommaige  de  mondit  s'  le  due  reprinse 
et  deshonneur  de  ses  offleiers  de  par  de$a , se  provision 
ny  estoit  mise ; pour  quoy , nous  vous  mandons  que 
vous  vous  transportez  sur  mote  d’icelui  cbastel  de  le 
bourg , et  illec  faites  eommandement  de  par  mondit  s' 
le  due  a tons  ceulx  que  y trouverez  de  par  lesdits 
doyen  et  capitle  besoingnant  ausdit  beffroy  qn’ilz  se 
dep(K>rtent  de  plus  y besoigner  et  se  departent  dudit 
lieu , jusques  ad  ce  que  lesdits  doyen  et  capitle  auront 
fait  les  seurtez  avant  dictes  et  furny  aux  deppendeuces, 
ou  que  autrenient  en  sera  ordonne.  Ge  faictes , sy  que 
dcffault  ny  ait , de  cc  faire  vous  donnons  comraicion. 


— 499  — 


Donne  soubz  notrc  seel  le  XXVI6  jour  d’apvril  Ian  mil 
llllc  LXXVIaprez  Pasques.  J.  Darthb.  — Signe  Le  Feurb. 


piiicB  D. 

CONSTRUCTION  DBS  PLANCHERS  DB  LA  TOUR.  — DEVI8 
' DB  LA  CHARPBNTE. 

S’ensieut  la  devise  de  carpentrie  que  ont  inteucion  de 
faire  Mess”  doyen  el  ebapitre  de  l’eglise  Saint-Omer  pour 
faire  et  furnir  trois  plancquier  qui  serviront  poor  le 
tour  de  leur  4glise  lesquels  seront  fais  par  la  maniere 
cy  aprfcs  declare. 

Et  primes  a ladite  tour  dedens  euvre  XXXVI  pies  en 
quarure  ou  environ  et  pour  le  premier  plancquier  qui 
sera  assis  au  dessous  de  la  vaussure  d’icelle  tour  XVIII 
pies  ou  environ  , comment  espasser  et  assir  deux  ou  trois 
gros  sommiers  qui  seront  ancres  es  murs  d’un  costet 
et  d’autre  estoffes  d’anilles  dessoulx  les  sommiers  de 
bracons  et  de  anilles  pendans  qui  seront  retentes  sur 
gros  corbeaulx  de  gr&s  de  telle  longueur  tant  es  anilles 
comme  &s  bracons  que  Feuvre  le  requera. 

Item , et  k travers  d’iceulx  sommiers  seront  assis  trois 
auires  sommiers  espass4s  en  ladite  tour  lesques  seront 
ancres  es  murs  de  ladite  tour  cescun  estofer  de  plates 
anilles  desous  les  sommiers  et  de  anilles  pendans  contre 
Ie8dit8  murs  assis  sur  ung  eorbel  de.  grfes  estoffes  de 
bracons  cescun  sommiers  comme  il  appartient  et  seront 
assis  deuix  liteaulx  contre  les  deux  pans  de  la  tour 
lesquelz  liteaulx  seront  retenus  cescun  de  deux  ou  trois 
corbeaulx  de  grfcs. 

Hern  >.  et  sur  iceulx  sommiers  et  liteaulx  seront  en- 


— 200  — 

pakine  les  gistes  dudit  plancquier  lo  plus  part  i ceue 
d’aronde  espasses  k piet  et  demy  de  point  moien  a 
autre  et  sur  icelles  gistes  sera  fait  un  plancquier  cPais- 
selles  de  quenne  dun  paus  despes  frauc  soyet  feuillie 
lune  sue  lautre  conune  fl  appartient. 

Item  , pour  le  second  plancquier  qui  servira  a portd 
le  belfroy  des  cloches  sera  assis  XVIII  pies  ou  environ 
au  dessus  de  celluy  desudit , lequel  sera  estoffe  de  deux 
ou  trois  gros  sommiers  ancrds  cescun  6s  murs  comme 
il  appartient  estoffd  de  doubles  anilles  de  bracons  et 
corbeaulx  de  gres  conune  ceulx  dessudits. 

Item  , et  au  dessus  d’iceulx  sommiers  seront  assis  trois 
aulres  sommiers  en  croisant  iceulx  estoffds  de  bracons 
d’ennilles  ancres  comme  les  autres  cy  dessus  avec  les 
listeaulx  contre  les  murs  6 cc  servant  sur  lesqties  som- 
miers et  listeaulx  seront  empatinds  k ceue  d’aronde  es- 
passds  6 XIII  pans  de  point  moyen  a autre  et  sus  icelle 
gistes  plancquier  d’aisselle  de  quenne  de  ung  paus  et 
demy  d’espes  feullles  l’une  sur  1’autre  conune  il  ap- 
partient. 

Item , et  pour  le  troisieme  plancquier  qui  servira  a 
porter  le  terrace  de  ladite  tour  fault  pareillement  deux 
ou  trois  gros  sommiers  estoffes  comme  les  aulres  cy 
dessus  et  pareillement  trois  autres  sommiers  k travers 
d’iceulx  tout  estoffds  de  bracons  d’ennilles  et  ancres 
comme  les  autres  et  avec  ce  les  listeaulx  a ce  servant 
sur  lesques  sommiers  et  listeaulx  seront  empatlnd  les 
gistes  k ceue  d’aronde  espassds  k Xin  paus  de  point 
moyen  a autre  et  sur  icelle  gistes  sera  plancquier  d’ais- 
selles  de  quenne  de  paus  et  demy  d’espes  feuDids  1’une 
sur  1’autre  comme  il  appartient. 

PAUCHISON  DE  BOS. 

Et  primiers  les  irois  gros  sommiers  du  premier  estage 


— 201  — 

tie  XX  pans  de  large  et  de  XXII  paus  de  liault  et  les 
trois  autres  de  XVI  paus  de  large  et  de  XVIII  paus  de 
liault  les  gistes  de  V paus  quares  les  listeaulx  de  IX 
paus  de  large  et  de  XVI  de  hault. 

Item,  pour  le  second  plancquier  les  gros  sommiers 
de  XXIII  paus  de  large  et  XXVI  paus  de  bault  et  les 
aultres  sommiers  de  XVI  paus  de  large  et  de  XVIII  paus 
de  bault  les  gistes  de  yi  paus  quarees  et  les  listeaulx 
de  XVI  paus  de  hault  et  de  XII  d’espes. 

Item , pour  le  troisieme  plancquier  les  gros  sommiers 
de  XX  paus  de  large  et  de  XXII  paus  de  hault  et  les 
autre  XVI  paus  de  large  et  XVIII  de  hault  les  gistes 
de  VI  paus  quarees  et  les  listeaulx  de  XVI  paus  et 
de  IX. 

I Item  tous  les  bos  d’anilles  de  VIII  paus  d’espes  et 
de  largeur  des  sommiers  servans  contre  les  murs  et 
cclles  desoulx  les  sommiers  V paus  d’espes  et  les  bra- 
cons  de  XIIII  paus  d’esp^s  et  la  largeur  des  anilles 
et  sommiers.  Tout  lequel  bos  sera  livrd  de  bon  quenne 
leal  et  marcbant  comme  k tel  oeuvre  appartient. 


piece  E. 

CONSOLIDATION  DE  LA  TOUR  ET  DES  MONTIES  A VIS. 

ann£e  1494. 

S’ensieut  l’advis  que  bailie  par  escript  maistre  Grard 
le  Drut  a tres  honnoures  seigneurs  Mess"  doiens  et  cha- 
pitre  de  l’eglise  Saint  Omer , pour  1’ediiication  et  ocmen- 
tacion  de  la  tour  de  leur  eglise  dont  la  declaration 
s’ensieut. 

Et  premiers  apres  pluiseurs  advis  conceus  et  doutant 

20 


— 202  — 

It*  grant  dt-tnolissemenl  qui  sembloit  estre  necescaire 
dee  deux  montee  k virs  lesquelle  ont  cescunne  plus  de 
IlIIx*  pi6s  de  hautt  de  dix  pies  de  large  et  de  salie 
XII  pies  ou  environ  , considerant  que  ce  k le  r^difler 
serait  ung  grand  peril  pour  ladite  eglise  et  pour  tou^ 
ouvriers  qui  il  meterotent  la  main,  Et  ousy  le  grand 
dommage  de  ladite  dglise. 

Item  pour  obvier  a ces  despenses  et  inconvinens  est 
advise  par  ledit  maistre  Grard  que  se  il  plaist  a mes- 
dits  s"  de  consentir  que  les  deux  tourelles  et  montees 
a virs  du  coste  du  grand  portail  seront  lesdites  montees 
les  murs  d’icelle  respessis  de  trois  pies  ou  environ  et 
au  quart  pardevanl  ledite  tour  jusques  au  point  moyen 
d’icelle  toureille  ou  environ  par  ce  ara  le  teste  du  mur 
de  devant  qui  sera  piller  ara  d’espes  VIII  pies  ou  en- 
viron. 

Item , et  seront  les  trois  pids  dessusdits  fondes  avec 
la  fondacion  de  la  moittie  de  ladite  tourielle  de  cincq 
ou  six  pies  ralongie  en  fondacion  se  fonde  nest , lequel 
convient  faire  bien  et  souflsament  et  en  ce  faisant  de- 
molir  ladite  montee  el  remachonner  ladite  montee  avec 
ledit  mur  comme  il  appartient,  comme  line  meyme 
oeuvre  et  bien  Iyer  la  nouvelle  machonnerie  avec  la 
viese , en  prenant  au  creus  de  la  montee  demy  piet  on 
environ  et  par  ce  aront  lead.  deux  pillers  XVin  pies 
de  bouture  et  de  VIII  pies  de  large. 

Item  est  advise  que  se  il  plaisoit  k mesdits  sn  <hi 
porroit  des  mainlenadt  ordonner  une  fachon  de  portal 
qui  se  lyroit  avec  la  macbonnerie  dessusdite  jiour  le 
par  acever  en  temps  advenir.  Et  en  ce  faisant  seroient 
ordohnees  les  ouvragcs  qui  scmbleroient  estre  necessaire 
pour  ce  faire. 

Item  et  en  ce  faisant  lad.  ralonge  et  mur  dessud.  se 


— 203  — 

estril  de  raison  que  lad.  ralonge  soil  reveslue  de  mo- 
lures  comme  sont  les  tourielles  de  present  lequel  mur 
et  ralonge  fera  piler  en  conforlant  laditc  tour,  et  led. 
ralonge  s’en  yra  amortir  par  flollcs  et  listes  par  retreste 
ainsy  qu’il  sera  ordonnl  de  ce  fairej 

Item  et  en  tant  que  il  touche  le  demolicement  des 
deux  tourielles  ne  seront  point  d^molie  du  hault  en.bas 
mais  seront  demdie  jusques  au  premiers  tour  des  mar- 
ches lesquelies  seront  retenues  par  estanchons  de  bos 
qui  seront  mis  par  dessous  icelles  marches  et  macbon- 
neries  par  dessus.  Et  ensy  en  sera  bit  a cescun  tour 
pour  1’entretenement  et  beauts  deleuvre. 

Item  est  advise  que  les  allies  qui  sont  desous  la  grande 
veriere  entre  les  deux  montees  avirs  qui  sont  au  massis 
du  mur  de  la  grose  tour  seront  rem plies  et  machonnes 
bien  et  soufflsament  et  avoec  les  trois  buiseries  comme 
une  meymes  oeuvre. 

Item  sera  faite  une  arcbe  a pointe  a telle  title  que 
bon  semblera  qui  se  prenra  a trois  pils  des  murs  qui 
servent  aux  oipntees  a viis , laquelle  arcbe  sera  faite 
tout  au  quarl„de;piere  dure  de  l’espesseurs  dudit  mur 
ou  au  tant  que 'bon  semblera  et  sera  encommenehio  sy 
bas  que  pour  sourporter  la  vausure  du  grand  0. 

Item  seront  encore  faites  deux  autres  arches  sy  comme 
es  deux  autres  pans  de  lad.  tour  l’uue  vers  la  merct 
l’autre  vers  midy , lesquelies  se  prendront  leur  mou- 
vement  a II1I  ou  V pies  des  pillers  faisant  boutures  aux 
gros  pillers  de  ladite  tour  et  seront  faites  a pointe  a 
telle  title  que  bon  semblera  et  tous  ■ les  vausoir  au  quare 
a telle  espesseurs  que  les  murs  ou  autant  que  ilapper- 
tenra  et  ce  pour  sourporter  le  piller  d’entre  les  deux 
verieres  en  cescun  pan  & cause  du  grand  fais  de  lad. 
tour  lesquelies  arches  se  commencheront  le  plus  bas 
que  faire  se  porn. 


— 204  — 

Horn  et  sy  scroit  bon  de  fairc  a cescun  tour  dcs  mar* 
chcs  de  cescunne  montie  h virs  faire  demy  archc  mon- 
Tans  du  dedens  euvre  de  la  montie  boutant  contrc  le 
bourdon  et  marches  qui  tenront  la  lingne  et  venne  de 
la  nef  et  led.  demy  arche  remplie  de  macbonncrie  jus- 
ques  au  autres  marches  par  dessoulx  du  demy  tour  de 
la  rnontee  k virs  et  ee  pour  faire  bouture  poor  lentre- 
tenement  de  la  grand  tour  icelle  demy  ardte  faite  de 
dure  piere  comme  il  appartient  siiuf  que  en  la  double 
montce  se  faire  se  pora. 

Item  et  touebant  le  parfait  de  ladite  tour  ensemble 
les  deux  montecs  a virs  et  la  joncion  du  mur  desud 
avee  les  loysons  des  marches  et  bourdons  ensembles  les 
les  macbonneries  du  residu  des  montees  qui  demeure 
en  leurs  entirs  poront  et  demouront  fermes  et  estables 
que  pour  porter  les  fais  des  machonnerie  qui  seront 
necessaires  estre  faites  pour  le  parfait  de  la  hauteur  de 
lad.  tour. 

Et  au  regard  des  ouvrages  a vous  necessaires  pour  le 
parfait  et  retenue  de  la  tour  de  vostre  eglise  ledit  maistre 
Grard  s’est  emploiis  a toutc  diligense  de  pourveir  et 
remedier  aux  inconveniens  qu’il  cust  peut  venir  el  pour 
evilcr  les  grans  despenses  qu’il  eust  este , vous  bailie 
ceste  devise  et  advis  pour  escript  afin  que  vous  conchies 
en  vos  afaires  a vostre  bonne  discretion  et  se  aucune 
chose  y est  declaree  hors  de  vostre  eulendement  ledit 
maistre  Grard  vous  en  baillera  de  bouche  plus  ample 
declaration  tant  a vous  comme  a l’ouvrier  qui  aura  la 
cerge  de  vostre  ouvrage. 


piece  F. 

VISITS  l>E  LA  TOl'R  FAITE  LE  HUIT  AVRIL  1S10. 
Aujourdhuy  VHP  davril  mil  chine  cons  ct  dix  apres 


— 205  — 

pasques  a la  requestcdc  Mess®  de  leglise  de  Saint  Orner 
doyen  et  chapitle  a este  veu  et  visits  la  tour  cncom- 
menc£e  et  nest  point  encore  achervee  en  la  manure  qui 
s’ensuit  par  qnoy  est  grand  besoin  <Fy  be6ongner  en 
telle  sorte  que  ce  qui  est  fait  ne  soit  point1  perdu  , et 
pour  cc  qn’il  y a de  grandes  romptures  et  domaiges  & 
ladite  tour  nous  les  verrons  tons  par  articles  pour  y 
onner  rferoede  au  mieulx  que  faire  se  pourra  afln  que 
lad.*  ouvraige  se  puist  parfaire  et  acbever  a l’intencion 
de  Mess®  doyen  et  chapitle. 

( Cette  visite  comprend  36  articles , plusietirs  out  trait 
d des  degradations  pen  importantes , on  a jug(  con- 
venable  de  ne  donner  id  que  les  articles  qui  ont  paru 
les  plus  inter essants. ) 


Item  et  pour  ce  que  nous  trouvons  ledit  pillicr  ( sur 
lequel  est  fonde  le  second  arc-boutant  du  ct>te  sud ) , 
bon  et  materiel,  11  est  besoing  dc  mettre  jus  le  flerte 
ct  fiolc  du  dcuziestne  cstaige  et  rcmontcr  ledit  pillier 
de  pie  droit  a la  liaulteur  de  six  a sept  piedz , la  a 
ceste  liaulteur  qu’on  viendra  faire  encoircS  ung  arboutant, 
lequel  sera  fenner  au  dcssus  du  larmier  des  premieres 
clercs  voyes , qui  est  assez  pres  de  la  premiere  gin- 
bergbe  qui  est  au  dessus  dan  priant  qui  tient  ses  heures. 
Et  pour  ce  que  l’oeuvre  le  requiert  bien  il  est  de  n6- 
cessite  de  faire  toutes  ces  oeuvres,  apres  que  led.  pillier 
sera  monte  on  remcttra  led.  flerte  et  fiole  en  leur  estat 
comme  elles  sont.  Et  sera  une  bien  bon  oeuvre  car 
j’en  ay  veu  en  aucuns  lieux  de  quoy  on  s’est  Ires  bien 
trouve. 


Item  cf  pour  parlor  du  gros  pillier  dedens  oeuvre , 


— 206  — 

lequel  porie  l’arete  et  coing  de  lad.  tour , lequel  pillier 
se  bouto  et  esventre  par  dedena  oeuvre , k causes  des 
rains  qui  lui  sont  fort  charges , et  est  cda  cause  devoir 
rompu  l’ardoubleau  qui  est  fondd  et  pris  sur  le  chap- 
piteau  dud.  pillier , mais  pour  y rentode  donner  je  suis 
davis  que  on  y doit  besongner  en  la  sorte  que  j’en 
bailie  ladvertissement. 

Item , et  premier  pour  Men  et  seurement  enbaiUonner 
ledit  pillier  il  fauldroit  prendre  une  area  bonne  et  pais* 
sante  de  Uumilleure  pierre  quon  pourroit  trouver  de 
Marquise  on  autre  pierre,  laquelle  arce  se  fauldroit 
prendre  le  pto  a la  bauteur  et  niveau  dn  larmier  con- 
rant  lequel  larmier  est  rempli  de  feullage  a l’antique ; 
et  fauldroit  faire  courir  led.  larmier  au  pourtour  des 
deux  pilliers , sur  lequel  larmier  et  chappiteau  se  ara- 
cberoit  l’arce  que  dit  est  fouraie  de  sourvaulx  et  autres 
arce*  suivantes  sur  le  crape  de  lad.  arce  pour  gaigner 
es|>oisse  de  mur,  et  fauldroit  faire  led.  arce  a tille  ra- 
vallee  afin  qu’elle  eut  plus  grant  boutoe , pour  espauler 
led.  pillier.,  lequel  est  fort  endommagd , et  fauldroit 
rernplir  ct  relier  ensemble  la  machonnerie  au  dessus  de 
1’arce  avec  le  pillier,  et  le  monter  tout  k niveau  jus- 
ques  a la  liaulteur  de  l’encbappement  et  chappiteau  sur 
quoy  le  doubleau  k present  est  pris. 

Hern  , en  ensuhrant  l’oenvre  sur  lad.  arce  ft  fauldroit 
faire  UDg  larmier  et  iallu  portant  glacis  de  pillier  k 
autre , lequel  larmier  serviroit  de  platte  bende , et  sur 
ledit  larmier  ou  millieu  de  lad.  arce  fauldroit  eliger  et 
ordonner  de  gros  remplage  fourni  d’estanfioque  de  bonne 
dure  pierre  grande  et  spaeieuse  tant  en  largeur  queen 
haulteur  et  serviroit  led.  remplage  de  conforter  et  ayder 
la  grosse  arce  sur  ■ quoy  est  fondd  a present  ung  des 
pans  de  la  tour.  Et  pour  ce  qu’il  est  besoing  de  oster 
les  orgues  du  lieu  dont  elles  sont  on  les  pourroit  bien 


— 207  — 

remettre  et  adosser  contra  Tune  des  parties  de  lad.  arce 
qui  seroit  une  chose  hors  l’estonnement  des  cloches , 
et  pourroit-on  avoir  la  soufflerie  desd.  orgucs  sur  les 
basses  voultes  du  costd  quia  on  trouvera  le  plus  coiive- 
nable , et  ny  a remfede  que  je  seusse  donner  pour  con- 
forier  led.  pillier , que  ce  que  fen  diz , on  l’eust  bien 
enbaillonne  de  bois  , mais  ce  n’est  point  ung  oeuvre 
tel  .que  le  cas  le  requiert , On  atraveroit  bien  led.  pil- 
lier d’ancres  de  for  par  le  dehors  les  pilliers , et  les 
paindre  tout  au  pourtour  de  deux  atraves  de  fer , avec 
un  grant  tenon  qui  seroit  mis.  sur  la  devanture  dud. 
pillier,  et  yroient  lesd.  ancres  reprendre  et  rerabracer 
les  .pilliers  qui  sont  hors  eeuvre.  par  dessus  les  basses 
voultes,  c’est  une  chose  de  quoy  vous  pourrez  con* 
seiller  entre  vous  tous  .Mess'*  pour  sayoir  lequel  seroit 
plus  prouffitable  de  ce  que  on  vous  a ycy  d£claird,et 
je  suis  davis  si  vous  le  faisiez  de  fer , que  vous  ne 
sauriez  si  bien  conforler  la  grant  arce  que  vous  feriez 
se  lad.  arce  cy  dessus  nommes  estoit  faicte  comme  je 
l’entens , et  est  le  milleur  conseil  que  je  vous  en  sau- 
roye  donner , pourtant.  je  m’en  aliens  a vous. 


Item  au  pids  du  gros  pillier  de  lad.  tour  il  y a une 
forme  sur  deux  meneaux  par  dedens  oeuvre  sur  les 
dalles  et  allies  par  ou  on  va  an  pourtour  de  lad.  oeu- 
vre et  lad.  forme  est  par  le  dehors  sur  ung  meneau 
quon  dit  une  estanficque , Et  est  eonvenable  de  remplir 
et  murer  lad.  forme  tout  au  massis,  avec  les  petits 
huis  par  ou  on  descend  4 venir  sur  lesd.  dalles,  Et 
faut  aussi  restouper  et  rejoiadre  une  rompture  qui  est 
au  dessus  de  lad.  forme  taut  par  dehors  que  par  dedans 
et  va  lad.  rompture  jusques  a la  haulteur  dun  taber- 
nacle et  passe  lad.  rompture  par  dedens  le  dossier  la 


— *08  — 

ou  la  fa$on  est  pour  mettre  quelque  ymage . II  y a 
quelque  peu  de  remplage  a la  forme  qui  eat  aupces  de 
celle  qui  fault  murer,  la  ou  il  y a quelque  rompture 
sans  plus  au  formemeot , et  lea  fault  remettre  et  re* 
naturer  tant  quo  pour  souftlr. 

Item  le  pillior  sur  quoy  porte  larboutant  do  milUeu 
de  lad.  tour  11  y a ung  petit  buia  lequel  huis  il  fault 
remurer  et  remplir  tout  au  maasis  qui  n’eat  gueres  grant 
ebose , & cause  dea  romplurea  qui  y sont. 

Item  au  gros  pillier  de  lad.  tour  en  tirant  4 la  croisie 
3 y a une  huisserie  a travers  dud.  piller , laquellc  il 
fault  remplir  tout  au  massia , & cause  qu’il  faut  murer 
et  remplir  la  forme  et  verriere  qui  tient  aud.  piller , 
avec  ung  petit  huis  qui  tient  a lad.  forme  comme  il  y 
a a l’autre  coste , et  est  besoing  de  remplir  led.  huis 
tout  au  massis,  a cause  qu’il  pourrait  prejudicier  a lad. 
oeuvre , et  ne  trouve  en  ceste  espace  la  sinon  , qu’il 
fault  remettre  une  piere  ou  deux  au  meneau  de  leslan- 
ficque  de  la  verriere  qui  demourra  ouverte  et  fauldra 
ung  petit  racoutrer  le  remplage  de  lad.  verriere  qui 
u’est  gueres  grant  chose  En  ce  faisant  vous  ferez  gran- 
dement  le  prouffit-  de  lad.  oeuvre  Et  ne  trouve  au  dessus 
desd.  verrieres  nulles  rompturds  en  mauiere  qui  soit. 


Hem  ausai  la  mont£e  qui  est  commence  a remplir 
il  le  fault  parmurer  en  telle  sorte  quelle  est  commencee 
toute  au  massis  jusques  a la  derniere  marce  qui  est 
faitc  h present , avec  ce  fault  murer  Ihuis  par  ou  oh 
venoit  de  lad.  montee  en  la  tour  au  deuziesme  eatage, 
Et  pour  parler  de  lad.  tour  tant  dehors  que  dedens  se 
ce  n’est  sur  le  portail  qui  fault  faire  de  neuf  ouvrage 
je  ne  trouve  point  que  lad.  tour  soit  endommagee  en 
maniere  que  la  chose  en  puist  de  pis  valoir. 


— 209  — 


Item  11  fault  parler  maintenant  du  pan  entre  deux 
pilliers  la  oa  ou  veut  faire  le  portail  du  coste  Mohs' 
Berquelin , Et  pour  ce  qu’il  y a encoires  de  le  vielle 
macbonnerie  beaucoup  audit  pan , il  sera  besoing  que 
en  demolissant  pour  faire  led.  portail , il  fauldra  em- 
baillonner  entre  deux  pilliers  & la  haulteur  des  dalles 
qui  sont  pour  les  basses  voultes , et  en  mettant  quatre 
ou  chine  bailloos  de  bon  gros  bois  et-  les  em  passer  de 
quatre  a chine  piedz  l’un  de  l’autre , et  mettre  contre 
le  mur  quelque  acelle  ou  croutaux  afin  qu’on  puist 
tendre  lesd.  baillons  a force  de  pinces  et  cuignetz  , Et 
pour  ce  que  je  ne  scay  pas  la  sorte  du  portail  que 
Mess"  veulent  faire  je  n’en  parle  point  de  lad.  oeuvre. 
Il  sen  pourront  conseiller  entre  eulx , car  je  ne  scay 
quelle  despence  on  y veult  faire , mais  s’il  y avoit  au- 
cuns  de  Mess"  qui  allasset  a Paris  ou  Amiens , ou  a 
Beauvais  , il  y en  a de  belles  pieces  sur  quoy  on 
pourroit  bien  prendre  patron , car  ce  n’est  point  une 
chose  qu’on  puisse  si  tost  faire  sans  en  demandercon- 
seil. 

Item  En  lad.  devanture  il  y a une  grande  forme  de 
verriere  a fapon  dun  Oteau  laqudle  forme  et  remplage 
il  fauldra  le  mettre  toute  jus  car  de  s’en  servir  on 
ne  sfauroit , a cause  qu’il  y en  a la  plus  part  toute 
rompue  et  esclattee , par  quoy  il  est  besoing  de  lo 
mettre  toute  jus , Et'  ne  scauroye  que  dire  de  lad. 
ouvrage  le  tout  veu  et  visits  par  parties  et  chacun'  a 
par  soy , Mais  qu’on  il  veulle  ouvrer  en  la  sorte  que 
dit  est  ce  sera  ung  grant  bien  comme  il  me  semble 
et  que  je  Pay  veu  par  experience  en  des  autres  ceuvres 
en  plusieurs  lieux , parquoy  besongnez  y ainfois  que 
la  chose  empire , et  vous  ferez  bien  sagement.  Aultre 
chose  vous  sjauroye  que  dire  de  vostre  oeuvre  sinon 
que  Dieu  vous  en  doinst  parfaite  joye  en  accomplissant 

27 


— 240  — 


lout  bon  vouloir  au  proufBt  de  lad;  oeuTre , En  vous 
disant  adieu  Par  le  lout  voetre  serviteur 

Signe.  Pieble  Melel. 


PIECE  G. 

dev  is  pour  la  Goronwcnon  do  pobtail  par  Jbah 

VaNDE  POELK , HA1TBE  UAQOX  A BRUGES. 

Memoire  du  portail  de  teglise  de  Saint  Omer  sur  la 
devanture  de  Moos'  Becquelin , Et  pour  donner  raison 
et  portion  a lad.  oeuvre  je  trouve  par  dedens  oeuvre 
qu’il  est  necessaire  de  faire  en  faisant  led.  portail, 
que  en  raachonnerie  en  comprendant  toute  oeuvre  pour 
rejoindre  l’un  a l’autre  contient  quatre  toizes  ou  environ, 
En  laquelle  largeur  se  ellegiront  les  portaux  d’icelle 
eglise , lesquelz  portaux  porteront  de  bee  en  jour  entre 
le  pi6  droit  el  le  meneau  du  raillieu  chine  piedz  on 
environ  sur  la  haulteur  de  douze  a treize  piedz  de 
jour. 

Item  Et  pour  donner  ordre  et  conduicte  a ceste 
oeuvre  il  faut  proporcionner  la  baulteur  de  lad.  dglise 
laquelle  haulteur  contient  depuis  le  rey  du  pavement 
de  lad.  eglise  jusques  k la  haulteur  du  dessoubz  de 
larce  qui  est  faite  a present  et  ne  peult  on  aller  plus 
bault  que  dit  est  a cause  que  cest  ouvraige  faicte,  il 
il  y a en  lad.  baulteur  treize  toises  et  demic  ou  en- 
viron sans  toucher  a la  fondacion , laquelle  fondacion 
il  faudra  cercher  taut  que  pour  soufGr. 

Item  Et  pour  parler  de  lad.  oeuvre  il  y a,  touebant 
pour  le  dehors  oeuvre  entre  deux  pillierS  il  7 a de  jour 
quatre  toizes  ou  environ , sur  l’espasse  de  douze  piedz, 
ainsi  que  les  fohdacions  sont  prinses.  Mais  s’il  est  que 


les  fondacions  ne  soient  souffisantes  il  les  fauldra.  visi- 
ter et  remettre  il  nature  ainsi  que  1’ oeuvre  le  requerra 
Et  en  lad.  espoisse  le  droit  de  mur  contient  chincq  piedz 
et  demi  Le  residu  de  lad.  espoisse  ne  sert  que  pour 
embrasement  pour  ordonner  de  chascun  coste  trois 
custodes  lesquelles  il  faut  fournir  d’entre  piedz  et  de 
tabernacles  a la  discrecion  de  lad.  oeuvre  Et  pour  four- 
nir & lad.  oeuvre. 

Item  Et  premier  conviendra  faire  l’essoucement  de 
lad.  oeuvre  au  dessoubz  des  basses  le  soubzbasser  et 
engresser  de  grdz  ou  de  la  plus  dure  pierre  que  Ton 
pourra  trouver , soit  de  Marquise,  ouquel  soubzbassc- 
ment  il  fauldra  en  l’empattement  hors  1’ espoisse  du 
mur  faire  unc  assiette  de  siege  pour  soy  assir  taut 
d'un  coste  que  d’autre  Et  auront  lesd  sieges  de  haul- 
teur  depuis  le  pavement  chascun  en  son  equalite  de 
seize  & dix  huit  paux , et  sur  lesd.  sieges  au  dossier 
de  derriere  il  conviendra  eslegir  au  droit  du  mur  dudit 
embrasement  des  coulombes  avec  les  dossiers  et  mon- 
teront  lesd.  coulombes  de  pid  droit  de  quatre  a chine 
piedz  , aprfes  lad.  haulteur  les  conviendra  arquier  et 
refermer  lune  a 1’autre  tant  que  pour  soufQr  et  se 
feront  toutes  ces  oeuvres  ci  dessoubz  de  bonne  ronde 
molure  tant  grosse  que  menue  ainsi  que  l’oeuvre  le 
requerra 

Item  En  ensuivant  lad  oeuvre  en  amont  au  dessns 
desd.  arqures  il  se  fera  ung  esebappement  sur  lequel 
eschappement  il  conviendra  dligir  et  ordonner  de  chascun 
costd  dud.  portail  sur  led.  eschappement  trois  etitrepiedz 
a chascun  entrepie  sa  custode  fournie  de  tabernacle 
proporcionne  a la  haulteur  que  l’oeuvre  le  requerra , 
pour  ce  que  il  y a oeuvre  faicte,  a quoy  nous  somincs 
contrainctz  de  obeir. 


— 212  — 

Item  Aussi  il  est  k noter  que  sur  led  cncliappcment  toutes 
les  molures  des  arces  qu’il  conviendra  faire  ondit  ou- 
vraige  , tant  d’un  coste  que  d’autre , et  elles  se  pren- 
dront  de  nassance  sur  led.  enchappement , Et  les 
conviendra  monter  de  pi£  droit , a cause  des  dossiers 
des  images  et  plus  hault  que  le  prinse  des  tabernacles 
engardantle  droit  et  l’artde  machonnerie,  et  pourront 
monter  lesd.  piedroiz  a la  baulteur  de  six  a sept  piedz, 
et  sur  lad.  baulteur  se  prendront  les  arces  et  voulcures 
dud.  portail , lesquelles  arces  se  feront  toutes  de  bonne 
molure  raisonnable  a cause  que  le  lieu  le  requiert , en 
ensuivant  les  piedroiz , et  toutes  ces  molures  ic;  se 
feront  rondes,  avec  les  nacelles  et  filletz  pour  monstrer 
fagon  d’oeuvre , et  le  tant , tout  pour  souffir. 

Item  Et  pour  ce  que  l’teuvre  le  requiert,  il  convient 
faire  entre  les  deux  portes  un  meneau  qu’on  dit  es- 
tanfleque , sur  lequel  meneau  se  fera  un  entrepie , a 
la  baulteur  de  lenchappement  dessud.  se  fera  ung  petit 
dossier  sur  lad.  estanfleque , lequel  dossier  sera  de 
baulteur  pour  y mettre  ung  image  de  notre  dame  qui 
peut  avoir  de  bault  chine  piedz  on  environ  selon  que 
l’oeuvre  le  requerra , Et  pour  l’accomplissement  dud. 
dossier  aprfes  lad.  haulteur  il  fault  ung  tabernacle  grant 
et  spacieux  a cause  qu’il  y a lieu  pour  le  faire , Et 
fault , que  led.  tabernacle  soit  a raisonner  de  tout  ce 
qu’il  lui  appartient,  comme  pillier,  formette,  croix  d’ognie, 
ginbergbe  , arboutans  , creste , Hole,  flouron,  et  amortir 
en  la  raison  que  ung  tabernacle  doit  avoir  selon  la 
largeur  et  haulteur , ung  ouvrier  il  ne  lui  en  fault 
riens  dire , e’est  1’entendement  des  ouvriers , Et  toutes 
ces  oeuvres  icy-  dessus  nommez  se  feront  bien  et  souf- 
fisamment  par  dit  douvriers  gens  en  se  congnoissans. 

Item , Et  pour  ce'  que  nous  ctions  a parler  do  la 
voulcure  du  portail  il  conviendra  faire  a lad.  voulcure 


— 243  — 


unc  procession  de  cornettes  pendans  toutes'  a plonc , 
non  point  a tour  d’arce,  et  seronl  lesd.  cornettes  du 
voulceur  meismes , afin  que  ce  ne  soit  point  ceuvre 
tnise  aprfes  coup , Et  pour  araisonner  lad.  arce  il  y 
fauldra  faire  une  cbambraule  grosse  et  materielle , et 
au  dessns  de  lad.  chambranle ' la  machonnerie  qui  se 
prendra  a niveau  se  fera  toute  de  formement  anorine, 
avec  auscunes  grosses  creates,  qui  „seront  sur  led.  ebam- 
branle  de  la  pierre  meisme. 

Hem , Et  apres  que  lad.  arce  sera  aras£e  et  mise  a 
haulteur  et  niveau  de  la  pointe  il  fauldra  eligir  ung 
larmier  gros  et  spacieus , auquel  larmier  il  y aura 
deux  gargoulles  saillans  hors  ceuvrs  de  quatre  a chine 
piedz  ou  environ  Et  conviendra  a la  haulteur  dud.  lar- 
mier et  gargoulle  faire  une  dalle  de  grande  pierre  et 
littue , sur  quoy  on  ira  pour  viseter  les  affaires  des 
oeuvres  tant  en  machonnerie  que  en  verriere,  Et  se  fera 
aussi  sur  led.  larmier  une  clfere  voye  qui  servira  dappuye 
sur  le  dehors  dud,  portail , sur  laquelle  clere  voye  il 
conviendra  eligir  et  prendre  ung  pinacle,  lequel  pinacle 
se  montera  a la  haulteur,  que  la  layeur  entre  deiix 
pilliers  est  a present  et  se  amortira  led;  pinacle  a Sole 
convert  d’un  rampant  portant  enchappement  tant  d’un 
coste  que  d’autre  charge  de  cresles  et  de  flourons , et 
a la  chime  dud.  pinacle  conviendra  faire  ung  entrepte, 
sur  quoy  on  mettra  ung  image  ou  statue  telle  qu’il 
plaira  a Mess'*. 

Item  Et  pour  parler  dud.  J portail  par  dedens  oeuvre 
il  le  fault  foumir  de  battees  bonnes  et.  souffisantes,  avec 
les  plattes  bendes  qui  viendront  porter  sur  le  meneau 
du  milieu  , auquel  ineneau  il  se  fera  un  entrepte  pour 
mettre  quelque  image , et  de  chascun  c6te  dudit  portail 
ung  entrepie  , pour  mettre  quelque  priant , fournis  lesd. 
lieux  de  tabernacle , car  ce  sera  une  chose  bien  singuliere 


— 2U  — 


Et  pour  voulter  led,  portail  par  dedens  oeuvre  il  con- 
viendra  faire  une  grande  voulcure  d’arette  4 autre , 
laquel  voulcure  se  fera  en  tierch  point,  et  de  dessus 
le  meneau  du  milieu  par  derri&re  Ie  tabernacle  il  se 
eslegira  deux  petites  arces,  qui  sen  iront  refermer  a 
raison  de  tierch  point  contre  le  grant  arce,  et  au  dessus 
de  lad.  grant  arce  il  conviendra  machonner  par  siente 
et  araser  et  mettre  a niveau 

Item  Et  pour  ce  qu’il  est  nteessaire  d’avoir  veue  dans 
l’lglise  par  desseure  led.  portail  il  conviendra  faire  ung 
enchappemeut  et  larmier  tant  dedens  oeuvre  que  dehors, 
sur  lequel  larmier  on  esligira  a la  discretion  de  l’oeuvre 
une  verriere  grande  et  spacieuse,  laquelle  verriere  se 
remplira  de  formement  portant  sur  grosses  estanficques 
non  point  en  fa$on  de  oteau , mais  il  conviendra  faire 
en  la  sorts  que  nous  disons , et  le  tout  bien  faire  et 
souffisamment  de  bonne  mati&re  en  gardant  l’ceuvre  qui 
est  par  dessus,  car  elle  est  fort  pesante,  et  a mestier 
destre  confortee  et  aydee  au  moins  mal  que  faire  se 
pourra,  Et  soit  bien  garde  d’endomager  lad.  oeuvre  sinou 
es  lieux  la  ou  besoing  sera,  Et  en  faisant  ainsi  ou 
mieulx  je  vous  advertiz  que  vous  aurez  ung  oeuvre  qui 
sera  au  prouffit  de  leglise,  et  k Ihonneur  de  ceux  qui 
s’en  mesleront  Et  vous  prie  que  vous  vous  y conduissez 
en  tel  sorte  que  l’bonneur  de  chascun  y soit  bien  garde 
Je  seroye  bien  marri  de  vous  dire  aucune  chose  qui 
ne  vous  fut  prouffilable , 11  y aura  biaucop  de  choses 
en  votre  oeuvre  que  J je  ne  nomme  pas  icy  il  fauldroit 
une  main  de  papier  qui  y vouldroit  tout  mettre,  mais 
je  y mectz  les  raisons  de  force  et  droiteures  qu’il  ap- 
partient  a lad  oeuvre , Le  demourant , c’est  toujours 
a la  discrecion  de  l’ouvrier  car  ung  ouvrier  fait  vou- 
lentiers  chose  la  ou  son  honneur  soit  garde  Par  quoy 
je  vous  prie  que  chacun  y garde  le  sienne.  Escript  et 


— 215  — 


fait  par  le  tout  vostre.  Et  sil  y a aucune  chose  qui 
ne  soil  bien  devisee  0 le  fault  bien  faire  Eu  vous  disant 
adieu. 


PlicE  H. 

RATIFICATION  FAR  LBS  MaVEUR  ET  ECHEVINS  DE  ST-OMER , DU 

march*  pass*  entre  Jean  Vander  Poele  et  le 

CHAPITRB  POUR  LA  CONSTRUCTION 
DC  PORTAIL. 

A tous  ceulx  qui  ces  pr£sentes  verront  Maieur  et 
Eschevins  de  la  ville  de  Saint  Omer  salut : Savoir  faisons 
que  par  devant  nous  comparut  en  sa  personne  Jehan 
de  le  poelle  maistre  machon  bourgois  el  demourant  en 
la  ville  de  brugcs  Et  a recongnut  avoir  fait  marchi£  a 
messeigneurs  doyen  et  cbappitle  de  leglise  collegialle 
de  Saint  Omer  en  ceste  ville  de  Saint  Omer,  de  faire 
ung  portal  au  boult  west  de  ladicte  eglise  entre  les 
deux  grans  pillers  ou  il  y a vingt  cincq  pietzde  large, 
a deux  buys  ayant  chacun  quinze  pietz  de  hault  et 
cincq  pietz  de  large  a marches  de  pierres  d’escauchine 
que  Ion  nomme  bleue  pierre,  une  aguille  en  le  moyenne 
de  trois  pietz  de  large  et  cincq  pietz  d’espois , la  dicte 
aguille  par  dessoubz  et  aussi  les  costes , respondans  a 
la  dicte  aguille  de  pareille  pierre  d’escaiicbine  d’environ 
quatre  pietz  de  hault  et  les  sieges  y servant  de  bonne 
blanche  pierre  de  brabant.  Avec  une  arche  qui  clorra 
tout  ledit  portal  deseure  laquelle  arche  sera  fait  une 
clere  voye  et  deseure  icelle  clere  voye  y avera  une 
grande  fenestre  au  lieu  de  Too  qui  y est  pr£sentement , 
ayant  lad.  fenestre , sept  estanchons.  Tout  lequel  ou- 
vraige  et  portal  se  fera  de  la  meillenre' pierre  durede 
brabant  que  l’on  porra  recouvrer,  soit  a affleghen 
dilleghen  ou  dillebecque  Assavoir  pour  Touvraige  qui 
se  fera  tant  par  dehors  leglise  comme  dedens,  et  l’ou- 


— 216  — 


vraige  da  moillon  sc  fera  de  telle  pierre  que  ledit 
machon  recouvra  par  declia.  Lequel  machon  sera  tenus 
de  livrer  toutes  lesd.  pierres  de  brabant , jusques  au 
haalt  pout  de  ceste  dicte  ville , les  mettre  ou  faire 
mettre  hors  des  batteaux  et  les  chargier  sur  charios  le 
tout  a ses  despens.  Et  quant  au  sallaire  desd.  charios 
depuis  le  bault  pout  jusques  a l’dglise  dudit  Sainct  Aumer, 
ce  sera  aux  despens  desd.  de  chappitle.  Lequel  portal 
sera  fait  et  parfait  bien  et  souffissamment  selon  la  devise 
et  patron  queen  a baillie  ledit  machon,  et  au  diet  de 
ouvriers  et  gens  en  se  congnoissans  par  dedens  de  le 
Saint  Michiel  prochain  Tenant  en  ung  an  qui  sera  en 
lan  quinze  cens  el  douze  du  plus  tart.  Et  pour  tout  ce 
faire  et  livrer  souffissaument  comme  dit  est  mesdits 
seigneurs  de  chapille  seront  tenus  de  payer  audit  mais- 
tre  Jehan  la  somme  de  deux  cens  livres  de  gros  de  six 
livres  cowans  en  artois  chacune  livre  de  gros.  Dont 
desja  ilz  lui  ont  paye  acomptant  la  soihme  de  deux 
ecus  livres  d’artois,  par  les  mains  de  sire  Jehan  Becquelin 
prebtre  chanoine  et  recepveur  de  lad.  eglise.  Et  la  reste 
se  payera  selon  que  l’ouvraige  se  fera , Et  sy  seront 
tenus  lesd.  de  chapitle  de  livrer  aud.  maistre  Jehan  les 
cauch,  sablon,  le  hourdaige,  et  estanchonner  selon  qu’il 
conviendra  faire  pour  ledit  ouvraige,  du  tout  a leurs 
despens  Et  sy  se  porra  aydier  led.  maistre  Jehan  com- 
parant  des  pierres  qu’il  rompera  du  vielz  portal  pour 
en  moillonner  et  reparer  le  nouveau  portal  par  dedens  Et 
a tout  ce  que  dessus  est  dit  et  pour  rendre  tons  dom- 
maiges  et  interestz  que  mesdits  seigneurs  de  chapille 
porroient  avoir  en  deffaulte  du  furnissement  et  parve- 
nemeut  du  marchie  dessusdit , a led.  maistre  Jehan  de 
poelle  pour  ce  comparant  oblegie  et  oblesge  ses  biens 
et  heritaiges  et  ceulx  de  ses  hoirs  presens  et  advenir. 
Et  pour  plus  grant  sceurete  Josse  de  le  poelle  aussi 


machon  filz  aisne  dud.  maistre  Jelian  aussi  pour  ce 
comparant  a promis  et  s’est  submis  en  sou  propre  et  prive 
nom  et  comme  principal  marchant  de  faire  et  parfaire 
soufflssaument  ledit  portal  selon  ladicte  devise  et  patron 
au  dit  d’ouvriers  par  dedens  ledit  jour  sainct  michiel , 
Et  avec  ce  ont  promis  lesdits  maistre  Jehan  et  son  filz 
de  recongnoistre  et  ratiffier  ce  present  marchie  par 
devant  la  justice  et  loy  de  bruges  et  y faire  comparoir 
et  obligier  avoec  eulx  et  chacun  pour  le  tout , guillain 
caudron  drapier  bourgois  de  ladicte  ville  de  bruges  son 
beaufilz , et  d'en  faire  avoir  lettres  a mesdits  seigneurs 
de  chappitle  par  dedens  le  saint  Jelian  baptiste  prochain 
venant  renonchans  lesd.  comparans  par  leurs  foy  et 
sermens  de  jamais  aller  contre  l’effect  et  teneur  de  ces 
presentes.  En  tesmoing  de  ce  nous  avons  mis  notre  seel 
aux  causes  a ces  presentes  faictes  et  recongnues  le 
XXIII®  jour  d’apvril  l’an  mil  cincq  cens  et  unze  apres 
Pasques. 

(Scelle  du  seel  aux  causes  de  la  ville  de  Bt-Omer ", 
empreint  sur  eire  brune  et  pendant  sur  bandes  de 
parchemin ). 


riN  DBS  PIECES  IlISTIFICATIVES* 


NOTES. 


EX  TRAITS  DE8  COMPTES  DE  LA  FABRIQUE. 


\. 

1454 — 1455.  — A Jehan  doultman  couvreur  d’ardoise  pour 
avoir  recouvert  et  visetd  le  grand  cloc- 


quieret  le  tube LX  * 

1463—1464.  — A Jehan  Cappet  plonnier (ay ant)  livre 


le  II*  jour  de  may,  temps  de  ce  present 
compte  XXXIII 1 de  noef  plont  pour 
assir  par  le  couvreur  d’ardoige  sur  une 
des  tours  du  grant  clocquier.  Item  pa- 
reillement  le  X*  jour  de  may  ensuivant 
XV1  de  noef  plont  pour  assir  sur  une 
fdte  desdites  tours 

1464 — 1465.  — A Alard  Pusselicque  couvreur  d’ardoise 
aveclequel  Mess'*  out  marchande  pour 
entrelenir  bien  et  soufflsamment  l’ai- 
guille  et  le  tube  de  l’eglise  pour  l’es- 
passe  de  XII  ans  et  le  viseter  chacun 
an  Et  pour  ee  faire  doit  avoir  chacun 
an  XL*  pour  une  robbe  et  XX*  de 
pension,  pour  ceyci  pour  ceste  pre- 
miere ann£e  sont LX* 

2. 

147 2 — 1473.  — Amaitre  Jeban  Guiselin  pour  pierre  dure 
qu’il  a livrey  & ladicte  eglise  convertic 


— 219  — 


i47b— 1476. 


au  premier  pillier  du  cloquier...  etc.  C * 

A Pierre  Wyot  quarelier  de  dur  demou- 
rant  a Bethune  pour  VIII  assisez  de 
pierre  de ' grez  qu’il  a livrees  couver- 
ties  ou  second  nouveau  piller.  XXIIll1 

3. 


Le  XVI*  jour  de  Novembre  de  ce  present 
coipptp  furent  baptisiez  les  quatre  clo- 
ques  desrenierement  faictes  et  fonduez, 
l’une  du  ton  de  mi  nomm£e  Omer , la 
seconde  du  ton  de  fa,  nommee  Marie, 
la  III*  du  ton  de  sol,  nommee  Austre- 
berte,  et  la  IlII*  du  ton  de  la  , nom- 
mee Magdaleine  dont  fut  re$u  en  don 
des  parrins  et  marrines  en  plusieurs 
pieces  d’or  la  somme  de  XXU 1 III  * 
dont  fault  deduire  et  rabbatre  pour 
les  vicairez  et  ceulx  qui  firent  l’office 
XXXII  * pour  le  clocquemant  et  aultres 
offlciers  qui  avaient  apointiez  les  hours 
et  aultrez  hesongnez  ad  ce  requisez, 
XllII  * Et  pour  enchens  , mirre , thi- 
miama  et  olibane  LXIII4  demeure  bon 
k ladite  fabrique XIX 1 XV  • VI 4 

De  maistre  Thery  de  Vitry  chantre , ca- 
noine  d’Aire  et  canone  de  ladite  £glise 
de  St  Aumer  pour  le  don  d’une  clocque 
entonnee  du  ton  de  la,  laquelle  11  a 
donne  a ladite  eglise , pesant  ladite 
cloque  en  metal  trois  mil  huit  cens  au 
pris  de  XXVI  * de  gros  le  cent  qui 
montenl  a la  somme  de  deux  cens 
.1111” 1 VIII  • Et  pour  la  faichon  aux 


— 220  — 


ouvriers  pour  faire  lad.  cloque  XL1  mon- 
tent  lead.  parties  a trois  cens  XXXVI1  VIII* 

4. 

1478 — 1476.  — A Johes  Darte  pour  lalettre  faide  pour 
led.  ottroy  (de  la  place  du  befftoi  pro- 
visoire ) et  bail  scellee  du  seau  du 
baillif  et  officiers  du  prince,  ung  escu 
O’er  de XXVIII  * 

A Clay  le  fevre  chergeant  du  baillif  pour 
avoir  la  coppie  d’une  commission  don- 
nee  par  lesd.  offleiers  pour  empeschier 
l’ouvraige  d’assir  led.  belftoi  sur  lad. 
place 1111  ‘ 

A maistre  Jacques  Blommart  lequel  a fait 
ledit  beffroy,  et  livre  le  bos  par  marciet 
fait  k lui  par  mess'*  commepceult  ap- 
paroir  par  lettrez  et  patron  dudit  beffroy 
sur  ce  faictes,  dont  il  devoit  avoir 
soixante  deux  livres  de  gros  pour  lad. 
faicbon  et  bos  et  quatre  livres  de  gros 
pour  avoir  renfforci4  led.  beffroy  d’aul- 
cunez  erdsurez  comme  appert  par  le 
patron  (*)  et  marciet  depuit  fait  a lui 
pour  led.  renforcement  etc.  inc  mi”  XVI  ‘ 

Audit  maistre  Jacques  pour  avoir  fait  une 
paroit  avironnant  tout  led.  beffroy  a 
magntere  de  grange,  et  ung  petit  com- 
ble  pour  garder  ledit  beffroy  de  pluyez 
et  negges  par  marciet  fait  & lui.... 
etc XXX1 


( * ) Lc  patron  du  beffroy  se  trouve  encore  aux  archives  de  Tex  chapitre. 


— 221  — 


A Jacques  Cocquempot  fevre  qui  a livre 
les  feraillez  et  grosses  quenillez  estriez 
et  grandez  bendez  de  ter  misez  aux 
testes  deed,  cincq  cloques,  penduez  aud. 
beffroy , ' et  pluaieurs  quenillez  de  fer 
en  lien  de  cenches  pour  joindre  et 
quenillier  led.  beffroy  et  cleux  pour 
le  comble  et  couverture , a este 
paid cent  VIII1  V*  III4 

Le  VIII*  jour  de  may  que  led.  beffroy 
fut  assiz  et  leveez  lesdites  docquez  et 
penduez  sur  led.  beffroy,  pour  six  paires 
de  gans  donndz  aux  compaignons  car- 
pentiers  & lever  led.  beffroy  et  lesd. 
cloquez IIII*  VI4 

1476 — 1477.  — Paiet  a Robert  Loxalomme  pour  demi- 
cent  de  longhes  bourrdes  d’epines  pour 
faire  une  baye  entre  le  motte  et  le  nouvel 
. clocquier XX* 

1479—1480.  — A Quentin  Ernoult  pour  avoir  fait  le  baye 
entre  le  motte  et  le  beffroi  des  cloc- 
. ques  et  entre  ledit  befftoi  etla  maison 

Anselet  Pannillon  ou  il  a vacquiet  lui 
11*  deux  jours , pour  cbacun  jour 
VI*  sont... XII* 

A Jehan  de  Pemes  pour  avoir  placquiet 
le  beffroy  du  clocquier  oil  il  vacquat 
ung  jour  et  son  varlet,  pour  lui  111* 
VI4  et  au  varlet  XVIII4 V* 

5. 


1477—1478.  — Aux  maistres  machons  et  carpentiers  de 
St  Aumer,  St  Berlin,  Wattenes  et 


— 222  — 

Clemar&s  pour  visiter  par  l’ordonnance 
de  Mess'*  le  clocquier  de  l’eglise.  XXXVI* 

6. 

Jene  citerai  comme  ayant  rapport  & la 
construction  de  la  tour,  quo  la  vente 
des  bo»  de  ftmcien  clocber  faile  en 
1484 — 1485  ainsi  qu'il  resulte  des  deux 
mentions  suivantes 

Item  le  jour  de  le  Candeleur  en  le  pre- 
sence de  maistre  Hue  de  Monchy  pour 
uug  lot  de  vin  quant  ceux  de  St  Jehan 
et  aultres  volloient  acbetter  le  cloc- 
quier   II  * 

Rem  a ung  carpentier  nomine  Ernoult 
• • • • Varlet , • pour  avoir  ale  annoncer  le 

clocquier  en  Flandres Yl* 

La  vente  de  ces  bois  est  port6  en  recette 
a 1’annee  1487. 

7. 

Du 28 mail 487— De  maistre  Walleran  Peppin  docteur  en 
ala  medecine  et  chanoine  de  St  Aumer , 

Toussaint.  veant  que  mess'*  au-  temps  de  ce  pre- 
sent compte  avoient  (ait  mettre  jus  le 
grand  clocquier  de  ceste  eglise  pour 
y mectre  le  beffroi  et  cloches  qui  sont 
en  bas  sur  icelluy  grant  clocquier,  et  du 
bosvenant  d’icelluy  faisoient  ung  autre 
clocquier  pour  mettre  sur  le  croisi£  de  la- 
dite  eglise,  ainsi  que  il  est , advint  que 
XXVIII*  de  may  ceste  ville  fut  substraitte 
des  franchois  et  mise  en  l’ob&ssance  du 
roy  de  France  , par  quoy  furent  exempts 
de  recepvoir  leurs  rentes  estans  en 


— 223  — 


Flandres  qui  est  le  principals  revenu 
de  ladite  £glise,  au  moyen  de  quoy 
ledit  clcoquier  estoit  en  danger  d’estre 
tout  perdu  et  p£ry  et  demeurer  im- 
parfait  au  grant  vitupere  et  d&bonneur 
de  ladite  6glise  et  des  suppols , II , 
meu  de  d&votion  et  singulicremcnt  pour 
subvenir  & la  n^cessite  urgente  bailla 
promptement  comptant  la  somme  de 
IIIC  livres  courant  a la  fabricque  de 
ledite  eglise,  moiennant  laquelle  somme 
mesdits  seigneurs  obligerent  et  obligent 
tous  les  rentes  et  revenus  de  ladite 
eglise,  drois,  cens , prouffizet  emolu- 
mens  y escheans  que  d’or  plus  & plain 
est  faite  mention  ha  lettres  obligatoires 
sur  ce  faites  de  faire  dire  et  c&ebrer 
doresenavant  perp&uellement  et  k tou- 
jours  quel  temps  qu’il  soil,  une  messe 
en  la  chappelleSt  Nicolayle  Yendredy 
y furnir  pain , cbire  et  vin  a II  sol 
par  chacune  messe;  avec  ce  tenir  ar- 
dant  jour  et  nuit  une  lampe  devant 
ledite-  cbappelle , et  toutes  et  quantes 
fois  que  l’on  fait  stacion  k heure  de 
vespres  le  vendredi  devant  le  crucifix 

dessusdite  croix  Y torsez 

ardans  pesans  cbacun  1111  livres  tant 
que  ladite  stacion  sera  retraite  en  coeur, 
estans  III  devant  la  croix  en  haultsur 
le  dossal , et  deux  devant  1’autel  No- 
tre Dame  dessoubz  ledit  dossal,  sauf 
que  le  samedy  ne  seront  allunteezque 
les  troys  devant  ledit  crucifix , k ce 


— 824  — 

que  ledit  jour  8"  Pierre  Pauchet  a 
fonde  les  deux  autres,  mais  les  jours 
et  festes  Notre  Dame  y seront  mises 
les  deux  que  l’on  fait  chacun  vendredy, 
et  lors  en  aura  un  devant  Notre  Dame 
et  ainsi  continuer  les  vies  durant  et 
de  lews  successeurs  depuis  le  tradicion 
et  delivrance  desdits  deniers  qui  futle 
premier  jour  d’Aout  anno  IffluVII».  .1IICI 

8. 

1492— 1493.  — A Collard  Brunei,  marchant  de  bos  de- 

mourant  a,  Mons  par  marchiet  fait  a 
luypar  Mess"  que  il  doibt  livrer  XVIII 
sommiere  au  cloistre  de  l’dglise  pour 
la  somme  de  chine  cens  soixante  livres 
monnaie  courante  k St  Aumer  comme 
pceult  apparoir  par  le  marchiet  fait.... 
etc  etc.... 

1493— 1494.  — Item  le  XVIII*  de  D&embre  pour  ung 

disner  et  souper  ou  furent  plusieure  de 
Messeigneure  lesqudz  flrent  marchiet 
a Collard  carpentier  de  le  ville  de  Mons 
en  Haynau , lequel  a promis  livrer 
XVIII  quesnes  comme  appert  par  res- 
cript de  son  marchiet LXXIT 

Item  ledit  jour  a S* ' Simon  de  Villers 
lequel  baiUa  pour  le  denier  k Dieudu 
marchiet  un  florin  de  Utrech..  XXIIll* 

. (Je  n’entrerai  pas  dans  le  detail  des  di- 
verges sommes  donnees  chaque  annee 
au  mareband  de  bois , au  for  et  a 
raesure  de  l’avaecement  des  travaux. 


— 225 


J«  ferai  observer  seulement  qu’a  partir 
de  l’annee  1494-1495 , Jehan  Maillard 
eat  associe  avec  Gollard  Brunei , dans 
la  mention  de6  paiemeuts ). 

9. 

1493—1494.  — Item  le  XXX*  de  Janvier  4 Jacques  le 
messagier  pour  aller  a Dourlens  Ayr® 
et  Toumehem  pour  avoir  les  maistres 
machons  affin  d’avoir  avis  pour  faire 
ledite  tour  ou  il  vacca  l’espace  de 
six  journdes , pat  cbacun  jour  1111* 
sent XXIIII* 

Item  susdits  maicbons  asfavoir;  maistre 
Adrian  Paulsone,  maistre  Malin  de  Fines, 
Guillaume  Boulan  et  Jehan  Boulan  son 
fllz  pour  leurs  joumees  a sjavoir,  au- 
dit Adrian  LIIII*,  audit  Malin  IUI1  VIII*, 
ausdits  Boulans  de  Dorlens  a chacun 
LIIII*  tant  seulement  a Fall&rent,  et 
XXII*  payeta  chacun  pour  leurs  gestes 
et  gouvernanebe  de  leurs  cbevaulx  et 
pour  leurs  despens  du  premier  soupper  et 
desjuner  XLIIII*  sont  ensemble.  XV1  XII* 

Item  it  mon  hostel  pour  despence  fait 
pour  quatre  repas  pour  les  dessusdits 
avoeuc  S™  Simon  et  St#  Marand,  mais- 
tre Jehan  Hermel,  Ansel  maistre  rnachon 
de  la  ville,  maistre  Loys,  Jehan  Boydin 
et  maistre  Guillaume  Longue  carpen- 
tiers,  et  levarlet  du  dessusdit  maistre 
Malin  rnachon  d’Ayre , tant  en  vin  , 
char  de  boef  et  de  mouton  et  comprins 
cervoise , pain , saffran , et  pouldres  , 

29 


— 226  — 


ensamble  deux  cappons  et  da  vyau 
com  me  appert  par  ung  billet,  la  somme 
de VIII'XVIII* 

liem  le  VII*  de  febvrier  au  dessusdit 
Jacques  de  Haudricourt  mesagier  lequel 
alia  a Lille  porter  lettres  a maistre 
Gherard  demourant  a Lille  poar  avoir 
son  advis  sur  le  fait  dudit  clocquierla 
ou  il  vacca  l’espace  de  trois  jours  et 
demy XUU* 

Item  k Jacques  Chavclier  pour  avoir  alld 
a Amiens  pour  avoir  ung  nommd  mais- 
tre Pierre  Tarisel  maistre  machon  de 
l’eglise  d’ Amiens  , la  ou  il  vacqua  par 
l’espace  de  chine  jours XX* 

Item  pour  plusieurs  repas  et  deepens  fails 
a l’bostel  8"  George  de  Ricaumez  et 
maistre  Robert  Peppin,  et  aussy  poisson 
achette  par  moy  et  ports  k 1’ostel  dudit 
George  pour  accompaignier  et  gouverner 
maistre  Gherard  Ledrut  maistre  machon 
de  Lille  lequel  bailla  son  advis  pour 
fonder  et  soubstenir  le  eloequier  et  y 
vacqua  en  ceste  ville  par  l’espace  de 
V jours,  payS  audit  George  comme  il 
appert  par  sa  cedule VT  V* 

Item  audit  maistre  Gherard  pour  ses 
vagacions  pour  X jours  tant  k venir 
que  raller  pour  cbacun  jour  XL*  comme 
appert  par  sa  cedule,  paye XX1 

Item  a Baudin  Yvain  paintre  pour  avoir 
fait  le  patron  de  la  lour  et  paindre 
le  troncq XX1II1* 


— 227 


Item  le  lundi  de  PentcCoustc  a Jacques 
le  mesagier  lequel  porta  a Lille  a 
inaistre  Ghdrard  le  patron  que  avoit 
pourtruit  maistre  Jehan  le  inaiclion 
pour  savoir  s’il  estoit  soufflsans  , la  oil 
il  vacca  III  jours. XII* 

40. 

1493—1491.  — A Clay  Stabon  pour  trois  pierres  de  gres 
pour  fonder  les  pillers  aupres  des  mon- 
ies du  eloequier XL* 

Item  a Josse  Boittel  et  a Colard  Boitel 
son  pfere  tailleur  de  gres  pour  plusieurs 
journees  par  eux  deux  fails  pour  avoir 
taillet  les  pierres  dures  du  fondement 
des  pillers  devant  le  portal  a cste 
pay<§ X'X* 

Item  k Tassinot  Blondel  mackon  lequel 
promit  faire  faire  plus  grande  dilli- 
gence  k ses  cotnpaignons  tandis  qu’ils 
machonneroient  les  pillers , par  don  a 
k luy  fait XII* 

Item  le  XI*  de  Janvier  pour  plusieurs 
pierres  de  dur  achettees  par  maistre 
Jeban  Hermel  au  burgravc  pour  faire 
les  arches  de  dur XXX* 

Signalons  ici  un  usage  qu’on  rencontre 
maintes  fois  dans  les  comptes  de  la 
fabrique , celui  de  donner  des  gants 
aux  masons. 

Item  a Pierre  de  Condeltes  pour  six  paires 
de  gaus  pour  les  machons....  1III*  Vld 


— 228  — 

««. 

1407 — 1498.  — A Jefaan  machoa  de  Hesdin,  pour  avoir 
venu  a cbeval  pour  visiter  l’ouvrage  du 
clocquieret  Sfavoir  s’il  estoit  suffisant 
pour  soubstepir  le  faictz  et  son  oppinion 
bailla  par  escript  corome  il  appert  par 
ledit  escript,  et  lui  fust  donnd  pour 
sa  part  XLV*  Et  k son  eompagnon 
aussy  maistre  macbon  demeurant  hors 
Hesdin  venu  k cbeval  pour  sa  part  il 
eust  XXX*  Et  pour  les  despens  faictz 
a le  maison  du  doyen  de  St  Aumer 
ou  estoient  presens  maistre  Robert  Pep- 
pin  , Sire  Symon  de  Villers  et  ung 
maistre  carpentier  de  dehors , tant  en 
viande  comme  en  vin  XXV*  sont. . . V‘ 

Item  paye  k Colart  de  Haudrechies  ma- 
chon  pour  avoir  baillid  son  oppinion 
et  adviz  toucbant  l’ouvraige  du  clo- 
chier  etc.  etc ..7, XXXHII* 

\% 

4408—1499.  — Item  quand  Mens'  de  St  Bertin  et 

Mohs'  de  Clemarez  furent  souper  sur 
l’ouvrage  accompagnes  de  plusieurs 
gens  de  bien  pour  ung  plat  de  viande 
et  pour  vin  XVIll*  Item  pour  la  fin 
de  l’ouvrage  fut  ottroye  ung  tonnel  de 

petite  cervoise  de  XVI* 

Item  pour  les  inactions  pour  la  premiere 


pierre  demy  escu  d’or XVIII* 

Item  pour  VII  paires  de  wans  pour  les 
inactions VIII*  III4 


Du  17  Mars 
1499 

au  21  Mars 
1500. 


— 229  — 


13. 

Item  audit  Mahieu  Constant  pour  avoir 
livre  XII  pierres  de  dur  nommdes  stan- 
ficques  O pour  les  fenestres  de  ladite 
tour  k VI*  chacune  sont LXXU* 

Item  & ung  homme  demeurant  It  Aumez 
auquel  a estd  marchandd  de  livrer  L 
cuyrigs  de  grez , ce  qu’il  a promis 
faire  , et  ce  pour  fumir  le  portal  et 
autres  ouvraiges  pour  fortification  de 
ladite  tour  dnerrez  sur  sont  marchie 
present  leditmaistre  Jehan  Hermel.  VIU* 

Item  & Jehan  le  bailly  pour  avoir  livre 
XXXVI  belndez  de  chendres  pour  ouvrer 
en  terre  aux  fondacions  des  murs  et 
pillers  faiz  de  nouveau  au  priz  de  III* 

cbacun  belnel,  comme  appert 

. etc.  etc CVU1* 

Item  k Jacques  de  Cocquempot  marissal 
pour  avoir  livrd  XU  ancres  de  fer  et 
les  bendes  y servantz  pour  ancrer  les 
sommiers  au  deboutz  et  aultres  bendes 
tant  pour  les  clocques,  pesant  touttes 
ensamble  trois  mil  Ulc  XI1  de  fer  d’Es- 
paigne  ouvrd  et  prest  k VIU4  chacun 
livre CX'  VU*  Ull4 

Item  payd  k Jehan  Oultrequin  pour  sept 
rasi&res  de  br&zes  par  luy  achettdez  et 


(*)  On  paroit  avoir  designe  par  Stanficqua  les  mcneaux  vcrticaux  du 
rem  pi  i stage  d’une  fenetre. 


— 230 


employez  dedens  les  mure  aux  deboutz 
desdits  sommiere  (*) VII4 

Item  a deux  soyeura  pour  avoir  soye 
111  gros  quesnes  eu  deux  (tour  loyer 
lesdits  sommiere  et  braconner  par  mar- 
chie  fait XXXVI* 

Item  a ung  couvreur  d’estrain,  pour  avoir 
dessaude  le  beffroy  ou  estoieot  les 
clocques  et  couvert  uog  petit  appentis 
contre  le  nouvel  ouvraige  vers  l’huys 
devers  moos'  le  doyen,  et  pour  gluys 
a faire  loycns  pour  loyer  lesdittes 
bottes  de  laditte  couverture , et  deux 
paires  de  gros  gans  pour  les  Iyer 
affln  de  les  faire  servir  sur  le  comble 
de  ladite  tour etc XXX*  VI4 

Item  paye  au  dessusdit  Jacques  deCocquem- 
pot  marissal,  pour  avoir  livre  XVI  bandes 
de  fer  pour  les  fenestres  dont  les  1111 
sont  d’une  piecbe  portant  chacune  1U 
ancres  ensevyes  ou  machonnement  de 
chacune  fenestre  etles  autresde  deux  pit- 
ches, pesant  ensamble  y comprins  urig 
cent  de  rondes  quenilles  de  fer  11"  CU1 
livrez  a Vllld  le  livre  comme  dessus. 
Avec  ce  pour  le  feraille  du  [grand 
chandelabre  nagueres  mis  au  coeur,  etc., 
etc.  ( Deduction  faite  du  fer  foumi  par 
lafabrique) Ml**  Xllll' 

(*)  Les  braises  raises  aux  extrcmites  des  poutres  dans  la  muraille  de- 
vaieot  les  empdcber  de  se  pourrir.  On  empioie  mainlenant  la  mcthode  de 

passer  au  feu  le  bout  des  pieces  de  bois,  dons  des  cas  semblablcs,  cc  qui 
produit  lc  me  me  rcsultat. 


Item  a deux  soyeurs  pour  avoir  soyd 
quatre  quesnes  * qui  furent  achettez  k 
l’execution  de  Mods'  de  Bdvres,  & faire 
aiselles  el  giteaulx  pour  furnir  le  planc- 
quier dessoubz  les  clocques  au  pris  de 
XXVI’  par  cbacuni  cent  de  piez  par 
marchte  fait  par  ledit  maistre  Jacques 
et  pour  deux  jours  avoir  soyd  aucunes 
trenches  de  viel  bos...  etc V1‘ Xll* 

Item  audit  maistre  Jacques  Youdz  pour 
avoir  fait  l’huys  nouveau  au  portal 
envers  l’oslel  de  Mons'  le  doyen  aprez 
ses  joumees  extraordinairement.  XXVUl* 

Item  paye  audit  maistre  Jacques  pour 
achelies  de  blanc  boys  par  lui  achettez 
sur  le  marchte  pour  faire  le  premier 
plancquier  de  ladite  tour VI1  Xll* 

Item  paye  a Nicaise  le  eras  briseur  de  boys 
pour  ung  cent  d’aiselles  a luy  achettez 
pour  furnir  ledit  plancquier C* 

Item  k Nicaise  Labitte , marchant  pour 
XL  pitches  de  boys  de  ilotte  par  luy 
livrds  pour  les  giteaulx  des  plancquiers 
a 111*  VI4  le  piece , et  deux  sappins 
pour  faire  deux  petittes  echelles  k 11* 
le  piet Vlll'llll* 

Item  payd  a Guillaume  Lezomm&re  etses 

. compaignons  couvreurs  d’estrain  pour 
avoir  couvert  ladite  tour,  avec  ce  pour 

le  gluy  y employd a sgavoir  pour 

l’avoir  couvert  X1I111  XVlll*  et  pour  le 
gluy  CXV111* XX'  XVI* 


— 232  — 

44. 


Mdme  annee.  — A maistre  Jacques  Youdz  carpentier  de 
ladite  eglise  pour  avoir  ouvre  k ladite 
tour , depuis  ledit  temps  jusqnes  au 
XXI*  de  Novembre  taut  k appointier 
les  gras  sommiers , iceulx  roettre  en 
hault,  avec  ce  despendu  les  clocques, 
mettre  jus  le  beffroy , appointier  les 
engiens,  les  garandy  pour  les  pluyes, 
oil  il  a vacquie  a plnsieurs  et  diverse* 
fois qte.,  etc LYl*  Vlll*  1111* 

Item  k Guillaume  Gbys  briseur  de  boys 
pour  quatre  holmeaulx  k lui  achettez 
par  maistre  Jacques  le  Carpentier  pour 
faire  ung  hetal  et  un  trainel  k roleaux 
& mettre  jus  et  sus  lesdites  clocques 

et  conduire  icelles  en  l’dglise etc., 

etc XXXVlll'Yl4 

Item  payd  audit  maistre  Jacques,  car- 
pentier , pour  avoir  remis  le  beffroy  k 
point  et  rechangid  en  bas  pour  l’assir 
en  hault,  assiz  le  comble  sur  ladite 
tour,  fait  les  plancquiers  d’icelle,  tyrd  les 
clocques  en  hault,  icelles  pendues  en  leur 
lieu  audit  beffroy,  avec  aultres  parties 
tfouvraiges  ou  il  a este  occupd  par  l’es- 
pase  de  XVII  sepmaines  commenchant  le 
premidre  le  mardi  XXllll*  de  Novem- 
bre  incontinent  aprdz  le  XXXVI*  sep- 
maine  que  les  machons  eusrent  lessid 
1’ oeuvre,  comme  des  sepmaines  ensemble 
du  nombre  des  ouvriers  et  du  priz 
par  le  livre  Jehan  Woutrequin,  varlet 


— 833  — 

de  le  fabrique  et  par  le  livre  dudit 
S*  Oste  aussy  par  quittance  dudit  inaistre 
Jacques  pceult  apperoir.  LXV11U1  X*  1111* 

Item  audit  maistre  Jacques , carpentier  , 
pour  alter  boyre  avecques  ses  compai- 
gnons  quant  les  clocques  furent  toutcs 
misesen  hault,  payS  par  l’ordonnance 
de  Mess'*  une  obole  pbilippus...  XXV* 

15. 

M^me  anlife.  — Primes  payt6  le  XV*  jour  d’Aoust  an  Vc  a 
maistre  G6rard  le  Dru  maistre  des 
oeuvres  de  le  ville  de  Lille  pour  avoir 
vena  i le  requests  de  Mess'*  de  capitle 
en  caste  ville  pour  visiter  ledit  ou- 
vraige  avec  certains  aultres  maistres 
ouvriers  de  Moastroeul,  et  sur  ce  avoir 
spn  advis,  ou  il  vacqua  en  venant  sejour- 
nant  et  retournant  VI  jours  a XL*  pour 

jour  sont XU1 

Item  payd  auxdits  aultres  deux  maistres 
machons  dp  Montrceul , a sjavoir  ( les 
nom  sont  resits  en  Wane)  pour  avoir 
venu  dudit  lieu  a la  requeste  de  mes- 
dits  S'*  pour  pareille  cause  et  visitation 
par  l’ordonnance  d’iceulx  mess"  une 
obole  philippus  V1U1  XV* 

. . . Item  pays  pour  plusieurs  deepens  fails 
par  lesdits  maistres  ouvriers  durant 
ladite  visitacion  tant  avecques  mesdits 
seigneurs  comma  avecques  autres  ou- 
vriers de  ceste  ville  comme  au  long 
appart  des  partyes  par  le  petit  livre 
dudit  S*  Oste LXV1* 


30 


— 231  — 


Hem  paye  k Chariot  messagier  de  capitk 
pour  avoir  estd  audit  Lille  qo6rir  le- 
dit  maistre  Gerard,  k Bourbourg  mais- 
tre  Jacques  le  carpentier  et  autres  lieux 
oil  il'vacqua  VI  jours XXUli* 

Item  le  XXVI*  de  Septembre  paye  a 
Chariot  messagier  pour  avoir  alle  a 
Monstrceuil  et  Saint  Josse  envers  les 
maistres  machons  d’illec  affin  qu’ilz 
venissent  icy  pour  viseter  ledit  ouvrage 
ou  il  vacqua  111  jours XXII* 

Item  le  premier  jour  d'octobre  ensuhrant 
paye  ausdits  maistres  machons  de  Mons- 
trceul  et  St  Josse  pour  avoir  vena  en 
ceste  ville  k le  requeste  de  mesdits 
S"  visiter  ledH  ouvraige  avec  les  autres 
de  la  ville  et  de  8t-Bertin , ou  furent 
venaot  besongnant  et  retouroant  V jours 

paye  par  l'ordonnance  de  Mess’* etc. 

etc VHT IIU* 

Item  k Jehan  Roquehn  machon  de  St 
Berlin  pour  pareiUe  cause  XX1U1*  A 
maistre  Anssel  macbon  de  la  ville  XU* 
A Micquiel  Gebredon  machon  VI*  Et 
au  messagier  pour  avoir  alld  a Wat- 
tenes  et  Hammes  querir  ledit  Roquelin 
1111*  sont XLVP 

16. 

to05— 1506.  — A Victor  Nan  messagier  de  Mess’*  pour 
avoir  est6  k Diepe  porter  lettres  de 
Mess”  au  maistre  machon  de  Diepe..... 
et  vacqute  VI  jours  a 1111*  le  jour , y 


235  — 


comprins  ung  homine  qu’il  raena  d’Ab- 
leville  a Diepe  XXX • 

Audit  maistre  • raacbon  nomme  maistrc 

Jacques  de  Rond. y comprins  XXV* 

pour  ung  bonnet  a son  fllz  . . . XV1  V* 

Mises  pour  avoir  fait  remplir  les  deux 
monlies  de  la  grande  tour  du  cosle 
envers  la  maison  de  mondit  S'  le  doyen 
par  le  conseil  et  oppinion  de  maistrc 
Jacques  de  Rond , maistre  macbon  de 
Dieppe. 

A Pierre  de  le  Ruelle  inaction  et  plusieurs 
manouvriers  etc.,  etc XX1  Vll*  1114 

<7. 

Meine  annce.  — Mises  pour  les  estanQcques  du  clocquier 
et  pour  les  remplages  des  fencstres 
avec  le  carpentage  et  l’ouvrage  dcs 
plonniers 

A Guillaume  Hermel  et  ses  compaignons 
pour  avoir  taillii  lesdites  estanflcques 

, et  le  remplaige....  etc XI1  VP 

A maistre  Jeban  Hermel  et  aultres  com- 

; 

paignons  et  manouvriers  pour  avoir 
assys  lesdites  estanflcques  et  remplaige 
etc. XXU'XVll* 

A la  vesve  Jehan  Cappet  par  marclim 
fait,  pour  avoir  fait  le  plancquier  des- 
soubz  les  clocques  avoec  aultres  ouvrages 
audit  clocquier XXX1 

A kdite  vesve  pour  avoir  revestu  six  des 
grans  esteux  qui  portent  les  grandes 
clocques  apres  ledit  marcbie LX* 


— 236  — 

Item  pour  XI  sacs  de  brezes  pour  avoir 
mis  sus  le  plancquier  desdites  docques 
desoubs  le ' pkmcq  au  pris  de  XV4  ctaa- 
cub  saoq Xlll*  W 

Item  a Willaume  Colleman  placqueur  pour 
avoir  placqui4  ledit  plancquier  dessoubz 
les  docques......  etc. . . .- VH‘ 

18 

1506 — 1507.  — Auttres  mises  pour  le  pfflierde  gresde 
Bethune  fait  de  nouveau  entre  les  deux 
grands  piller*  de  la  grande  tour  du 
coste  vers  la  maison  de  Mens'  le  doyen, 
que  pour  avoir  monte  ung  demy  piller 
de  dur,  au  mur  de  1’eglue  du  meisme 
coste  et  par  dessus  ung  arche  aussy 
de  dur  pour  reprendre  ledit  piller  de 
gres  et  remply  de  machonnerie  de  blanc 
par  dessus  ledit  arche  jusques  a l’ar- 
boutant. 

« A Jehan  Rigault , greater  de  Bethune , 

pour  avoir  livrer  ledit  piller  sur  lattre 
de  ladite  eglise  a scs  despens....  XXXII1 

de  gros  qui  valent'. . 1X“  Xll1 

1 . . »■  ’ ' ... 

Item  ont  este  achete  trois  quennes  a Es- 
tienne  Desgardins  pour  faire  le  kaiere 
pour  soustenir  durant  le  temps  que  l’on 
a coppele  vieux  piller  et  remachonner 
Ic  nouveau VI1 

Item  pour ancoire  ung quenne...  de  XL piete 
de  long  pour  soustenir  les  chintres  pour 
faire  ledit  arche /. . . . XXXH* 


— 237  — 

tern  a este  payet  a maistre  Jehan  Hermel 
autres  maobons,  maaeuvriers  et  tailleurs 
poor  ledit  demy  piUer  et  arcbe  et  pour 
ledit  remplaige , etc.,  etc. . . LXXUU1  11* 

(Le  charpentier  reqoit  pour  la  faqon  de 
la  Kai&rs  c i-dessus  XXII1  I*  IX*). 

Aultres  mises  pour  leeomble  deseure  Ies 
petites  voutes  du  coste  vers  Mods'  le 
doyen.  < La  naln-cFmivre  monte  d VIII * 

xrut  my 

Aultres  ittises  pour  avoir  refait  les  petites 
routes  pa t marchid  (ait  a maistre  Jehan 
Heivnel  pour  «a  main  et  livre  tous  les 
chintres  ndces  ilres  et  reoduit  et  remply 
le  grand  mur  de  la  tour  ouil  estnd- 
oessaire,  a estd  paid XXUll1 

A Jehan  Marche  et  aultres  de  Boidinghem 
pour  1111  quarrdes  de  pierre  livrees  a 
l’eglise  potir  remplir  entre  l’un  des  ar- 
boutans  du  clocquier  ver  Mods'  le  doien 
et  le  grand  mar  dadit  clocquier,  etc.  XXX1 

1507 — 1508.  — Payet  k Jehan  Marche  pour  un  milhers 
de  pendans  qn’il  a livre  pour  le  voulte 
nouvellemeat  faicte  joingnant  zud  au 
gros  piUer  degrfesfatt  de  nouveau etc.lX1 

A Vauldechott  Cappet  plonnier pour 

avoir  fondufet  gette  en  nocqui&res  assizes 
par  dessoubz  et  au  bout  de  le  couverture 
du  comble  de  nouveau  fait  par  dessus 
lesdites  petites  vaulles  aupres  du  grant 
piller  de  grez  estant  dessoubz  la  grosso 
tour 


— 238 


1506 — 1909-  — Hem  pour  six  carries  de  pierres  en 
porpains  raebue  de  Estienne  le  Cavelier 
pour  rempUr  deseareles  peiites  vaaltes 
au  co st£  aort...  etc 1111' X* 

Item  £ maistre  Jacques  Youds  maistre 

carpentier  de  ladite  eglise poor 

avoir,  unit  une  capers  pour  assir  le 

. second  piUer  nouveau  du  costdnort  et 
pour  avoir  , presto  sa  corde  pour  assir 
ledit  piier LX* 

Est  ycy  a no  ter  quo  le  lundi  lendemain 
du  boubourdi  XXYl*  jour  de  febvrier 
futcoraroenchipt  £ hourderpar  le  car- 
pentierde  ladite  dglise  pour  desmachon- 
uer  le  muraiUe . du  costd  zud  pres  du 
nouveau  piller , dout  est  tenu  compte 
cy  devant  etc.,  etc. 

Item  le  troisieme  sepmaine  Agnieux  et 
Wiilegue  besoiagnerent  ensamble  pour 
raachouner.  le  muraille  pour  assir  le 
second  piller , etc XLVI* 

Item  audit  Agnieux  pour  avoir  parfrume 
todit. muraille  de  soubz  les  arches,  la 

. semaine  peneuse  (la  semaine  sainte ) 
qualre  journees... XVI* 

Hem. . . . pour  Avoir  ouvri  £ le  verri&re  de 
le  chapeDe  sainct  Martin  (*) XX* 

Item....  besoingnd  au  remplaige  de  la 
dite  vcrriere ; XLVI* 

(')  La  chapclla  St  Martin  est  cells  qui  te  trouve  la  derniere  du  cote 
oord,  par  consequent  au  droit  de  la  tour;  ' 


— 239 


Item  a maistre  Ancel  maistre  machon  de 
la  >ille  pour  avoir  visits  l’ouvrage.  Ill* 
Item....  pour  osier  le  vieux  pillerdevant 
le  capelle  St-Martin. 

item  audit  maistre  Jan  Hermel....  depuis 
lendemain  do  jour  St-Aumer  jusques  k 
la  veille  St-Miebiel  que  l’ouvraige  dele 
petite  vaults  flit  acherfe  et  le  piller  par* 
fait  et  tout  ripart VI'  IX* 

Item  k Jan  Rougant  bourgeois  de  Bethune, 
brisehr  'et  tailleur  dd  grfes  lequel  avait 
■ par  marcbiet  k luy  fait  livrd  les  deux 
gros  pillers  de  grfes  de  nouveau  ma- 
cbonnds..,.  luy  fut  donne  par  amen* 
dement XU1 

A Jacques  Aud&que  pour  avoir  livrd  XLV111 
pids  de  nouveau  Voirre  et  remis  en 
oeuvre  XII  pies  de  vieux  voirre  pour  le 
verridre  de  le  cbap&le  St-Martin...  CU*  v 

19. 

1809—1310.  — Item  le  veille  de  Quasimodo  le  maistre 
machon  de  Mons*  de  Peynes  nommO 
' maistte  Pierre  Lermdre  vint  visiter  les 
ouvraiges  de  le  grande  tour  de  ledite 
dglise  et  aultres  ouvraiges,  par  l’ordon- 
nanche  de  Mess'*  luy  a estd  donnd  pour 
s<m  voiage  sans  les  despens  de  bouche 
six  escu